Le dzong (du tibétain རྫོང་, Wylie rdzong, traduit par « fort » ou « forteresse ») au Tibet servait de centre à la fois religieux, militaire, administratif et social au district qu'il commandait. Ces forts furent édifiés à différentes périodes des rois du Tibet, sous les dynasties Yarlung (- ), Phagmodrupa (1351-1642), Rinpungpa (1440-1565) et Tsangpa (1565-1642). Sous le règne du dalaï-lama (1642-1682), on construisit également des dzongs, dont le célèbre palais du Potala.
Histoire du système administratif des dzong En 1354, au Tibet, les lamas Sakyapa perdent le pouvoir (fin de la dynastie Yuan (1234/1279 – 1368) qui les y place vers 1264) au profit des Phagmodrupa, des monarques tibétains suivant la branche bouddhique des Kagyüpa, dont le représentant le plus prestigieux est Changchub Gyaltsen (1302-1373). Celui-ci rompt tout lien avec la dynastie mongole des Yuan, puis avec celle, chinoise, des Ming. Prenant le titre de desi (sde-srid), régent monastique, il accroît l’indépendance du Tibet, réorganise la division en myriarchies datant des Mongols en créant le système administratif des dzong, « forteresses-district », et abolit les lois mongoles en faveur de l’ancien code tibétain auquel il ajoute dix articles inspirés des préceptes bouddhistes. Les vêtements de cour mongols sont également écartés au profit d'un costume tibétain.
Avant l'intervention militaire chinoise de 1950, le territoire tibétain était divisé, selon Marc Moniez, en 53 districts préfectoraux aussi appelés dzongMarc Moniez, Christian Deweirdt, Monique Masse, Le Tibet, Éditions de l'Adret, Paris, 1999 .. Pour sa part, Hugues-Jean de Dianous donne le chiffre de « 147 circonscriptions ou dzong » pour l'ensemble de ce qu'il appelle le « Tibet antérieur » (Tsien Tsang) et le « Tibet ultérieur » (Heou Tsang), la région de Tchamdo n'étant pas prise en considérationHugues-Jean de Dianous, Le Tibet et ses relations avec la Chine, Politique étrangère, vol. 27, année 1962, No 1, .. Il y avait un ou deux dzongpöns ( (tibétain : རྫོང་དཔོན ; Wylie : rdzong dpon) « préfets », litt. « maîtres du fort ») pour chaque dzong – dans ce dernier cas un lama (tsé-dung) et un laïc. Nommés pour une période de trois ans, ils se voyaient confier des pouvoirs tant civils que militaires. Le rang des dzongpöns dépendait de l'importance du dzong. Le dzongpön le plus important était le commissaire principal de Shigatsé Ingun B. Amundsen, On Bhutanese and Tibetan Dzongs, in Journal of Bhutan Studies, vol. 5, hiver 2001, , en part. ..
Les dzongpöns étaient subordonnés aux généraux ainsi qu’aux ambans chinois sur les questions militaires, selon les écrits de Sarat Chandra Das publiés en 1902 Sarat Chandra Das, Lhasa and Central Tibet, 1902 ; reprint (1988), Mehra Offset Press, Delhi, .. (Cependant, selon Marc Moniez et al. (1999), il n’y avait qu’un ou deux ambans représentant l'empereur chinois à Lhassa, où ils dirigeaient une petite garnison, et leur pouvoir, instauré à partir de 1728, déclina progressivement jusqu'à ce qu'ils ne soient plus que des observateurs à la veille de leur exclusion en 1912 par le dalaï-lama).
Fonctions
Alors qu'au Bhoutan, les dzongs réunissaient pouvoir religieux et pouvoir politique, leurs homologues tibétains en revanche avaient surtout un rôle administratif, la fonction religieuse étant dévolue aux grands monastères, forts de plusieurs milliers de moines, tels Séra, Drépung et Ganden autour de Lhassa, et Tashilhunpo à ShigatséIngun B. Amundsen, On Bhutanese and Tibetan Dzongs, op. cit., ..
