Guido Torelli, né vers 1380 à Mantoue et mort à Milan le , est un condottiere. Grâce à ses campagnes militaires et sa diplomatie, il devient le premier comte de Guastalla et de Montechiarugolo.
Guido Torelli est issu d'une famille de condottieres au service des Gonzague de Mantoue. Opportuniste, il soutient les seigneurs les plus puissants de l'époque, à savoir les Visconti, afin d'obtenir leurs faveurs. Il meurt à 69 ans, cette longévité est remarquable étant donné le nombre de batailles auxquelles il a participé. Il est de tous les conflits qui se déroulent en Italie du Nord et participe même, avec le titre d'amiral, à la libération de Naples de la domination aragonaise en 1424. Résultats de ses engagements incessants, Guido Torelli obtient de nombreuses faveurs, terres, titres, citoyennetés. Il fonde ainsi la riche et noble maison Torelli qui règne sur Guastalla et Montechiarugolo jusqu'au .
Contexte Alors qu'une grande partie de l'Europe se compose de grandes monarchies comme en France, en Angleterre, en Espagne, au Portugal, la péninsule italienne est très morcelée et divisée en deux clans : les Guelfes et les Gibelins qui sont alliés respectivement avec les États pontificaux et la maison de Hohenstaufen et donc le Saint-Empire romain germanique. La fin du et le début du marque le passage en Italie de la gouvernance des communes vers celles des seigneuries. Le titre de podestat, charge temporaire, passe aux mains de représentants de grandes familles nobles. Il en est ainsi des Visconti à Milan, des Este à Ferrare, des Scala à Vérone. Les titres et les pouvoirs sont renouvelés puis attribués à vie avant de devenir héréditaires, donnant naissance à des dynasties. Les seigneurs prennent la direction de plusieurs villes ce qui leur permet de créer de véritables États. C'est dans ce contexte que Guido Torelli se lance à la conquête d'un fief.
Biographie Guido Torelli est né vers 1380 (sa date de naissance est incertaine) et il est le fils de Marsilio Torelli et d'Elena, descendante des comtes d'ArcoL'art de vérifier les dates des faits historiques 1819 . Dès son plus jeune âge, comme il est d'usage à cette époque, il est formé au métier des armes où il excelle avant de faire la démonstration d'un fort potentiel de conviction. Ses qualités vont s'affiner avec le temps.
Guido appartient à une famille de forte tradition militaire qui se distingue à Mantoue, servant la famille Gonzague.. Cependant son père, fervent gibelin, l'introduit à la cour des Visconti.
Engagement auprès des Visconti thumb|upright=1.3|Carte de la péninsule italique en 1402.
À la suite de la mort du duc de Milan, Jean Galéas Visconti, en 1402, de nombreux seigneurs de la région de Parme se révoltent contre toute domination centralisée. Un ballet d'alliances, parfois très éphémères, associe les Sanvitale, Rossi, Da Correggio, Terzi et Pallavicino. Guido, faisant preuve d'une grande habileté diplomatique et prévoyant l'issue de cette crise, s'allie aux Visconti. Il se place sous les ordres d'Ottobon Terzi, condottiere viscontien qui, par reconnaissance, le nomme, en 1405, maréchal (.) ce qui l'autorise à commander une petite armée.
Il reçoit des terres d'Ottobon à proximité du château de Montechiarugolo mais ne peut empêcher le saccage de BasilicagoianoBasilicagoiano est, à ce jour, une de Montechiarugolo. et d'une grande partie du territoire de Montechiarugolo par les Rossi. La forteresse de Montechiarugolo est conquise en avant d'être reprise par Ottobon en raison de son caractère stratégique, à la frontière avec l'état voisin des Este.
