Jean-Edern Hallier, né le à Saint-Germain-en-Laye et mort le à DeauvilleRelevé des fichiers de l'Insee., est un écrivain, journaliste, critique littéraire, éditeur, polémiste, pamphlétaire et animateur de télévision français. Il est le créateur du prix anti-Goncourt et du journal L'Idiot international.
Biographie Origines et jeunesse thumb|Le manoir de La Boissière : vue extérieure d'ensemble (en 2022). Jean-Edern Hallier est le fils d'André Hallier (1892-1988), saint-cyrien de la promotion de Montmirail (1912-1914), général de brigade de l'Armée française, héros de la Première Guerre mondiale, puis attaché militaire en Hongrie, lui-même fils de militaire et propriétaire du manoir de la BoissièreUn bâtiment partiellement du , dit château de La Boissière (), acquis et profondément transformé au par le grand-père de Jean-Edern Hallier, le général Henri Hallier (1866-1956). Cf. . à Edern, dans le Finistère.
Protestante d’origine alsacienne et juive selon Jean-Edern HallierInformation contestée par Jean-Claude Lamy, Jean-Edern Hallier, l'idiot insaisissable, Albin Michel, 11/01/2017., sa mère, Marguerite Leleu (1903-1984), est la fille de l'industriel Auguste Leleu (1868-1940), domicilié dans un hôtel particulier à Saint-Germain-en-Laye. L'arrière-grand-père paternel, Adolphe Hallier, servit Pedro II, l'empereur du Brésil, comme directeur de son arsenal puis directeur de la Monnaie.
André Hallier et Marguerite Leleu ont eu deux enfants, Jean-Edern et Laurent (né en 1937). Durant le premier accouchement de cette dernière, les médecins ont recours aux forceps et l’enfant naît éborgné. Jean-Edern Hallier porte un œil de verre mais entend bâtir une légende autour de son infirmité, écrivant avoir été blessé durant son séjour en Hongrie avec ses parentsJean-Claude Lamy, Jean-Edern Hallier, l'idiot insaisissable, Paris, Albin Michel, 2016..
Jean-Edern Hallier se veut très tôt écrivain : il rencontre Jean Cocteau à l'âge de quinze ans puis Jean Paulhan, qui lui ouvre sa bibliothèque de la rue des Arènes. Son meilleur ami est Jean-René Huguenin. Tous deux écrivent pour des revues comme Arts et La Table ronde. En 1958, ils envisagent, avec Philippe Sollers, de fonder une revueJean-René Huguenin, Journal (1955-1962), préfacé par François Mauriac, Paris, Le Seuil, 1964.. Hallier fréquente aussi Pierre-André Boutang qu'il a rencontré dans le cercle d’amis de Roland Laudenbach au siège des éditions de la Table ronde.
Il rencontre cette année-là Bernadette Szapiro, fille de l'écrivaine belge Béatrix Beck. De leur relation naît une fille, Béatrice Szapiro, que Jean-Edern Hallier ne reconnaîtra qu'en 1984 alors qu'elle est âgée de vingt-six ans, Who's Who in France, Édition 1996-1997 ; Jean-Pierre Thiollet, Carré d'Art : Byron, Barbey d'Aurevilly, Dali, Hallier, Anagramme éditions, 2008, ..
Se situant à ses débuts dans la mouvance du Nouveau Roman, Hallier cofonde avec Philippe Sollers et quelques jeunes auteurs la revue Tel Quel, qu'il dirige en et de la rédaction de laquelle il s'est exclu en , après une virée rocambolesque de Philippe Sollers et de ses amis dans la famille d'Hallier en Suisse..
La même année, Hallier publie son premier roman, Les Aventures d'une jeune fille, salué par Pierre Klossowski et par Michel FoucaultArticle paru dans France-Observateur en 1963, repris, modifié, dans J.-E. Hallier, Chaque matin que se lève est une leçon de courage, Paris, Albin Michel, 1978..
