L'histoire de la Seine-Saint-Denis est celle d'un département jeune sur le plan administratif puisqu'il a été créé le , en application de la loi du , à partir de la partie nord-est de l'ancien département de la Seine (24 communes) et d'une petite portion de celui de Seine-et-Oise (16 communes).

Il hérite du code postal « 93 », autrefois dévolu au département de Constantine.

Avant la naissance du département

Si le département de la Seine-Saint-Denis est très récent, le territoire a de tous temps été occupé par l'homme, notamment à l'époque gallo-romaine et à l'époque médiévale. Durant le Moyen Âge, la Seine-Saint-Denis est à la fois un centre économique avec la foire du Lendit et spirituel avec l'abbaye de Saint-Denis. Selon l'historienne Anne Lombard-Jourdan, ces deux particularités trouvent leur origine dans l'antiquité gauloise et gallo-romaine avec la présence dans la pleine du Lendit d'un lieu de rassemblement des peuples gaulois, sur la route de l'étain, à la limite des Gaules Belgique et Celtique.

L'idée que la plaine Saint-Denis avait une importance particulière à l'époque gauloise apparaît en tout cas dans des écrits de Suger rappelant la présence près de la Montjoie d'antiques colonnes sur l'EstréeSuger, Vita Ludovico grossi, 27, éd. Lecoy de la Marche, p. 120.Elles étaient en place au et furent replacées sur la nouvelle route tracée par les ingénieurs de Louis XV en 1724., de Raoul de Presles parlant d'un lieu d'adoration de trois dieux païens et y plaçant le centre des Gaules évoqué par Jules CésarRaoul de Presles, Musa, B.N. lat. 3233, fol. 16 d. Annexe II, p. 337., sur des œuvres d'art comme la tapisserie de la bataille de Saint-Denis qui évoque les « Champs Druydes », une peinture de Sainte-Geneviève qui montre un cromlech à proximité de l'Estrée, ou encore la carte de Mathis Zundten qui montre une série de vestiges archéologiques au également.

La foire du Lendit

Le mot Indicere avait leur sens de convoquer ou édicter : au , on trouve les expressions indire une assemblée, une guerre, une peine, un jeûne, une foire.. On prit l’habitude d’appeler Indictum l’assemblée tenue en un temps et un lieu déterminés pour y traiter les affaires religieuses, judiciaires, militaires et commerciales. Selon Anne Lombard-Jourdan, les assemblées gauloises mentionnées par Jules César continuèrent à se réunir sous la domination romaine au Nord de Lutèce dans la plaine Saint-Denis. Le nom Endit puis par agglutination de l’article Lendit fut donné au Champ ou à la plaine situé entre le pas de la chapelle et Saint-Denis. Les lieux portant ce nom sont groupés au nord de la Loire ; pour Anne Lombard-Jourdan, certains bois du Landy ou champ du Landy correspondent en pleine campagne ou dans la forêt à de très anciens lieux d’assemblée ; ce sont de vieux rendez-vous gaulois à la fois religieux et marchands remontant parfois à des emplacements marqués dès avant la conquête romaine. Le nom serait resté attaché au site des foires qui furent également dénommées d'après ce mot.

La foire du Lendit (ou du Landit) est au moins attestée sous ce nom au . Cependant, d'après un diplôme de fondation daté de 629, elle est réputée avoir été créée au par Dagobert I. Il est d'ailleurs vraisemblable que, située sur une route romaine, la Via Agrippa qui allait vers la Mer du Nord et constituait la route de l'étain, elle plonge ses racines dans l'antiquité gauloiseLes foires de l'abbaye de Saint-Denis ; revue des données et révision des opinions admises, Anne Lombard-Jourdan, 1987. En 1215, Philippe Auguste réglementa son installation. Pendant la durée de la foire, les marchands devaient cesser de vendre aux Halles de Paris. En 1319, la foire fut incendiée et reconstruite. En 1556, en raison des intempéries, mais surtout des troubles de la guerre de Cent Ans et des guerres de religion, la foire fut déplacée par un arrêt de Henri II à l'intérieur des murs de Saint-Denis, à l'emplacement de l'actuelle place Jean-Jaurès, où de nouvelles loges en bois furent construites pour l'accueillir. En 1793, la foire disparut.