En , l'apport de Guido à la conquête de Parme par Ottobon associé à Pietro Rossi est déterminante. Jean Marie Visconti, débiteur d'Ottobon, le fait seigneur de Parme. Celui-ci en profite pour chasser Pietro Rossi et le parti guelfe ce qui réactive la guerre, sont massacrés. Ottobon rassemble dans le château de Montechiarugolo et accompagné de Guido, il s'attaque à Reggio d'Émilie qu'il occupe. Il est ainsi seigneur de Parme, Plaisance et Reggio. En , aux côtés des troupes viscontiennes et vénitiennes, il participe avec François de Mantoue au siège de Vérone alors aux mains de Jacopo de Carrara. Guido est alors fait prisonnier puis rapidement libéré après la rébellion de la population contre son seigneur. En , Guido prend possession du château de Porporano avec des bombardes, et . Avec , il attaque Mamiano et conquiert les bastions de Lesignano où l'église est détruite, San Michele di Tiorre et Castrignano. Seule la neige met fin aux opérations.
Guido reçoit d'Ottobon des maisons et des propriétés à Parme provenant des Rossi puis, le , sur recommandation d'Ottobon, Jean Marie Visconti le récompense par l'investiture des fiefs de Montechiarugolo et de Guastalla. Il reçoit Monticelli, Montorano, Marano, Tortiano, Basilicagoiano, Pegorale et Lesignano de' Bagni. Les privilèges qu'il obtient lui permettent d'administrer la justice, de choisir les officiers : podestat, châtelain, procurateur, etc. sous réserve qu'ils ne disconviennent pas à Milan. Il peut aussi percevoir l'impôt, la gabelle et n'est pas contraint de se soumettre à la justice citadine. Ces pouvoirs ne lui sont délivrés qu'à titre provisoire et il doit en référer directement à Milan. Il épouse Orsina Visconti, une cousine de Jean Marie Visconti.
Soumission à Nicolas III d'Este En 1407, Guido est nommé gouverneur de Reggio. Il combat les troupes de Nicolas III d'Este et dévaste le territoire de Scandiano et la campagne de Sesso. Ottobon se montre de plus en plus sanguinaire, il exécute 65 habitants de Parme qu'il soupçonne de trahison et fait piller la ville de Plaisance par ses troupes, alors qu'il en est encore le seigneur, avant l'arrivée des troupes milanaises venues libérer la ville de sa tyrannie. Au cours d'une négociation de paix, le à Rubiera, Ottobon, désormais haï de tous, est assassiné par Giacomo Attendolo, fondateur de la dynastie des Sforza. Guido, quant à lui, est brièvement emprisonné à Modène. En échange de sa libération, son père Marsilio, son épouse Orsina et son fils Cristoforo, deviennent les otages de et sont conduits à Mantoue tandis que Guido doit collaborer avec Este. Il reçoit la mission de conquérir le château de ParianoLe château de Pariano se trouvait à Basilicanova sur la de Montechiarugolo., défendu par 100 cavaliers pour empêcher que la forteresse continue à faire parvenir des secours aux défenseurs de San Polo d'Enza. Le château de Montechiarugolo passe alors aux mains de que Guido doit défendre de la tentative de conquête des fils d'Ottobon. Parme fait aussi allégeance à qui est soutenu par les Scotti et Pallavinci, jusqu'en 1420. Guido à la demande de conquiert Forli qu'il restitue aux Ordelaffi à la demande du pape
La région connait une relative quiétude et Guido met à profit cette période pour renforcer le château de Montechiarugolo, attitude que les chroniqueurs de l'époque jugent mégalomane. Pour son descendant Pomponio, il s'est comporté en . Il organise ses possessions territoriales, acquiert des terres dans la région de Mantoue, élargit le fief de Montechiarugolo et règle la succession avec ses frères. En 1416, Guido perd son fils préféré Pietro lors du siège de Carpi
Rapprochement avec les Visconti vignette|gauche|alt=Portrait de François Sforza.|François Sforza.
Au cours de ces années, des négociations ont lieu entre les Visconti et les Este pour la possession de Parme. Guido choisit de soutenir le concurrent le plus puissant et en 1417, le rapprochement est scellé par une rétribution perpétuelle accordée par Philippe Marie Visconti. Il est nommé ambassadeur auprès de Florence. En 1420, il se rebelle ouvertement contre les Este et les combat avec Orlando Pallavicino. Au cours de cette période, une vingtaine d'hommes du lieu tente de prendre le château de Marano que Guido détient depuis 1406 et sont repoussés par le podestat local Guglielmo Appiano. Les conséquences de cette rébellion restent, à ce jour, inconnues.
