L' est un croiseur léger de la Marine argentine, en service de 1951 jusqu'en 1982. Construit sous le nom d' pour le compte de lUS Navy, il a combattu dans le théâtre d'opération du Pacifique pendant la Seconde Guerre mondiale avant d'être vendu à l'Argentine. Il est le deuxième navire de la Marine argentine à avoir été nommé du nom du leader de la guerre d'indépendance argentine Manuel Belgrano (1770–1820)Le premier General Belgrano étant un croiseur cuirassé de lancé en 1899.
Après près de 31 ans de service, il est coulé pendant la guerre des Malouines par le , un sous-marin de la Royal Navy, ce qui entraîne la mort de 323 marins. Les pertes du Belgrano représenteront plus de la moitié des pertes militaires de l'Argentine pendant la guerre des Malouines.
Il s'agit du premier bâtiment coulé au cours d'un combat par un sous-marin nucléaire (le second étant le navire Iranien IRIS Dena, coulé par un sous marin Américain durant le conflit américano-israélo-iranien de 2026 ) et le deuxième bâtiment à être coulé au cours d'un combat depuis la Seconde Guerre mondialeLe premier étant la frégate indienne torpillée par le sous-marin pakistanais Hangor pendant la guerre indo-pakistanaise de 1971.
Le torpillage du Belgrano fut sujet à controverse aussi bien en Argentine qu'au Royaume-Uni peu de temps après les faits, et le reste encore aujourd'hui.
Carrière antérieure
Ce croiseur léger est construit sous le nom d', il est le sixième bâtiment de la . Il est construit dans le New Jersey par la New York Shipbuilding Corporation à partir de 1935, et il est lancé en . En service dans l'océan Pacifique pendant la guerre, il échappe à l'attaque japonaise sur Pearl Harbor le , et totalisera neuf étoiles au combat à la fin du conflit. Il est désarmé et retiré des listes de l'US Navy à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en .
Le Phoenix est vendu à l'Argentine en avec un autre bâtiment de la même classe, l' qui sera renommé . Les deux croiseurs sont vendus pour la somme de . Le Nueve de Julio sera démantelé en 1978. Le Phoenix, quant à lui, est renommé dans un premier temps ARA 17 de Octubre d'après la date du Día de la Lealtad, un jour symbolique pour le parti du président argentin d'alors, Juan Perón.
Le 17 de Octubre est l'une des principales unités militaires à avoir rejoint les auteurs du coup d’État qui renverse Perón en 1955, et il est renommé General Belgrano en l'honneur du général Manuel Belgrano, qui avait combattu pour l'indépendance de l'Argentine entre 1811 et 1819 et avait fondé lEscuela de Náutica (litt. « École de Navigation ») en 1799. Le General Belgrano éperonna accidentellement le Nueve de Julio au cours d'exercices en 1956, causant des dégâts aux deux bâtiments. Le General Belgrano est armé de de conception britannique entre 1967 et 1968.
Torpillage Après l'invasion des îles Malouines de 1982, la junte militaire argentine commence à renforcer les défenses de l'île à la fin du mois d'avril lorsqu'elle apprend que la force opérationnelle britannique se dirigeait vers les îles Malouines. En réponse à ces mouvements, la Marine argentine reçoit l'ordre de prendre position autour de ces îles. Deux groupes opérationnels – le premier, désigné sous le nom de « 79.1 », qui comprenait le porte-avions et deux destroyers équipés de systèmes de guidage de missiles, et le second, le « 79.2 », qui comprenait trois frégates armées de missiles Exocet The Falkland Islands Conflict 1982 - Data Library - Ships – sont envoyés en direction du nord. Le General Belgrano avait quitté Ushuaïa en Terre de Feu le . Deux destroyers, le et le (deux anciens bâtiments de l'US Navy), sont détachés du groupe opérationnel 79.2 et, avec le navire-citerne ARA Puerto Rosales, rejoignent le Belgrano pour former le groupe opérationnel 79.3.
