L' est la composante terrestre des forces armées de l'empire du Japon de 1867 à 1945.
Entre 1894 et 1945, l'Armée impériale nippone participa à deux , à la guerre russo-japonaise, à la colonisation de Corée, à la Première Guerre mondiale, à la constitution de l'État fantoche du Mandchoukouo et aux campagnes d'Asie et du Pacifique.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, elle se distingua en s'imposant à la campagne des Indes orientales néerlandaises et plusieurs autres batailles, notamment celle de Bataan. Ses victoires de 1941 à 1942 ont permis au Japon d'occuper, en plus du territoire conquis à la suite de la guerre sino-japonaise, une partie de l'Asie du Sud-Est et donc de contribuer à l'agrandissement de la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale. Elle est également réputée pour avoir farouchement résisté pendant la reconquête des îles orchestrée par les États-Unis à partir de 1943Comme à Iwo Jima, où seulement 216 soldats japonais sur sont faits prisonniers., menant les Alliés à recourir aux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki pour mettre fin à la guerre en 1945.
Histoire vignette|redresse|Bronze érigé en l'honneur de l'empereur Meiji, père fondateur du Japon moderne à Naha.
L'Armée impériale japonaise a été créée pour remplacer l'armée japonaise traditionnelle constituée par les samouraïs. L'armée japonaise s'est inspirée des pays européens pour se moderniser. L'aide à cette modernisation a été fournie par les pays occidentaux, principalement la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et plus tard, l'Allemagne. Entre 1894 et 1945, l'Armée impériale japonaise participa à deux , à la guerre russo-japonaise, à la prise en main de la Corée, à la Grande Guerre et aux campagnes du Pacifique.
Ouverture à l'Occident et naissance de l'Armée impériale Les préludes à la restauration de Meiji
La société que découvre le commodore américain Matthew PerryMatthew Perry vint au Japon porteur d'une lettre du président américain Millard Fillmore et sa mission fut d'ouvrir les routes commerciales des États-Unis vers l'archipel nippon, jusqu'ici fermé par la politique d'isolement volontaire voulu par le shogunat des Tokugawa. le est une société militarisée de clans familiaux féodaux qui divise l'empire du Japon.
Devant la démonstration de force, le bakufu se plia aux exigences américaines : par deux traités, celui de Kanagawa en 1854, puis de Harris en 1858, le gouvernement shogunal se vit imposer l'ouverture au commerce avec les Etats-Unis de plusieurs de ses ports, un système d'extraterritorialité pour les citoyens américains, et le montant des taxes sur le commerce. L'empereur Kōmei refusa de sanctionner le traité de 1858, ce qui plongea le pays dans une forte instabilité politique, partagé entre deux camps : d'un côté, les loyalistes du sud-ouest du Japon, et quelques aristocrates de la cour impériale, qui souhaitaient restaurer les pouvoirs de l'empereur et expulser les Occidentaux du pays, de l'autre, les dignitaires du bakufu plus modérés, les samurai du domaine de Satsuma dans le sud du Japon, et quelques aristocrates souhaitant une alliance de la cour impériale et du shogunat, qui adoptèrent une attitude de résistance passive face aux Occidentaux, dont ils estimèrent que la supériorité en matière de technologie et d'armement ne mènerait qu'à la défaite en cas de guerre ouverte.
Pour faire face aux menaces extérieures, le bakufu mena une politique active en matière de défense : il construisit de nombreux arsenaux destinés à produire des canons modernes, acheta un navire à vapeur aux Néerlandais, le Kankō Maru, importa des dizaines de milliers d'armes à feu, et invita des attachés militaires, principalement français. En 1862, les forces militaires du Shogunat avaient été modernisées à marche forcée, bien que la priorité a été donné à la marine de guerre. L'armée shogunale, composée de samurais recrutés au sein des domaines, souffrait de quelques lacunes : les domaines disposaient librement de leurs propres forces, et ceux-ci n'envoyaient pas leurs meilleurs éléments. En outre, les méthodes de combat occidentales ne rencontraient pas l'unanimité parmi les soldats de l'armée shogunale, de même que l'entraînement à l'arme à feu et à la baïonnette, privilégiant le maniement de l'épée et la lance.
