Étienne de Perier dit « Perier l'Aîné », né le à Brest et mort le au château de Tréoudal à Saint-Martin-des-Champs, est gouverneur colonial de la Louisiane française de 1726 à 1733, lieutenant-général des armées navales et grand-croix de Saint-Louis.
Il est connu pour ses grands travaux à La Nouvelle-Orléans, dont la toute première digue sur le Mississippi en 1727, pour avoir maté en 1731 la révolte des Natchez, et pour la prise du Northumberland en 1744. Il a laissé son nom à une rue de La Nouvelle-Orléans, la Perrier Street.
Biographie Famille et origines
vignette|166x166px|Armes de la famille de Perier. Étienne de Perier est issu de la famille de Perier. Frère aîné de Antoine Alexis de Perier de Salvert, il est né le à BrestArchives municipales de Brest https://archives.mairie-brest.fr/4DCGI/Web_RegistreChangePage/ILUMP8050# vue n°11, de l'union de Étienne de Perier (1644-1726) et de Marie de Launay († 1693). Son père est capitaine de vaisseau et de port au Havre., chevalier de Saint-Louis. et du corsaire Jean Bart. Perier l'Aîné est le neveu du premier professeur d'hydrographie du roi au Havre, George Boissaye du Bocage.
Il est anobli avec son père et son frère par lettres patentes en .Bibliothèque nationale, Manuscrits, Nouveau d'Hozier n° 262, cote 5990, article "de Perier" : « en considération des services rendus pendant plus de 50 années sur les vaisseaux du Roy, en qualité de lieutenant, capitaine, commandant et autres et de ceux actuellement rendus par les Sieurs Estienne et Antoine Alexis de Perier de Salvert, ses enfants, le premier en qualité de garde de la Marine depuis 1704 et aujourd'hui dans la place de Gouverneur général de la Louisiane et l'autre en qualité de garde de la Marine depuis ladite année 1704 et depuis l'année 1721 en celle d'enseigne de vaisseau. ».
Le , il épouse Catherine Le Chibelier, fille d'un échevin du Havre et veuve de l'officier de marine Chambellan Graton.. De ce mariage naissent trois fils et une fille : François Alexis de Perier, né en 1724 et mort la même année. Étienne Louis de PerierÉtienne Louis de Perier est souvent confondu avec son frère François Alexis. C'est par exemple le cas dans ., né le 30 juin 1725 au Havre et mort le août 1756 au Cap-Haïtien. Il est lieutenant de vaisseau et chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. Antoine Louis de Perier de Montplaisir, né en 1728 à La Nouvelle-Orléans. Lieutenant de vaisseau, il meurt le 21 novembre 1759 dans le naufrage du Juste, au large de Nantes, lors de la bataille des Cardinaux. Il laisse derrière lui une jeune veuve de 15 ans, Elisabeth Marie de Perreau. Marie Catherine de Perier, née en 1730 et baptisée en 1731 à la cathédrale Saint-Louis de la Nouvelle-Orléans. En 1755, elle épouse Henry-Jean-François du Plessis, lieutenant de vaisseau, écuyer et chevalier de Tréoudal. De ce mariage, deux filles.
Carrière Premiers combats (1695-1707) Étienne de Perier entre au service en 1695, et assiste à son premier combat à l'âge de huit ans. Il s'engage dans le Marine royale en tant que volontaire en 1702, à l'âge de 15 ans.
Il navigue sur des navires escortant des convois dans la Manche et en mer du Nord jusqu'au , lorsqu'il intègre une compagnie de gardes-marine. Il embarque sur le Prince-Eugène et le Protée dans l'escadre de Saint-Pol de Hécourt, participe à plusieurs combats et reçoit une blessure à la hanche gauche au cours d'un engagement qui amène la prise de deux vaisseaux anglais, le Farmouth et le Foix. Il sert ensuite sous Forbin et Duguay-Trouin, aux côtés de François-Cornil Bart.
