L'histoire de l'Algérie dans l'Antiquité commence avec l’établissement de comptoirs commerciaux phéniciens, puis carthaginois, sur la côte méditerranéenne, avant l’émergence des premiers royaumes berbères, qui ont laissé des écrits en tifinagh. Ceux-ci sont principalement d'abord ceux des Gétules au sud de la région, puis ceux des Garamantes et finalement des Numides. Puis viennent les Romains, les Vandales ariens et les Byzantins orthodoxes. La conquête musulmane du Maghreb au met fin à la période antique.
Gétules
vignette|Stèle lybique du cavalier d'Abizar (représentant un cavalier numide, barbu armé d’un bouclier et de trois javelots, faisant un signe de la main. A ses côtés, un petit personnage et un animal à deux pattes. Elle contient des inscriptions en Tifinagh. Découverte au village d'Abizar à Tizi ouzou en 1858, et exposée au Musée national des antiquités et des arts islamiques.
Les Gétules peuplaient certaines parties de l'Afrique du Nord au L'historien grec Strabon les cite au tournant de notre ère comme .
La légende carthaginoise relate que le prince des Gétules proposa d'épouser Élissa (ou Didon pour les Romains), reine fondatrice de Carthage, vers l'an . Toutefois, des références en Égypte ancienne à certaines tribus Gétules remontent jusqu'à environ, sous le règne d'Akhenaton de la , évoquant le commerce de bétail avec ce peuple. Une autre légende fait remonter le début du calendrier berbère à une victoire de sur le pharaon , vers 949 -. Selon cette légende, Sheshonq (en berbère : Sheshnaq) et ses troupes seraient des Gétules du sud-ouest algérien et Sheshnaq aurait épousé en la fille du pharaon pour régner sur l'Égypte à partir de Busbatis et y fonder la . Par suite, toutes les conquêtes de ce pharaon au Proche-Orient et dans le royaume d'Israël peuvent être revendiquées comme « gétules » et le pillage de Jérusalem, événement bibliqueLa Bible, au Premier livre des rois, situe cet épisode sous le règne de Roboam, fils de Salomon, qui régna de 931? à 913? : La cinquième année du roi Roboam, le roi d’Égypte, Sheshonq, marcha contre Jérusalem. Il se fit livrer les trésors du Temple de Yahvé et ceux du palais royal, absolument tout, jusqu'à tous les boucliers d'or qu'avait faits Salomon : 1R14 25 est attribué au chef gétule des Mâchaouach.
Quoi qu'il en soit, les Gétules sont initialement des nomades, un peuple cavalier de la steppe nord-saharienne, aujourd'hui désertifiée, qui se concentrèrent, à mesure que l'asséchement se renforçait, dans les oasis du Sahara central algérien, notamment dans ce qui forme aujourd'hui les territoires des Nemenchas dans l'actuel Souk Ahras et Tébessa. Vivant principalement de pastoralisme transhumant, les Gétules contrôlent aussi deux routes commerciales : celle qui mène vers Chella (actuel Maroc), et celle qui mène vers Madaure (actuelle M'daourouch dans la wilaya de Souk Ahras). Plus d'un millénaire après eux, les Berbères Sanhadja et Zénètes reprennent le même mode de vie. Il est probable que les Gétules, partie éventuelle des peuples libyques (Libyens anciens), ont découvert le cheval par le biais des Égyptiens, qui l'avaient eux-mêmes découvert par le biais des peuples d'Asie centrale. Ayant développé une cavalerie efficace, les Gétules se sont mis à razzier occasionnellement les populations sédentarisées du Nord. Entre le , ayant subi des défaites contre des acteurs politiques de la région, ils se louent de plus en plus comme mercenaires, par exemple en , durant la première guerre punique, au service du général carthaginois Hannibal Gisco..
Les comptoirs phéniciens en Algérie (-1250 à -146)
Les Phéniciens dans leurs efforts d'étendre leur réseau commercial dans tout le bassin méditerranéen commencent à essayer d'établir des contacts avec les populations du Nord de l'Algérie dès . Après la fuite de la princesse Elyssa au Maghreb oriental (actuelle Tunisie) qui y fonde Carthage en 814, les Carthaginois essaient de pousser leurs navires jusqu'en Ibérie (actuelle Espagne).
