Renaud de Châtillon, né entre 1120 et 1125 en Bourgogne et mort le à Hattin, est un chevalier croisé d'origine française qui fut prince d'Antioche de 1153 à 1160, puis seigneur d'Outre-Jourdain et de Montréal de 1177 à sa mort.

Personnage controversé, il est connu pour la violence de ses actions et ses raids contre les pèlerins musulmans. Après un début de carrière modeste, il gravit rapidement les échelons du pouvoir grâce à son union avec Constance d'Antioche. Capturé à la suite d'un raid en 1161, il reste emprisonné pendant 15 ans et perd son titre de prince d'Antioche.

En 1176, ayant proposé à sa libération ses services au roi , celui-ci lui octroie la seigneurie d'Hébron. Renaud de Châtillon se marie la même année à Étiennette de Milly, devenant par mariage seigneur d'Outre-Jourdain et de Montréal.

Sa politique de provocation constante, notamment contre les Byzantins et les musulmans malgré des traités de paix, contribue à déclencher la réaction militaire de Saladin. Il est capturé lors de la bataille de Hattin en 1187 et exécuté par Saladin en personne.

Biographie

Origines familiales La jeunesse de Renaud de Châtillon est très mal connue, car il n'attire l'œil des chroniqueurs qu'après son arrivée en Terre sainte. Sa date de naissance est elle-même incertaine : si la plupart des sources situent sa naissance probablement aux alentours de l'année 1120, certains historiens, comme Bernard Hamilton, proposent la date de 1125.

Pendant longtemps, on a cru, depuis André Du Chesne en 1621, que Renaud de Châtillon venait de la famille de Châtillon-sur-Marne et qu'il était le fils d', seigneur de Châtillon (aujourd'hui Châtillon-sur-Marne), et d'Ermengarde de Montjay.

L’historien Jean Richard a démontré que cette hypothèse était fausse, dans un travail reconnu aujourd’hui comme une référence.

Renaud de Châtillon est le fils cadet d', comte de Châlon en 1080, seigneur/baron de Gien, de Châtillon (Châtillon-sur-Loing, aujourd'hui Châtillon-Coligny), de Donzy et de Saint-Aignan-sur-Cher, et a pour frère aîné . Le grand-père de Renaud de Châtillon, , comte de Châlon et seigneur de Donzy et de Saint-Aignan-sur-Cher, mort vers 1101, était le cousin de saint Hugues de Cluny, le puissant abbé de l'abbaye de Cluny de 1049 à 1109. La mère de Renaud, dont le nom n'est pas connu, était une fille d'Hugues le Blanc, seigneur de La Ferté-Milon.

Renaud de Châtillon venait de la famille des Donzy, une puissante famille bourguignonne, bien implantée dans la Bourgogne du , apparentée à celle des Semur. Cette famille contrôlait à cette période une large partie de la Puysaye (Gien, Châtillon, Donzy) et avait des terres à Saint-Aignan, dans le Berry et dans le Valois. Au , les Donzy obtiendront du roi de France les comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre, faisant des Donzy de grands barons du royaume de France.

Contrairement à l'image qu'avait donnée de lui plusieurs chroniqueurs, dont notamment Guillaume de Tyr – un des détracteurs de Renaud, qui en a fait dans ses chroniques un noble de basse extraction –, la famille de Renaud de Châtillon est en réalité de haut lignage. Elle se prévaut d'une ascendance prestigieuse, les Palladii, une famille de nobles gallo-romains, considérée comme de lignée de sang royal et d'excellente noblesse. Ainsi, lorsque la sœur de Renaud de Châtillon, Agnès de Donzy, se maria avec Sulpice d'Amboise, le chroniqueur de la Gesta Ambaziensium dominorum la décrivit comme (de Palladiorum stirpe descendit, ex linea regii sanguinis, excellentiam nobilitatemque), Gesta Ambaziensium dominorum, p. 199..