Activités littéraires et audiovisuelles (1969-1979) Il crée, avec François Coupry et François de Negroni, les éditions Hallier, qui publient une trentaine de livres. Reprises en 1978 par les éditions Albin Michel, elles deviennent les éditions Libres Hallier. Homme de média, Hallier a hébergé en 1977 la première radio pirate déclarée — « Radio Verte », de tendance écologiste — faisant beaucoup parler d'elle, comme écho d'un phénomène nouveau. Durant cette même époque, dans la lignée des événements de Mai 68 (auxquels il aurait pris part), il a également créé, l'année suivante (), le journal pamphlétaire L'Idiot international — patronné à ses débuts par Simone de Beauvoir qui, par la suite, prendra ses distances avec le journalcf. « J'accuse », Le Monde, . —, ce qui vaudra plus tard à Hallier d'être accusé d'entretenir un réseau « rouge-brun ». Aux yeux de certains journalistes, le polémiste est d'autant plus suspect qu'il entame depuis quelques années un dialogue avec Alain de Benoist, publiant notamment un de ses essais aux éditions Libres-Hallier (filiale des éditions Albin Michel) : Les Idées à l'endroit (1979)En ouverture du livre, une « note de l'éditeur » précise : « Les Éditions Libres-Hallier ne soutiennent évidemment pas les idées de la Nouvelle Droite, dont l'un des hérauts, Alain de Benoist, s'exprime ici. Les éditions Libres-Hallier sont d'abord libres. Un débat est ouvert. Il serait suicidaire pour la gauche — ancienne ou nouvelle — de ne pas l'affronter en connaissance de cause. C'est la raison de la publication de ce livre. » Au sujet des rapports entre Alain de Benoist et Jean-Edern Hallier, cf. « Sur Jean-Edern Hallier et l'« Idiot international » »..
En , lors de la parution de La Cause des Peuples, il arrive finalement à être interviewé par Pierre de Boisdeffre et conclut en disant : En , il part pour le Chili du temps de Pinochet avec des fonds rassemblés par Régis Debray () pour la résistance chilienne et reviendra sans l'argent (il en aurait seulement remis le tiers)Dominique Simonnot, Mystifications, provocations: une anthologie.Le jour où Jean-Edern…, Libération, .. L'année suivante, il publie Chagrin d'amour (1974), dont il fait la promotion dans Ouvrez les guillemets de Bernard Pivot, qui déclare : Il s'y présente trois fois mais ne parvient jamais à y être élu.
Le , il rachète la librairie La Joie de lire fondée par François Maspéro, puis jette l'éponge le Paul Morelle, « Jean-Edern Hallier ferme " La joie de lire " », in: Le Monde, Paris, 30 mars 1977..
Activités audiovisuelles et politiques (1979-1997) Il conduit la liste Bretagne-région lors des premières élections européennes en 1979.. Il fait état pendant la campagne de ses difficultés à s'exprimer dans les médias, alors qu'il critique violemment le milieu journalistique de l'époque.
En 1979, il publie un pamphlet anti-giscardien, Lettre ouverte au colin froid, dénonçant notamment son libéralisme économique inspiré des États-Unis, ses louanges de la social-démocratie, le marketing politique ou encore l'anglicisation à outrance du françaisThierry Clermont, « Ces livres qui ont fait scandale - Lettre ouverte au colin froid », Le Figaro, jeudi , page 20.. Il est régulièrement la cible de railleries de la part de l'humoriste Pierre Desproges dans l'émission Le Tribunal des flagrants délires.
En , Jean Dutourd soutient, seul parmi les académiciens, une candidature de Jean-Edern Hallier à l'Académie française in ..
En 1982, l'écrivain est soupçonné d'avoir simulé son propre enlèvement (le ), revendiqué par de mystérieuses « Brigades révolutionnaires françaises » et par la suite, il est soupçonné d'avoir commandité un attentat contre l'appartement de Régis Debray, détruit par une explosion le . Les sources de ces faits rapportés sont nombreuses : L'auteur de l'essai Jean-Edern Hallier ou le narcissique parfait (2005, éditions Albin Michel), François Bousquet.. a confirmé le fait, ainsi que Gilles Ménage. En 1975, il aurait déjà commandité un mini-attentat chez Françoise Mallet-Joris, juré Goncourt, afin de protester contre les manigances des prix littéraires : la seule conséquence de ce geste est un feu de paillasson..