Le , ces navires patrouillaient au niveau du Burdwood Bank, au sud des Malouines. Le , le General Belgrano est détecté par le sous-marin nucléaire d'attaque britannique « chasseur-tueur » . Le sous-marin s'approche le jour suivant. Le , l'amiral Juan Lombardo ordonne à toutes les unités navales argentines de se mettre en recherche de la force opérationnelle britannique et de lancer une « attaque massive » le lendemain. Le Belgrano, qui était situé en dehors de la zone d'exclusion, au nord de celle-ci, reçoit l'ordre de piquer vers le sud.
L'ordre de Lombardo est intercepté par les services de renseignement britanniques. Le lendemain, le Premier ministre Margaret Thatcher et le War Cabinet, réunis au manoir de Chequers, acceptent une demande de l'amiral Sir Terence Lewin, le Chef d'état-major de la défense, de modifier les règles encadrant le lancement des hostilités et d'autoriser une attaque sur le General Belgrano en dehors de la zone d'exclusion. Bien que le groupe opérationnel argentin ait été situé en dehors de la Total Exclusion Zone, décrétée par les Britanniques, formant un cercle de (200 milles nautique) autour des îles, les Britanniques décident qu'il représentait une menace. Après consultation du Cabinet (gouvernement), le Premier ministre Margaret Thatcher donne son accord au Commander pour que le General Belgrano soit attaqué.
À le , le tire trois torpilles de Mark VIII** (torpilles conventionnelles, non guidées, dont la conception date de l'entre-deux-guerres), dotées chacune d'une ogive de () de Torpex. Alors que le Conqueror était également équipé de torpilles Mark 24 Tigerfish plus récentes, des doutes subsistaient quant à leur fiabilité. Les premiers rapports d'enquête argentins affirmeront que le Conqueror avait tiré deux torpilles Tigerfish sur le Belgrano Eduardo José Costa, Guerra bajo la Cruz del Sur. Hyspamérica, 1988, . Deux des trois torpilles tirées atteignent le General Belgrano. Selon le gouvernement argentin, la position du General Belgrano était .
Une des torpilles atteint le navire à environ dix à quinze mètres en arrière de la proue, en dehors de la zone protégée par le blindage latéral ou par le renflement anti-torpille interne. La proue du bâtiment saute mais les cloisons anti-torpilles tiennent bon et le magasin à munitions destiné à alimenter le canon de n'explose pas. Il est possible que l'équipage du General Belgrano se soit trouvé dans cette partie du navire au moment de l'explosion.
La seconde torpille atteint le navire au trois-quarts de sa longueur. Elle s'enfonce dans le blindage du bâtiment avant d'exploser dans la salle des machines située à la proue. L'explosion déchire les deux quartiers et la zone de relaxation surnommée « the Soda Fountain » (en ) avant que la torpille ne soit déviée et qu'elle ne crée un orifice de de long dans le pont principal. Des rapports ultérieurs estimeront le nombre de victimes dues à l'explosion de la torpille dans cette zone à 275 morts. Après l'explosion, l'intérieur du navire se remplit rapidement d'une épaisse fumée. L'explosion ayant également endommagé le système d'alimentation électrique du General Belgrano, ce dernier n'est pas en mesure d'émettre un signal de détresse. Bien que les cloisons anti-torpilles n'aient pas cédé à l'explosion de la première torpille, l'eau s'engouffre rapidement à travers le trou créé par la seconde, les systèmes de pompage ayant été rendus inopérants, faute d'électricité. De plus, bien que le bâtiment aurait dû se trouver « en position de combat », ses portes étanches avaient été laissées ouvertes.
Le General Belgrano commence alors à pencher du côté de l'orifice et à couler par la proue. Vingt minutes après l'attaque, à , le capitaine Bonzo ordonne à l'équipage d'abandonner le navire. Des canots gonflables sont déployés et l'évacuation débute dans le calme.