Le nom de "Châtillon" pour Renaud provient de Châtillon-sur-Loing, aujourd'hui Châtillon-Coligny, dont le château était au aux mains des de Donzy, mais la raison exacte de ce nom reste obscure. Jean Richard postule qu'il y était peut-être né ou bien qu'il avait reçu ce château en héritage.

Après son départ pour la Terre sainte, il restera proche des intérêts de sa famille, comme en témoigne une lettre qu'il adressera en 1155 ou 1156 au roi de France , pour lui demander de rectifier une confiscation de patrimoine dont sa famille aurait été victime.

Départ pour la Terre sainte et débuts difficiles En tant que cadet, Renaud de Châtillon était probablement destiné à une vie près de sa famille, sous la coupe de son aîné, Geoffroy III de Donzy. L'appel à la deuxième croisade a pu lui ouvrir des espoirs de se tailler pour lui-même un nom, une fortune, voire la gloire dans les États latins d'Orient, et ce d'autant plus que sa famille, très influente, lui permettait de se prévaloir d'un haut lignage. Mais surtout, sa famille attendait de lui qu'il prenne la croix, la croisade devenant une très forte tradition dans la Bourgogne du .

Renaud de Châtillon prend la croix, vraisemblablement en 1146, et part pour la Terre sainte, arrivant à destination en 1147, dans des conditions que les sources contemporaines ne précisent pas.

Si les rois et les grands barons quittent la Terre sainte en , Renaud de Châtillon y reste et s'attache vraisemblablement à la maison du roi de Jérusalem, .

En 1153, il participe brièvement au siège d'Ascalon. Dans ses chroniques, Guillaume de Tyr le décrit alors comme faisant partie des chevaliers par le roi, c'est-à-dire payés pour leur service. Être payé pour servir en tant que chevalier était mal vu à l’époque, et Guillaume de Tyr ne se prive pas de l'utiliser contre Renaud. Toutefois, parmi les neuf autres chevaliers mentionnés comme participant à ce siège par Guillaume de Tyr, seuls Gautier de Saint-Omer et Renaud de Châtillon ne sont pas directement des barons du royaume de Jérusalem. L’ambiguïté des écrits de Guillaume de Tyr peut soit laisser penser que Renaud de Châtillon et Gautier de Saint-Omer servaient le roi dans le but d'être payés, ou bien, au contraire, que ceux-ci étaient suffisamment valeureux pour mériter d'être payés par le roi, ce qui change considérablement le regard porté sur Renaud de Châtillon.

Plus tard, tous deux auront le privilège de faire des mariages importants pour les États latins, Renaud en se mariant à Constance d'Antioche et Gautier de Saint-Omer à Echive de Bures, faisant de lui le prince consort de Galilée et de Tibériade. Cela laisse à penser que tant Renaud de Châtillon que Gautier de Saint-Omer étaient appréciés par le roi de Jérusalem et par les grands barons des États latins.

Situation d'Antioche Parmi les difficultés que rencontraient à l'époque les États latins d'Orient se trouvait la vacance du pouvoir de la principauté d'Antioche. En effet, en 1149, le prince d'Antioche, Raymond de Poitiers, mourut à la bataille d'Inab. La principauté d'Antioche passa alors à sa femme, la princesse Constance d'Antioche, jeune femme de 22 ans, qui assure alors la régence de la principauté, soutenue par le patriarche d'Antioche, Aimery de Limoges. Le fait que Constance d’Antioche gouverne seule rend la situation de la principauté fragile. Plusieurs acteurs de la région lui proposent alors de nouveaux maris, que ce soit par une volonté de renforcer une principauté alliée, ou par calcul politique.

Constance d'Antioche ne se laissa pas faire et refusa pendant plusieurs années de prendre mari, repoussant tous les prétendants. Plusieurs hommes furent proposés par , roi de Jérusalem, mais tous furent éconduits. Le basileus , qui considérait la principauté d'Antioche comme une possession byzantine et voyait dans cette situation l'opportunité de rapprocher encore la principauté de l'empire byzantin, se mêla également à l'affaire. Prenant appui sur l'allégeance prêtée par Raymond de Poitiers et renouvelée par Constance, il lui proposa également un mariage avec un de ses beaux-frères, également veuf. Constance le refusa aussi.