L'abbaye de Saint-Denis

Dès le Bas-Empire, un cimetière gallo-romain est attesté sur le site de Saint-Denis. Au , un mausolée fut élevé à l'emplacement du maître-autel actuel et fit déjà l'objet d'un culte. Puis, vers 475Ville de Saint-Denis : Saint Denis mort vers 250, sainte Geneviève acheta les terres alentour et fit construire une église. Un premier agrandissement du mausolée est attesté par une prolongation de 11 mètres plus à l’ouest. Alors que Michel Fleury le situait entre 540 et 550, soit sous le règne de Childebert , Patrick Périn l’a récemment estimé aux années 451-459, proposant d’y reconnaître l’église de sainte Geneviève. De fait, le lieu avait un grand prestige comme en témoigne la découverte en 1959 du sarcophage de la reine Arégonde, épouse de Clotaire et bru de Clovis, morte entre 573 et 579, première personne royale qui y fut inhuméeVille de Saint-Denis : Arégonde.. L'église fut agrandie une seconde fois sous Dagobert qui y fit placer vers l'an 630, les corps de saint Denis (premier évêque de Paris) et ses deux compagnons, le prêtre Rustique et le diacre Éleuthère. Dagobert fut le premier roi des Francs à être inhumé en l'église de Saint-Denis. Sous les Mérovingiens et les Carolingiens, cette nécropole royale partagea ce privilège avec d'autres églises. Vers 650, furent créés le monastère et une série de sanctuaires secondaires dédiés à saint Barthélemy, saint Paul et saint Pierre.

Les liens privilégiés que l’abbaye de Saint Denis entretenait avec la royauté mérovingienne se renforcent sous les Carolingiens. Dans la première moitié du , entre 1135 environ et 1144, l'abbé Suger, conseiller des rois Louis VI et de Louis VII, agrandit l'abbatiale en remaniant le narthex d'une façade dotée pour la première fois d'une rose et de trois portails de grandes dimensions. Il modifia aussi le chœur en lui ajoutant des chapelles rayonnantes. L'abbaye bénédictine de Saint-Denis devint un établissement prestigieux et riche, grâce à l'action de Suger, abbé de 1122 à 1151. Ce dernier souhaita rénover la vieille église carolingienne afin de mettre en valeur les reliques de saint Denis dans un nouveau chœur : pour cela, il voulut une élévation importante et des baies qui laissent pénétrer la lumière. Suger décida donc de la reconstruction de l'église en s'inspirant du nouveau style entraperçu dans la cathédrale Saint-Étienne de Sens. En 1140, il fit édifier un nouveau massif occidental, en s'inspirant des modèles normands de l'âge roman comme l'abbatiale Saint-Étienne de Caen. L'abbaye fut consacrée le , inaugurant le francigenum opus, appelé plus tard l'art gothique. Reprenant le principe du déambulatoire à chapelle rayonnante en le doublant, Suger innova en prenant le parti de juxtaposer les chapelles autrefois isolées en les séparant par un simple contrefort. Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles munies de vitraux filtrant la lumière. Le voûtement adopte la technique de la croisée d'ogives qui permet de mieux répartir les forces vers les piliers. C'est à partir du règne de Louis VI que rois de France se rendirent à l'abbaye pour lever l'Oriflamme de Saint-Denis avant de partir en guerre ou en croisade.

