Louis-Joseph Pivet, né le à Granville et mort le www.marines-editions.fr , est un officier de marine français. Vice-amiral, il est chef d'état-major de la Marine au début de la Première Guerre mondiale.
Biographie
Né à Granville le , d'un père cordonnier, ses parents habitent une maison située en face du port et de la mer. Aussi, il décide à que la navigation sera son métier et demande à aller au collège de Cherbourg.
Il est reçu à l’École navale en 1872 à l'âge de . En , il embarque sur le Borda à Brest comme aspirant de . En , il sert sur la Renommée, à Ville-Franche et Toulon et en , il est sur le Richelieu, en partance pour une campagne en Méditerranée.
En , il embarque sur le Victoire puis en , il est sur la Magicienne, dans la division navale du Pacifique, pour le Chili, le Pérou, Panama, San-Francisco, puis Tahiti et retour avec nouvelle escale à Valparaíso.
En , il est sur le transport Creuse, bâtiment qui transporte des forçats vers la Nouvelle-Calédonie. En octobre 1880, il prend part à la campagne de Tunisie, sur le cuirassé Colbert avec l'escadre de Méditerranée, qui bombarde Sfax et Gabès. Il y reçoit son baptême du feu.
En , il est de camp de l’amiral Conte, commandant la Division navale du Levant. Sur le Vénus, le dernier grand navire construit en bois avec une forme de frégate3-mâts carrés sur plans de Desfontaine. Le navire avait une cheminée télescopique. La dénomination de cette corvette a varié selon les années et les auteurs : corvette à barbette, frégate de , croiseur de , armée en plate ou en flûte, corvette à batterie., puis sur le Couronne et navigue en Grèce, en Turquie et à Beyrouth.
Détachements
L’amiral le détache auprès d’une commission internationale instituée par le gouvernement ottoman et chargé de déterminer l’île de l’archipel la plus propice à l’établissement d’une station de quarantaine; la réussite de cette mission lui vaut des compliments ministériels. Durant le séjour en Grèce, il est détaché auprès de la famille royale.
En 1885, il devient officier breveté Canonnier. En 1887, il suit l’école des torpilles, à Toulon. De 1888 à 1889, il sert sur le croiseur D'Estaing, adjudant de division, à la division navale de l’océan Indien et station navale de Madagascar et des Comores (Division de l'Océan Indien).
Ministère de la Marine De à , il est officier d'ordonnance du ministre de la Marine. Il reçoit le titre et les insignes d’Officier d’Académie. Il est nommé commandant de l'aviso Élan qu’il rejoint en juin. Le mois suivant, il passe huit jours à Saint-Servan pour faire passer des examens aux élèves pilotes. Il reçoit de nombreuses invitations dont celle du Général Vosseur qu’il a connu « dans le temps à Athènes ». Il y rencontre sa fille qu'il épouse l'année suivante.
En 1892, il commande l’aviso ElanLe cinquième navire de ce nom est un aviso de à hélice de 237 tonneaux filant 12 nœuds et armé par . Construit en 1877, il sera condamné en 1910 après avoir été remplacé par le Chamois. Jusqu'à son abordage par le trois-mâts Théodore-Ducos à Bordeaux le 16 août 1887, il est affecté à l'école de pilotage, et navigue de manière intensive le long des côtes françaises et anglaises en Manche et en Atlantique. Après l'abordage, l'intention de le réparer et de le transformer en convoyeur de sous-marins est finalement abandonnée en raison du coût de l'opération : il est désarmé le 31 décembre 1907. et l'École de pilotage de la flotte. Il est deux fois félicité pour ses études sur les Iles Anglo-normandes et sur le balisage de nuit en temps de guerre. Il rédige un livre des instructions nautiques des côtes françaises. En , il est affecté au Service hydrographique.
Guerre gréco-turque
Le il est promu au grade de capitaine de frégate, et est commandant en second sur le croiseur Sucjet et prend part aux opérations de l'escadre internationale en Crète, lors de la guerre gréco-turque et se distingue en sauvant des populations, d’abord chrétienne à Canée, puis musulmanes à Siata et dans l’arrière pays.
