Les châteaux de Château-Verdun et de Gudanes désignent plusieurs bâtiments nobles construits aux époques médiévale et moderne sur le territoire du Sabarthès, sur l'actuelle commune de Château-Verdun dans le département de l'Ariège.

Il reste aujourd'hui deux bâtiments : le château médiéval dit « Château de Landres » en ruine qui surplombe le village de Château-Verdun et le Château de Gudanes construit au situé en bordure de la route montant au plateau de Beille sur un replat domine la zone de confluence de l'Aston et de l'Ariège.

Le château de Gudanes, ainsi que le portail et sa grille, les sols de l'allée montante et des trois terrasses, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Menacé de ruine par l'insuffisance de travaux d'entretienIl faut sauver le château de Gudanes, le château a été racheté en 2013Restoration Month by Month. Il est actuellement en restauration.

Historique Le château médiéval de Château-Verdun Hypothèses

À défaut de preuves irréfutables étayées sur des documents d'archives et l'archéologie, l'origine de l'ancien château féodal de Château-Verdun a donné lieu à diverses hypothèses.

En 1840, l'abbé Pezet, prêtre du diocèse de Pamiers attribua sans preuves aux Romains l'édification d'un bâtiment militaire sur le site de Château-Verdun, tout comme ceux de Lordat et de Montréal-de-Sos, afin d'interdire aux populations locales, hostiles à leur occupation, de recevoir des secours venus de l'autre versant des PyrénéesAbbé Pezet, Histoire des pays de Foix, Paris, Debucourt, 1840, et 52..

En se fondant sur la toponymie et sur la signification du mot « dun » (éminence rocheuse, piton), Adolphe Garrigou fit remonter aux Celtes, la construction du premier bâtiment militaire de Château-VerdunAdolphe Garrigou, Études historiques sur l'ancien pays de Foix et du Couseran, Toulouse, Hénault, 1846, .

Premières mentions dans les documents médiévaux thumbnail|right|Enceinte extérieure du château vue depuis la chapelle Notre-Dame. Le premier document écrit qui atteste l'existence d'un château est un acte de 1213 par lequel Raymond-Roger de Foix prête serment avec les comtes de Toulouse, de Comminges et le vicomte de Béarn au roi d'Aragon Pierre II. Par ce geste, le comte de Foix plaçait sous la protection de cet éminent suzerain sa personne et ses biens dont dix-sept châteaux de son comté parmi lesquels figure celui de « Castro Verdunense »Henri Castillon d'Aspet, Histoire du Comté de Foix depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, 1852..

Si ce document confirme l'existence de l'ouvrage fortifié, rien n'interdit d'imaginer qu'un château existait déjà bien avant. En effet, on sait avec certitude qu'il y avait des seigneurs à Château-Verdun dès le début du . Ainsi en 1166, un acte écrit nous révèle qu'un certain Arnaud de Château-Verdun fit des donations à l'abbaye de BoulbonneBibliothèque Nationale, collection Doat, Volume 83 : Recueil de documents concernant l'abbaye cistercienne de Boulbonne au diocèse de Mirepoix (962-1220). thumbnail|right|La vallée d'Aston vue depuis les ruines du château médiéval.

Arnaud de Château-Verdun garantit par son nom l'existence du château à cette époque. Par conséquent, il est certain que la seigneurie et le château furent érigés bien avant leur apparition dans la documentation écrite dans une zone périphérique et sous-encadrée du comté de Foix laquelle était propice au développement de seigneuries indépendantes. D'ailleurs, les membres de cette famille seigneuriale de Château-Verdun n'apparaissent jamais au dans les actes du comte de Foix ou parmi le conseil des seigneurs du comté ce qui soulignerait leur indépendance dans un premier temps du pouvoir comtal. À partir du en revanche et jusqu'à la fin du Moyen Âge, les membres du lignage de Château-Verdun furent profondément impliqués dans la politique des comtes de Foix alors qu'ils en semblaient absents au siècle précédent. Présents dans les actes de la vie courante du comte, certains occupent des fonctions judiciaires ou administratives comme la sénéchaussée du comté de Foix au cours du Florence Guillot, Monographies villageoises en Sabarthès, Nimes, Lacourt, 1999 , ..

