Hanshan () ou Han-shan (s ) est un poète et ermite chinois. Les historiens lui attribuent la rédaction d'un recueil de poèmes (Hanshan shi). Ces poèmes étant datés du pour les plus anciens, du pour les plus récents, des doutes ont été émis quant à l'existence de Hanshan. Le nom Hanshan signifie littéralement « Montagne froide ». Il vient de l'endroit où aurait résidé l'ermite auquel est attribué le recueil, le lieu-dit Montagne Froide, dans le massif du Tiantai. Hanshan est vénéré dans plusieurs pays d'Asie comme une incarnation de la divinité de la sagesse Manjusri. L'imagerie hagiographique le représente hilare et débraillé, lisant un rouleau. Elle lui associe généralement Shide, moine excentrique reconnaissable au fait qu'il porte un balai. Le duo Hanshan et Shide (Kanzan et Jittoku au Japon) est un thème récurrent de l'art nippon.
Comme personnage légendaire, Hanshan fait l'objet d'un culte persistant par des bouddhistes et par des taoïstes, qui se sont disputé son appartenance ecclésiale. Son œuvre a été redécouverte seulement au début du Le poète Japonais Ryōkan et, en général quelques lettrés pratiquant le zen, représentent une notable exception à ce désintérêt. Voir : Zen poetics of Ryokan, in Simply Haiku: A Quarterly Journal of Japanese Short Form Poetry, Summer 2006, vol. 4., no. 2, . Son style direct et oral l'avait en effet exclu du canon de la littérature classique chinoise. La traduction en anglais de vingt-quatre de ses poèmes par Gary Snyder et le livre de Jack Kerouac, (Les Clochards célestes), en a fait un modèle pour les contestataires de la , puis pour les hippies.
Son recueil de poèmes a fait l'objet de traductions en plusieurs langues. Des traductions de l'ensemble du recueil sont disponibles en français et en anglais.
Biographie
Datation Il existe peu d'informations à propos du rédacteur des poèmes du Hanshan shi.
Un consensus s'est formé autour de la thèse de PulleyblankVoir Henricks (1990), et Carré (1985), . qui a regroupé les poèmes en deux grands ensembles. Le premier ensemble est constitué des poèmes les plus anciens, dont le ton est libre et direct. Pulleyblank le date du début de la dynastie des T'ang (618-907), voire de la fin des Sui (581-618). Le second, plus didactique et plus clairement ancré dans un discours ch'an déjà formé, daterait de la fin des T'ang. Il serait l'œuvre d'un ou plusieurs moines ch'an. Le Hanshan historique serait donc le rédacteur du premier ensemble de poèmes.
Contenu biographique des poèmes Les poèmes du premier Hanshan exposent des éléments biographiques.
Outre qu'ils sont difficilement vérifiables, ils sont parfois contradictoires. Hanshan se dit fils de paysans ; et décrit des scènes de sa jeunesse où il aurait pratiqué la chasse à cheval, qui est une activité aristocratique. Il connaît les classiques chinois de l'époque, et affirme avoir passé sans succès les examens pour entrer dans la fonction publique. Il relate avoir ensuite vécu à la campagne, marié et père de famille, toujours amoureux des livres. Ses biographes ignorent s'il a quitté sa famille ou si sa femme l'a quitté. Lors de cette séparation, il est parti vivre en ermite dans la montagne où il est resté jusqu'à la fin de ses jours.
Tentatives de reconstruction
Plusieurs auteurs ont tenté de déduire la vie de Hanshan du peu d'informations à son sujet. Henricks estime qu'Hanshan est né d'une famille aisée. Ses parents l'auraient éduqué dans le but de le faire entrer dans l'administration. Au lieu de cela, Hanshan se tourne vers une vie de « gentilhomme campagnard »Hanshan, The poetry of Han-shan, traduction, introduction et notes de Robert G. Henricks, New York, State university of New York press, 1990, , .. Ce changement est peut-être attribuable à un échec aux concours publics. Hanshan quitte son domicile pour s'installer dans la montagne d'Hanshan, y restant jusqu'à la fin de ses jours.
