thumb|Fresque provenant du monastère de Saint-Lucas en Grèce. L'armée byzantine était le corps militaire terrestre des forces armées byzantines, servant côte à côte avec la marine byzantine. Descendante directe des légions et de la marine romaine de l'ancien Empire romain, l'armée byzantine maintint un niveau similaire de discipline, de prouesse stratégique et d'organisation. Pour une grande part de son histoire, l'armée byzantine fut la plus puissante et la plus performante force militaire de toute l'Europe. La tactique militaire byzantine commença à évoluer de manière autonome après la chute de l'Empire romain d'Occident et la disparition des légions romaines.

La langue utilisée dans l'armée était au départ toujours le latin. Cependant, progressivement, et particulièrement à partir du , le grec a commencé à s'imposer, de la même façon qu'à la même époque il est devenu la langue officielle de tout l'empire.

À la différence des légions romaines, sa force résidait dans l'utilisation d'une cavalerie lourde, appelée kataphractos (cataphractaire), qui était une évolution des clibanarii utilisés dans l'Empire romain dès le règne d'Hadrien. L'infanterie était encore employée mais principalement dans un rôle de soutien et comme base de manœuvre pour la cavalerie. La plus grande partie des fantassins de l'empire constituait ce que l'on pourrait appeler « l'infanterie lourde » — Skutatoi et plus tard, Kontarioi (pluriel de Kontarios) —, le reste formant « l'infanterie légère », avec les archers — Psiloi.

Le « Ρωμαίοι στρατιώται » ("Romaïoï Stratiotaï", "Soldats romains") était une force fidèle constituée de citoyens prêts à mourir pour défendre leurs maisons et leur État, et elle était renforcée par des mercenaires. La conscription était encore pratiquée pour l'infanterie, comme dans l'armée romaine, chaque citoyen étant susceptible d'être appelé pour servir. La formation était très poussée, comme celle des légionnaires, avec les soldats enfermés dans des casernes, apprenant les techniques de combat avec leurs épées. Mais comme vers la fin de l'Empire romain, le tir à l'arc était intensivement pratiqué.

L'Empire proto-byzantin (395-641)

Histoire militaire

L'Orient : front principal

vignette|Chérubin et l'empereur Héraclius soumettant le roi sassanide Khosro II, plaque provenant d'une croix. Émail champlevé sur cuivre doré, 1160-1170. gauche|vignette|Fresque de Piero Della Francesca dépeignant une bataille entre Byzantins et Sassanides. vignette|gauche|Frontière byzantino-perse. vignette|Campagnes de 611-624. vignette|gauche|Les dernières campagnes d'Héraclius face aux Sassanides (624-628).

Comme souvent dans l'histoire romaine, l'attention principale des Empereurs d'Orient se concentre vers l'Est, lieu d'implantation de la puissance rivale de Rome puis de Constantinople que sont les Parthes suivis des Sassanides. Cet Empire est capable de mobilisation massive et la frontière entre les deux superpuissances du Moyen-Orient est lourdement militarisée. Néanmoins, elle évolue peu dans les premières décennies de l'Empire d'Orient, en raison des priorités militaires qui accaparent Romains et Perses sur d'autres fronts. De ce fait, la frontière fixée lors du traité de Nisibis est stable au moins jusqu'au règne de Justinien Ier et l'Empire jouit d'une période de paix plutôt solide.

Néanmoins, dès le règne d'Anastase, une première guerre éclate, suivie de plusieurs autres sous Justin Ier puis Justinien. D'ampleur relativement localisée, à l'image de la lutte d'influence en Lazique, cette conflictualité n'entraîne pas de mouvements frontaliers d'ampleur. Pour autant, les limitanei sont rapidement dépassés par la puissance sassanide et les empereurs successifs leur substituent des troupes de campagne et n'hésitent pas à fortifier de nombreux bastions, à l'image de Dara par Anastase ou Phasis par Justinien. Quelques grandes batailles parsèment ces conflits, comme la victoire de Bélisaire à Dara mais aussi sa défaite à Callinicum. Par ailleurs, autre aspect notable de ces conflits, les supplétifs arabes sont mobilisés par Ctésiphon autant que par Constantinople avec les Lakhmides, alliés des Perses et les Ghassanides, alliés des Byzantins, qui peuvent lancer des raids parfois destructeurs.