En , pressé par la frange la plus radicale des loyalistes, l'empereur Kōmei signa un décret ordonnant au shogunat d'expulser l'ensemble des Occidentaux du pays dans les six mois. En , des navires occidentaux traversant le détroit de Shimonoseki furent attaqués par les forces militaires du domaine de Chōshū. En représailles, l'US Navy organisa une expédition punitive, envoyant le navire de guerre affronter la flotte du domaine de Chōshū, qu'il défait lors de la bataille de Shimonoseki.
Un mois plus tard, des navires de guerre britanniques stationnèrent dans la baie de Kagoshima, afin de faire pression sur le domaine de Satsuma : les Britanniques souhaitaient appréhender un des auteurs de l'assassinat du citoyen anglais Charles Lennox Richardson lors de l'incident de Namamugi, et obtenir la compensation financière promise par le bakufu. À cause des vents forts, la flotte commandée par Augustus Leopold Kuper se plaça à portée des batteries côtières de Kagoshima, qui firent feu sur les navires anglais. Si les Britanniques décidèrent de se retirer sans avoir obtenu gain de cause, la ville de Kagoshima subit des dommages importants, l'ensemble de ses batteries côtières ayant été détruites.
Depuis 1840, certains domaines féodaux, comme celui de Chōshū ou de Satsuma, avaient acquis des pièces d'artillerie occidentales, et formé des soldats à leur usage, afin de renforcer leur puissance militaire et leur autonomie vis-à-vis du bakufu. Grâce à l'appui de conseillers militaires anglais, les samurai du domaine de Satsuma avaient également adopté de nouvelles techniques de combat, et notamment les formations tactiques d'infanterie en ordre dispersé, abandonnant les formations en ordre serré utilisées lors d'assauts de masse. Le domaine de Chōshū confia le soin à Takasugi Shinsaku d'organiser de nouvelles unités de fusiliers, composées à la fois de guerriers et de paysans, nommées Kiheitai. Cette milice, combattant avec des mousquets ou des fusils à mèche dépassés, était pauvrement équipé. Elle n'était, de toute manière, pas destinée à combattre en première ligne, mais plutôt à suppléer l'armée régulière ou à patrouiller les zones côtières du domaine.
En , les éléments les plus radicaux du domaine de Chōshū, chassés du palais impérial à la suite du coup d’État des clans Satsuma et Aizu, marchèrent sur la ville de Kyoto pour restaurer le pouvoir impérial. Les insurgés Chōshū, composés de troupes régulières et d'unités Kiheitai, furent repoussés par les forces combinées Satsuma et Aizu lors de la bataille des portes interdites. En représailles, le shogunat mena la première expédition de Chōshū à la tête d'une coalition de 150 000 hommes : devant la démonstration de force, les responsables de la rébellion des portes Hamaguri furent discrédités, et remplacés par des bureaucrates conservateurs. Le shogun punit également les hauts-fonctionnaires Chōshū, accusés d'avoir encouragés la rébellion. Malgré l'insistance des nouvelles autorités du domaine, les Chōshū loyalistes, en particulier les plus jeunes, refusèrent de dissoudre les unités Kiheitai : tirant les leçons de la défaite aux portes Hamaguri, dont ils attribuèrent les origines non pas à la milice Kiheitai, mais à un armement inférieur aux troupes coalisées, ils encouragèrent la création d'autres unités mixtes, composées à la fois de guerriers et de paysans, formées à l'armement et aux techniques de combat occidentales. Takasugi Shinsaku équipa ces nouvelles unités avec de l'équipement moderne, acheté à des marchands d'armes britanniques, et les soumit à une discipline draconienne. Ōmura Masujirō, un autre des Jeunes-Turcs du domaine de Chōshū, entraîna les Kiheitai aux tactiques d'escarmouches occidentales, afin de les déployer comme unités de guérilla, ou de franc-tireurs, en soutien des troupes régulières.
