thumb|upright=1.4|Des prisonniers sont amenés au château de Lancaster, lieu où les « sorcières » de Samlesbury furent jugées à l'été 1612. Peintre inconnu, 1827.|alt=La peinture montre l'entrée d'un château avec deux grandes tours crénelées entourant une grande porte. Une foule de plusieurs centaines de personnes est massée devant le château.

Les sorcières de Samlesbury sont trois femmes, Jane Southworth, Jennet Bierley et Ellen Bierley, du village de Samlesbury dans le Lancashire, accusées au début du par une fille de quatorze ans, Grace Sowerbutts, de pratiquer la sorcellerie. Le , au , commença leur procès au milieu d'une série d'autres, en pleine chasse aux sorcières, qui s'étalèrent sur deux jours. De telles actions en justice étaient inhabituelles à l'époque en Angleterre à deux égards : le greffier de la cour publia le compte rendu du procès et le nombre d'accusés déclarés coupables et pendus fut de dix dans le Lancashire et d'un autre à York, nombre anormalement élevé.

Parmi les accusations portées contre les femmes figuraient l'infanticide et le cannibalisme. En revanche, les autres accusés jugés aux mêmes , parmi lesquels figuraient les sorcières de Pendle, furent accusés de maleficium, c'est-à-dire de causer du tort par la sorcellerie. Les accusations contre les trois femmes s'effondrèrent lorsque Grace Sowerbutts fut reconnue par le juge être .

Le procès est un exemple clair des luttes religieuses de l'époque, il était , voire un cherchant à démontrer que le Lancashire, connu à l'époque pour être une région sauvage et anarchique, était en cours de purge non seulement des sorcières, mais aussi des (les catholiques).

Contexte Jacques I, un Écossais qui arriva sur le trône d'Angleterre en 1603, s'intéressait vivement à la sorcellerie. Au début des années 1590, il était convaincu que des sorcières écossaises complotaient contre lui. Dans son livre de 1597, Daemonologie, il demandait à ses partisans de dénoncer et de poursuivre en justice tout adepte ou pratiquant de la sorcellerie. En 1604, un an après son intronisation, une nouvelle loi contre la sorcellerie fut votée : Ce titre peut se traduire par « Une loi contre la conjuration, la sorcellerie et tout commerce avec les esprits malins et malfaisants ».. Elle imposait la peine de mort à toute personne causant du tort par la magie ou exhumant des corps dans un but magique. Mais il arrivait cependant à Jacques I de douter des preuves présentées lors de procès pour sorcellerie, au point d'exposer des contradictions dans les témoignages contre quelques personnes accusées de sorcellerie.

Les trois « sorcières » de Samlesbury vivaient au Lancashire, un comté anglais qui, à la fin du , était perçu par les autorités de l'époque comme une région sauvage et anarchique : il était . Après le décès de Marie et l'accession au trône de sa demi-sœur Elisabeth en 1558, les prêtres catholiques furent forcés de se cacher, mais dans les régions éloignées de Londres, comme le Lancashire, ils continuèrent à célébrer la messe en secret. Au début de 1612, l'année du procès, chaque juge de paix du Lancashire reçut l'ordre de compiler une liste de récusants (c'est-à-dire ceux qui étaient réfractaires à l'Église d'Angleterre, un délit à cette époque).

Famille Southworth thumb|, résidence familiale des Southworth.|alt=La photographie montre une maison à colombages en forme de L à deux étages. Au premier plan, un escalier en pierre mène à une pelouse, devant la maison.

La Réforme anglaise du , période pendant laquelle l'Église anglaise rejeta l'autorité du Pape et s'éloigna de l'Église catholique, provoqua la séparation de la famille Southworth habitant au . Sir John SouthworthCe n'est pas John Southworth, martyr catholique anglais exécuté en 1654., chef de la famille, était un récusant en vue qui avait été arrêté à plusieurs reprises pour avoir refusé de rejeter sa foi catholique. Son fils aîné John, s'étant converti à l'Église d'Angleterre, fut déshérité par son père, alors que le reste de la famille resta farouchement catholique.