Description des vestiges du château médiéval de Château-Verdun Le château médiéval mentionné dans la documentation écrite occupe aujourd'hui un verrou qui sert de support à la fortification et qui s'élève à une quarantaine de mètres au-dessus de la vallée de l'Aston. Le verrou est proche du lieu de confluence entre la rivière de l'Aston et celle de l'Ariège. Tout autour de la « motte castrale », s'organise l'actuel village de Château-Verdun dont la forme laisse penser que l'habitat fut planifié, loti et fortifié au Moyen Âge par une autorité seigneuriale.

thumbnail|right|Vue rapprochée d'un mur de l'enceinte supérieure. L'emplacement du château traduit une volonté de rapprochement avec la société civile et une volonté de contrôler une importante voie marchande proche du val d'Ariège. Côté nord du verrou, une falaise surplombant le village protège la fortification alors qu'au sud les pentes sont fortes mais praticables. Le sommet du roc est ovale et occupé par les vestiges de deux enceintes qui protégeaient l'édifice tout en épousant la forme du relief. Elles mesurent environ d'épaisseur sur de hauteur. L'édifice arbore une couleur rouille due à la présence de ferrite dans toutes les pierres schisteuses ou gneissiques. Ces blocs sont sans doute issus de la récupération des pierres des travaux miniers ou peut être issus du verrou lui-même. Ces pierres sont de tailles moyennes, reliées entre elles par un mortier de chaux. Elles sont taillées au moins sur leur face extérieure. Les matériaux et la technique utilisée laissent à penser que ces bâtiments ont été construits en une seule phase.

Le seul pan de mur qui apparaît le plus ancien est celui de l'enceinte extérieure situé à l'est. Cette construction moins soignée et sans blocage composée parfois de galets granitiques de petites tailles pourrait être d'origine plus ancienne que les autres vestiges.

Au sud, du côté de l'actuelle chapelle Notre-Dame, deux contreforts soutiennent l'enceinte extérieure dans laquelle deux ouvertures rectangulaires ont été percées et permettaient de surveiller l'espace entre les deux enceintes. D'autres ouvertures pratiquées à moins de du sol devaient avoir une fonction d'éclairage. thumbnail|right|Murs percés d'ouvertures de la partie habitée du château du côté du village de Château-Verdun.Au nord du château du côté du village de Château-Verdun, un pan de mur est resté intact jusqu'à une élévation de . À l'extrémité est de ce mur, on voit nettement l'amorce d'une porte qui donnait accès à l'espace entre les deux enceintes. Ce même mur est percé dans les deux premiers mètres de haut de six petites ouvertures carrées qui servaient à faire entrer la lumière à l'étage inférieur du bâtiment. Il est fort peu probable qu'elles aient servi de meurtrières car leur angle de tir et de surveillance est très réduit. Plus en hauteur sur ce mur se trouvent quatre ouvertures de grande taille de environ de hauteur et toute voûtées en plein cintre. Elles permettaient de faire réellement entrer la lumière à l'intérieur de cet espace, bien mieux que les petites ouvertures de l'étage inférieur. C'est sans doute dans cette partie-là que se trouvait l'étage d'habitation. Les différences de tailles entre toutes ces ouvertures laissent à penser que leur aménagement s'est fait par étapes et qu'il ne s'agit pas de la caractéristique du mur d'origine.