Les pièces à l'intérieur du dzong sont généralement vouées à des fonctions administratives (comme le bureau du gouverneur nommé par l'ancien gouvernement du Tibet. Le dzongpön était responsable du maintien de l’ordre et de la perception de l’impôt. Il avait une grande indépendanceFosco Maraini, Tibet secret (Segreto Tibet), préface de Bernard Berenson, traduction de Juliette Bertrand (ouvrage orné de 68 héliogravures d’après les photographies de l’auteur), Arthaud, Grenoble, 1954 (ouvrage paru en 1951).. Au niveau des dzongs, comme au niveau du gouvernement central, le religieux et le politique s’entremêlent. Pour les plus grands dzongs, deux dzongpön, un laïc et un moine, sont nommés, assurant les fonctions administratives, judiciaires et fiscales.
Une des fonctions du dzongpön était de lire et faire connaître au peuple tibétain les édits du gouvernement tibétain concernant divers sujets dont l'interdiction de chasser les animaux sauvages. Chaque année, des édits d’environ étaient copiés par des clercs du gouvernement avant d’être expédiés dans tous les dzongs du Tibet. Le jour suivant leur réception, le dzongpön rassemblait la population et lisait à haute voix l’édit, avertissant que seraient punis ceux qui le violeraient. Le fonctionnaire affichait ensuite le documentAprès son départ, tout le monde se rassemblait autour du décret, pour le lire ou le toucher, et recevoir les bénédictions du dalaï-lama. Des décrets concernant la protection des animaux et de l'environnement remontent au dalaï-lama, en 1642, date après laquelle les édits furent émis annuellement, cf. High sanctuary, wildlife and nature conservancy in old Tibet, blogue de Jamyang Norbu..
Architecture
Les dzong constituent un exemple d'architecture défensive militaire. De nombreux dzong présentant des enceintes et des tours de guet, ont été construits au cours de l'histoire millénaire du Tibet. La fonction défensive de ces citadelles est aussi illustrée par leur implantation à flanc de colline ou au sommet d'une montagne, comme les fortifications de Tsaparang, de Tingri et de Gyantsé. Ces caractéristiques défensives existent aussi dans l'architecture de nombreux palais et constructions religieuses.
Dzongs de la période Yarlung La forteresse de Yumbu Lhakhang
Yumbulagang, une forteresse de la vallée du fleuve du Yarlung Tsangpo, près de Lhassa, serait la plus ancienne construction du Tibet. Elle se dresse sur une colline sur la rive orientale du Yarlung Tsangpo dans le sud-est du comté de Naidong, à au sud de Tsetang dans la préfecture de Shannan.
La forme de la colline évoque la silhouette d'une biche (yumbu), d'où le nom « palais de la biche ». Selon une légende de la religion Bön, Yumbulagang fut le premier bâtiment construit au Tibet sous le règne du premier roi Nyatri Tsenpo au Plus tard, Yumbulagang fut le palais d'été du du Tibet, Songtsen Gampo et des princesses Bhrikuti et Wencheng. Après que Songtsen Gampo eut transporté son siège principal à Lhassa, Yumbulagang devint une sorte de chapelle et, sous le règne du Dalaï-Lama, Ngawang Lobsang Gyatso, un monastère de l'école Gelugpa du Bouddhisme tibétain. Totalement détruit au cours de la révolution culturelle, l'ensemble fut reconstruit en 1982, d'après d'anciens plans. Les bâtiments furent consacrés par le Panchen Lama en 1984.
Le château de Taktsé
Le dzong ou château de Taktsé (tibétain : སྟག་རྩེ་, wylie : Stag-rtse) se dressait à Chingwa (wylie : Phying-ba), ancienne capitale du Tibet, située dans le district de Chonggyä (wylie : ’Phyongs-rgyas).
Il est actuellement en ruinesOld Historic Tibet with Kevin and Nate. Une photographie de 1949 le montre en haut d'une collineSettlement of Chyongye with fort and monastery..
Il se trouve à proximité du monastère de Riwo Dechen, également en mauvais état, et qui est en cours de reconstructionRiwo Dechen.. Chongye est le lieu où se trouvent les tombes des premiers rois du TibetChingwa-Taktse-Dzong-Chongye..
Selon la légende, le dzong fut la demeure des rois du Tibet avant que Songtsen Gampo (604–650) ne déplace son administration à Lhassa. Il fut plus tard le lieu de naissance du dalaï-lama (1617–1682)Françoise Pommaret, Lhasa, lieu du divin : la capitale des Dalaï-Lama [sic] au ..