Écrivain pamphlétaire et habitué des coups d'éclat médiatiques, Jean-Edern Hallier s'est montré particulièrement féroce envers le pouvoir socialiste et François Mitterrand — dont il est un temps considéré comme proche — en menaçant de révéler l'existence de sa fille cachée, Mazarine Pingeot, son passé lié au maréchal Pétain et son cancer, dans un pamphlet, L'Honneur perdu de François Mitterrand, qu'il ne parviendra à publier qu'en 1996Jean-Edern Hallier, Les Puissances du mal, éditions du Rocher/Les Belles Lettres, 1996.. Selon Hallier, le président de la République serait parvenu, grâce au système des écoutes, à faire détruire le manuscrit avant sa publication en 1984.. Cette hostilité aurait eu pour origine des promesses non tenues (présidence d'une chaîne de télévision ou ambassade)Dominique Lacout et Christian Lançon, La Mise à mort de Jean-Edern Hallier, Presses de la Renaissance, 2006, chapitres 4 à 8, p. 183-310. Voir aussi éventuellement le chapitre 9, p. 311-368.. Selon André Rousselet, Hallier se targue d'avoir eu des compliments de François Mitterrand sur son talent littéraire. Ce dernier n'aurait pas découragé les prétentions de l'écrivain à se voir confier une chaîne de télévision. Rousselet le décrit comme ..
En , National Hebdo affirme que Jean-Edern Hallier va rallier le Front national. Dans un entretien accordé au Monde, l'écrivain dément, mais ajoute : « Selon National Hebdo, M. Jean-Edern Hallier « rallie » le FN », Le Monde, ., tout en se déclarant Jean-Edern Hallier, Les Puissances du mal, Paris, éditions du Rocher/Les Belles Lettres, 1996..
Il s'est aussi attaqué, durant cette même période, à l'homme d'affaires Bernard Tapie dans L'Idiot international en 1989 et en 1991, puis en publiant son casier judiciaire en 1993.... Il attaque violemment Jack Lang, quant au financement de son appartement de la place des Vosges mais il est condamné à plusieurs reprises pour ces calomniesVoir Jack Lang, Une révolution culturelle, éditions Bouquins, 2021 (recueil des notes et discours de Jack Lang, édition de Frédéric Martel).. D'autres nombreuses personnalités ont aussi été violemment attaquées à cette époque, cela, jusqu'à son décès en 1997...
Il représente aussi le fer de lance de l'opposition de droite et de l'extrême gauche, notamment du Parti communiste (PCF), ceci étant matérialisé par le rapprochement avec certains de ses dirigeants et par leur accès donné aux colonnes du journal l'Idiot international, le PCF en déclin voulant tirer parti de la popularité grandissante d'Hallier. A cette époque, celui-ci se retrouve également au centre d'une polémique audiovisuelle, voire politique, avec la parution en dans l'Idiot international d'un article intitulé « Vers un Front national », théorisant les convergences entre l’extrême gauche et l'extrême droite et évoquant une nouvelle couleur politique, « le rouge-brun ». La polémique suscitée accélère la mort du journal.
Cette parenthèse aussi refermée, il se tourne alors essentiellement vers l'audiovisuel littéraire et, mué en critique littéraire, il anime également deux émissions littéraires respectives (voir : Liste d'émissions de télévision littéraires en France) : sur Paris Première avec le Edern's Club, où il jette fréquemment les livres par-dessus son épaule ou dans une poubelle et, en parallèle sur M6, avec À l'ouest d'Edern, émissions dont le verbiage fait aussi particulièrement réagir les critiques, les médias et la presse.
Durant les dernières années de sa vie, Jean-Edern Hallier s'est également adonné à la peinture. Il est l'auteur de nombreux portraitsCarré d'art : Byron, Barbey d'Aurevilly, Dali, Hallier, Jean-Pierre Thiollet, Anagramme éditions, ..
Il parvient tout de même à publier son livre L'Honneur perdu de François Mitterrand en , bien que la menace sur sa personne perdure même après 1995, ce que confirme l'ex-ministre de l'Intérieur Jean-Louis Debré qui, après enquête, alerta le service de protection des personnalités. Ceci suscita des rumeurs quant à sa mort à bicyclette, victime d'une crise cardiaque.
Mort Jean-Edern Hallier meurt le d'une hémorragie interne après une chute à vélo. Il aurait dû déjeuner quelques heures plus tard avec Karl Zéro, journaliste par ailleurs appelé pour l'identification du cadavreDocumentaire Jean-Edern, le fou Hallier de Frédéric Biamonti..