En revanche, le mur sud du côté de la chapelle est en trop mauvais état pour que l'on puisse juger de sa fonction défensive ou résidentielle. La présence d'un donjon reste hypothétique. Soit il était adossé au mur nord surplombant le village comme semble l'attester les nombreuses ouvertures citées précédemment. Soit il était situé à l'ouest de l'enceinte supérieure du côté de la rivière de l'Aston car on repère les marques d'un mur séparant cette enceinte et créant un espace d'une quarantaine de mètres carrés au sol. Dans les deux cas, si le donjon a existé, il n'occupait pas une position centrale car le site et les vestiges ne s'y prêtent pasFlorence Guillot, Monographies villageoises en Sabarthès, Nimes, Lacourt, 1999 , ..

Le château médiéval et les co-seigneurs de Château-Verdun Au , les membres du lignage de Château-Verdun étaient presque tous de fervents cathares qui donnèrent asile en leur château à ceux qui étaient pourchassés par l'inquisition notamment après la chute de Montségur. Dans sa déposition du 7 aout 1320 devant l'évêque Jacques Fournier, futur pape Benoît XII, l'ex-dame de Montaillou, Béatrice de Planissoles, fit le récit d'une touchante scène de séparation qui se déroula dans le château de Château-Verdun entre 1245 et 1247. Elle lui rapporta que pour la décider à partir avec lui en Lombardie auprès des cathares réfugiés là bas, son écuyer Raimond Roussel lui cita en exemple deux dames de Château-Verdun, Alesta et Séréna, qui avaient tout abandonné pour s'y rendre. Avant de partir lui dit-il, l'une d'elles avait voulu embrasser son enfant au berceau. Le nourrisson ne cessant de lui sourire, elle revint plusieurs fois vers lui et ne put se résoudre à le quitter qu'en le faisant rapidement emmener hors de sa vue par sa nourriceJean Duvernoy, Registre d'inquisition de Jacques Fournier, évêque de Pamiers (1318-1325), Toulouse, Privat, 1965..

Dans les années 1270, le comte de Foix restitua la seigneurie confisquée pour fait d'hérésie au seigneur Aton-Arnaud de Château-Verdun contre une forte somme d'argent. Aton-Arnaud finit par s'enfuir en Italie et il est fort probable que la seigneurie et le château échut à l'un de ses parents. Le lignage souffrit peu des affres de la période cathare contrairement à de nombreuses familles seigneuriales du midi qui furent confinées dans des rôles de second plan durant le bas Moyen Âge. Au début du , Pierre-Arnaud de Château-Verdun demeurait un proche du comte de Foix car il occupait le rang de sénéchal du comté. La première mention écrite attestant de l'existence d'une co-seigneurie à Château-Verdun remonte à 1244. En mars de cette même année, Aton-Arnaud et Garcia-Arnaud de Château-Verdun prêtent serment à Roger, comte de Foix, pour le castrum de Château-Verdun et tout ce qu'ils possèdent dans la vallée de SiguerArchives départementales des Pyrénées-Atlantiques, E 483, copies des confirmations des franchises par les comtes de Foix Roger-Bernard III et Gaston II..

Cette co-seigneurie était partagée entre les membres de ce même lignage, mais à partir de la fin du elle devient plus complexe et s'ouvrit à d'autres familles. Dès 1293, les Batalha devinrent co-seigneurs avec ceux de Château-Verdun, les Miglos dès 1372, les Saquet et les Montfort au début du . La terre et le château de la co-seigneurie restèrent indivis, les co-seigneurs se partageant les droits et les rentes produits par celle-ci. Un jugement souverain en réformation rendu le pour la seigneurie de Château-Verdun par la table de marbre de Toulouse reproduit un extrait d'une pièce du répertoire et inventaire des titres secrets des comtes de Foix. Dans cette pièce, il est précisé qu'en 1445, les co-seigneurs de Château-Verdun « étaient seigneurs pariers, avaient chacun leurs rentes et paysans, châteaux, biens et droits séparés, sauf que le moulin, les pâturages et le château principal qui étaient en commun »Archives départementales de la Haute-Garonne, E1, Maîtrise des Eaux et forêts de Pamiers, pièce 36..