La Vasconie, en latin Vasconia (parfois écrit WasconiaLa lettre w n'est jamais utilisé en latin classique, qui ne connait que le v. Le w apparait dans des textes latin du haut Moyen Âge.), désigne un vaste territoire occupé, structuré et défendu par les VasconsPeuple dont le nom signale une parenté avec les actuels Basques, mentionné dès le notamment par Pline l'Ancien de la fin du jusqu'au . Ce territoire jouait un rôle de zone tampon ou de défense naturelle contre les incursions de puissances extérieures comme les Francs, les Wisigoths ou encore les Omeyyades. Loin d'être une simple périphérie soumise aux puissances voisines, elle constitue un espace autonome dans lequel les communautés vasconnes conservent leurs institutions, leur langue et leurs modes de vie propres. Il y a deux Vasconies séparées par une frontière naturelle que sont les Pyrénées, qui sont unies dans une même dynamique historique.

La Vasconie ultérieureA. D'OIHENART HISTORIEN: ASPECTS DE SON PROFIL SOCIAL, POLITIQUE, CULTUREL par Manex Goyhenetche.., au sud des Pyrénées, avait comme centre principal la ville de Pampelune. Elle fut longtemps disputée entre les Wisigoths, les Francs et les Omeyyades. C'est ici que se forme, au début du , le royaume de Pampelune, berceau du futur royaume de Navarre. Là se développe une branche du pouvoir vascon, porté par des élites locales.

La Vasconie citérieure, au nord des Pyrénées, regroupait des peuples aquitains et vascons, souvent très dialectisés. Elle devient le duché de Vasconie, un territoire dont le nom remplace officiellement celui de la Novempopulanie à partir de 626. Les Vascons maintiennent leur présence dès la fin du VIᵉ siècle. La tentative franque de structurer la région par la création d'un duché de Vasconie ne marque pas une soumission, mais une reconnaissance tactique de l'autorité des chefs locaux, souvent eux-mêmes vascons. Ces ducs ou princeps (princes) exercent un pouvoir militaire et administratif réel, comme en témoigne l'installation de leur cour à Saint-Sever, appelé Caput Vasconiae. Une dynastie vasconne y gouverne, étroitement liée à celle de Pampelune au sud.

À plusieurs reprises, les deux Vasconies tentent de se réunifier. Le roi navarrais Sanche III le Grand se proclame roi de toute la Vasconie, tandis que son cousin, le duc de Gascogne Sanche-Guillaume, agit en allié politique. Malgré leur coordination, jamais Sanche-Guillaume ne rend hommage au roi des Francs, et leur projet d'unification pyrénéenne échoue à la mort de Sanche III, ouvrant une période de fragmentation politique.

Malgré cet émiettement, les solidarités pyrénéennes perdurent. Les Vascons du sud soutiennent les Aquitains dans leurs révoltes contre les Carolingiens, tout comme ils s'étaient auparavant opposés à Rome. Lorsque les Plantagenêt établissent leur domination sur la Gascogne, les juristes locaux insistent sur le statut particulier de la terre vasconne, considérée comme un alleu, libre de toute sujétion au roi franc.

Ainsi, malgré les pressions venues du nord (Francs, Carolingiens) ou du sud (Cordoue, puis les royaumes chrétiens), la Vasconie maintient pendant plusieurs siècles son autonomie culturelle et politiqueLes récentes recherches archéologiques, notamment dans les tombes du Pays basque sud (Hegoalde), confirment une présence vasconne continue au haut Moyen Âge, sans influence wisigothique marquée. Ce fait souligne l'autonomie culturelle et politique de cet espace pyrénéen, qui, sans former un État unifié, constitue une entité historique propre, marquée par une langue, des institutions, et une mémoire transmise jusqu'à aujourd'hui..

Philologie Étymologie

Le mot latin Vascones (probablement prononcé waskonès) est, comme le mot français « Basques », lié à la racine basque bien connue : euska-, qu'on trouve notamment dans Euskadi (« le Pays basque ») et dans Euskal Herria (« le peuple basque »).

En français, Vascones a donné non seulement « Basques », mais aussi « Gascons ».