Jane Sherburne, l'une des prétendues sorcières, et John fils se marièrent vers 1598 et le couple vécut au , où ils élevèrent sept enfants. Jane devint veuve quelques mois avant le procès pour sorcellerie en 1612. Les relations entre le père et le fils étaient restées tendues jusqu'à la mort de celui-ci : selon une déclaration de John Singleton, qui l'appelait , John père refusait même de passer devant la maison de son fils quand il le pouvait et croyait Jane capable de tuer son mari.

Arrestations La chasse aux sorcières commence dans le Lancashire par une tout autre affaire. Le , Alizon Device, qui vivait à proximité de Fence au Lancashire, près de Pendle Hill, rencontra John Law, un colporteur d'Halifax, ville du Yorkshire de l'Ouest. Elle lui demanda quelques aiguilles, mais il refusa. Quelques minutes plus tard, Law eut une « attaque » et accusa la femme de l'avoir provoquée. Avec sa mère Elizabeth et son frère James, Alizon fut alors convoquée devant le magistrat local, Roger Nowell, le . En se basant sur des preuves et des confessions, Nowell imposa à Alizon et dix autres personnes de se présenter au (geôle) pour y être jugées à la prochaine séance du tribunal pour maleficium.

Les autres magistrats du Lancashire apprirent la découverte de sorcellerie et, le , le juge de paix Robert Holden commença à enquêter dans la région de Samlesbury. En conséquence, huit personnes furent convoquées aux du Lancashire. Trois femmes, Jane Southworth, Jennet Bierley et Ellen Bierley, furent accusées de pratiquer la sorcellerie sur Grace Sowerbutts, petite-fille de Jennet et nièce d'Ellen.

Procès

Le procès se déroula le devant Sir Edward Bromley, un juge qui recherchait activement une nomination à un tribunal plus proche de Londres : il est probable qu'il tentait par ce biais de séduire le roi Jacques , chef du système judiciaire anglais. Avant le procès, Bromley ordonna la libération de cinq des huit accusés de Samlesbury, les mettant en garde sur leur conduite future. Les autres, Jane Southworth, Jennet Bierley et Ellen Bierley, furent accusés , elles plaidèrent non coupable. Le témoin à charge principal était Grace Sowerbutts, âgée de 14 ans.

Grace fut la première à témoigner. Elle affirma que sa grand-mère et sa tante, Jennet et Ellen Bierley, pouvaient se transformer en chien et qu'elles l'avaient pendant des années. Elle allégua également que les deux femmes l'avaient transportée au sommet d'une meule de foin en la tirant par les cheveux. En une autre occasion, elles avaient tenté de la persuader de se noyer. Selon Grace, les deux l'avaient amenée à la maison de Thomas Walshman, où elles avaient volé un bébé pour lui sucer le sang. Elle affirma que l'enfant mourut dans la nuit, et qu'après son enterrement, elles déterrèrent le corps pour le faire cuire dans le but d'en manger une partie. Ce qui en resta fut utilisé pour faire un onguent qui leur servait à prendre d'autres apparences.

Grace allégua également que sa grand-mère et sa tante, en compagnie de Jane Southworth, assistaient à des sabbats qui se tenaient chaque jeudi et dimanche dans la nuit à la , sur la rive nord de la . Pendant ces assemblées clandestines, elles rencontraient , avec lesquelles elles mangeaient, dansaient et s'accouplaient.

Thomas Walshman, le père du bébé prétendument tué et mangé par les accusées, fut le suivant à témoigner. Il confirma que son enfant était mort à l'âge d'un an d'une maladie inconnue. Il ajouta que Grace avait été découverte le 15 avril gisant par terre, comme si elle était morte, dans la grange de son père et n'avait repris des forces que le lendemain. Deux autres témoins, John Singleton et William Alker, confirmèrent que John Southworth, le beau-père de Jane Southworth, était réticent à circuler devant la maison où demeurait son fils, car il croyait que Jane était une .

