Charles Janet est un scientifique français né à Paris le et mort le à Voisinlieu (actuelle commune de Beauvais). Naturaliste au sens le plus large, il fut géologue, paléontologue, entomologiste, biologiste et chimiste même si ces disciplines ne reflètent qu’une partie de ses recherches. Bien que tombé dans l'oubliLoïc Casson, « Charles Janet un savant oublié », Société Académique de l’Oise, mars 2008, cet ingénieur, industriel et inventeur est redécouvert depuis les années 2010 pour sa construction novatrice du tableau périodique des éléments.
Biographie
Après avoir suivi les différentes affectations de son père polytechnicien et lieutenant-colonel dans l’intendance militaire, il fera sa scolarité à Paris. Il y suit les cours du collège puis du lycée StanislasArchives du collège Stanislas (Paris). Dossier de scolarité de Charles Janet [cote 68W24.2 Janet].. S’ensuit Centrale Paris d'où il sortira ingénieur des Arts et Manufacture en 1872Archives de l'École centrale des arts et manufactures (Paris). Registre de promotion de 1869 à 1872.. Sa carrière prend son essor en 1877 quand il intègre la plus grosse industrie de Beauvais. En effet, la Brosserie DupontBrève histoire de la Brosserie Dupont emploiera au plus fort de son activité 1200 ouvriers dans ses ateliers et 1800 à domicile. Il épouse en même temps la fille (et future héritière) du propriétaire de cette manufactureActe de mariage du 26 novembre 1877 (n°115) - Archives départementales de l'Oise. Ses revenus sont donc tout à fait considérables.
Il habite la Villa des roses, une ancienne demeure qu'il a fait agrandir. Elle compte 32 pièces où il peut installer ses laboratoires et ses collections. C'est là que naîtront ses 7 enfants (6 fils et 1 fille)Voir les tables décennales et les recensements de Voisinlieu - Archives départementales de l'Oise.. Il possède aussi un parc paysagé d'un douzaine d'hectares (avec promenades, perspectives, ponts et plan d'eau) qui est accessible en franchissant un pont au bout du jardin de sa maisonCe parc, à l'abandon depuis très longtemps, est devenu une friche forestière. Il est encore appelé Bois Janet et fait l'objet d'un projet d'urbanisation de la part de la ville de Beauvais.. Il demeurera à Beauvais jusqu'à son décès. Affable et modeste, il était peu connu comme savant de la part de ses concitoyens même s'il a toujours été membre de la Société académique de l'OiseSociété académique de l'Oise.
Œuvre En parallèle à ses activités professionnelles, Charles Janet entame en 1886 un cursus universitaire à la Sorbonne. Il est aussi coopté pour devenir membre de la Société entomologique de France et de la Société zoologique de France. Reçu premier à la licence, il débute ensuite une thèse sur les fourmis et obtiendra son doctorat ès sciences naturelles en 1900. Avant même la fin de ses études, l’Académie des sciences publiait régulièrement ses recherches dans ses comptes rendus et lui attribuait en 1896Janet a obtenu le prix Thore 30 ans après Jean-Henri Fabre qui en fut le premier lauréat. le prix ThoreTexte du prix Thore décerné à Janet. En 1899, il fut élu président de la Société zoologique de France. En 1900, il perfectionne ses nids artificiels et remporte grâce à eux un vif succès à l’Exposition universelle de Paris. Sa popularité est alors suffisamment grande pour susciter l’intérêt des journalistes qui décrivent dans des articles détaillés la nouvelle passion myrmécophile du public. En 1909, l’Académie des sciences lui décerne un nouvel accessit : le prix CuvierTexte du prix Cuvier décerné à Janet pour l’ouvrage le plus remarquable en zoologie. Autour de 1900, Charles Janet est donc un entomologiste reconnu chez les zoologistes et connu du grand public. Il est toutefois difficile de l'enfermer dans une seule discipline, car c'est un véritable polymathe. En effet, il mène plusieurs recherches en parallèle, et presque toujours avec un niveau qui égale celui des meilleurs spécialistes de son époque. Ses publications représentent d’articles scientifiques, et . À l’heure actuelle Charles Janet est perçu soit comme un myrmécologue du passé soit comme un chimiste en devenir.