Joan Qionglin Tan fait passer Hanshan par chacun des trois grands paradigmes intellectuels de la Chine : le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme Joan Qionglin Tan, Han Shan, Chan Buddhism and Gary Snyder's ecopoetic way, Brighton, Sussex Academic Press, 2009, .. Elle le dépeint d'abord en jeune homme ambitieux cherchant à entrer au service du gouvernement et adhérant aux valeurs confucéennes. Puis, face à l'échec, il aurait adopté le style de vie retiré à la campagne et les valeurs taoïstes. Enfin, ayant tout quitté, il aurait adhéré au bouddhisme ch'an pour finir par atteindre l'éveil. Cette reconstruction a le désavantage de se baser indifféremment sur des poèmes datés d'époques très différentes et probablement écrits par des auteurs différents. Comme il est impossible de dater les poèmes les uns par rapport aux autres, l'itinéraire intellectuel du poète ne peut être établi précisément.
Pour Red Pine (Bill Porter), l'exil et l'anonymat de Hanshan s'expliquent par des raisons politiquesHanshan, The collected songs of Cold Mountain, traduction, préface et notes par Red Pine, introduction par John Blofeld, Port Townsend, Copper Canyon Press, 2000, , .. Hanshan aurait été contraint de fuir dans la montagne après un changement dynastique. La difficulté à retrouver l'identité de Hanshan s'expliquerait donc par son souci de sécurité. L'anonymat de Hanshan est expliqué différemment par Patrick Carré. Le traducteur français met l'anonymat choisi par l'ermite en relation avec l'idéal taoïste et non comme le résultat de son besoin de sécurité.
La « religion » de Hanshan Hanshan est considéré par Tan et par Henricks comme bouddhiste ch'anVoir Henricks (1990) et Tan (2009) .. Au Japon, il fait partie depuis plusieurs siècles du « panthéon zen » sous le nom de Kanzan. Ses poèmes offrent des références à différents soutras. Il fait aussi usage de beaucoup d'images propres à la symbolique du ch'an. Son choix de l'érémitisme, sa liberté de ton et sa tendance à se moquer des religieux « officiels », incitent Henricks à ne pas se figurer Hanshan comme un personnage pieux. De ce fait, Henricks nuance cette appartenance en affirmant que Hanshan « préfère le zen », qu'il n'a probablement jamais prononcé de vœux religieux et qu'il « ne fut jamais un puriste »Hanshan, The poetry of Han-shan, traduction, introduction et notes de Robert G. Henricks, New York, State university of New York press, 1990, , ..
Les références taoïstes sont nombreuses dans les textes de Hanshan. Ce constat incite Paul Jacob à affirmer que Hanshan « bouddhise autant qu'il taoïse »Paul Jacob, Poètes bouddhistes des Tang, Paris, éditions Gallimard, collection Connaissance de l'Orient, 1988, 108 p., .. analyse qu'Hanshan était plus proche du taoïsme que du bouddhisme. Il affirme que l'anticonformisme et l'amour de la nature d'Hanshan le font pencher vers cette thèseVoir The collected songs of Cold Mountain, traduction par Red Pine, Port Townsend, Copper Canyon Press, 2000, , .
Malgré ces différentes opinions, tous s'accordent à souligner la liberté de ton et de pensée de l'ermite. L'érémitisme d'Hanshan est en effet considéré par Henricks et par Carré comme la marque de distance et d'indépendance vis-à-vis des institutions religieuses établiesVoir Carré (1985) et Henricks (1990).. Cette distance, qui tourne dans certains poèmes à la dérision, ne doit pas être oubliée pour analyser la « religion » d'Hanshan. Elle fait dire à Patrick Carré que la religion d'Hanshan est une sorte de « zen universel » que caractérisent seulement sa simplicité et son éclectisme.
Hagiographie Les légendes entourant Hanshan sont nombreuses. Leur source principale est la préface traditionnellement accolée au recueil de poème et rédigée par « le préfét Lu-ch'iu Yin ». D'autres histoires de sources différentes ont aussi été collectées, enrichissant la légende de l'ermite.
La préface du « préfet Lu-ch'iu Yin »
Cette préface est généralement considérée comme apocrypheVoir Carré (1985).. Elle relate plusieurs histoires qui ont formé les représentations de Hanshan jusqu'à nos jours.
