Jacques Désiré Laval, né le à Croth dans la paroisse de St André- Mesnilliers (Eure, France), mort le à Sainte-Croix (île Maurice), est un prêtre et missionnaire spiritain français, reconnu comme bienheureux par l’Église catholique. Il est fêté le .

Prêtre missionnaire spiritain de la société du Saint-Cœur, devenue par la suite la Congrégation du Saint-Esprit, le Père Laval fut d’abord médecin, puis curé de campagne en Normandie. Pendant les vingt-trois dernières années de sa vie, il a été missionnaire à l’Île Maurice, auprès des esclaves noirs affranchis.

Il a été béatifié par le pape Jean Paul II, le . Le dossier pour sa canonisation est actuellement à Rome, où une commission de médecins l’examine afin de donner un avis compétent, à la suite des nombreux témoignages recueillis.

Biographie Enfance Jacques-Désiré Laval naît en 1803 à Croth, petit village de la vallée de l’Eure dans la paroisse de , non loin d’Anet, alors que la France est encore bouleversée par les événements de la Révolution et les guerres napoléoniennes. Il est nommé Jacques, comme son père, propriétaire d’une ferme et maire du village et Désiré parce que ses parents souhaitaient vivement un garçon après les trois premières filles.

Après des essais, plus ou moins réussis, de premières études, d’abord dans une école presbytérale sous la conduite de son oncle Nicolas, curé de Tourville-la-Campagne, puis au petit séminaire d’Évreux, son père l’envoie au prestigieux collège Stanislas de Paris, d’où il sort bachelier ès lettres, à l’âge de 22 ans et ès sciences l’année suivante. Il entreprend des études de médecine et soutient avec succès le une thèse sur le rhumatisme articulaire. La révolution de 1830 éclate et les barricades dressées dans la capitale ramènent le jeune docteur en médecine en Normandie. thumb|Buste du père Laval déposé à l'église de Pinterville.

Médecin de campagne Pendant quatre ans, de à avril 1834, Jacques-Désiré Laval est médecin à Saint-André-de-l'Eure, faisant souvent preuve d’une grande charité, mais une campagne de calomnies organisées contre lui l’oblige à se fixer à Ivry-la-Bataille, où eut lieu un grand virage dans sa vie.

Jacques Laval se plait alors dans le confort et le luxe. Il aime parader en uniforme, à la tête de la garde nationale de sa commune et se fait remarquer par l’élégance de ses habits, le luxe de ses meubles et ses réceptions. Mais cette vie jugée facile et égoïste ne le comble pas. La conversion du Dr Laval, torturé par le remords, fut lente mais profonde. Une déception amoureuse avec une cousine, une chute de cheval qui aurait pu être mortelle ne sont peut-être que coïncidences. Jacques Laval annonce alors, au grand étonnement de beaucoup, son entrée au séminaire d’Issy-les-Moulineaux le . Quatre ans plus tard, le , il est ordonné prêtre dans la petite chapelle du séminaire de Saint-Sulpice de Paris par l'archevêque de Paris, Hyacinthe-Louis de Quélen.

Curé de paroisse Le , le père Laval est nommé « desservant » d’une petite paroisse de 485 habitants, située au sud de Louviers, Pinterville. Il y reste deux ans ce qui lui permet de vivre son noviciat de futur missionnaire : austérité de vie, porte ouverte aux pauvres, attention aux conditions de vie des paroissiens, permanence de la prière. L'abbé Laval entend alors l'appel d'une plus grande misère à soulager.

, nommé vicaire apostolique de l’île Maurice, accepte ses services pour l’apostolat des Noirs récemment affranchis de l’esclavage. Le père Laval entre dans la société du Saint-Cœur de Marie fondée par le Père François Libermann aujourd'hui appelée congrégation du Saint-Esprit. Il quitte Pinterville à tout jamais le , arrive à Londres le et s’embarque, les mains vides, sur le « Tanjore » le . Il ne reverra plus l’Europe.

Missionnaire thumb|Tombeau actuel du père Laval, à Sainte-Croix.