Géologie, paléontologie Charles Janet explore le Bassin parisien et surtout sa craie. À la demande d'Edmond Hébert et de son laboratoire de géologie de l'École Pratique des Hautes Études, il organise une excursion géologique aux environs de Beauvais pour les étudiants de la Sorbonne et du Muséum. Très vite, il va constituer une remarquable collection de pièces fossiles et préhistoriques. Il estime qu'elle compte environ 50 000 éléments. On y trouve pour une grande part, des fossiles issus des gisements régionaux aujourd’hui disparus ou quasiment inaccessibles comme celui des Sables de Bracheux (recouvert en partie par l’extension de la ville de Beauvais). De plus Charles Janet avait mis au point une méthode de conservation des coquilles très fragiles de ces couches géologiques. D’autres gisements du Tertiaire local sont bien représentés comme le Cuisien, l’Yprésien, le Lutétien des régions de Chaumont-en-Vexin, Parnes, Grignon, Chambors et Mouy. La collection enferme aussi de très nombreux échinodermes pour lesquels il a co-écrit un article avec Lucien Cuénot. Dans la craie des environs de Beauvais, il a découvert trois nouvelles espèces de bélemnites (dont une demeure encore valide). Il s'agit d'Actinocamax grossouvrei, d’Actinocamax toucasi et d’Actinocamax alfridiLes holotypes issus de la collection Janet sont visibles dans l’inventaire national des types et figurés paléontologiques. C'est la base de données Trans’Tyfipal qui inventorie les spécimens types et figurés des collections de paléontologie conservés dans les universités et musées français. Ces spécimens fossiles sont des référentiels internationaux, d’où leur valeur de patrimoine scientifique. On peut les consulter ici et ici..
Entomologie gauche|vignette|Nid artificiel de fourmi.|alt=|394x394px
C'est dans ce domaine que ses travaux sont les plus importants, il s’intéresse surtout aux hyménoptères sociaux.
En 1894 d’abord, il observe un nid de frelons depuis son origine jusqu’à la mort de la dernière ouvrière. Durant ces 5 mois d’observations ininterrompues, il découvre la trophallaxie des larves du frelon. Toujours pour l’éthologie des insectes, il invente un nid artificiel vertical qui va rester très longtemps un matériel classique des entomologistes. Ce type de nid lui permettra de comprendre comment certains insectes vivent aux dépens des fourmis. Il surprend par exemple le lépisme en train de voler la gouttelette de liquide sucré que s’échangent deux fourmis. Il nous gratifie ensuite d’études très poussées sur toute l’anatomie interne des fourmis où il s’évertue à montrer leur organisation en métamères. Chez la jeune fourmi reine, il y découvre la transformation des muscles du vol après qu’elle s’est arrachée les ailes. Il démontre que ces muscles évoluent en cellules lipidiques fournissant ainsi l’énergie nécessaire à cette reine qui ne se nourrit pas pendant les longs mois que dure la fondation de sa colonie.
Finalement, 22 des 24 notes qu’il proposera à l’Académie des sciences auront trait aux insectes sociaux. Il a progressivement cherché à mettre en relation étroite, l'éthologie avec la physiologie des insectes par les biais des coupes histologiques où certains pensent qu'il fit merveille.Bien qu'encore souvent cité comme un auteur classique chez les entomologistes, Charles Janet est totalement tombé dans l'oubli dans ses autres domaines de recherche. À son propos Maurice Maeterlinck écrivait :
"Il faut mentionner encore l’ingénieur Charles Janet dont les innombrables études, recherches communications, monographies, précises, nettes, impeccables, et ornées de planches anatomiques devenues classiques, n’ont cessé, depuis près de cinquante ans, d’enrichir la myrmécologie comme bien d’autres sciences. C’est un de ces grands travailleurs auxquels on ne rend justice qu’après leur mort".