Hanshan y est associé à Fenggan et Shide, deux personnages dont l'existence historique n'a pas été vérifiée. Tous deux sont supposés avoir résidé au monastère de Kuoching, à peu près à du lieu de résidence de Hanshan. Shide est décrit comme travaillant aux cuisines où Hanshan venait de temps à autre le visiter.
Dans cette préface, Hanshan est assimilé au bodhisattva Manjusri. Fenggan et Shide sont assimilés respectivement à Amitabha et Samantabhadra. Lorsque le préfet leur rend visite dans le but de leur rendre hommage, ils se moquent de lui et prennent la fuite. Le préfet envoie alors des serviteurs à leur recherche. Ils ne retrouvèrent jamais Shide, et Hanshan disparut dans une anfractuosité de la montagne en traitant ses poursuivants de « voleurs » et en leur recommandant « de se mettre au travail ! ».
Le préfet affirme que les poèmes réunis ont été collectés sur des arbres, des rochers et des murs des environs de Kuoching et de son temple.
Les historiettes La légende de Hanshan est aussi alimentée par de nombreuses historiettes, souvent de simples dialogues. Hanshan aurait été aperçu en tant que fantôme et il aurait vécu bien au-delà de l'âge normal pour un humain. Il est le plus souvent dépeint comme un personnage insaisissable et incompréhensible.
Place d'Hanshan dans la culture En Chine, Hanshan fut longtemps révéré comme une figure religieuse. Au début du , sa poésie y a fait l'objet d'une attention renouvelée.
Au Japon, son aura spirituelle n'a pas complètement éclipsé sa production littéraire, puisque de grands moines zen et de grands poètes, tel Ryokan, s'y sont référés.
Durant la deuxième moitié du , Hanshan entre dans le monde culturel occidental. En particulier aux États-Unis, le personnage de Hanshan a connu la renaissance auprès de la beat generation et des hippies. Jack Kerouac lui dédie Les Clochards célestes. Cette assimilation d'Hanshan par des mouvements de contre-culture aux États-Unis a créé l'étonnement dans le monde asiatique et a provoqué un regain d'intérêt des universitaires à son égard.
Bibliographie
Traductions
Traductions complètes Hanshan, Le mangeur de brumes, traduction, introduction et notes de Patrick Carré, Paris, éditions Phébus, 1985, 425 p. . Hanshan, The poetry of Han-shan, traduction, introduction et notes de Robert G. Henricks, New York, State university of New York press, 1990, 486 p. . Hanshan, The collected songs of Cold Mountain, traduction et notes par Red Pine, introduction par John Blofeld, Port Townsend, Copper Canyon Press, 2000, 312 p., .
Traductions partielles Paul Jacob, Poètes bouddhistes des Tang, Paris, éditions Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient », 1988, 108 p., . Han Shan, Le Chemin de Montagne Froide, traduction Catherine Yuan et Erik Sablé, Toulouse, éditions Terre Blanche, coll. « Les textes essentiels de la spiritualité », 2007, 66 p., . Han Shan, Montagne froide, traduction de Martin Melkonian, éditions Passage, 1982 ; deuxième édition : Rudra éditions/Lexis numérique, 1995 ; troisième édition : éditions Fourbis, 1996 Han Shan, Le Fils de la Montagne froide, (bilingue) traduit du chinois et présenté par Daniel Giraud; calligraphie de Yu Wang, Paris, Orphée/La Différence, 2016, 126 p. Articles
Edwin G. Pulleyblank, Linguistic Evidence for the Date of Hanshan, in Studies in chinese poetry and politics, vol. 1, San Francisco, CMC, 1978, . Wu Chi-yu, A study of Han-shan, T'oung Pao XLV, 1957, . Yang Ye, Hanshan, in Encyclopedia of Literary Translation into English, Fitzroy Dearborn, 2000, , .
Autres Paul Kahn, Han SHan in english, Buffalo, White Pine Press, 1989, 40 p., . Jack Kerouac, The Dharma bums, New York, Viking, 2008, 187 p. . Joan Qionglin Tan, Han Shan, Chan Buddhism and Gary Snyder's ecopoetic way, Brighton, Sussex Academic Press, 2009, 299 p. .
Voir aussi
Notes et références
Liens externes
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