Sous la direction de Takasugi Shinsaku, les unités Kiheitai lancèrent début 1865 un raid dans la ville de Shimonoseki, capitale du clan Chōshū, plongeant le domaine dans la guerre civile. Selon , la milice, à l'avant-garde de la réforme militaire, fit preuve d'une grande habileté tactique dans l'utilisation de ses nouvelles armes. En , Takasugi avait pris le contrôle de la capitale, défait les troupes shogunales envoyées pour le chasser, et expulsé les sympathisants du shogun. Néanmoins, sa santé se dégradant, les autorités de Chōshū le remplacèrent par Ōmura Masujirō, qui fut chargé de réorganiser l'armée du domaine. Il rééquipa les unités Kiheitai avec des fusils Minié, et introduisit des exercices de maniement à la baïonnette. Au milieu de l'année 1865, Masujirō disposait d'une force de 4000 hommes, ce qui poussa le bakufu à organiser une deuxième expédition punitive contre le domaine de Choshū.
Bien que le shogunat Tokugawa annonçât ses intentions en , les forces du bakufu, organisées en colonne, n'atteignirent la frontière nord du domaine de Choshū qu'en juin de la même année, ce qui laissa le temps aux troupes menées par Ōmura Masujirō de préparer leurs défenses. Pour affronter les forces armées du shogunat, largement supérieures en nombre et en puissance de feu, Masujirō privilégia les attaques sur les flancs ou sur les arrières-gardes de la colonne d'infanterie, une tactique qu'il qualifia de chasse aux lapins. Le déroulement d'une attaque était toujours identique : une unité de Kiheitai engageait une partie de la colonne ennemie, l'obligeant à se disperser par un tir de saturation, puis décrochait avant que les troupes du shogun eussent le temps de riposter. La stratégie de Masujirō fut couronnée de succès : en , les troupes ennemies, démoralisées, battaient en retraite.
Les performances au combat des unités de Kiheitai convainquit les autorités militaires du domaine de Chōshū de l'intérêt de mobiliser des soldats de toutes les classes sociales, et pas seulement des samurai. Pour réorganiser son armée, particulièrement éprouvée par l'expédition de Chōshū, le bakufu fit appel à des conseillers militaires occidentaux, et notamment français. En , le bakufu disposait de deux bataillons d'infanterie modernes, et de deux d'artillerie, ce qui, selon Edward Drea, rendait inévitable une nouvelle confrontation avec les domaines rebelles.
Guerre de Boshin La mort de l'empereur Kōmei au début de l'année 1867, et l'accession au trône du jeune Mutsuhito, donna l'occasion aux domaines de Chōshū et de Satsuma de légitimer leur rébellion contre le bakufu. Le , les forces militaires des deux domaines s'emparèrent du palais impérial de Kyoto, proclamant la restauration du pouvoir impérial.
La réponse du shogun fut immédiate : il rassembla des troupes à Osaka, qu'il envoya affronter les forces coalisées du domaine de Chōshū et de Satsuma. Les troupes du shogun furent lourdement défaites lors de la bataille de Toba-Fushimi, par des forces deux fois inférieures en nombre. En quatre jours de combat, les troupes loyalistes perdirent 300 hommes, tandis que les troupes du Bakufu souffrirent du double des pertes de la coalition Chōshū-Satsuma. Pour Edward Drea, la bataille de Toba-Fushimi est d'une grande importance dans l'histoire du pays : une défaite des troupes des domaines de Chōshū et de Satsuma aurait discrédité le parti impérial et amoindrit l'influence de l'empereur dans l'histoire moderne du Japon. En outre, une victoire du shogun aurait retardé la réunification du Japon, laissant le pays vulnérable à une intervention étrangère. De fait, cette victoire consacre l'alliance du trône impérial avec la première armée moderne du Japon.