Les côtes du Maghreb parsemées de hauts-fonds et de récifs étant difficiles à naviguer pour les navires primitifs des Carthaginois, ces derniers fondent avec l'accord des populations locales, avec lesquelles ils entretiennent des liens commerciaux des comptoirs tous les 30 à le long de la côte algérienne, une distance équivalente à une journée de navigation par la mer. C'est ainsi que les comptoirs phéniciens de Annaba, Skikda, Collo, Jijel, Béjaïa, Dellys, Alger, Tipaza, Cherchell, Ténès, Bethioua et Ghazaouet sont établis. Ces comptoirs jouent un rôle aussi crucial dans le commerce en Méditerranée, que dans l'évolution des cultures locales par le biais des échanges d'idées et de communications. Ces comptoirs servent quelques siècles plus tard aux Numides qui vont les occuper, puis aux Romains qui les colonisent et les utilisent pour la conquête de l'Algérie. Les Carthaginois réussissent si bien dans leur commerce qu'ils établissent des comptoirs même à l'intérieur des terres dans le Nord de l'Algérie, au sein de localités existantes telles que les comptoirs de Sarim Batim, que les Numides appellent Cirta (actuelle Constantine) ou Tiddis à de Cirta.
De cette pénétration des Carthaginois au milieu des populations africaines résulte une sorte de fusion qui aboutit à une large communauté ethnique et culturelle. La civilisation de Carthage peut s'imposer peu à peu, mais à leur tour certaines coutumes indigènes marquent celles des Carthaginois. Par cette « africanisation », qui l'enrichit encore, la civilisation punique appartient authentiquement au patrimoine culturel nord-africainF. Decret, Carthage ou l'Empire de la mer, , Paris, Le Seuil, 1977.
Selon Jérôme Carcopino, « Il est hors de doute que ces colonies ont, à la longue, formé autant de foyers d'une civilisation mixte qui, de proche en proche, s'est propagée du littoral vers le continent et a fait prévaloir sur toute l'Afrique du Nord, et pour des millénaires, l'esprit de Carthage. »
Le Sahara garamante (-500 à l'an 500)
Les Garamantes sont un peuple qui a dominé le Sahara durant un millénaire pendant l'Antiquité d'environ à
La question de leur origine exacte reste toujours posée. Deux hypothèses sont encore valides. La première voudrait que les Garamantes soient les cousins des Gétules. Contrairement aux Gétules, ils n'auraient pas migré vers les côtes méditerranéennes et seraient restés sur place dans le désert, pour occuper l'endroit après la migration des Gétules vers le nord. L'autre hypothèse voudrait que les Garamantes soient un peuple venu d'une autre région que le Sahara (Afrique sub-saharienne ou Asie). L'utilisation toutefois des caractères tifinagh par les Garamantes et la similitude entre les cavaleries garamante et gétule indiquent probablement que les Garamantes seraient des cousins des Gétules qui se seraient sédentarisés au Sahara plutôt qu'au Nord.
Le terme Garamante viendrait du nom de leur capitale Tagharma, qui signifierait en berbère ancien (proche du capsien) « citadelle fortifiée ». Tagharma, ou Garama en version gréco-latine serait la Germa moderne. Les Garamantes seraient originaires de la région du Fezzan (en Libye actuelle) et auraient fondé un royaume s'étendant sur plusieurs dizaines de milliers de kilomètres carrés dans le Sahara, couvrant des parties des pays actuels de la région : Algérie, Libye, Mali, Tchad et Niger. La géographie de leur royaume, l'habileté de leurs guerriers et cavaliers, l'utilisation du tifinagh, ainsi que la domestication du dromadaire n'est pas sans rappeler l'actuelle confédération des Touaregs, et il est probable que les Garamantes ont été leurs ancêtres directs, bien que cela n'est pas confirmé.
