La Roumanie participe à la Seconde Guerre mondiale du au , en deux phases stratégiques : de 1941 à 1944, une partie de ses forces prend le parti de l'Axe, une autre (les deux divisions Vladimirescu et Horia-Closca-Crisan et quelques unités de la flotte et aviateurs) combat du côté des Alliés ; à partir du 1944, le pays entier passe du côté des Alliés. thumb|Timbre-poste de l'époque de la collaboration avec le Troisième Reich ; le slogan dit : « Guerre sainte contre le bolchévisme ». thumb|Timbre-poste de l'époque de la collaboration avec l'URSS ; le slogan est : « Vive la fraternité d'armes roumano-soviétique ».

Dans la première phase (1941-1944), roumains sont engagés aux côtés des Allemands contre l'URSS : parmi les forces de l'Axe, il s'agit du contingent le plus fourni après celui de l'Allemagne. Les opérations militaires des forces roumaines terrestres contre l'URSS les portent vers l'est jusqu'au sud-ouest d'Astrakhan, en Kalmoukie (automne 1942). Dans la seconde phase (1944-1945), roumains sont engagés aux côtés des Soviétiques contre l'Axe : il s'agit du contingent en nombre après celui des États-Unis, de l'URSS, de la France et du Royaume-Uni. La campagne militaire des forces roumaines terrestres aux côtés de l'Armée rouge se poursuit vers l'ouest jusqu'aux abords de Prague en Tchécoslovaquie (Chotěboř-Humpolec).

Ayant ainsi combattu dans les deux camps, mais bien plus longtemps dans celui de l'Axe (plus de 3 ans, contre avec les Alliés), la Roumanie est considérée comme un pays vaincu à la conférence de paix de Paris en 1947. Elle doit céder des territoires à l'URSS et à la Bulgarie (qui, elle aussi, avait pactisé avec le Troisième Reich au début de la guerre, avant de rejoindre les Alliés), mais elle peut récupérer la Transylvanie du nord sur la Hongrie (restée fidèle à l'Axe jusqu'au bout)Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977..

Préliminaires

Dictature carliste En le roi Carol , dans un contexte de crise économique, politique et institutionnelle, supprime la démocratie parlementaire et s'arroge les pleins pouvoirs (période dite de la dictature carliste), puis, tout en cherchant à apaiser l'Allemagne par une garantie de livraison du pétrole roumain, signe avec la France et le Royaume-Uni, le , un accord garantissant les frontières et l'indépendance de la Roumanie. Le roi lance la gendarmerie dans une véritable guerre civile contre les nazis d'Andreas SchmidtAndreas Schmidt, né le à Manarade (Transylvanie, Autriche-Hongrie), mort en 1948, à Vorkouta (Goulag, URSS) leader nazi (Volksgruppenführer) et membre de la Waffen-SS. et les « Légionnaires » de la Garde de fer, dont le fondateur, Corneliu Codreanu, est arrêté, emprisonné et exécutéUn jour pour se retourner, Le Monde du ; Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977.

Carol refuse de participer au dépeçage de la Tchécoslovaquie alors que l'Axe lui offre le Maramureș du nord ou Ruthénie. Lorsqu'en application du Pacte germano-soviétique, l'Allemagne nazie et l'URSS envahissent la Pologne, la Roumanie, neutre, garantit le droit d'asile aux membres du gouvernement polonais en exil et aux divisions polonaises en fuite. Le Service maritime roumain les transporte à Alexandrie où ces forces rejoignent les forces britanniques.

Le , le premier ministre Armand Călinescu qui avait décapité en la Garde de fer en arrêtant plusieurs de ses dirigeants, est assassiné par des « Légionnaires » aux ordres de Horia Sima, successeur de Codreanu. Armand Călinescu, francophile et anglophile tout comme le ministre des Affaires étrangères Grigore Gafencu, était soupçonné de vouloir engager la Roumanie dans la guerre aux côtés des Alliés. Le roi Carol II s'efforce de maintenir encore sa politique pendant quelques mois, mais la défaite militaire de la France et la situation très précaire de la Grande-Bretagne rendent très théoriques les assurances que ces deux pays avaient faites à la RoumanieAntonin Snejdarek, Casimira Mazurowa-Château, La nouvelle Europe Centrale, Imprimerie nationale, 1986.