L'intelligentsia san-dionysienneSous Hilduin et Hincmar d'abord, dans la troisième décennie du , puis sous les abbés Adam et Suger, dans la première moitié du , enfin sous l'abbatiat d'Eudes Clément (1229-1245). attribua ainsi la fondation du monastère à Dagobert, obtenant ou forgeant les diplômes royaux propres à assurer à Saint-Denis une totale exemption et le contrôle des foires dont celle du Lendit, ce qui permit à l'abbaye de s'attacher l'appui de la monarchie franque puis française. Elle composa les textes exaltant la figure de saint DenisNotamment en fusionnant trois personnages distincts : le premier évêque de Paris (martyr et céphalophore), le disciple de saint Paul et le pseudo-Aréopagite, philosophe néoplatonicien de la hiérarchie du monde. et récupéra à son profit le prestige lié au site du LenditPour Anne Lombard-Jourdan, transparaît derrière cette récupération une tradition païenne de première importance qui s'attachait depuis l'époque celte à un tumulus situé au cœur de la plaine du Lendit, baptisé mund-gawi par les Francs (« celui qui protège le pays »), d'où le terme de Montjoie. Ce lieu aurait été véritablement un lieu de rassemblement économique et religieux des Gaulois, une étape sur la route de l'étain entre Cornouailles et Méditerranée et centre druidique, sanctuaire des Gaules. Dans le but d’exorciser ce lieu de culte païen, Saint-Denis devint l’équivalent et le substitut du “Protège-pays”. Son nom rejoignit celui de “Munjoie” dans l’appel des guerriers en détresse..

La révolution

Le 1790 à 1795 l'actuel département de la Seine-Saint-Denis était partagé entre 2 départements, (département de Paris et département de Seine-et-Oise) et 3 districts (District de Bourg-de-l'Égalité, District de Franciade et District de Gonesse. De 1791 à 1793, les trois districts (Paris, Franciade et Bourg-de-l'Égalité) du département de Paris, fournirent 48 bataillons de volontaires nationaux et 4 compagnies. De 1791 à 1793, les 9 districts (Corbeil, Dourdan, Étampes, Gonesse, Mantes, Montfort, Pontoise, Saint-Germain et Versailles) du département de Seine-et-Oise fournirent 14 bataillons de volontaires nationaux.

La création du département thumb|La création des départements de Paris, des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, de l'Essonne, des Yvelines, du Val-d'Oise à partir de la Seine et de la Seine-et-Oise en 1968 Le département des Hauts-de-Seine a été créé par la loi du 10 juillet 1964 portant réorganisation de la région parisienne, qui décide de diviser les anciens départements de la Seine et de Seine-et-Oise.

Jusqu'en 1964, la région parisienne se subdivisait en 3 départements, créés par la loi du : le département de Paris, rebaptisé en 1795 "département de la Seine" (), le département de Seine-et-Oise (), le département de Seine-et-Marne ().

Les deux premiers vont donner naissance à 7 nouveaux départements, la Seine-et-Marne conservant son nom et son territoire. La loi ressuscite le département de Paris qui est entouré par la grande couronne composée des départements non limitrophes de Paris : Val-d'Oise, Yvelines, Essonne, Seine-et-Marne. la petite couronne avec 3 départements limitrophes de Paris : Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine

De la création à aujourd'hui

Le département de la Seine-Saint-Denis a été créé le , en application de la loi du , par le décret d'application du , à partir de la partie nord-est de l'ancien département de la Seine (24 communes) et d'une petite portion de celui de Seine-et-Oise (16 communes).

Il hérite du code postal « 93 », autrefois dévolu au département de Constantine. Sa préfecture est Bobigny

La création du département, qui répondait à l'origine à la disparition des anciens départements de la Seine et de Seine-et-Oise, et à la dissolution du District de Paris, a été motivée par le souhait plus ou moins implicite du pouvoir politique de l'époque de cantonner dans un espace déterminé ce qui pouvait constituer un obstacle majeur à la mise en œuvre de la politique gaulliste, c'est-à-dire la présence du Parti communiste français. En effet, celui-ci, grâce à son influence dans les communes de la ceinture rouge de la petite couronne où il s'était implanté dès les élections municipales de 1935, avait réussi à plusieurs reprises à exercer la présidence du conseil général de la Seine. La Seine-Saint-Denis était, quelque part, comme la concession tacite d'un territoire donné à la principale force politique d'opposition de l'époque.