La chute de l'empire assyrien se déroule en 626 et 609 av. J.-C. Elle démarre par une guerre civile qui s'étend à un conflit en Babylonie, puis la destruction de l'Assyrie est menée son terme par une coalition des Babyloniens et des Mèdes qui détruit les capitales assyriennes entre 614 et 612 av. J.-C. puis achève les dernières poches de résistance assyriennes.

Cette période marque la fin du premier empire « universel » qui dominait le Moyen-Orient depuis près de trois siècles. Après une période de quelques années durant lesquelles Babyloniens et Égyptiens se disputent la domination du Levant, c'est Babylone qui reprend l'essentiel des territoires assyriens.

Contexte et forces en présence

L'Assyrie, un empire affaibli

thumb|left|Extension de l'empire assyrien sous les Sargonides. Les territoires en orange correspondent aux provinces à l'époque d'Assarhaddon. Les territoires inclus dans les espaces en pointillés sont ceux qui ont eu un statut de vassal de l'Assyrie sous les Sargonides.

La Babylonie, une région insoumise

Les Mèdes, puissance émergente

Les phases du conflit

Les dernières années du règne d'Assurbanipal et les années de l'effondrement de l'empire assyrien sont très mal documentées. Les inscriptions royales assyriennes se font rares et ne documentent plus les événements militaires, alors que les rois Babyloniens ne se sont apparemment pas attardés à décrire les circonstances de leur victoire. Quelques chroniques historiques babyloniennes retracent année par année les événements militaires, mais elles sont fragmentaires et offrent peu de certitudes sur les années précédant 616. Les documents administratifs d'Assyrie et surtout de Babylonie fournissent quelques éléments de chronologie. Il est donc impossible de reconstituer précisément les événements ayant conduit à la chute de l'empire assyrien, et seul le déroulement des dernières campagnes (616-609) est à peu près connu dans les grandes lignes.

Troubles successoraux en Assyrie (630-626)

L'année même de la mort d'Assurbanipal n'est pas déterminée avec certitude : en 631 ou 630, voire 627. Il semble s'être retiré à Harran et avoir laissé les rênes du pouvoir à son héritier désigné, Assur-etil-ilani, assisté du chef des eunuques, Sin-shumu-lishir. La montée sur le trône du prince, sans doute assez jeune, semble se faire dans un climat très troublé, grâce à l'appui du chef des eunuques, qui pourrait alors avoir exercé de facto le pouvoir. Une révolte a tenté sans succès de renverser le nouveau roi. Quelques traces de l'activité pieuse d'Assur-etil-ilani sont documentées en Babylonie, mais on ne sait si elles datent de son règne effectif ou de celui de son père. Il meurt dès 627, peut-être assassiné par Sîn-shum-lishir. La situation qui s'installe alors est confuse et les sources ne permettent pas de les tirer au clair. Selon ce qui ressort des sources, durant l'année 626 Sîn-shum-lishir est reconnu comme roi pendant quelques mois dans certaines parties de la Babylonie (Babylone et Nippur). Néanmoins un autre fils d'Assurbanipal, Sîn-shar-ishkun, prend le devant de la scène pour assurer la continuité de la dynastie assyrienne. Ils s'affrontent en Babylonie, Sîn-shumu-lishir étant rapidement éliminé par son adversaire ou bien par l'insurgé babylonien Nabopolassar.

La guerre en Babylonie (626-620)

C'est en effet en Babylonie que le sort de l'Assyrie bascule en 627-626. Le vice-roi Kandalanu meurt en 627, et n'est apparemment pas remplacé dans l'immédiat. Un babylonien du nom de Nabopolassar, qui semble issu d'une famille de notables d'Uruk, profite de la confusion qui règne à ce moment-là au sommet de l'empire pour avancer sur le devant de la scène. Faute de source claire, la reconstitution des événements est imprécise. Peut-être que le Babylonien s'allie avec Sîn-shar-ishkun contre Sin-shumu-lishir, précipitant la fin de ce dernier. Celui-ci essuie un premier échec contre Nabopolassar, puis un second contre Sin-shar-ishkun, qui tient la cité de Nippur. Ce deuxième revers devait lui être fatal : réfugié à Kutha, il est capturé et mis à mort par les Babyloniens. Plutôt que de ce rallier au roi assyrien, Nabopolassar se fait proclamer roi de Babylone en novembre 626.