Botanique Le virage opéré vers la botanique n’est pas un abandon de la zoologie, mais une réflexion plus large dans laquelle les insectes seront inclus. Fort de ses études sur la métamérie de l'insecte, il cherche alors à penser un ancêtre commun aux animaux et aux végétaux. Selon Janet, les métazoaires actuels proviendraient de colonies de protozoaires flagellés. Voilà pourquoi il estime que les seuls liens qui persistent encore entre les deux règnes sont ceux où animaux et végétaux sont encore à l’état monocellulaire. Charles Janet décide donc d'étudier le Volvox, car il a souvent été considéré comme intermédiaire entre les animaux et les végétaux, ainsi qu'entre les unicellulaires et les pluricellulaires. Pour Janet, le VolvoxLe Volvox (), Presses universitaires françaises, Paris, 1922 ; 66 p., pl. 1 à 4., n’a plus évolué depuis sa divergence d’avec les flagellés phytiques, est donc un fossile vivant qui rappelle puissamment les débuts des métazoaires. vignette|600x600px|Formule orthobiontique de la fourmi (1925).|alt= Il s’intéresse surtout aux successions de développement cellulaires entre deux générations. Quelques années plus tard en découlera une théorie nommée orthobiontique où Janet ébauche un plan d’organisation du Vivant. D’après lui, l’ensemble des êtres éteints comme actuels peut être décrit par seulement 7 plans orthobiontiques. Dans cette synthèse où il fait le pont entre le règne animal et végétal, il ira jusqu’à la mathématisation complète de ses observations en mettant en formule les générations cellulaires observées.
Finalement basée sur une théorisation excessive qui prend le pas sur ses observations, desservie par un texte empli de néologismes complexes, le tout traduit en langage mathématique, cette théorie va demeurer inaccessible. Elle sera d'ailleurs extrêmement mal reçue dans la Revue générale des Sciences pures et appliquées.
Chimie gauche|vignette|300x300px|Classification atomique en spirale (avril 1928). Après cet échec, il entreprend à l’âge de 78 ans des recherches d'atomistique. On peut encore y voir une continuité et non une rupture, car la recherche d’une organisation fondamentale est un axe commun à l'ensemble des travaux de Janet. Il s’intéresse ici aux propriétés des atomes et à l’organisation de leurs noyaux. Pour synthétiser ses propos, il réfléchit à une classification périodique des éléments atomiques. Pour lui, leurs propriétés physico-chimiques sont intimement liées à leur ordonnancement arithmétique et graphique.
D’ailleurs, la parfaite régularité qu’il observe à tous les niveaux de son tableau est pour Janet la preuve qu’il a découvert la bonne loi de répartition. Il propose même en 1930 de le vérifier en accordant sa classification à la toute récente théorie quantique. Ce faisant il énonce le premier la règle qui décrit dans quel ordre les électrons remplissent les sous-couches d’un atome. Cette règle, redécouverte plus tard est appelée communément règle de Madelung depuis 1936 chez les anglo-saxons ou règle de Klechkowski (origine soviétique en 1962 et en usage en France). Confidentielle, la classification de Janet restera totalement ignorée en France. Grâce à ces figures spiralaires étonnantes, elle réapparaîtra 40 ans plus tard chez les chimistes américains avant une nouvelle éclipse. Ce n’est que depuis une dizaine d’années qu’elle est considérée comme une alternative valableComme dans Philip J. Stewart, « Charles Janet: unrecognized genius of the Periodic System », Foundations of chemistry, 2009, 8 p. à la célèbre classification de Mendeleïev sous le nom de Left Step Table. Eric Scerri, un historien américain (UCLA) a médiatisé la forme de Janet dans des revues comme le Scientific American ou Pour la Science. Il consacre aussi un chapitre entier de son dernier ouvrage à Charles Janet qu'il voit comme un contributeur mineur par sa renommée, mais majeur par ses idées.
Tableau périodique