Jacqueline Péry d'Alincourt, née Jacqueline-Jeanne-Marie Brochard de La Rochebrochard, le à Prissé-La Charrière (Deux-Sèvres) et morte le à Paris 17e, est, alias Violaine, une résistante française.

Biographie Aînée d'une famille nombreuse, Jacqueline de La Rochebrochard est la fille de Nicole de Ligniville et d'Henri de La Rochebrochard, descendant du roi Saint-Louis, dont les récits de la Première Guerre et les idées issues du christianisme social marqueront son éducation. Elle achève ses études secondaires dans une institution religieuse à Poitiers et commence rapidement à travailler comme éducatrice de jeunes enfants. A 19 ans, elle se fiance à Joseph de Lorne d'Alincourt, élève-officier à l'École d'artillerie de Poitiers. Son mariage, prévu pour dans son village natal, est célébré à la hâte les 29 et , le tout juste diplômé sous-lieutenant d'artillerie, né le à Luzy-sur-Marne, devant être mobilisé immédiatement à Toul, au régiment du DCA.

Sans nouvelles de son époux, Jacqueline d'Alincourt décide de rejoindre l'Est où elle réussit à retrouver sa caserne et s'établit chez ses beaux-parents lors de la déclaration de guerre, le jeune couple s'étant retrouvé de temps en temps pendant la drôle de guerre puis très vite séparé à cause de l'Occupation; fin , elle apprend qu'il est emmené rapidement de Saint-Dizier (où la sentinelle les autorise à passer quelques minutes ensemble) à Chaumont où elle ne pourra que brièvement lui frôler les mains pour la dernière fois à travers la grille du collège d'où tous les prisonniers de guerre partiront dès le lendemain vers l'Allemagne.

Résistance C'est la lettre d'un oncle prisonnier de guerre dans le même camp qui apprend à la famille de La Rochebrochard la mort, survenue le 23 mars 1941 - d'une méningite foudroyante - de son époux, à Nuremberg (Oflag XIII B). La jeune veuve de guerre, âgée de 21 ans, décide alors de s'installer à Paris où elle trouve un emploi d'enseignante dans une classe élémentaire du collège du Sacré-Cœur de la rue Saint-Dominique. Alors qu'elle a déjà entrepris, dès 1940, à l'aide de ses sœurs cadettes, des actions contre l'occupant, elle est présentée, au printemps 1942, par son amie et colocataire, Claire Chevrillon - à un certain Gautier (elle apprendra beaucoup plus tard qu'il s'agissait en fait de Jean Ayral.), chef régional du Bureau des opérations aériennes (BOA) en France occupée. Le , ce dernier la charge en tant qu'agent P 2 - agent permanent indemnisé - de coder les messages radio destinés à permettre les parachutages au BCRA de Londres.

C'est à la demande de Daniel Cordier (à qui Jean Moulin rentré de Londres en a donné l'ordre de déménager de Lyon à Paris la direction des services de la Délégation gaulliste en zone Nord de Paris et qui a besoin d'agents-courriers supplémentairesDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, Gallimard, Paris, 2025, pp. 136-137.) qu'Ayral lui transfère, fin mars - début avril 1943, Jacqueline d'AlincourtDaniel Cordier, Rétro-chaos - Mémoires, op. cit., pp. 126.. Laquelle intègre le secrétariat de l'équipe de Germain (Hugues Limonti), subordonné direct de Cordier, en tant que courrier. C'est désormais ViolaineBéatrice Gurrey, « Martha Desrumaux, figure du Front populaire, syndicaliste, résistante et féministe », Le Monde, 28 août 2021, p. 18-19 . qui est chargée d'organiser la vie matérielle des agents secrets en provenance de Londres afin de leur procurer immédiatement hébergement, faux papiers, couverture professionnelle ainsi que des tickets de rationnement. Elle fait partie de la dizaine d'agents chargés d'organiser les liaisons avec les réseaux et la Délégation générale et doit également prendre en charge les pilotes alliés afin d'assurer leur évasion en leur fournissant des boîtes aux lettres pour collecter les courriers clandestins venus de toute la France.