En 1706 sur le Protée, dans l'escadre de Forbin, il assiste à la prise des vaisseaux le Ville de Hambourg, le Pélerin, le Grafton et le Hampton-CourtÉtat des services de monsieur de Perier, Lieutenant général des Armées navales (Documents conservés à Paris, aux archives de la Marine, délivrés le 25 avril 1908.).
En 1707, il s'élance à l'abordage du Ruby et reçoit une balle dans le bras droit.
En 1708, il embarque à nouveau dans l'escadre commandée par Forbin pour porter un corps de troupes en Écosse.
Fait prisonnier de guerre en 1711, il est libéré sous réserve de ne plus servir à la mer. Il sert à terre, dans les canonniers de marine à Valenciennes.
Siège du Quesnoy (1712) En juin 1712, au cours de la guerre de Succession d'Espagne, il prend part à la défense de la ville lors du siège du Quesnoy, en tant que canonnier de marine.
Durant le bombardement, il reçoit sur lui une brique de parapet. Perier est fait prisonnier de guerre à l'issue de la prise de la forteresse.
Affrontements sur terre et mer (1714-1720) En 1714 et 1715, sur la Flore puis la Subtile, il participe à la prise d'une frégate anglaise de 18 canons chargée de 150 esclaves africains, lors d'une campagne au Sénégal contre les pirates. Capitaine en second sur Le Duc d'Orléans, il lutte à nouveau contre la piraterie au large du Sénégal et s'empare de plusieurs de leurs vaisseaux.
En 1720, il passe au service de la Compagnie des Indes. vignette|Plan de la baie de Coquimbo, au Chili, .|gauche Capitaine en second sur lAchille, il fait campagne pendant trois ans sur les côtes du Pérou et du Chili. Parvenus sur les côtes du Chili, les vaisseaux de la Compagnie subissent une disette de vivres et d'eau. Perier est détaché avec 50 hommes à terre, à Coquimbo, avec pour mission de trouver eau, vivres et bois. Avec ces faibles moyens, il lutte avec succès contre les 800 soldats Espagnols du comte de Pertillo. Il y soutient qui lui permettent d'assurer marchands de la Compagnie.
Expéditions d'Arguin et de Portendic (1721 et 1724) En 1721, il participe à la prise d'Arguin.
En 1724, à bord du Neptune de 10 canons, il participe aux prises d'Arguin et de Portendic. vignette|Mahé en 1726. De 1724 à 1725 et sur le même Neptune, Perier est envoyé six mois en Inde pour garder le comptoir de Mahé, assiégé par le prince de Malabar à la tête de . Il arrive à bord de son vaisseau à Mahé le 26 novembre 1724. Après avoir été instruit de la situation, il est chargé d'escorter tous les mandchous du pays pour apporter du riz. Il se rend à Mangalore avant de revenir à Mahé. Perier est chargé d'écrire au chef des Anglais, afin de lui demander d'une part d'attendre la décision des rois de France et d'Angleterre, et d'autre part de ne commettre aucun acte d'hostilité. Le 20 avril, il délibère avec des officiers de faire embarquer canons, munitions de guerre et la troupe excepté 20 soldats, un sergent et un officier. Perier quitte Mahé à bord du Neptune avant le 30 avril.
