L'abbaye de Royaumont est un ancien monastère cistercien situé dans le hameau de Baillon à Asnières-sur-Oise dans le Val-d'Oise, à environ trente kilomètres au nord de Paris.
Elle est construite entre 1228 et 1235 sous l'égide de Saint Louis, et est alors une des plus importantes abbayes de France. Elle demeure abbaye cistercienne jusqu'à la Révolution française, elle est vendue comme bien national et devient un site industriel textile. Elle retrouve sa vocation religieuse en 1864, jusqu'aux lois Combes en 1905. L'abbaye est alors rachetée par Jules Goüin, et son petit-fils Henry, industriel et mélomane, en ouvre les portes aux artistes, y organise des concerts et en fait un lieu de création musicale et culturelle. Il la donne à la Fondation Royaumont qu'il a créée en 1964, première fondation privée à but culturel, qui assure depuis lors la gestion des lieux.
L'édifice est classée aux monuments historiques depuis 1927 pour ses vestiges, et 1948 pour les bâtiments de l'abbaye et le parc.
Histoire
Abbaye cistercienne (1228-1791) La fondation (1228-1235) vignette|upright|gauche|Louis IX, devenu Saint-Louis, fondateur de l'abbaye. Unique représentation fidèle connue du roi.
Louis VIII avait prononcé comme l'un de ses derniers vœux la fondation d'un monastère dédié à la Vierge et affilié à Saint-Victor de Paris. Ses joyaux et couronnes devaient être vendus pour assurer le financement. L'on ignore toutefois pour quel motif le choix de son fils, le roi saint Louis, se porta sur l'ordre de Cîteaux ; une explication possible est que l'assistance du jeune roi et de sa mère Blanche de Castille à la consécration de l'abbatiale de Longpont le a pu être décisive. Pareillement, Blanche de Castille fondera elle-même deux abbayes cisterciennes, Maubuisson (1241) et le Lys (1244). Toujours est-il que la charte de fondation de Royaumont fut promulguée dès 1228, tout comme l'affiliation à Cîteaux et la consécration à la Vierge. Louis IX acheta les terrains au lieu-dit Cuimont, connu aussi comme Coctus mons, auprès du monastère Saint-Martin à Paris. Le choix du lieu fut sans doute influencé par la proximité avec le château royal d'Asnières-sur-Oise (aujourd'hui sur la même commune). Royaumont allait devenir la abbaye cistercienne et la filiale directe de Cîteaux. Avec l'abbé de cette abbaye, Louis IX négocia l'envoi d'un nombre suffisant de moines (dès le début, il y aura et une quarantaine de frères convers.). Le lieu Cuimont fut rebaptisé en Mons Regalis dans la charte de fondation rédigée en latin37., traduit par mont Royal ou Royaumont. vignette|upright|Pierres tombales de deux petits-fils de saint Louis.
Les recherches n'ont toujours pas pu identifier l'architecte de Royaumont, cas fréquent des grandes réalisations du . La construction de l'abbaye fut achevée le , seulement sept ans après la charte de fondation. Le chantier fut exécuté avec une rapidité étonnante et engagea une somme colossale, cent mille livres parisisÀ titre de comparaison, quinze mille livres suffirent pour faire vivre correctement un homme de l'église pendant une année. selon Guillaume de Saint-Pathus, biographe de saint Louis au début du . Cette somme correspondait peu ou prou aux deux tiers des revenus annuels de la Monarchie. Pendant toute la période de construction, le roi surveillait l'avancement des travaux de près ; l'on sait qu'il vint dix-neuf fois à Royaumont, soit deux à trois fois par an. Lors de sa présence, il participa activement à la vie du chantier en prêtant la main aux artisans, porta pierre et mortier..
L'abbaye du temps de saint Louis (1235-1270) vignette|upright|Le passage-parloir, actuelle entrée. vignette|upright|Pignon ouest du bâtiment des latrines, avec la tour de guet pris longtemps pour la prison de l'abbaye.