Les deux navires d'escorte n'étaient pas informés de ce qui arrivait au General Belgrano, en raison de l'obscurité, et leurs équipages respectifs n'avaient pas aperçu les signaux lumineux et les fusées de détresse lancées depuis le navire amiral. Pour ne rien enlever à la confusion qui régnait alors, l'équipage du Bouchard ressentit un choc qui aurait pu résulter de l'impact de la troisième torpille arrivant en fin de course (un examen ultérieur de la coque du navire confirmera la présence d'un impact pouvant correspondre à une torpille). Les deux navires continuent leur trajectoire vers l'ouest et se mettent à larguer des grenades anti-sous-marines. Lorsque les deux escortes se rendent compte que quelque chose d'anormal était advenu au General Belgrano, la nuit est déjà tombée et les conditions météorologiques ont empiré, dispersant les canots et radeaux de survie qui avaient été mis à la mer.
Des navires argentins et chiliens portent secours à au total entre le 3 et le . Le nombre total de victimes s'établit à lors de l'attaque : d'équipage et deux civils qui se trouvaient à bord au moment du torpillage.
Conséquences sur la suite du conflit À la suite de la perte du General Belgrano, la flotte argentine retourne dans ses bases et ne jouera pas un rôle majeur jusqu'à la fin du conflit. Les sous-marins nucléaires britanniques continuèrent à opérer dans les eaux situées entre l'Argentine et les îles Malouines, permettant de réunir des renseignements, de fournir des alertes précoces en cas de raids aériens et représentant une menace potentielle considérable. Une autre conséquence à l'immobilisation de l'unique porte-avion argentin étant que les avions devaient impérativement opérer à partir de bases terrestres, ce qui limitait leur rayon d'action Beyond the General Belgrano and Sheffield : Lessons in Undersea and Surface Warfare from the Falkland Islands Conflict, Stanford University, . Le rôle minime de la Marine jusqu'à la fin de la guerre se traduisit également par une perte considérable d'influence et de crédibilité de cette arme au sein de la junte.
Controverses autour du torpillage du General Belgrano Une controverse considérable vit le jour à propos de la légalité du torpillage du General Belgrano en raison de désaccords sur la nature exacte de la Maritime Exclusion Zone et sur le fait que le bâtiment prenait ou non la direction du port au moment de l'attaque. Le torpillage devint également une « cause célèbre » pour les opposants à la guerre tels que le Member of Parliament du Parti travailliste Tam Dalyell, les premiers rapports affirmant que argentins avaient été tués dans le naufrage.
Le torpillage eut lieu après que le président du Pérou Fernando Belaúnde eut proposé un plan de paix global et appelé à l'unité dans la région ; cependant le Premier ministre Margaret Thatcher et les diplomates en poste à Londres ne prendront connaissance du document qu'après l'attaque contre le General BelgranoWikiquote – Diana Gould and Thatcher at an interview where Thatcher admits the Peruvian Peace Proposals did not reach London until after the attack on the Belgrano. Les échanges diplomatiques étaient restés jusque-là sans résultat. Après le naufrage, l'Argentine rejeta le plan de paix alors que le Royaume-Uni indiquera l'accepter le . La nouvelle de l'acceptation sera cependant éclipsée par le naufrage, et le fait que les Britanniques ont continué à offrir un cessez-le-feu jusqu'au reste méconnu 1982 Falklands War Timeline, A Chronology of Events in the Falklands War.
Zone d'exclusion
Le , le Royaume-Uni déclare une « Maritime Exclusion Zone » (MEZ) de nautiques autour des îles Malouines à l'intérieur de laquelle tout navire de guerre argentin ou tout bâtiment auxiliaire serait attaqué et détruit par un sous-marin nucléaire (SSN) britannique.
Le , le gouvernement britannique clarifie sa position et précise — dans un message transmis au gouvernement argentin par l'intermédiaire de l'ambassade de Suisse à Buenos Aires — que tout navire ou aéronef argentin, considéré comme posant une menace aux forces britanniques, serait attaqué.