Gouverneur de la Louisiane (1726-1733)
alt=|vignette|250x250px|Vue et Perspective de La Nouvelle-Orléans, par Jean-Pierre Lassus (1726). Pierre Dugué de Boisbriant est gouverneur de la Louisiane française de 1724 à 1726 : la famine et les inondations accélèrent la fin de son mandat, au profit de Perier. Louis XV nomme Perier gouverneur de la Louisiane française le . La Compagnie, afin de s'assurer de ses loyaux services, décrète le 24 août qu'il bénéficierait , en plus de ses appointements, d'une concession de dix arpents sur la rive du Mississippi. Perier plante cette concession, qui devient la plantation de Monplaisir, située à MacdonoghvillePerier revend cette terre au chevalier Jean-Charles de Pradel en 1737, qui y fait construire une maison du même nom en 1750.. Il a pour mission de développer la profitabilité de la colonie, faire respecter la discipline et la subordination, et empêcher les Anglais de pénétrer en territoire français. Perier l'Aîné arrive sur place et prend ses nouvelles fonctions le .. Le nouveau gouverneur est chargé des questions militaires et des relations indiennes. Son commissaire, Jacques de La Chaise, gère pour sa part la justice, la police, la finance et le commerce. Perier accuse rapidement ce dernier - ainsi que d'autres subordonnés - d'intriguer contre lui. Dans les faits, Perier n'hésite pas à intervenir dans ces derniers domaines, comme le montrent ses principales réalisations ci-dessous. Le gouverneur est domicilié au 613 Royal Sreet, dans une demeure élevée en 1726Où se trouve aujourd'hui le restaurant The Court of Two Sisters. Cette demeure est située sur un vaste terrain de 300 mètres de profondeur, qui s'étend le long de Charles Street, jusqu'à Dumaine. La maison se compose de sept pièces avec des galeries à l'avant et à l'arrière ; en outre, il y a un bâtiment contigu à deux étages sur un côté, une grande cour, une cuisine séparée, une boulangerie, deux entrepôts, des bûchers, des poulaillers et des pigeonniers, et un vaste jardin. Perier acquiert également la terre de Monplaisir, située à Macdonoghville. Il la revend en 1737 au chevalier Jean-Charles de Pradel qui y érige en 1750 une maison du même nom.
Entre-temps, en octobre 1726, il est anobli avec son père Étienne de Perier, et son frère Antoine Alexis de Perier de Salvert. En avril 1727, Perier est fait chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis. La croix lui est expédiée en Louisiane, où le curé de la Nouvelle-Orléans fait état de sa ferveur religieuse afin qu'elle lui soit remise dès octobre. Perier est promu capitaine de frégate le . Principales réalisations Durant son mandat, Perier a particulièrement contribué à l'amélioration de la colonie :
À son arrivée, Perier entreprend de grands travaux. Il fait approfondir le chenal principal du Mississippi pour faire passer de plus gros navires., puis aménager le port de La Nouvelle-Orléans et construire la toute première digue protectrice le long du Mississippi. Il fait également ouvrir, avec le chevalier de Pradel, un cabaret., un parc, un conservatoire et, avec l'aide du scientifique et ingénieur français Pierre BaronQu'il a engagé en 1728, un observatoireIl s'agissait d'un bâtiment à deux étages et à colombages, conçu et construit par l'architecte-scientifique Pierre Baron en 1730.Pendant une très brève période, les Français ont construit des bâtiments avec des boiseries apparentes, généralement remplies de briques, mais ils se sont vite rendu compte que dans le climat de La Nouvelle-Orléans, les boiseries apparentes pourrissaient rapidement, et ils ont appris à recouvrir les boiseries de larges planches ou de stucs en plâtre. Le bâtiment a été conçu avec deux petites terrasses triangulaires sur le deuxième étage pour permettre à Baron de faire des observations célestes avec son télescope. Un portail monumental et un petit bâtiment de service jouxtent l'Observatoire.. Il fait aussi creuser un canal allant du bayou Saint-Jean au lac Pontchartrain, afin d'ouvrir une communication directe entre la mer et les lacs. Les événements ultérieurs y mettant un terme, le projet sera poursuivi par le gouverneur espagnol Carondelet en 1794 qui lui donnera son nom. Au début de l'année 1727, La Nouvelle-Orléans est un véritable bourbier où les hautes herbes empêchent de circuler dans les rues: soumise en permanence à des inondations, elle n'est pas protégée par une levée. En effet les eaux du Mississippi et du lac Pontchartrain se rencontrent à une terre haute qui s'est formée entre le bayou Saint-Jean et La Nouvelle-Orléans, appelée par la suite la . Afin d'assécher la ville, un canal avait été creusé dans la rue Bourbon, et chaque terrain est cerné d'un fossé. Or La Nouvelle-Orléans est décrétée siège principal de la Louisiane et il est inenvisageable de la laisser en cet état. Perier fait donc construire une levée, achevée en novembre 1727.»
vignette|199x199px|The Arrival of the Ursulines in America on August 7, 1727. Artiste inconnu du .