La Société française pour l'abolition de l'esclavage (SFAE) est une association française qui de 1834 à 1848 a milité et œuvré en faveur de l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Réunion, Guyane française, Sénégal et Madagascar) : "La commission d'indemnisation finit par recommander en 1849 une indemnité de 90 millions de francs pour les 248 310 esclaves qui, selon les estimations, résidaient dans les colonies françaises en 1848 : 87 087 en Guadeloupe, 74 447 en Martinique, 60 951 à la Réunion, 12 525 en Guyane, 9 800 au Sénégal et 3 500 à Sainte-Marie et Nossibé (Madagascar)".
D'abord favorable à une abolition progressive, la SFAE sera ensuite favorable à une abolition immédiateLettre d'Hippolyte Passy, vice-président, et de Dutrône, secrétaire, aux membres du comité de la "Société Anti-Slavery" de Londres du 16 septembre 1847 : "Il n'y a de remède à l'esclavage que son abolition", le but est désormais "l'émancipation immédiate et complète des Noirs". Extraits cités dans . Également la pétition organisée par la SFAE datée du 30 août 1847, commençant par ces mots : « Messieurs, comme hommes, comme Français, nous venons vous demander l'abolition complète et immédiate de l'esclavage dans les colonies françaises. ».
Prédécesseurs Dès la fin du , des sociétés se sont formées en France en faveur de l’abolition de l’esclavage. C’est d’abord la Société des amis des Noirs fondée par Jacques Pierre Brissot et Étienne Clavière le qui fonctionna jusqu’en 1791. Cette première société fut suivie de la Société des Amis des Noirs et des Colonies qui se réunit de 1796 à 1799.
L'esclavage est aboli par la Convention montagnarde le . Puis, après le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802, c’est la Société de la morale chrétienne, fondée en 1821, qui reprit le flambeau en constituant en 1822 un Comité pour l’abolition de la traite des Noirs1824 - 1826 - La Société française pour l'abolition de l'esclavage 1834-1850, de Patricia Motylewski, éditions L'Harmattan, 1998, page 40., dont une partie des membres est constituée des futurs fondateurs la SFAENotamment de Broglie, Isambert, de Laborde, Dutrône, Thayer et La Rochefoucauld-Liancourt.. Après les améliorations obtenues dans les premières années du règne de Louis-Philippe Ier, en particulier en ce qui concerne la traite négrière, ce comité est dissous.
En 1833, le Parlement britannique vote une loi décidant l’abolition progressive de l’esclavage dans ses colonies et prévoyant une abolition définitive fixée au avec une indemnisation financière des propriétaires d'esclaves évaluée à 20 millions de livres. Les premiers résultats rassurants obtenus par les Britanniques et l'absence de projet gouvernemental d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, incitent des anti-esclavagistes français, de toutes tendances politiques, à fonder, en 1834, une société pour l’abolition de l’esclavage qui s’inspire du modèle abolitionniste anglais.
Les membres fondateurs La première réunion des abolitionnistes français décidés à se regrouper en société a lieu le La France et l'abolition de l'esclavage 1802-1848 de Lawrence C.Jennigs, éditions André Versaille, 2010, page 63., les vingt-sept fondateursListe publiée dans Le Semeur, journal religieux, politique, philosophique et littéraire, tome IV, année 1835, page 15. de la société sont :
Victor de Broglie (1785-1870), président Hippolyte Passy (1793-1880), vice-président Odilon Barrot (1791-1873), vice-président Alexandre de Laborde (1773-1842), secrétaire François-André Isambert (1792-1857), secrétaire (jusqu'en , est nommé secrétaire honoraire après sa démission)Selon Patricia Motylewski, auteur de La Société française pour l'abolition de l'esclavage, c'est François-André Isambert qui serait à l'origine de la création de la SFAE (page 45 dudit livre) Charles Henri Ver-Huell (1764-1845) Gabriel-Jacques Laisné de Villévêque (1766-1851) Eusèbe de Salverte (1771-1839) Joseph-Marie de Gérando (1772-1842) Xavier de Sade (1777-1846) Georges Washington de La Fayette (1779-1849) Frédéric Gaëtan de La Rochefoucauld-Liancourt (1779-1863) Victor Destutt de Tracy (1781-1864), président après le retrait de Victor de Broglie. Alphonse Bérenger de la Drôme (1785-1866) Robert d'Escorches de Sainte-Croix (1785-1861) Philippe de Golbéry (1786-1854) Jacques François Roger (1787-1849) Saint-Albin Berville (1788-1868) Alphonse de Lamartine (1790-1869) Amédée Desjobert (1796-1853) Henri Philippe-Auguste Dutrône (1796-1866), succède à François-André Isambert comme secrétaire en . Théobald de Lacrosse (1796-1865) Charles de Rémusat (1797-1875) Auguste de Mornay (1798-1852) François Mongin de Montrol (1799-1862) Hippolyte Carnot (1801-1888) Henri Lutteroth (1802-1889)
Les statuts stipulent que "La Société se compose de vingt-sept membres fondateurs et d'un nombre illimité de membres associés." et que "Les membres fondateurs forment la Commission centrale". La Commission centrale choisit les membres qui feront partie des commissions chargées de diriger des travaux, on doit lui présenter les personnes qui souhaitent adhérer à la SFAE et elle rend compte de ses travaux dans des réunions générales et publiques.