En , il sert sur le Bouvines puis sur le cuirassé Amiral Duperre et est chef d'état-major du contre-amiral commandant la de l'escadre du Nord.
En 1899 et 1900, il commande la Manche et réalise deux campagnes en Islande et à Terre-Neuve. Après avoir assisté les navires français en pêche autour de l’Islande, et se dirigeant vers Terre-Neuve, il se trouve en situation périlleuse du fait d’un iceberg non prévisible et d’une grave avarie qu’il provoque. Il ramène cependant son bâtiment à Terre-Neuve et reçoit un témoignage ministériel de satisfaction pour son sang froid et son esprit de décision. En 1900, Il est de nouveau nommé commandant de l’aviso-transport Manche dans la Division navale de Terre Neuve. Il rencontre un ouragan violent qui lui vaut un nouveau témoignage de satisfaction. Il est ensuite en poste à Brest en octobre, chef de la Section de l'état-major de l'arrondissement maritime. Le , il prend le commandement du croiseur de Tage de la force navale de l’Atlantique.
Au (nomination du ), il commande le croiseur cuirassé Bruix, pavillon du contre-amiral Joseph Bugard, commandant une division de l'Escadre du Nord. Le , il reçoit le commandement de la Jeanne-d'Arc, alors le plus grand et le plus puissant des croiseurs cuirassés françaisQuatrième du nom la Jeanne d'Arc était long de , déplaçait , le bâtiment portait deux canons de 194 et quatorze de 138. Ses six cheminées lui donnaient une silhouette caractéristique. En 1903, le Jeanne d'Arc porta la marque du président Loubet pour le voyage de celui-ci en Algérie. C'est en 1912 qu'elle remplaça le Duguay-Trouin comme navire-école d'application. Pendant la Première Guerre mondiale, le Jeanne d'Arc s'illustra aux Dardanelles (1914) puis sur le canal de Suez, sur les côtes de Syrie et d'Asie Mineure. En 1919, il reprit ses fonctions d'école d'application et fit neuf campagnes avant de s'arrêter, à bout de bord, en 1928. Il fut rayé des listes de la flotte six ans plus tard..
En 1904, il commande le croiseur cuirassé Gloire. En 1905, il commande le cuirassé République dont il suit les travaux d'achèvement et pratique les essais avant de l'emmener en Escadre de Méditerranée. Les plans de ce navire furent signés par Max Bahon. Les plans de base de ce navire émanaient du Service Technique qui venait d’être créé ; ils appliquaient les idées d’Emile Bertin et réalisaient des progrès importants sur les types antérieurs : Un seul calibre de grosse artillerie (4 X 305 en deux tourelles axiales, avant et arrière) ; artillerie moyenne constituée par 18 X 164, dont douze en tourelles et six en casemates. Protection étendue à toute la longueur de la coque et assurée par une muraille haute en acier spécial, complétée par un cofferdam en abord et par deux ponts formant blindage par éclats. La puissance motrice était répartie sur trois lignes d’arbres contre deux seulement sur le « Courbet », ce qui réduisait le danger de chavirement, en cas d’invasion d’eau dans une des chambres. La vitesse était de plus de 19 nœuds. Le Capitaine de Vaisseau Pivet décora de la Croix de la Légion d’Honneur Max Bahon sur le pont de ce bâtiment.
En , il est nommé Major Général du maritime de Brest. De 1909 à 1911 Commandant une division de l'escadre de Méditerranée, pavillon sur le Jules-Ferry, puis le Victor-Hugo. Dans le cadre d’une opération internationale, cette escadre participe au sauvetage d’un grand nombre de chrétiens arméniens menacés d’exterminationGeorges Kevorkian, La flotte française au secours des arméniens : 1909-1915, Marines Eds, 2008, .
Participation active en en CilicieDocuments militaires français sur les massacres de Cilicie, en avril 1909, et le sauvetage des Arméniens de Kessab par la Marine française dans la baie de Bazit.