Son statut d'abbaye royale comme son pendant, l'abbaye de MaubuissonL'abbaye de Maubuisson, fondée près de Pontoise, a été choisie comme lieu de sépulture par Blanche de Castille, mère de saint Louis., lui confère un statut exceptionnel : elle n'est pas sous la dépendance d'une des « filles » de Cîteaux que sont les abbayes de La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Morimond, mais relève directement de l'abbaye mère de Cîteaux. L'abbaye est un lieu ouvert et soumis à la volonté royale, elle accueille le dominicain Vincent de Beauvais, précepteur des enfants royaux. Il est probable que la bibliothèque de Royaumont ait d'ailleurs joué un rôle dans l'élaboration de l'encyclopédie Speculum Majus. Tout au long de son règne, saint Louis favorise Royaumont de dons en argent, en terres, mais également en droits et avantages de toutes natures. En 1235, le roi accorde une rente annuelle de cinq cents livres pour l'entretien d'au moins soixante moines..
Saint Louis séjourna souvent à Royaumont, partageant alors la vie des moines tout au long de la journée. Pendant les offices, il prenait place à côté de l'abbé, mais sinon ne cherchait point à occuper une situation privilégiée. Le roi servait les moines à table, demandait à leur laver les pieds dans le cloître selon une habitude des bénédictins et soignait les moines malades, dont un moine lépreux, le frère Léger. L'abbaye avait un hôpital (appelé grande infirmerie) pour accueillir les malades et infirmes de tous les environs, fondé sous l'impulsion de saint Louis et qui existait encore au . Dès juillet 1258, l'abbaye donna tous les jours l'aumône aux indigents des environs au lieu de trois fois par semaine, fréquence jugée insuffisante par l'abbé de Cîteaux. Louis donna alors à l'abbaye sa baronnie de Roupy près de Saint-Quentin220-223..
La vie monastique, rythmée par les prières, permettait à saint Louis d'étancher sa soif de l'absolu. L'abbé entreprit des embellissements de l'église, sans doute dans le but d'offrir au roi un sanctuaire à sa hauteur : peintures, sculptures, courtine (rideaux autour de l'autel), colonnes surmontées d'anges. Ce fut une infraction à la règle de simplicité de l'ordre, et son chapitre général de septembre 1263 enjoignit à l'abbé de faire disparaître tout ce décor dans un délai d'un mois.
Lors du décès de son frère Philippe-Dagobert en 1233 ou 1234, le roi prit la décision de choisir Royaumont comme sépulture des enfants de la famille royale morts en bas âge. Ainsi, il y fit inhumer les corps de trois de ses quatre enfants morts avant lui, Blanche († 1243), Jean († 1248), Louis de France, qui devait devenir son successeur († 1260). Pour Jean-Tristan, disparu peu avant son père, la décision ne fut pas respectée. D'autres enfants de la famille furent inhumés en l'abbatiale de Royaumont par la suite, jusqu'à la fin du siècle.. À la mort du roi, l'abbé étant un des exécuteurs testamentaires, l'abbaye reçoit un tiers de la bibliothèque royale et est l'une des mieux dotées du royaume. Reste à remarquer qu'aucun des sept abbés sous Saint-Louis n'entra dans l'Histoire, l'on ignore pratiquement tout d'eux204..
Par contre, un personnage extérieur à l'abbaye qui y logea entre 1255 et 1264, jusqu'à sa mort, laissa bien des traces dans l'histoire, ce fut Vincent de Beauvais. Il est à peu près certain que des moines de Royaumont collaborèrent à son œuvre, à savoir le Grand miroir ou Bibliothèque de l'Univers, grande encyclopédie réunissant toutes les connaissances du , qu'il serait difficile de considérer comme le travail d'un seul homme. C'est en même temps l'unique travail scientifique connu à ce jour que l'on peut attribuer à Royaumont, les cisterciens se limitant le plus souvent au copiage de manuscrits239-265..
L'apogée de l'abbaye (1270-1346) vignette|upright|Galerie ouest du cloître.