Attestations grecques et latines jusqu'au La première mention se trouve dans la Géographie (Livre III, 4.9) de Strabon (vers -63/23), qui se réfère à un ouvrage de Posidonios d'Apamée (-135/-51). Strabon parle des Ouaskoonooï et du Ouaskoonoon ethnos, qu'il associe aux localités de Calahorra/Calagurris (La Rioja), Pampelune/Pompaelo (Navarre) et Oiartzun/Olasso (Guipuscoa)Renée Goulard, « Wascones in plana descendunt... Civitas Lapurdum... », Lapurdum, 1997, n° 2, disponible en ligne sur le site Openedition, paragraphe 11., cette dernière située non loin de Pasaia.

Dans le domaine latin, le mot Vascones est attesté au chez Pline l'Ancien (23-79) et JuvénalGaffiot, page 1648. Ce mot est donc connu à Rome dès l'époque classique. (55-130). Pline l'Ancien parle notamment du saltus VasconumCaius Plinius Secundus, Historiae Naturalis Libri XXXVII, L. IV, 34, cité par Renée Goulard, paragraphe 14., le mot saltus désignant un pays non cultivé (trilogie : ager, silva, saltus).

Le mot grec « Baskonia » apparaît pour la première fois sur la carte de Ptolémée (100-168). Dans sa GéographiePtolémée, Géographie, L II. 6,10 et 6, 66, cité par René Goulard, paragraphe 14., Ptolémée parle à deux reprises des Vascons, citant Olasso et son promontoire, ainsi que les noms de quinze places fortes de l'intérieur, dont certaines sont mentionnées par Pline comme faisant partie du conventus de Saragosse/Caesaraugusta, dans la province de Tarraconaise.

Le mot Vasconia est plus récent en latin. On le trouve chez Paulin de Nole (353-431), originaire de Bordeaux/BurdigalaGaffiot, page 1648.. Les Vascones sont notamment le sujet d'un échange épistolaire entre Paulin et Ausone (310-395), lui aussi de Bordeaux. Ausone les considère comme des barbares (ils ne parlent pas le latin) et des sauvages (ils vivent dans un saltus)Ausone, Lettre XXIX à Paulin, vers 51/52, cité par Renée Goulard, paragraphe 14..

Attestations du haut Moyen Âge Le chroniqueur franc Grégoire de Tours parle en 587 de la « Wasconia ». Grâce à ses écrits, on sait que ce territoire subit sa troisième grande invasion, après celles des Romains et des Wisigoths, celle des Francs. À partir de la fin du , les Vascons et Aquitains ou les tribus proto-basques subissent une forte pression militaire de la part des Francs. Pour contenir ces populations et sécuriser la frontière sud, les Mérovingiens instaurent un duché de Vasconie. Bien que cette structure soit formellement une création franque, elle repose largement sur des élites locales d'origine vasconne. Pour les Vascons et Aquitains, le duché devient un cadre de pouvoir semi-autonome, dans lequel ils conservent leur langue, leurs coutumes et une grande liberté d'organisation. Le duché reflète ainsi moins une domination franque qu'un compromis entre pouvoir central et résistance régionale.

Au , le cosmographe dit « Anonyme de Ravenne » inclut dans sa carte le mot Baskonia. Il distingue deux zones, Guasconia ou Vasconum patria (« patrie des Vascons ») au nord des Pyrénées et Spanoguasconia (« Gascogne hispanique »), division qui correspond à celle des provinces romaines. Dans son livre Geografica, il écrit : « Les anciens Aquitains appelaient leur patrie « Baskonia » (Guasconia). De même, proche de la Baskonia, se situait la patrie « Hispanobaskonia » (« Spanoguasconiam »).

Sur une carte du située dans l'abbaye de Saint-Sever, réalisée par Stephanius Garsia de Mauléon, les mots Aquitania et Waskonia » sont bien délimitées comme territoires séparés, sans division entre la Vasconie citérieure Vasconie ultérieure.

Le blason de la ville de Saint-Sever, fondée à la fin du , porte la devise : Caput Vasconiae (« Tête de GascogneTraduction utilisée sur le site de la mairie de Saint-Sever, « Fondation et développement de la ville » » ou « Cap de GascogneMusée d'art et d'histoire du Cap de Gascogne. »), attestée depuis le Moyen Âge.