Thomas Potts, le greffier des , nota qu'après avoir entendu les témoignages, plusieurs personnes présentes à la cour étaient convaincues de la culpabilité des accusées. À la demande du juge de répondre aux accusations portées à leur encontre, Potts rapporta qu'elles et . Immédiatement, . Les témoins et admirent finalement que Grace avait été entraînée dans cette conspiration par un prêtre catholique qu'ils appelaient Thompson. Bromley obligea la fille à rencontrer deux juges de paix, William Leigh et Edward Chisnal. Questionnée, Grace admit que son histoire était fausse et qu'elle obéissait aux ordres de l'oncle de Jane Southworth, Christopher Southworth (aussi connu sous le nom de Thompson), un prêtre jésuite qui se cachait dans la région de Samlesbury. Southworth était le chapelain à et l'oncle de Jane par le mariage. Leigh et Chisnal questionnèrent les trois accusées dans le but de savoir pourquoi Southworth avait fabriqué des preuves contre elles, mais aucune ne put répondre autre chose que .

Une fois les déclarations faites devant la cour, Bromley ordonna au jury de rendre un jugement de non-culpabilité, déclarant que .

Potts conclut son compte-rendu du procès par ces mots :

left|thumb|Page titre de l'édition originale de publié en 1613.|alt=Les cinq paragraphes centrés, écrits dans une police ancienne, décrivent le livre. En pied de page, on lit en anglais : « Imprimé par W. Stansby pour John Barnes, habitant près de Holborne Conduit. 1613.

Pratiquement tout ce qui est connu des procès pour sorcellerie de cette époque provient d'un texte rédigé par Thomas Potts, le greffier des . Les juges des procès lui avaient ordonné de rédiger un compte rendu, qu'il compléta le . Bromley révisa et corrigea le manuscrit avant sa publication en 1613, déclarant qu'il était et . Bien que Ce titre peut se traduire de diverses façons, dont la plus probable est « L'Étonnante Découverte de sorcières dans le Comté du Lancashire », car le roi Jacques I aspirait à une Angleterre sans sorcières. semble rapporter fidèlement ce qui a été entendu lors des procès, l'ouvrage est plutôt une réflexion sur ce qui est arrivé. Toutefois, Potts .

Dans son introduction aux procès, Potts écrit : . Bromley avait alors complété le procès contre les sorcières de Pendle, dont trois avaient avoué leur culpabilité, mais il devait encore juger celles de Samlesbury, qui clamaient leur innocence. Lors du procès des sorcières de Pendle, le seul témoignage contre les femmes provenait de Jennet Device, une fille de 9 ans, et que le roi Jacques avait averti les juges d'examiner avec attention les preuves soumises contre les personnes accusées de sorcellerie, les mettant en garde contre la crédulité. Dans la conclusion de son rapport sur le procès, Potts affirme que « cet avertissement avait été intercalé dans la succession des affaires "par ordre spécial et commandement" », possiblement par les juges du procès. Après avoir condamné à mort trois femmes pour sorcellerie, Bromley prit probablement plus de précautions pour démontrer qu'il n'était pas crédule en présentant sa des preuves de Grace Sowerbutts.

Analyse moderne Il s'agit de l'une des affaires de ce genre les mieux connues de l'histoire de l'Angleterre. De telles actions en justice étaient inhabituelles à l'époque en Angleterre à deux égards : Thomas Potts, greffier de la cour, publia le compte rendu du procès et le nombre d'accusés déclarés coupables et pendus fut anormalement élevé avec dix dans le Lancashire et un autre à York.

Beaucoup d'historiens, notamment Hugh Trevor-Roper, suggérèrent que les procès en sorcellerie des étaient la conséquence des luttes entre Églises catholique et anglicane déterminées à éradiquer ce qu'elles considéraient comme une hérésie.