Démembrement (été 1940)

À peine la France a-t-elle signé l'armistice, que l'URSS lance un ultimatum à la Roumanie le . Suivant le Pacte germano-soviétique, le gouvernement de Joseph Staline exige de l'ambassadeur roumain à Moscou, Gheorghe Davidescu, la cession de la Bessarabie et de la Bucovine du nord sous peine d'envahir la Roumanie, et , ambassadeur allemand à Bucarest, somme Carol d'obtempérerRonald D. Bachman, Romania: A Country Study. Washington: GPO for the Library of Congress, 1989. en:La Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale. Le , l'URSS occupe la Bessarabie et la Bucovine du nord. Les deux tiers de la Bessarabie et l'ancienne RSSAM appartenant déjà à l'URSS forment alors la République socialiste soviétique moldave. La Bucovine du nord, le canton de Herța, la Bessarabie du nord et le Bougeac) sont incorporés à l'Ukraine. vignette|La Roumanie en août 1940 avec en rouge les territoires cédés à l'URSS, en jaune ceux cédés à la Hongrie, et en vert à la Bulgarie. Pour éviter le sort de la Pologne voisine, rayée de la carte de l'Europe par l'Allemagne nazie et l'URSS, le , Carol II, remplace ses ministres anglophiles et francophiles par le gouvernement d'Ion Gigurtu (premier ministre du au ), qui déclare adhérer loyalement à la politique de l'Allemagne nazie« New York Times » des 5, 7 et , et du et laisser Adolf Hitler arbitrer le conflit territorial entre la Roumanie et la Hongrie au sujet de la Transylvanie « Le Figaro » des 6 () et () : Gigurtu déclare à la radio : La Roumanie doit consentir à des sacrifices territoriaux pour démontrer la fiabilité de son adhésion à l'Axe, également cité dans « Le Figaro » et le « New York Times » du . Le cabinet Gigurtu comprenait même un ministre de la Garde de Fer : son chef Horia Sima, successeur de Codreanu. Fin août 1940, lors d'une rencontre avec Hitler, Gigurtu approuve en effet « l'arbitrage » de Hitler : voir Florin Constantiniu : Între Hitler și Stalin; România și pactul Ribbentrop - Molotov, Bucarest, Danubius, 1991 et Hitler, Stalin și România - România și geneza Operațiunii „Barbarossa”, Bucarest, Univers Enciclopedic, 2002 ; articles dans « Le Figaro » des 23 et et du septembre 1940. La Roumanie, se soumettant au Second arbitrage de Vienne, cède le la Transylvanie du Nord au Royaume de Hongrie et, le , par les Accords de Craiova, rend la Dobroudja du Sud à la Bulgarie. L'ensemble de ces pertes territoriales représente plus d'un tiers de la Grande Roumanie, mais Gigurtu estime que c'est le prix à payer pour ne pas subir le sort de la Pologne. Mais ce « prix de la paix » précipite la chute du roi : la Garde de fer de Horia Sima et le général Ion Antonescu s'unissent pour un coup d'État qui aboutit à l'abdication et à l'exil de Carol le au profit de son fils de Michel , qui redevient donc roi, mais dépourvu de tout pouvoir.

Dictature fasciste

La Garde de fer et Antonescu, qu'une presse aux ordres qualifie de « Pétain roumain »Mihai Pelin, Antonescu, le Pétain roumain et ses guerres, Ed. Iosif Constantin Drăgan, Venise 1988., établissent un régime totalitaire désigné du nom d’État national-légionnaire qui va inéluctablement pencher du côté des forces de l'Axe et de leur politique. Une fois au pouvoir, la Garde de Fer renforce la législation antisémite promulguée par les gouvernements d'Octavian Goga et Ion Gigurtu et l'élargit aux commerçants et hommes d'affaires grecs et arméniens : elle sera surtout appliquée de façon que les fonctionnaires roumains puissent toucher de gros pots-de-vin. Les syndicats et les associations sont interdits à la fin de l'année 1940.