Janvier/. Il est membre du Conseil supérieur de la Marine et du Comité d’amirauté, directeur des services des travaux et président du Conseil technique de la marine. / : il est chef d'état-major général de la marine.
Première Guerre mondiale
, la guerre est imminente. La flotte est concentrée en Méditerranée, et constituée en Armée Navale ; il ne reste en Manche qu’une escadre légère composée de bâtiments anciens, escadre faible par rapport aux forces navales allemandes mais cela est conforme aux conventions avec la Grande-Bretagne qui doit, en cas de conflit, protéger la Manche.
Fin avril, le Conseil des Ministres, refuse à l’Amiral Pivet l’autorisation de poster cette flotte à l’entrée de la Manche l’estimant trop légère pour éventuellement, pouvoir s’occuper au passage des gros bâtiments allemands. Le au soir, le Président Raymond Poincaré redoute une attaque de nos ports, mais il continue à refuser l’envoi de cette flotte à l’entrée de la Manche car c’est l’envoyer au sacrifice. L’amiral n’en rédige pas moins à l’adresse du contre-amiral Rouyer, commandant de cette flotte, le télégramme suivant :
Ce télégramme est envoyé après que le Président en ait seulement accusé réception. Son contenu est sur le champ mis à exécution.
En Méditerranée, en présence du danger présenté par deux navires allemands, le croiseur de bataille Goeben et le croiseur léger Breslau, ce même , l’Amiral Pivet télégraphie à l’amiral, commandant en chef l’armée navale :
Cet ordre n’a pas été suivi ; dès la déclaration de guerre par l’Allemagne à la France le , ces deux cuirassés allemands bombardèrent Bône et Philippeville puis se retirèrent vers l’est. Ils purent gagner Constantinople où ils permirent le scellement de l’alliance germano-turque et l'entrée de la Turquie dans la guerre contre la Russie ; le ravitaillement de la Russie par la mer Noire devint impossible ; séparés de ses alliés, la Russie s’écroula en moins d’un an. À la fin de la guerre, le Général allemand Ludendorff put dire
Lutte anti-sous-marine Le , l’amiral Pivet propose à Jean-Victor Augagneur, ministre de la Marine, plusieurs mesures de lutte contre les sous-marins allemands actifs en Manche ; approbation froide et sans suite du Ministre ; le , un deuxième rapport signé Pivet insiste et détaille les mesures à prendre : il propose l'utilisation d'un nombre important de chalutiers afin d'exercer une surveillance continue, le déploiement d'aéronefs pour rechercher les sous-marins, de construire des grenades sous-marines, et d'étendre l'emploi des appareils d'écoute. Réponse peu encourageante d’Augagneur qui les adoptera quelques mois plus tard. Parmi tous ces moyens proposés, seules l'utilisation de l'aéronef et la surveillance continue par les chalutiers s'avéra effective. Mais la constitution d'une telle flotte de surveillance ne peut être effectuée sans entraîner une profonde mutation de la Marine. La nouvelle flotte, composée d'une poussière de patrouilleurs, d'escorteurs et d'aéronefs, s'édifie au détriment de la flotte de ligne, condamnée à l'inaction et vidée de ses meilleurs éléments.
En 1897, l'ingénieur allemand Rudolf Diesel invente le moteur qui porte son nom, à combustion interne, d'un excellent rendement. Consommant du gazole, carburant qui, à l'inverse de l'essence, ne dégage pas de vapeurs explosives, ce moteur apporte la solution du problème de la propulsion des submersibles, et toutes les marines l'adoptent rapidement. En 1914, on compte, dans le monde, une majorité de submersibles équipés de moteurs Diesel ; de 1914 à 1918, les Allemands en construisent 343, lesquels, en participant aux combats, détruisent de tonnes de navires de commerce alliés, au prix de 178 submersibles coulés. Sur l’ambiance au Ministère, il écrivit quelques mois après à sa sœur Pauline :
Préfet maritime Le , Pivet est nommé commandant en chef, préfet maritime du à Cherbourg.
Précautions à Cherbourg contre aéronefs () : Avis à la population.
Corps expéditionnaire russe