Histoire La Vasconia et les Vascones sous l'Empire romain

Dans l'Empire romain à partir du règne d'Auguste, la Vasconia n'est le fondement d'aucune province. La partie sud relève de la province de Tarraconaise (chef-lieu : Tarragone), qui s'étend de la Méditerranée à l'Atlantique ; la partie nord de la province d'Aquitaine (chef-lieu : Bordeaux), qui s'étend jusqu'à la Loire.

Vers 300, les réformes de Dioclétien aboutissent à l'augmentation du nombre de provinces. L'Aquitaine est divisée en trois, dont la Novempopulanie (Aquitaine troisième), située (avec quelques exceptions) au sud de la Garonne. Son premier chef-lieu est Eauze. La Tarraconaise est aussi divisée.

Lorsque le christianisme est autorisé dans l'Empire romain, au , un évêque est installé dans chaque chef-lieu de citéUne cité (civitas) comporte un territoire parfois restreint (Marseille), parfois très étendu (cité des Pictons, chef-lieu : Poitiers). et un archevêque dans chaque chef-lieu de province. Au nord des Pyrénées, des évêques sont mentionnés dès l'époque romaine dans les villes suivantes : Eauze (Elusa), chef-lieu des Elusates : saint Paterne (, donc une date assez ancienne) ; Eauze, chef-lieu de la province de Novempopulanie, devient siège archiépiscopal, jusqu'au , date du transfert de l'archevêché à Auch Lescar (Beneharnum) : saint Julien (vers 440), mais il est probablement légendaire.

Au sud des Pyrénées, un évêque est attesté historiquement à Pampelune seulement à partir de la fin du , à l'époque du royaume wisigoth.

La Vasconie du haut Moyen Âge

Limites territoriales

Les limites sont fluctuantes selon les circonstances historiques : au nord des Pyrénées, la frontière est sur l'axe Aire-Lescar à la fin du , mais va au-delà de la Garonne au .

Au sud des Pyrénées, elle passe de l'axe Vitoria-Olite aux jusqu'à Saragosse

Cartes

Vasconie citérieure

Au , les territoires vascons de Gaule sont intégrés dans le royaume wisigoth de Toulouse, qui s'établit en 418 en Narbonnaise et s'empare progressivement de toute l'Aquitaine romaine. En 507, les Wisigoths sont vaincus par les Francs de Clovis et refoulés en Hispanie.

Vers 600 est créé le duché de Vasconie, d'abord conçu comme une marche militaire pour contrôler des territoires rebelles.

Sur la période allant de 660 à 1032, on compte 20 ducs ou comtes ayant exercé un pouvoir significatif sur la Vasconie ou la Gascogne. Parmi eux, 15 se distinguent comme étant alliés aux Vascons du sud ou opposés aux Francs (principalement les Carolingiens), par leur refus de soumission, leur politique d'indépendance ou leur coopération trans-pyrénéenne. Ces 20 dirigeants couvrent une période continue d’environ 372 ans, marquant une longue tradition d’autonomie politique vasconne pendant environ 258 années face aux pressions franques.

Félix d'Aquitaine (660–670) — Se détache progressivement de l'autorité franque, exerce une domination indépendante sur la Vasconie et l'Aquitaine. Loup Ier de Vasconie (670–688) — Affirme l'autonomie régionale face aux Mérovingiens, probablement sans lien de vassalité direct. Eudes d'Aquitaine (688–735) — Duc indépendant, il affronte les Omeyyades à Toulouse et résiste à la centralisation franque. Hunald Ier (735–748) — Hérite du pouvoir aquitain, poursuit la politique d'indépendance de son père Eudes. Waïfre (748–768) — Résiste vigoureusement à Pépin le Bref avant d'être trahi et assassiné, marquant la fin de l'indépendance aquitaine. Hunald II (769) — Tente de restaurer l'indépendance gasconne après la mort de Waïfre, mais se soumet à Charlemagne. Semen Ier Loup de Vasconie (812–816) — Fils ou proche parent de Sanche Loup, il entre en rébellion contre l'autorité franque. Garcia Ier Semen de Vasconie (816–818) — Hérite d'un duché en révolte et poursuit une politique d'indépendance malgré la pression impériale. Loup III Centulle de Vasconie (818–819) — Coresponsable avec Garcia Ier de la poursuite des révoltes gasconnes contre les Carolingiens. Garcia II Sanche de Gascogne (886–920) — Renforce l'autonomie du duché gascon, en situation d'indépendance de fait.