Cette belligérance s'accentue après la mort de Justinien et les périodes de paix deviennent de moins en moins fréquentes. Sous Justin II, Tibère II Constantin et Maurice, les campagnes se multiplient, parfois violentes et de nombreux généraux byzantins se succèdent sur ce front primordial, qui accaparent de nombreuses ressources humaines et financières sans résultats d'ampleur mais avec des destructions parfois fortes. Au début du règne de Maurice, l'empereur profite du renversement du shah pour lui offrir l'asile et l'appuyer militairement dans sa reconquête du trône. Il peut ensuite négocier une paix très avantageuse, qui octroie d'importants progrès territoriaux pour les Byzantins en direction de l'Arménie.

Cette gradation dans la violence et l'intensité atteint son paroxysme au début du . Le renversement de Maurice par Phocas offre à Khosro le prétexte d'une intervention militaire qui se transforme en véritable invasion des provinces orientales de l'Empire byzantin. Si le rideau défensif byzantin résiste quelques années, les Perses profitent des conflits internes byzantins pour envahir la Palestine, la Mésopotamie et jusqu'à l'Égypte byzantines. Les premières années du règne d'Héraclius sont donc marquées par la perte de pans entiers de territoires d'importance stratégique. Les Sassanides peuvent même pénétrer en profondeur en Anatolie et assiéger Constantinople en coordination avec les Avars en 626.

Cette guerre voit surtout une formidable réaction byzantine. Héraclius devient le premier empereur byzantin à s'engager personnellement sur le front, alors que ses prédécesseurs ont rarement quitté Constantinople. Il mobilise une armée mobile et bien entraînée, capable d'opérer sur les arrières des Sassanides et de lancer des raids sur leur propre territoire. Jouant des rivalités entre les généraux ennemis, il réussit à renverser le cours du conflit et va jusqu'à menacer Ctésiphon, remportant une grande victoire à Ninive (627), avant de conclure la paix. Si la totalité des terres perdues sont récupérées, notamment Jérusalem, l'épuisement d'un conflit d'une ampleur inédite jusqu'alors et qui a mobilisé des ressources considérables laisse l'Empire byzantin très fragile.

Les Balkans, menacés puis submergés

vignette|Le siège de Constantinople en 626, représenté sur une fresque du monastère de Moldovița en Roumanie. Si l'Orient est le théâtre des conflits les plus massifs mais aussi les plus prestigieux pour les soldats, le théâtre balkanique est d'une autre nature. Il ouvre directement sur les plaines d'Europe centrale et orientale et aux nombreux peuples, dits barbares, qui menacent de plus en plus les frontières romaines, à l'image des Goths puis des Huns. Ainsi, c'est dans la péninsule balkanique que les Romains essuient l'une de leur pire défaite lors de la bataille d'Andrinople (378). Le Danube demeure une frontière fragile pour l'Empire d'Orient, régulièrement franchi par les Huns notamment, qui pillent en profondeur la région jusqu'en Grèce. Les empereurs se limitent le plus souvent à une guerre défensive, même si Marcien conduit quelques raids en Pannonie, tandis que le nord de l'Illyrie est abandonné aux Ostrogoths.