Après cent jours de traversée, le père Laval débarque à Port-Louis dans la plus grande indifférence. Le , il reçoit la charge de la Mission des Noirs et se met à apprendre le créole, compose un catéchisme de base et repère parmi les esclaves, définitivement affranchis par les autorités britanniques le , le petit groupe de ceux qu’il peut former pour qu’ils deviennent ses aides.

Le père Laval porte une soutane rapiécée et voyage à dos d’âne. Il vit retiré dans un petit pavillon de bois, dans la cour du presbytère pour recevoir ses « chers Noirs », ébahis de s’entendre appeler « Monsieur » ou « Madame ». Il fait même pour eux chaque dimanche, à midi, une messe spéciale.

Chaque jour, le père Laval leur rend visite dans leurs huttes, à l’hôpital et à la prison. Il fait construire de petites écoles de brousse et des centres de prière à travers le pays et, depuis son confessionnal, il veille à leur bon fonctionnement. Détruites pour la plupart par un terrible cyclone tropical le , ces chapelles sont aussitôt reconstruites avec enthousiasme par les fidèles.

Le père Laval, d’abord seul puis secondé par d’autres missionnaires, a su guérir et remettre debout, physiquement et moralement, tout un peuple que les nantis se plaisaient à considérer comme marginal. Mais, plus les succès augmentent, plus l’opposition croît. Les blancs le surnomment « la grosse bête noire » et le père Laval doit même assurer ses instructions du soir sous la protection de deux policiers. Une fois l’aversion passée, les sentiments des colons blancs évoluent peu à peu vers la confiance et, pour certains, vers une profonde admiration.

La fin du chemin

Le , le père François Libermann meurt à Paris. Son successeur, le père Schwindenhammer, nomme le père Laval - qui n’a pas fait de noviciat et connait mal les règles de la vie religieuse et, de plus, répugne à écrire des rapports - supérieur provincial des missions de Bourbon (île de La Réunion) et de Maurice. Le père Laval vit mal cette nomination.

En mai 1854, le choléra sévit à Maurice. Le père Laval se dévoue à l’extrême pour les malades et les mourants. Il en fait de même lors de l’épidémie de variole, elle aussi très meurtrière en 1856.

Proposition lui est faite en 1860 de se laisser photographier par Modeste Chambay, l’un des premiers adeptes de la photographie à Maurice. D'abord, il s'y refuse, puis on lui explique que la reproduction des deux clichés que prendront de lui Chambay et son associé Lecorgne sera mise en vente et que les revenus apporteront les finances nécessaires à la construction d'une paroisse. Il finit par changer d’avis et consent à la pose photographique. C’est l’une des premières « cartes postales », avant même la mise au point de ce système par les Autrichiens Stéphan (1865) et Hermann (1869)« Beau livre : Des cartes postales pour lire l’île Maurice d’avant », lexpress.mu, 2 avril 2013..

Malade à la fin de sa vie et après avoir été frappé par des attaques d’apoplexie, il meurt le vendredi . Quand, le dimanche suivant, à onze heures du matin, on ferme son cercueil, 20 000 personnes avaient défilé devant le corps. Il n’y avait eu personne pour l’accueillir à son arrivée à Maurice, il y en eut 40 000 pour l’escorter à sa dernière demeure, au pied du calvaire, devant l’église de Sainte-Croix.

Béatification thumb|Mort du père Laval. Le Père Jacques-Désiré Laval est béatifié par le pape Jean-Paul II le , en la basilique Saint-Pierre de Rome. C'est la première béatification de Jean-Paul II qui place son pontificat sous la protection de cet humble missionnaire. Le pape invite les chrétiens du monde entier à le prendre pour modèle :

« Que l’exemple du père Laval encourage tous ceux qui, sur le continent africain et ailleurs, s’efforcent de bâtir un monde fraternel, exempt de préjugés raciaux ! »

Le , 150 000 personnes assistent à la cérémonie d'action de grâce qui a lieu au monument de Marie, Reine de la Paix, à Port-Louis, durant laquelle est souvent évoqué le nom de Jacques-Désiré Laval.