Le dzong de Tegla Kar Sur une falaise au-dessus de la ville de Purang (appelée aussi Taklakot), se trouvait l'ancien dzong de Tegla Kar (« le fort du tigre couché ») dans le comté de Purang. Il semble que ce dzong ait été construit à l'époque de la dynastie Zhang Zhung, laquelle fut vaincue par le roi tibétain Songsten Gampo au début du . Ce dzong est devenu le fort principal du royaume de Purang au sous le règne du roi Kori, un des deux fils de Tashi Gon, le roi du royaume de Gugé. Le royaume de Purang aurait disparu au .
Le dzong de Tegla Kat fut totalement détruit en 1967 par l'artillerie chinoise pendant la révolution culturelle Charles Allen, The Search for Shangri-La: A Journey into Tibetan History, Little, Brown and Company, 1999, ; reprint Abacus Books, London, 2000 ..
Le dzong de Gyantsé
vignette|gauche|Le dzong de Gyantsé en 2015 thumb|right|250px|Une rue de Gyantsé et le dzong de Gyantsé Le dzong de Gyantsé aurait remplacé vers 1365 un premier château, édifié à l'époque des rois de Yarlung et qui englobait l'ensemble de la ville entre ses murs.
En 1904, lors de l’invasion du Tibet par l'armée de l'Inde britannique menée par Younghusband, tibétains tinrent le fort plusieurs jours durant avant d'être défaits par les forces britanniques.
Pendant la révolution culturelle, le fort fut mis à sac. Les objets précieux des bâtiments de Gyantsé furent détruits ou envoyés en Chine Michael Buckley and Robert Strauss, Tibet: a travel survival kit, Lonely Planet Publications, South Yarra, Australia, 1986, .. Aujourd’hui, le dzong de Gyantsé est toujours en ruines mais il y a un « musée anti-impérialisme britannique » sur place qui donne la version chinoise de l'invasion britannique de 1904 Bradley Mayhew and Michael Kohn, Tibet, Lonely Planet Publications, 2005, ..
À l'intérieur de la forteresse, se trouve un petit temple qui a été rénové récemment par les Tibétains, il est dédié au Bouddha Sakyamuni, et comporte des fresques en mauvais état, dont une peinture d'Avalokiteshvara .
Le dzong de Tsetang Tsetang fut la capitale de la dynastie Yarlung et, comme telle, un endroit de grande importance. Au , elle aurait contenu quelque , un bazar, un monastère (gompa) et un dzong Sarat Chandra Das, Lhasa and Central Tibet, 1902, et note ; reprint Mehra Offset Press, Delhi, 1988..
Le dzong de Talung Il se dresse non loin du lac Yamdrok Tso sur une éminence dominant la plaine environnante. À sa base se trouve le temple de Tharpaling, fondé par Songtsen Gampo (Srong-brtsan Sgan-po). Il a été photographié par le Britannique Sir Hugh Richardson en 1950.
Le dzong de Tsaparang
Tsaparang était la capitale de l'ancien royaume de Gugé ( – milieu du ) dans la vallée de Garuda, dans la province de Ngari au Tibet occidental. Il en subsiste une vaste forteresse perchée sur un rocher en forme de pyramide s'élevant de 150 à .
Dzongs de la période Phagmodrupa Le dzong de Nédong
Le dzong de Nédong ou Nétong (tibétain : སྣེ་གདོང་རྫོང་ Wylie : sne gdong rdzong) est une forteresse située dans le sud du Tibet dans le comté de Nétong dans la région du Loka.
Le dzong et la ville du même nom constituait entre 1349 et le la capitale des Phagmodrupa.
C’est vers 1354 que Changchub Gyaltsen réorganisa la division en 13 myriarchies (thikor chusum) datant des Mongols en créant le système administratif des dzongNorbu, Dawa "China's Tibet Policy". RoutledgeCurzon 2001. Central Asia: an outline history, Ram Rahul, ..
Le dzong de Lhuntsé
Le dzong de Lhuntsé est une forteresse située dans le sud du Tibet dans le comté de Lhuntsé dans la région du Loka.
Les rois de la dynastie Phagmodrupa ont régné au dans une région du Loka et ils construisirent une chaîne de forts le long du Brahmapoutre sur des cimes inexpugnablesMichel Peissel, Les Cavaliers du Kham, guerre secrète au Tibet, Robert Laffont, Paris, 1972, , page 138-139, 185-186, 206-207.