À partir d'Anastase et surtout sous Justinien, la fortification de cette frontière devient la priorité et se matérialise par un dispositif qui s'appuie sur la profondeur stratégique des Balkans, à l'image du mur d'Anastase qui constitue la défense extérieure de Constantinople. Toute une série de fortifications sont établies ou restaurées mais les effectifs sont souvent insuffisants pour les maintenir en état. De ce fait, les raids sont nombreux à franchir le Danube, de la part des Gépides ou des Proto-Bulgares puis des Avars, qui s'établissent en Pannonie vers 550-560. Surtout, les peuples slaves commencent à migrer vers le sud et s'établissent de manière plus ou moins durable sur les terres traditionnellement romaines, au travers des sklavinies. Il est difficile de retracer l'exacte chronologie de ces mouvements mais la mainmise de l'Empire sur les Balkans s'affaiblit tout au long du , à l'image de la perte de Sirmium en 582.

La plupart des empereurs sont confrontés à la difficulté de déployer des effectifs suffisants dans la région balkanique, alors qu'ils doivent régulièrement affronter les Sassanides en Orient. En outre, c'est un front qui présente peu d'attraits pour les troupes, qui évoluent sur un terrain compliqué et offrant peu de perspectives de butins face à un adversaire qui n'a pas le prestige des Sassanides. C'est Maurice qui est le plus actif, profitant de la paix avec les Sassanides pour déployer des troupes en nombre pour affronter les Slaves et les Avars, n'hésitant pas à porter le combat au nord du Danube, parfois au prix d'hivernages impopulaires. Face à l'intensité de cette guerre et au manque d'effectifs, la grogne s'installe et une mutinerie finit par éclater en 602, conduite par Phocas, qui mène au renversement violent de Maurice, pour la première fois dans l'histoire byzantine.

Cet événement, tournant dans l'histoire politique, l'est aussi pour l'histoire militaire car le front balkanique est de nouveau laissé au second plan lors des décennies suivantes. Les Avars en profitent pour multiplier leurs incursions, jusqu'à assiéger Constantinople en 626 tandis que les sklavinies se développent de plus en plus au sud, au point de rendre la souveraineté byzantine sur les Balkans parfois très formelle, 224-226..

La guerre sur d'autres fronts thumb|Principales opérations de la guerre des Goths. vignette|gauche|Carte des opérations de la guerre des Vandales.

Si l'Empire byzantin opte principalement pour une posture défensive, des guerres offensives sont aussi menées, en particulier sous Justinien. C'est le cas d'abord contre les Vandales qui occupent l'Afrique du Nord autour de Carthage. Après une expédition désastreuse en 468, une longue paix règne que brise l'envoi du corps expéditionnaire mené par Bélisaire en 533. Il ne faut que quelques mois au général byzantin pour triompher à deux reprises des Vandales, dont le royaume disparaît rapidement, laissant place à une longue campagne de pacification face aux Maures, menée notamment par Jean Troglita. Par la suite, cette province jouit d'une paix plutôt solide pendant un siècle.

En Italie, l'effort est autrement soutenu. Pour reprendre le cœur de l'ancienne puissance romaine, Justinien envoie Bélisaire depuis le sud et Mundus depuis le nord. Si les premiers résultats face aux Ostrogoths sont probants, ils ne permettent pas de briser la résistance adverse et la nécessité régulière de déployer des hommes sur d'autres fronts prive la péninsule d'effectifs suffisants pour une pacification effective. Face aux sursauts des Ostrogoths, il faut plus de vingt ans de conflits pour remporter une victoire dont le prix est élevé, à l'image de Rome, plusieurs fois l'objet de sièges qui finissent de l'appauvrir. De ce fait, l'Italie n'est guère en mesure de soutenir le choc face aux invasions des Lombards. La défense des Byzantins, qui s'articule autour de l'exarchat de Ravenne dont le gouverneur détient d'importantes prérogatives militaires, consiste à défendre les régions les plus stratégiques et de miser sur la diplomatie pour tenter de combler l'insuffisance de moyens.

Enfin, de manière plus anecdotique mais témoignant des capacités de projection de l'armée byzantine, une expédition est menée jusqu'en Espagne avec la conquête du sud de la péninsule mais qui ne survit guère que quelques décennies, entre les années 550 et 620..

Organisation

vignette|Structure de commandement, vers 395