Le , il participe à la bataille de Montichiari sous les ordres de Francesco Bussone da Carmagnola qui permet aux Visconti de reprendre Brescia. En 1422, il gouverne Gênes avec trois conseillers ducaux après la conquête de la ville puis il est remplacé par Carmagnola. Au cours de cette période, la question de la succession de la reine Jeanne II de Naples occasionne une guerre où s'oppose Louis II d'Anjou nommé héritier par le pape Martin V, et Alphonse d'Aragon que Jeanne adopte avant d'inverser complètement l'alliance. Ainsi en , Guido est nommé amiral et s'embarque pour prendre part à la libération de Naples occupée par les Aragonais avec douze vaisseaux et vingt-cinq galères. Carmagnola, qui se voit privé du poste, interdit à ses hommes de s'embarquer avec Guido. Celui-ci conquiert Gaeta et Naples est libérée le . Jeanne II, en cette occasion, lui remet le lion rampant azur symbole de courage figurant sur le blason des Torelli et que l'on retrouve sur le fronton du château de Montechiarugolo. Philippe Marie le nomme Préfet général de la classe maritime. Au cours de cette campagne, il fait la connaissance de François Sforza, fils de Giacomo Attendolo et futur duc de Milan, dont il apprécie la sagacité militaire. Les deux hommes vont rapidement se retrouver à Milan, Sforza passant au service des Visconti. S'ensuit une période de calme que Guido met à profit pour renforcer le système défensif de Guastalla avant que Philippe Marie ne l'envoie combattre à Crémone en qualité de commandant des forces viscontiennes. Le , il défait l'ennemi à Anghiari puis à Faggiuola.
En 1426, alors que la guerre se poursuit, les Vénitiens ligués avec les Florentins, les Este et les Monferrat envahissent le comté de Guastalla contraignant son épouse Orsina Visconti à défendre la région. En 1427, les Milanais sont défaits par Francesco Bussone lors de la bataille de Maclodio qui s'accompagne de la paix de Ferrare. Au cours de cette période, Guido combat dans la région de Brescia assisté de son fils Cristoforo à peine âgé de dix-huit ans.
Reconnaissance des Visconti vignette|droite|alt=Le château de Montechiarugolo dans une aquarelle de 1848.|Château de Montechiarugolo dans une aquarelle de 1848.
Le , Philippe Marie Visconti récompense de nouveau Guido Torelli, élevant définitivement les deux fiefs au rang de comté : Montechiarugolo est détachée de Parme tandis que Guastalla l'est de Crémone. La cérémonie se déroule dans le palais ducal des Visconti de la . Par acte du secrétaire ducal Gianfranco Gallina confirmé par lettre ducale du , il bénéficie d'amples privilèges et est exempté de droits et de la gabelle. Ces avantages lui confèrent presque une souveraineté mais il jure de ne jamais se soustraire à l’obéissance et au service du duc de Milan. Il est autorisé à placer sur le fronton du château de Montechiarugolo l’emblème des Visconti, la couleuvre rampante, et il demande et obtient une clause qui lui permet de ne pas combattre les Gonzague en raison de l'attachement séculaire de la famille.
L’objectif d'une telle reconnaissance par les Visconti est de maintenir un équilibre entre la noblesse de ville et celle des campagnes afin de s'assurer la maîtrise de l'ensemble tandis que les seigneurs sont soumis à l’autorisation de leur duc pour toutes constructions. Le désaccord entre les deux catégories reste vivace et par le décret du , Philippe Marie diminue le pouvoir des seigneurs ruraux en leur interdisant d'exiger le serment de fidélité de leurs gens et qu'en cas de controverse, le jugement serait donné par le magistrat majeur. La même année, ses enfants Cristoforo et Antonia se marient, Cristoforo avec Taddea Pio des seigneurs de CarpiLe livre d'or de la noblesse méditerranéenne évoque un mariage en 1439. et Antonia avec Pier Maria Rossi, famille jusqu'alors ennemie des Torelli.