Les membres associés Outre, les vingt-sept membres fondateurs et le trésorier Amédée Thayer, les statuts stipulent que la société est composée d'un nombre illimité de membres associésLa liste complète est publiée dans le livre de Patricia Motylewski La Société française pour l'abolition de l'esclavage 1834-1850, page 47.. Parmi ceux-ci, on note les adhésions d'Hippolyte Ganneron (1792-1847), Jean-Louis Dufau (1785-1859), Charles Lucas (1803-1889), Edouard-James Thayer (1802-1859), Maurice-Poivre Bureaux de Pusy (1799-1864), Alceste de Chapuys-Montlaville (1800-1868), Jean Théodore Durosier (1793-1855), François Jules Doublet de Boisthibault (1800-1862), Jean-Baptiste Teste (1780-1852), Antoine Jay (1770-1854), Adolphe Delespaul (1802-1849), François Adolphe Chambolle (1802-1883), Victor Lanjuinais (1802-1869), Auguste Billiard (1788-1858), Édouard Roger du Nord (1803-1881), Francisque de Corcelle (1802-1892), Gustave de Beaumont (1802-1866), Adolphe Ambroise Alexandre Gatine (1805-1864), Alexis de Tocqueville (1805-1859), Jules de Lasteyrie (1810-1883), Charles de Montalembert (1810-1870), Emmanuel de Las Cases (1766-1842), Arthur O'Connor (1763-1852), Antoine Cerclet (1797-1849), Charles Casimir Dugabé (1799-1874), André Leyraud (1786-1865), Benjamin Appert (1797-1873), Maurice Poivre Bureaux de Pusy (1799-1864), Louis Joseph Cordier (1775-1849), Armand Charles Guilleminot (1774-1840), Pascal Joseph Faure (1798-1864), Eugène d'Harcourt (1786-1865) et de Félix Martin Réal (1792-1864): liste des membres inscrits en juin 1836..
La cotisation annuelle est de . Ces membres ont le droit d'assister aux séances de la SFAE et ont voix consultative, ils peuvent aussi faire partie des commissions chargées de travaux particuliers.
En 1847, le secrétariat est situé à Paris 12 rue Taranne.