L'opinion n'est pas acquise au régime, et des maquis se mettent en place à partir du , date d'entrée des troupes allemandes en Roumanie. Bien que le la Roumanie soit devenue membre de l'Axe, la Wehrmacht stationnée en Roumanie se comporte comme en pays occupé, vit de réquisitions, contrôle les voies de communication, se réserve la production des puits de pétrole, et augmente ses effectifs jusqu'à pour attaquer l'URSS. Le , pour venger l'assassinat de Codreanu, les Légionnaires de la Garde de fer assassinent journalistes, francs-maçons, 64 anciens ministres, députés et intellectuels démocrates détenus à la prison de Jilava (près de Bucarest) ainsi que l'historien et ancien premier ministre Nicolae Iorga et Virgil Madgearu, ancien ministre de l'économie.left|upright|thumb|Soldat roumain sur le Front de l'Est : son casque porte toujours le monogramme au « double C croisé » de Carol , roi renversé un an avant l'attaque contre l'URSS. thumb|Frontières de la Roumanie entre 1941 et 1944, avec la Transnistrie à l'est. Pour être en mesure de reconquérir la Bessarabie, Antonescu accepte d'engager son pays plus avant dans la collaboration avec le Reich. Mais après les assassinats et le pogrom du , Antonescu, constatant que la Garde de Fer est en train de dresser l'opinion contre le régime, dissout le service d'ordre de la Garde et fait juger et exécuter les assassins de Iorga. Le , la Garde de Fer tente de s'emparer du pouvoir par un coup d'état doublé cette fois d'un pogrom à Bucarest (), mais Antonescu réplique. Au bout de quatre jours d'affrontements, la « Légion », qui a perdu plusieurs centaines de membres, est exclue du gouvernement. Sima et beaucoup d'autres « Légionnaires » trouvent asile en Allemagne alors que sont emprisonnés. En mars, Antonescu, auto-proclamé le Pétain roumain, se fait plébisciter et obtient de oui contre nonQuid, édition 2000. droite|vignette|L'une des infamantes rencontres entre Antonescu et Hitler (aux côtés de Ribbentrop et Keitel, auFührerbau, Munich, juin 1941) Le terme de Régime Antonescu fait référence aussi bien à Ion Antonescu qu'à son vice-président du Conseil et ministre des affaires étrangères, Mihai Antonescu (homonyme sans lien de parenté).

Entre novembre 1940 et août 1944, Antonescu rencontre Hitler à neuf reprises.

Guerre aux côtés de l'Axe

Campagne contre l'URSS Le , les troupes roumaines traversent le Prut, participant à l'opération Barbarossa contre l'Armée rouge aux côtés de la Wehrmacht, des Hongrois, des Finlandais, des Italiens et des Slovaques. Elles récupèrent la Bessarabie puis traversent le Dniestr par Tighina et Dubăsari et, en 1941, entrent dans Odessa et Sébastopol où elles prennent une part essentielle dans les combats. Le siège d'Odessa se prolonge jusqu'au et voit se distinguer l'escadrille blanche, formation féminine d'évacuation sanitaire par les airs, traduit d'un article de Cosmin Zamfirache publié le dans Adevarul, Bucarest.. L'armée roumaine occupe la Podolie et le Yedisan, territoires soviétiques situés sur la rive gauche du Dniestr, c'est-à-dire à l'est de la Moldavie historique. Les Roumains appellent alors « Transnistrie » cette zone d'occupation militaire qui leur est dévolue. À Odessa, les Corps IV et V de l'armée roumaine, commandés par le général Nicolae Ciupercă, se livrent à des crimes de guerre contre les résistants et les personnes de confession juive, sur ordre du régime AntonescuPlus précisément l'« Ordre Opératif du Grand État-Major » nr. 31 du , voir Raul Hilberg : La destruction des Juifs d'Europe, Tome 1, Foliohistoire, , 2006..