La synagogue de Baden-Baden a été construite en 1899 pour la communauté juive de Baden-Baden ainsi que pour les nombreux curistes juifs. Comme la majorité des synagogues en Allemagne, elle sera détruite par les nazis en 1938.

Baden-Baden, située dans le Land de Bade-Wurtemberg, se trouve à de Karlsruhe et de Strasbourg. Depuis la fin du , la ville est une station thermale réputée dans toute l'Europe.

Baden-Baden compte actuellement un peu moins de habitants.

Histoire de la communauté juive Avant l'avènement du nazisme Du au , le nombre de Juifs habitant Baden (devenu Baden-Baden à partir de 1931) se limite à une ou deux familles. Des documents font état d'un Aron établi dans la ville en 1681-1683, de Löw et sa femme Johanna et de Matz et sa femme Rebecca en 1685. Mais dès la moitié du , Baden voit arriver un nombre grandissant de curistes juifs. Une source de la ville s'appelle même la Judenbrühbronnen (Fontaine chaude aux Juifs) ou la Judenquelle (Source aux Juifs) renommée par la suite Friedrichsquelle (Source Frédéric).

En 1809, la ville ouvre un nouveau bain public, et les Juifs y sont admis en troisième classe.

En décembre 1861, le baron Rothschild se voit interdire son installation en ville parce qu'il est juif. Malgré l'avis favorable des autorités de l'état, le conseil des citoyens de la ville, à la quasi-unanimité, refuse l'enregistrement du baron qui a acquis à grand frais du terrain. Dans le grand-duché de Bade, l'installation d'un Juif dans une ville où n'habite aucun de ses coreligionnaires, est de la responsabilité de la ville Journal : Allgemeine Zeitung des Judentums ; du janvier 1862.

En 1862, les Juifs du grand-duché obtiennent leur émancipation et peuvent s'installer librement dans toutes les villes du grand-duché. De nombreux Juifs s'installent alors à Baden-Baden, et la communauté est fondée le Magazine: Der Israelit du 29 janvier 1891.

Le nombre d'habitants juifs va croitre rapidement: en 1865 on ne compte encore que 18 habitants juifs pour une population totale de habitants, soit 0,2 pour cent de la population. En 1875, il y a 84 Juifs pour une population de habitants soit 0,6 pour cent. En 1880, légère diminution de la population: il y a 73 Juifs sur une population de habitants. En 1895, 156 sur un total de soit 0,8 pour cent et en 1900, 192 sur une population totale inchangée, soit 1,0 pour cent. En 1910, 302 sur un total de soit 1,4 pour cent et en 1925, on atteint le chiffre le plus élevé avec 435 Juifs pour habitants soit 1,7 pour cent de la population totale.

La communauté s'organise et possède un oratoire, puis une synagogue à partir de 1899, une école religieuse, un mikvé (bain rituel) et en 1921 un cimetière. Pour réduire les coûts, l'enseignant est aussi hazzan (chantre) et shohet (abatteur rituel). Pour les affaires religieuses, la communauté de Baden-Baden est rattachée au district rabbinique de Bühl.

L'intégration des Juifs au sein de la ville se fait très rapidement. Dès 1890, plusieurs Juifs sont membres de différents clubs locaux avec parfois des fonctions dirigeantes. De nombreux commerces sont détenus par des Juifs, et plusieurs médecins et avocats juifs ouvrent leur cabinet. En 1900, trois hôtels offrent des repas cachères: l'hôtel Tannhäuser détenu par Samuel Cahn et qui fonctionnera jusqu'en 1939 en tant que propriété de la famille Köhler-Stern; l'hôtel Hirsch-Herz depuis 1890 et propriété d'Alphons Weill Magazine: Der Israelit du 2 septembre 1889; et l'hôtel Odenheimer depuis 1896, propriété de Ferdinand Odenheimer, puis de son gendre et sa fille Philipp et Mathilde Lieblich qui restera ouvert jusqu'en 1939.