Objet L'objet de la société est indiqué en son article :
« L’objet des travaux de la société est de réclamer l’application de toutes les mesures qui tendent à l’émancipation des esclaves dans nos colonies, et en même temps de rechercher les moyens les plus prompts et les plus efficaces d’améliorer le sort de la classe noire, d’éclairer son intelligence et de lui préparer une liberté qui soit utile et profitable à tous les habitants des colonies »
Actions Des réunions La première réunion de travail a lieu le , elle est consacrée à entendre les trois émissaires (Zachary Macaulay, John Scoble et James Cooper) de la "Universal Abolition Society" alors présents en France pour suivre le procès en appel de l'affaire de la révolte de Grande AnseLa France et l'abolition de l'esclavage 1802-1848 de Lawrence C. Jennigs, éditions André Versaille, 2010, page 65.. La réunion suivante se tient le , il y est approuvé les statuts de la société. À la réunion du , il est examiné la question de l'émancipation pendant la Révolution française. À celle du Frédéric Gaëtan de La Rochefoucauld-Liancourt fait un long rapport sur la lutte contre l'esclavage au sein de la Société de la morale chrétienne. De janvier à , les membres se réunissent en moyenne trois fois par mois. L'année suivante, ils se réunissent une fois par mois. Ces premières réunions (1835-1836) ont principalement pour objet de connaître au mieux la situation de l'esclavage dans les colonies françaises en entendant diverses personnalités, telles que Gustave de Beaumont au sujet de la pratique de l'esclavage dans l'État du Maryland (États-Unis) (), Auguste Billiard, ancien préfet qui avait résidé sur l'île Bourbon, sur l'attitude des habitants de cette île envers l'émancipation des esclaves (), Louis Fabien, Martiniquais, et Louis Africain Persegol, ancien président conseiller président de la Cour royale de la Guyane française (), Robert d'Escorches de Sainte-Croix, sur les conditions matérielles dans lesquelles vivent les esclaves de la Martinique ().
L'année 1836 commence par une réunion le , puis une autre le où Hippolyte Passy annonce qu'il a préparé avec Victor Destutt de Tracy un plan d'émancipation en trois points pour le soumettre à la Chambre des députés. .
Lors de la séance du Extraits des procès-verbaux de la société, il est notamment examiné la question du rachat des esclaves par leur propre pécule.
Lors de la séance du , il est indiqué qu'une pétition des hommes de couleur de la Martinique a été déposée à la Chambre des députés par M. Isambert et à la Chambre des pairs par M. le duc de Broglie.
Lors de la séance du , la question à l'ordre du jour est celle de savoir si une proposition formelle d'affranchissement pour les esclaves doit être faite cette année aux chambres. On est d'avis qu'au milieu des préoccupations actuelles des chambres, cette proposition aurait peu de chances de succès, et que le ministère, appréhendant de se créer un nouvel embarras, trouverait des prétextes d'ajournement, en disant qu'il veut attendre le résultat de l'expérience tentée dans les colonies anglaises.
Lors des séances des et , on annonce que l'assemblée générale aura lieu, à l'Hôtel de ville, le jeudi . Le programme en est réglé ainsi qu'il suit : après le discours d'ouverture du président, M. le duc de Broglie, prendront successivement la parole, MM. Isambert, Passy, Odilon Barrot et Delaborde, sur les travaux de la société, sur l'état de l'esclavage, sur la nécessité et les conséquences morales, politiques et économiques de l'émancipation des nègres.
Lors de la séance du , M. Isambert communique un relevé de la population des colonies françaises au . À la Martinique, les habitants libres s'élèvent au nombre de trente-sept mille neuf cent cinquante-cinq, les esclaves à celui de soixante-dix-huit mille soixante-seize. À la Guadeloupe, on compte quatre-vingt-seize mille trois cent vingt-deux esclaves pour trente-un mille deux cent cinquante-deux hommes libres. M. Isambert rapporte qu'ayant abordé M. François Guizot après les paroles prononcées par lui à la tribune, ce ministre lui dit qu'il ne pouvait fixer l'époque où les mesures annoncées par le gouvernement seraient promulguées, mais que certainement on ne les attendrait pas jusqu'à la session prochaineDes extraits des procès-verbaux ont été publiés dans la Revue des deux Mondes, tome X, (avril 1837) : https://books.google.fr/books?id=p_IHAQAAIAAJ&pg=PA418&dq=societe+fran%C3%A7aise+pour+l'abolition+de+l'esclavage&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwie2KK5vu3KAhXHiRoKHVwfARo4ChDoAQhLMAg#v=onepage&q=societe%20fran%C3%A7aise%20pour%20l'abolition%20de%20l'esclavage&f=false.
Lors de la séance du , informés que le chef du gouvernement Mathieu Molé n'a pas l'intention de présenter une proposition de loi relative à l'émancipation lors de la prochaine session parlementaire, les membres de la S.F.A.E décide qu'ils présenteront leur propre projet de loi.