Le , à l’invitation de Sir Anerood Jugnauth, Jean-Paul II arrive à Maurice pour une visite officielle de trois jours et se rend au tombeau du père Laval, ce modeste curé qui a consacré sa vie aux plus pauvres, à Sainte-Croix « où, affirme-t-il, je viens moi-même vénérer le tombeau du bienheureux Laval que vous aimez tant à l’île Maurice ».

Parmi ceux qui sont venus prier au tombeau du père Laval à Sainte-Croix figure l'abbé Pierre, lors de sa visite dans l'île en 1994.

Le , le Pape François vient pour la première fois se rendre au tombeau du père Laval.

Vers la canonisation

Le père Bernard Hym, directeur du pèlerinage de Sainte-Croix est confiant dans le fait que le père Laval sera un jour canonisé, car « ce qui a permis sa béatification va permettre sa canonisation ». Cela viendra quand le Seigneur le voudra pour le bien du peuple mauricien et permettre ainsi au père Laval d’être un meilleur rassembleur, fait-il ressortir. Il explique que la canonisation sera possible grâce à l’élan populaire constant et la confiance dans le père Laval, avec plus de 10 000 personnes par semaine devant le caveau et plus de 150 000 dans la nuit du 8-. La canonisation sera possible grâce aux attestations reçues lors d’un pèlerinage auprès de la tombe du père Laval et par des prières confiantes de Mauriciens et d’autres qui viennent de l’étranger et témoignant des grâces obtenues. « Pour que le père Laval puisse être canonisé, il faudrait aussi qu’il y ait une guérison miraculeuse et instantanée, incontestable et incontestée et que le corps médical reconnaît comme inexplicable par la science », précise le père Hym.

« Ces éléments supposent qu’une personne qui se sait guérie par la prière du père Laval ait consulté avant et après les faits constatés par le même médecin qui accepte, par la suite, de témoigner de l’aspect inexplicable de la science de cette guérison », ajoute notre interlocuteur. Il souligne que le projet est en route et que nous ne pouvons que prier pour que le Seigneur nous accorde cela comme une grâce. « Ce n’est pas pour permettre à Maurice d’obtenir des grandeurs et aux Mauriciens de tap lestoma que le Seigneur nous accordera cette grâce. Il le fera pour le renforcement de la foi et, finalement, pour aider les chrétiens à être de meilleurs témoins de l’évangile.»

Le dossier pour la canonisation du père Laval attend la reconnaissance d'un miracle pour être envoyé à Rome. Le vice-postulateur rassemble les témoignages qui lui sont soumis.

Pour le pèlerinage du père Laval en 2014, à Sainte-Croix, le caveau de l'apôtre des Noirs a été entièrement rénové pour marquer le de sa mort.

Nommé cardinal par le pape François le dimanche , Maurice Piat, évêque de Port-Louis, a déclaré à cette occasion : « C’est avec beaucoup d’humilité que j’accueille cette nomination. Je la dédie à toute la nation. C’est encourageant. Je confie ce cardinalat au père Laval et à notre Seigneur ».

Après le pape Jean-Paul II en 1989, Maurice accueillera le pape François le : « Le Pape pe vini zour fet Per Laval, tou bann relizion vizit le Per Laval ». Le point fort de la visite du Saint-Père ? Une messe dite à Marie Reine de la Paix, à Port-Louis. Cette visite à Maurice sera préparée conjointement par l’Etat et le diocèse. Parmi les sujets qui seront abordés : la canonisation du père Laval.

L'humilité du Père Laval

thumb|Tabagie Père Laval. Un missionnaire français de passage à Maurice rencontra l’abbé Xavier Masuy, apôtre de la population blanche de l’époque :

- Montrez-nous, dit-il à l’abbé Xavier Masuy, ce père Laval dont on parle tant dans votre île. J’avais à Saint-Sulpice un condisciple de ce nom.

- Il était aussi de Saint-Sulpice, et ce doit être lui !