La Babylonie connaît alors la guerre pendant les six années qui suivent. La Chronique de Nabopolassar permet de suivre le début du conflit (626-623), marqué par diverses batailles et une issue imprécise. En 623 Sin-shar-ishkun prend Nippur qui devient le quartier général de ses troupes en Babylonie. Nabopolassar perd pied à Uruk, qui reconnaît à partir de 623 l'autorité de Sin-shar-ishkun. Mais il réussit à s'implanter dans le nord de la Babylonie, à Babylone et dans son voisinage (Borsippa, Dilbat, Kish, Kutha). Sin-shar-ishkun échoue à prendre le dessus, et perd progressivement l'avantage. Sans que le fil des événements puisse être reconstitué, il est clair qu'en 620 il a perdu Uruk puis Nippur et doit rentrer en Assyrie

Le conflit est manifestement marqué par des affrontements âpres et des épisodes de violence. Une lettre d'Uruk rapporte ainsi comme le tombeau du père de Nabopolassar est profané par le parti pro-assyrien local, son corps sorti pour être brûlé, alors que les partisans de Nabopolassar, dont un de ses frères, sont chassés de la ville. Un groupe de neuf textes provenant de Nippur témoigne des cruelles réalités de cette période de conflits et de famines, des contrats de vente d'enfants par des parents dans l'incapacité de les nourrir, à une personne qui a de quoi les faire vivre :

Le recul assyrien et l'alliance médo-babylonienne (620-614) thumb|Tablette de la chronique babylonienne rapportant la chute de l'empire néo-assyrien (années 616/615 à 608/607). British Museum.

Faute de sources, on ne sait pas ce qu'il se passe entre 620 et 616. La Chronique de la chute de Ninive permet de connaître le déroulement des affrontements qui conduisent à la chute de l'empire assyrien, en 616 et 609. Les premières années voient les Assyriens perdre peu à peu du terrain jusqu'à devoir combattre dans leur propre pays. En 616 les troupes babyloniennes sont sur le Moyen Euphrate, où elle battent leurs adversaires près de Balihu. Le roi assyrien a alors reçu un appui des Mannéens et des Égyptiens, mais cela ne suffit manifestement pas à faire pencher la balance de son côté. Puis le conflit se déplace le long du Tigre, qui ouvre sur l'Assyrie. En 616 les Babyloniens infligent une défaite aux Assyriens à proximité de la ville d'Arrapha, saute. L'année suivante la ville d'Assur, la plus méridionale des capitales assyriennes, est assiégée. Mais une contre-attaque assyrienne parvient à chasser les Babyloniens vers le sud jusqu'à Tikrit. Ils sont néanmoins vaincus par les Babyloniens sous les murs de cette ville. C'est à ce moment qu'interviennent les Mèdes, dirigés par le roi Cyaxare : ils lancent un premier raid contre Arrapha, la chronique étant alors brisée ce qui empêche de connaître le sort exact de la ville. Elle pourrait être tombée la ville, en tout cas les portes de l'Assyrie sont ouvertes pour les Mèdes. L'année suivante ils conduisent raid dévastateur au cœur du pays assyrien : ils prennent Tarbisu, située près de Ninive, puis font route vers le sud en direction d'Assur, qui est détruite et pillée. En prenant le sanctuaire du dieu Assur, ils portent probablement un coup dévastateur au moral assyrien. Ils sont alors rejoints par Nabopolassar et ses troupes. Une alliance est conclue entre les deux rois, afin de détruire l'empire assyrien. L'année suivante néanmoins les armées babyloniennes sont sur le Moyen Euphrate, pour soumettre une révolte du pays de Suhu, qui est soumis. Le roi d'Assyrie a encore les moyens de s'avancer avec des troupes vers les Babyloniens, qui se retirent dans leur pays.