En 1297, intervient la canonisation de Louis IX par le pape Boniface VIII, fruit de la participation active de Royaumont329-330.. La même année, suivant une charte du roi Philippe IV, l'abbé de Royaumont devient le seigneur d'Asnières-sur-Oise et de toutes les terres que possède l'abbaye, dispersées sur un vaste territoire, et exerce désormais la haute, moyenne et basse justice122.. Les différents fiefs érigés à Asnières par la suite dépendaient tous de Royaumont comme fief dominant. En 1316, l'abbaye acquiert par un échange un hôtel à côté de l'église Saint-Eustache à Paris, rue du Jour, pour héberger les religieux que les affaires de l'ordre appellent à Paris ; cette demeure sera plus tard connue comme l'hôtel de Royaumont. Dix ans plus tard, la propriété est agrandie par le rachat de deux petites maisons contiguës321..
L'abbaye continue de vivre dans l'aura de Saint-Louis qu'elle revendique comme personnage étant exclusivement le sien322-323.. Les postulants arrivent par masses pour être admis à la vie du cloître360.. Jusqu'à l'extinction de la ligne des Capétiens directs avec le décès de Charles IV le Bel, tous les rois restent fidèles à Royaumont et favorisent l'abbaye par des legs, exemptions et privilèges. Philippe le Hardi, fils et successeur direct de Louis IX, et Philippe le Bel, son fils, confirment l'ensemble des acquisitions territoriales de Royaumont depuis 1228317-318.. En 1353, le roi Jean le Bon exempte l'abbaye de la servitude qui l'avait obligée jusque-là d'héberger les équipages de chasse royales, troublant la quiétude et causant parfois des préjudices319-320..
Le déclin pendant la guerre de Cent Ans et les conséquences (1346-1548) thumb|Les anciennes cuisines de l'abbaye. thumb|L'extérieur de la galerie nord du cloître, qui borde le bas-côté nord de l'abbatiale. thumb|Angle nord-ouest du cloître et mur nord de l'abbatiale.
Avec la bataille de Crécy le , débute la guerre de Cent Ans et les soldats anglais occasionnent déjà des dégâts dans la région, mais Royaumont reste indemne et à l'écart de l'action de guerre pendant les premières années434, 439.. Toutefois, l'abbaye aura bientôt à souffrir du voisinage d'avec Charles le Mauvais, roi de Navarre, sous la souveraineté féodale duquel la région sera placée pendant quelque temps en 1353 (traité de Mantes)436-437.. Ce prétendant au trône français ne fut pas étranger à ce que Royaumont fût rançonné par une troupe d'hommes armés, pour moitié anglais et navarrois, et dont la base était à Creil. Sous la menace de piller et raser l'abbaye et d'incendier l'église, les moines cédèrent aux revendications438-441..
Peu de temps après, ce fut dans les environs immédiats de Royaumont, à Saint-Leu-d'Esserent et puis à Boran-sur-Oise qu'éclata la Jacquerie en 1358, émeute populaire se traduisant par des pillages et des destructions, et caractérisée comme l'un des événements les plus considérables du 441-442.. Parallèlement, les agressions de la part des Anglais et les dévastations de la part de leurs alliés les Navarrois continuaient : la population vivait sous la terreur et dut transformer les églises en forteresses. Les désordres avaient une répercussion sur l'agriculture et la famine menaçait443-444.. Craignant d'être rançonnée de nouveau, l'abbaye de Royaumont acheta la protection des Anglais ; il serait toutefois inadéquat de parler de dévouement aux Anglais. De ce fait, un acte royal de juin 1359 signé par le régent, le dauphin Charles, accorda grâce et pardon aux religieux de Royaumont449-456.. Sous l'influence de l'insécurité permanente et de leurs retombées sur l'organisation de la vie quotidienne, un certain relâchement de l'observation de la règle de Bernard de Clairvaux fut quasiment inéluctable. En outre, les religieux abusent parfois de leur droit de justice seigneuriale, par exemple en faisant enfouir une femme vivante du côté de Gouvieux, et simplement coupable de vol457-460..