En 1150, passa durant l'été plusieurs mois à Antioche pour convaincre Constance de se remarier, sans succès.

Début 1153, lance le Siège d'Ascalon. Renaud de Châtillon, resté à Antioche, rejoint le roi quelques semaines après le début du siège et y participe brièvement. Durant le siège, il fait la demande au roi de la main de Constance d'Antioche. Si certains chroniqueurs, comme Guillaume de Tyr – lequel n'apprécie pas Renaud, indiquent que Constance s'était scandaleusement fiancée avec lui en cachette, d'autres, comme Ernoul, en font une idée de . Quoi qu'il en soit, le roi approuve cette union.

Prince d'Antioche (1153 - 1160) vignette|La principauté d'Antioche en 1135. vignette|Les États latins d'Orient en 1135. Dès la fin du siège d'Ascalon, Renaud retourne à Antioche au printemps 1153 pour épouser Constance, devenant par ce mariage prince d'Antioche. Par ce mariage, Renaud s'affranchit de sa condition de chevalier soldé et devient alors le dirigeant d'une cité considérable.

Dotée de murailles imposantes construites par , Antioche est alors une cité tournée vers le commerce, que sa situation favorise, et est le siège de plusieurs patriarcats (grec, jacobite, arménien et latin). Elle se situe cependant en marge des États latins, ce qui lui confère une certaine vulnérabilité.

Assaut sur le patriarche latin d'Antioche vignette|gauche|Renaud de Châtillon et le supplice du patriarche Aimery de Limoges. Miniature du , Lyon, BM, Ms 828. Ce mariage rebat les cartes du pouvoir à Antioche. Aimery de Limoges, fait patriarche d’Antioche par Raymond de Poitiers et qui tient cette charge depuis quinze ans, voit d'un mauvais œil ce mariage, qui diminue son influence sur la princesse Constance. Il ne fait pas mystère de son mépris pour Renaud de Châtillon, qu'il voit comme un nouveau venu. Renaud réagit en le faisant arrêter et jeter en prison. Pour certains historiens, comme Steven Runciman, le motif pourrait bien être également financier, Aimery de Limoges étant décrit par les chroniqueurs comme étant riche.

Le patriarche, déjà âgé, est torturé. Renaud va plus loin : après avoir enduit ses blessures de miel, il enchaîne le patriarche au sommet d'une tour et le laisse exposé au soleil et aux insectes. Le patriarche aurait accepté de payer pour mettre fin à ses tourments.

L'émoi est alors très important : Aimery de Limoges est en effet très respecté, ayant défendu Antioche à de nombreuses reprises. envoie immédiatement l'évêque de Saint-Jean-d'Acre et le chancelier de Jérusalem faire libérer l'infortuné, qui rejoint alors Jérusalem où il est accueilli à bras ouverts et où il restera quelques années en exil.

Campagne de Cilicie (1154) Le nouveau prince d'Antioche est toutefois rapidement attiré dans le tourbillon des luttes en Cilicie. En effet, depuis 1143, , prince d'Arménie, a entrepris de reconstituer son royaume, défait par les Byzantins de près de vingt ans auparavant. S'entendant avec les barons francs voisins, il reconquiert Vagha et Tarse. Rendu furieux de cette situation, le basileus envoie en 1152 un contingent dirigé par son cousin Andronic Comnène faire le siège de la ville de Mamistra, mais défait les troupes byzantines lors d'une contre-attaque nocturne. Cette défaite byzantine lors de l'échec du siège de Mamistra a pour conséquence de reconstituer l'ancien territoire de l'Arménie.

ne renonce pas et fait appel en 1154 aux turcs seldjoukides de , qui attaquent à leur tour Mamistra et tentent même de pousser jusqu'à Antioche : ils sont arrêtés dans le défilé de la Portelle et défaits par les Arméniens, soutenus par les templiers venant de la forteresse de Baghras.