Après de nombreuses transactions immobilières réussies en urgence, c'est celle effectuée à l'intention du lieutenant-colonel Pierre Marchal, alias Morinaud qui vaut à la comtesse d'Alincourt d'être dénoncée et arrêtée dans une souricière tendue par la Gestapo, à son domicile du rez-de-chaussée du 86 rue de Grenelle : au soir du , interrogée, menottée, menacée et torturée sans trêve pendant cinq jours et quatre nuits au n°11 de la rue des Saussaies, puis, ayant refusé de parler, elle est mise au secret pendant six mois dans la cellule n°131 du second étage du centre pénitentiaire de Fresnes.

Déportation Après un regroupement au fort de Romainville à la fin du mois de , Jacqueline de Lorne d'Alincourt est déportée depuis la gare de Pantin vers Fürstenberg en Allemagne par le transport du en tant que numéro 35 243 sous un triangle rouge et c'est à pied qu'elle prend le chemin de Ravensbrück - camp de concentration pour femmes situé dans le Brandebourg - où elle rejoint son amie, Geneviève de Gaulle qui devient sa compagne de paillasse; toutes deux s'y lient avec Germaine Tillion, Marie-José Chombard de Lauwe, Anne-Marie Renaud de Saint-Georges, Christiane Cavelier de Cuverville, Paulette Charpentier, Germaine Lhuillier-de Courson, Yvonne Crépon-de La Rochefoucauld, Violette Rougier-Lecoq, Charlotte Delbo, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Anne-Marie Bauer, Suzanne Hiltermann, Isabelle et Maisie Renault, Renée Mirande-Laval, Anise Postel-Vinay, Micheline Maurel, Margaret Buber-Neumann, Noëlle Vincensini, Denise Vernay, Odette Fabius, Mère Marie Skobtsova et tant d'autres...

Le , Jacqueline d'Alincourt est remise à la Croix-Rouge suédoise et donc sauvée in extremis à Lübeck puis à la frontière danoise dès le lendemain. Elle retrouve enfin, le (avec 13 compagnes survivantes gardées en otage jusque-là par les SS) la liberté à Copenhague sur le ferry-boat en partance pour Malmö... tout en parvenant à rapporter le manuscrit de l'opérette Le Verfügbar aux Enfers...

Après la guerre Mariée le à Pierre Péry (1912-1966) - dont elle a deux filles, Violaine et Marie-Claire (1947-1974) - rescapé de Buchenwald, Jacqueline Péry d'Alincourt devient, à partir de 1960, traductrice, informaticienne puis chargée de missions à l'UNESCO et dans différentes sociétés. Elle est régulièrement invitée dans les lycées et collèges ainsi que dans les universités américaines où elle n'a de cesse de témoigner de son engagement dans la Résistance et de son expérience concentrationnaire.

Commandeur de la Légion d'Honneur, Grand-croix de l'ordre national du Mérite, Jacqueline Péry d'Alincourt est titulaire de la Croix de guerre 1935-1945 avec palme de bronze et de la Médaille de la Résistance française. La dernière présidente de l'Amicale des réseaux action de la France combattante s'éteint à son domicile de la rue Pierre-Demours et est inhumée le dans son village natal des Deux-Sèvres où les honneurs militaires lui sont rendus. Une messe d'hommage réunissant sa famille et ses amis est organisée le en la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris.

Distinctions par décret du . par décret du (remise le par Geneviève de Gaulle-Anthonioz).

(décret du ) (1983) (1951)

Hommage Exposition Elle fait partie des 16 femmes dont le parcours est présenté dans le cadre de l'exposition temporaire « Déportées à Ravensbrück, 1942-1945 » organisée par les Archives nationales (site de Pierrefitte-sur-Seine) du au ..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie François Berriot, Témoignages sur la Résistance et la Déportation. Autour de Jacqueline Pery d'Alincourt, L'Harmattan, 2008. Claire Chevrillon, Une Résistance ordinaire, éditions du Félin, 1999. Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, 2009. Lynne Olson: The sisterhood of Ravensbrück : how an intrepid band of frenchwomen resisted the Nazis in Hitler's all-female concentration camp, Melbourne ; London ; Minneapolis : Scribe, 2025,

Articles connexes Familles subsistantes de la noblesse française

Liens externes

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