Le royaume des Garamantes a vécu du contrôle des routes sahariennes et a établi des routes commerciales entre l'Afrique sub-saharienne et la Méditerranée. Les Garamantes ont combattu constamment du au les peuples noirs de l'Afrique sub-saharienne pour affirmer leur contrôle de ces routes de commerce. Ils ont développé également l'agriculture aux alentours de leurs oasis fortifiées et sont devenus ainsi un peuple très puissant. Leur souveraineté s'étendait du Tchad au Fezzan, et du Tassili à Gao au bord du fleuve Niger. L'historien grec Hérodote (IV, 183) écrit environ après le début de leur règne. à propos de ce peuple saharien :
« À dix jours de voyage d'Augila, il y a également une colline de sel et une source d'eau, les palmiers y poussent abondamment comme ils le font près des autres collines de sel. Cette région est habitée par un peuple appelé Garamantes, un peuple très puissant qui recouvre le sel avec de la boue pour y semer ensuite ses cultures. C'est là que la route est la plus courte vers le pays des Lotophages, un voyage de trente jours. Dans le pays des Garamantes, on trouve des taureaux qui lorsqu'ils paissent marchent à reculons. Ils agissent ainsi parce que leurs cornes s'avancent tant vers l'avant de leur tête que, s'ils avançaient en paissant, leurs cornes se planteraient dans le sol. Ce n'est qu'en cela qu'ils diffèrent des autres taureaux, ainsi que par l'épaisseur et la dureté de leur cuir. Les Garamantes ont des chariots attelés a quatre chevaux, sur lesquels ils pourchassent les Éthiopiens Troglodytes qui, de tous les peuples dont l'écho ait pu parvenir à vos oreilles, est celui dont les pieds sont, de loin, les plus rapides. Les Troglodytes se nourrissent de serpents, de lézards et d'autres reptiles du même genre. Leur langage, contrairement à celui des autres peuples, ressemble à des couinements de chauve-souris… »
Le peuple éthiopien Troglodyte auquel Hérodote fait allusion est installé aujourd'hui dans le massif du Tibesti, et forme maintenant l'ethnie des Toubous. La cavalerie Garamante se distinguait au Maghreb par le fait qu'elle utilisait massivement le char tiré par un quatuor de chevaux. Les Garamantes ont mené quelquefois des attaques contre leurs voisins du nord également, notamment les Gétules, les Carthaginois et les Numides. Toutefois leur plus grande défaite leur est infligée par l'Empire romain, qui soutenu par les Gétules et sous la direction de Balbus, consul d'Afrique de Rome envahit leur royaume et occupe leur capitale Tagharma (Garama). Les Garamantes maintiennent une certaine autonomie malgré l'occupation, grâce notamment à l'étendue du Sahara et à leur retour à des traditions nomades. Les Garamantes se révoltent et soutiennent même la révolte de Tacfarinas dans le nord du pays au début du premier siècle, mais Rome finit tout de même par vaincre.
Le poids de la tutelle sur ce peuple saharien devient considérable. Après que l'Empire eut adopté la religion chrétienne, les Garamantes firent de même vers la fin du . Les Garamantes disparaissent progressivement des références historiques à partir de cette date, pour plusieurs raisons. D'une part à la mort de l'empereur de Rome, l'Empire romain connaît une période de troubles internes et les Garamantes retrouvent leur indépendance ; d'autre part, leur royaume ayant été brisé, ces derniers ne mènent aucune action concertée politique ou stratégique jusqu'à l'avènement de l'Islam trois siècles plus tard, époque à laquelle ils ne s'appellent déjà plus les Garamantes.
L'État de Numidie : (–250 à -25)
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right|350px|thumb|Medracen la sépulture des rois Numide à Batna dans les AurèsJules-René Bourguignat, Souvenirs d'une exploration scientifique dans le nord de l'Afrique. et patriarche des Zénètes et des Sanhadja selon Ibn KhaldounIbn Khaldoun, Histoire des Berbères.
Le mausolée de Medghassen dans l'Aurès date de Ce monument numide est le plus ancien mausolée de l'AlgérieRecueil des notices et mémoires de la Société archéologique, historique.