L'Association des femmes israélites est créée en 1880 et compte 120 membres en 1925. De même une Caisse de secours pour les israélites indigents est fondée pour secourir les vagabonds. En 1913 s'ouvre une maison de repos pour les femmes, pouvant accueillir jusqu'à 150 pensionnaires Magazine: Frankfurter Israelitisches Familienblatt du 27 juin 1913 Magazine: Der Israelit du 28 février 1929. Pour l'année scolaire 1932/1933, 35 enfants juifs suivent les cours de religion enseignés par Max Grünfeld, qui est en même temps chantre à la synagogue. En 1932, le président de la communauté est le banquier Kahn.

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, les actes antisémites se multiplient dans la ville, faisant fuir les curistes juifs et entraînant de nombreux habitants juifs à quitter la ville.

La période du nazisme Depuis 1930, Baden-Baden est considérée comme un terrain de prédilection pour l'antisémitisme, avec entre autres le boycott des magasins juifs et de nombreuses agressions physiques et contre les biens juifs. Lors d'une réunion de protestation contre les agissements des nazis dans la ville thermale, le président du conseil municipal de la ville, Becker, très remonté contre la mauvaise publicité faite à sa ville, y prononce un discours: « J'entends partout comme un écho: "Éviter Baden-Baden, car c'est le repaire des plus féroces persécutions contre les Juifs!". J'ai peur de dire, hélas, que ces allégations ne sont que trop vraies. Presque tous les soirs, les maisons des citoyens juifs sont barbouillées de peinture. Les nazis n'ont pas peur de prendre la rue pour leur propagande, et les clients juifs des spas arrivant à la gare sont roués de coups, les obligeant à rebrousser chemin Magazine: Der Israelit du 31 juillet 1930 ».

En 1933, à l'arrivée au pouvoir des nazis, il ne reste plus que 260 Juifs sur une population totale de habitants, soit 0,9 pour cent de la population. Entre 1933 et 1938, 65 Juifs réussiront à quitter la ville, dont 27 pour s'installer dans un autre pays.

Cependant, jusqu'au début de 1937, aucune mesure officielle de discrimination n'est prise par les pouvoirs publics afin de ne pas effrayer les curistes continuant de venir de l'étranger. Mais début 1937, sur décision du gouverneur du Reich et du Gauleiter de Bade, les curistes juifs sont définitivement exclus des établissements de cure ainsi que des parcs et jardins de la ville "dans le cadre de la politique de reconstruction économique et raciale". Seuls quatre hôtels sont autorisés à recevoir des Juifs Magazine: Der Israelit du 11 février 1937.

Le à l'aube de ce qui sera nommé la nuit de Cristal, plus de 90 Juifs vivant à Baden-Baden sont arrêtés par la police et conduits dans la cour de l'ancien poste de police, situé près des thermes actuels de Caracalla. Vers midi, ils sont emmenés en colonne jusqu'à la synagogue. Tout au long du chemin, ils sont humiliés, battus, fouettés par les SS et accompagnés par des centaines d'habitants de la ville hurlant des slogans antisémites. Certains des prisonniers s'évanouissent et doivent être portés par leurs voisins.

À l'intérieur de la synagogue, les SS tentent de mettre le feu à la galerie des femmes. La foule profane et pille le lieu de culte. Devant ses coreligionnaires réunis, un des Juifs est forcé de lire à haute voix, Mein Kampf. Les malades et les personnes âgées sont alors relâchés, et les 60 hommes restants sont entassés dans un bus et conduits à la gare de Baden-Baden. De là, par train spécial, avec d'autres Juifs de la région de la Forêt-Noire, ils sont déportés au Camp de concentration de Dachau.

Le , 106 Juifs sont déportés de Baden-Baden au camp de Gurs en France. Au moins 14 d'entre eux sont morts à Auschwitz, un autre à Lublin-Majdanek, et 22 autres dans différents camps. En 1941, il ne reste plus que 44 Juifs dans la ville. Ils sont déportés à Lublin et de là envoyés à Theresienstadt. Seuls deux rentreront dans leur ville natale après la guerre, tous les autres ont péri. Seuls resteront dans la ville quelques rares Mischehe privilégiés (nés de couples mixtes juifs et aryens).