La chute de Ninive (612)

Le coup fatal est porté deux ans plus tard par les armées mèdes et babyloniennes réunies : Ninive est assiégée, prise et détruite. Sîn-shar-iskun est probablement tué lors de l'assaut. Kalkhu est prise au même moment, mais aucun texte connu ne rapporte sa chute et seule l'archéologie témoigne de sa destruction.

Les fouilles de certaines portes de Ninive ont apporté des éléments nouveaux sur le déroulement du siège. Elles témoignent de la préparation des Ninivites au siège, puisque leurs entrées sont rétrécies et que des tours de défense sont sans doute ajoutées à un endroit. Seule la porte d'Adad, au nord, et celle de Halzi, au sud, portent des traces d'attaque. Dans la seconde, on a retrouvé les cadavres d'une douzaine d'individus morts au cours de l'assaut final. Celle de Shamash, proche de la porte de Halzi, n'a en revanche livré aucune trace de combat. Selon D. Stronach, les assaillants auraient porté leurs attaques sur quelques points stratégiques de l'enceinte, aux extrémités nord et sud le cas échéant, pour profiter de la taille de la ville et obliger ainsi les défenseurs à se disperser. Il suppose également que les zones de la muraille bordant le Khosr ont dû faire l'objet d'assauts. Plusieurs traditions (narrées par Diodore de Sicile et dans le Livre de Nahum) rapportent qu'une inondation se serait alors produite, ce qui pourrait indiquer que la rivière a joué un rôle dans la chute de la ville, même si cela peut aussi relever du topos littéraire (une même tradition existe pour la chute de Babylone en 539) D. Stronach, « », dans S. Parpola et R. M. Whiting (dir.), Assyria 1995. Proceedings of the 10th Anniversary Symposium of the Neo-Assyrian Text Corpus Project, Helsinki, 1997, .

Une furie destructrice semble alors d'être abattue sur les capitales assyriennes, Kalkhu et Ninive : dans la première, des corps d'hommes exécutés les mains enchaînées ont été mis au jour dans un puits de l'acropole ; dans la seconde, les corps des personnes qui avaient défendu une des portes ont été retrouvés sur place, car ils n'avaient jamais été enlevés. Des statues et représentations de rois assyriens sont détruites ou dégradées. Ce sont donc le désir de revanche, de vengeance, de pillage et de faire disparaître les traces de l'empire assyrien qui transparaissent dans l'attitude des vainqueurs. Une partie de la population des capitales est déportée en Babylonie, car on trouve des traces d'Assyriens dans des tablettes des décennies suivantes provenant de Babylone (y compris à la cour) et de plusieurs autres villes.

La fin de la résistance assyrienne (611-609)

Après la prise de Ninive, les Mèdes rentrent dans leur pays tandis que Nabopolassar envoie ses troupes plus au nord à Nasibina, puis à Rusapu, d'où elle reviennent à Ninive avec du butin et des captifs. Il revient alors à Babylone pour préparer la campagne de l'année suivante qui doit servir à venir à bout d'autres poches de résistance assyriennes.

Dans les années qui suivent, les restes de l'empire assyrien sont donc traqués et anéantis. Certaines tablettes mises au jour à Ziyaret Tepe, l'ancienne Tushhan, capitale provinciale de la région du Haut Tigre, dateraient de 611, l'année après la chute de Ninive. Elles montrent une administration aux abois, désorganisée, qui n'est pas en mesure de préparer la résistance face aux troupes ennemies qui arrivent, et qui attend sa fin, laquelle survient rapidement..