Le cimetière juif de Baden-Baden (à Lichtental), à la suite d'un décret du , émis par le ministre de l'intérieur du gau de Bade-Alsace, n'est exceptionnellement ni fermé ni vendu comme le seront de nombreux autres cimetières juifs.

Histoire de la synagogue Premier lieu de prière On ignore s'il y a eu des lieux de prière juifs à Baden-Baden du au .

En 1866, le rabbin Leopold Schott du district de Bühl commence une collecte de fonds afin de payer la location d'un futur oratoire à Baden-Baden. Des fidèles de Karlsruhe et de Mannheim, ainsi que de nombreux curistes juifs Journal: Ben Chananja du 15 avril 1867 font des donations, ce qui permet d'aménager une salle de prière dans une des ailes de l'hôtel Baldreit (15 Büttenenstrasse), devenu aujourd'hui le musée municipal. La cérémonie d'inauguration a lieu le . Les autorités civiles et les représentants des autres religions assistent à cette inauguration ce qui est considéré comme un fait très important pour les Juifs, car jusqu'alors, tout oratoire ou synagogue avait été refusé. La location de la salle pendant six ans pour un coût d’environ francs, le mobilier de l'oratoire, ainsi que les frais de l'inauguration sont pris totalement en charge par Benjamin Lévy de Strasbourg Journal : Allgemeine Zeitung des Judentums du 20 août 1867. Dans son discours lors de la cérémonie inaugurale, le rabbin Leopold Schott proclame que le nouvel oratoire va permettre « d'enseigner l'amour, de maintenir et de diffuser le patriotisme, la charité et l'amour de Dieu Magazine: Der Israelit du 28 août 1867 Journal: Ben Chananja du ».

La salle étant sur un seul niveau, les hommes s'assoient à droite et les femmes à gauche, ce que ne peuvent pas admettre certains religieux orthodoxes qui se plaignent dans les journaux de la communauté qu'ils sont obligés, lors des jours redoutables (entre Roch Hachana et Yom Kippour), de quitter la ville pour passer les fêtes dans une ville voisine où le lieu de culte est plus "conforme à notre sainte loi" Magazine: Der Israelit du 16 juillet 1879.

Construction de la synagogue

En raison de la forte croissance du nombre de familles juives habitant Baden-Baden où se rendant en cure dans la ville, la salle de prière située dans l'hôtel Baldreit se révèle trop petite dès le début des années 1880. Il faudra cependant plus de dix années pour envisager la construction d'une nouvelle synagogue. La communauté juive charge alors l'architecte juif Ludwig Levy, professeur à l'école du bâtiment de Karlsruhe de la réalisation des plans et de la maîtrise d'œuvre de la construction du bâtiment. Levy est renommé pour avoir déjà construit plusieurs synagogues dans des styles différents, entre autres celles de Kaiserlautern; de Pforzheim, de Strasbourg et de Luxembourg. Celle de Baden-Baden sera construite en style pur néoroman en grès blanc de la vallée de la Murg, à l'angle entre la Stephanienstrasse et la Scheibenstraße. Le grand-duc de Bade dit prendre un grand intérêt à la construction de cette nouvelle synagogue.

Le se déroule la cérémonie de pose de la première pierre du bâtiment en présence du conseiller du gouvernement le Mayer, représentant le grand-duc, ainsi que des rabbins de Mannheim, Fürst, d'Offenbourg, Rawicz, de Karlsruhe, Appel, et du rabbin de Stuttgart, Stösser qui se trouvait à cette date faire une cure dans la ville. Le Julius Mayer, rabbin de Bühl, à laquelle est rattachée la communauté de Baden, prononce un discours dans lequel il relate l'histoire de la communauté de Baden, avant de frapper symboliquement la première pierre de trois coups de marteau. Le soir, un banquet est offert par la communauté juive aux nombreux invités Journal : Allgemeine Zeitung des Judentums du 5 août 1898.

Le , le grand-duc de Bade, lors de son séjour dans la ville, visite le chantier de la synagogue et se fait remettre une copie du document qui a été muré dans la première pierre Journal : Allgemeine Zeitung des Judentums du 10 février 1899 Magazine: Der Israelit du 23 février 1899.