Eugénie Mouchon, dite Eugénie Niboyet, née le à Montpellier et morte le à Paris, est une écrivaine et journaliste française. Philanthrope protestante et militante des droits des femmes, elle est une figure importante du féminisme et du journalisme féminin au .

Biographie Jeunesse et origines Eugénie MouchonGeneviève Poujol, Notice Eugénie Niboyet (lien Google livres) est née le à Montpellier.. C'est la fille de Georges-Louis Mouchon (c.1764-1842) et de Marguerite Gal-Ladeveze (1767-). Son père est pharmacien, il exerce à Montpellier puis à Lyon. Elle est la petite-fille de Pierre Mouchon (1733-1797) pasteur protestant genevois, auteur d'une table analytique et raisonnée de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert.

Eugénie Niboyet donne des éléments autobiographiques dans la dernière partie de son ouvrage Le Vrai Livre des femmes : écrit-elle. Son père, qu'elle présente comme étant venu en France pour être , semble exercer la profession d'apothicaire, à partir de 1783. Il est gagné aux idées de la Révolution, et devient, selon une source, successivement « pharmacien en chef de l'hôpital Sans-Culotte », puis exerce « la charge d'inspecteur et de surveillant des pharmacies de la division militaire ». Eugénie Niboyet souligne l'importance de l'origine genevoise dans l'ouverture de son père Georges aux idées nouvelles issues de la Révolution, mais aussi sa modération, son , qui lui valut de devoir se réfugier dans les Cévennes pour éviter l'échafaud. Il est en difficulté professionnelle lors du changement de régime, et sommé de faire valider ses diplômes de pharmacien, ce qui le pousse à quitter la ville avec sa famille, pour gagner Lyon où il reprend, 12 place Bellecour, un exercice de pharmacien. Il a épousé Marguerite Gal-Ladeveze, qu'Eugénie Niboyet présente comme la Jean Gal Ladévèze .

À Lyon où la famille est installée, Georges-Louis Mouchon et son épouse élèvent leurs six enfants (deux garçons et quatre filles) dans « le respect et l'amour » de Bonaparte. Un des fils, Louis, aide de camp du général Teste, trouve la mort en 1812, à la Moskova et l'autre Émile (1796-1864)Émile Mouchon, pharmacien à Lyon, est l'auteur d'un dictionnaire de bromatologie végétale, Notice Sudoc (Google livres), officier de santé, est fait prisonnier à Dresde. Lors des Cent-jours l’Empereur s’arrête à Lyon où il est accueilli avec ferveur, Eugénie d’un balcon applaudit le grand homme et son frère accompagne le carrosse. Lors du retour des Bourbons, Eugénie Niboyet est marquée par l'arrestation d'une partie de sa famille, et ses visites à la prison de Lyon. Cela ne l'empêche pas d'affirmer : .

Eugénie Niboyet a trois sœurs : Sophie, Elisa et Alexandrine (dite Aline). Elle écrit plus tard à Elisa et Aline : . Sa sœur Alexandrine dite Aline épousera François Juif (dit Jules), avocat et fouriériste, cousin de Julie Vigoureux et de son mari Victor ConsiderantFrancois Juif (dit Jules) (Charlesfourier.fr, site de l'association des études fouriéristes). Toutes ayant reçu une solide éducation en même temps que leurs frères aînés militeront en faveur des droits des femmes principalement à Lyon, Londres ou Paris.

Mariée et mère puis séparée À , Eugénie Mouchon épouse à Lyon le , Paul-Louis Niboyet, âgé de , avocat protestant., fils du Colonel Jean Niboyet, anobli en 1810 par . Dans son autobiographie, elle insiste sur l'attachement de sa famille à Napoléon, qu'elle évoque comme l'une des raisons du choix de son époux : . Le couple s'installe à Mâcon. Le , nait leur unique enfant, Jean Alexandre Paulin Niboyet (1825-1906), qui sera plus tard écrivain sous le pseudonyme de Fortunio Niboyet. (il sera le père de Jean-Paulin Niboyet, juriste spécialiste du droit international privé dans la première moitié du ). En 1836, Eugénie Niboyet et son mari se séparent ; elle devient veuve en 1855..

Débuts littéraires En , en accord avec son mari, elle s'installe à Paris. Séparée de son mari vers 1836 et ne disposant d'aucune fortune, elle a besoin de travailler et commence à gagner sa vie avec l'écriture.

Elle publie des traductions de livres pour enfants édités par Lydia Maria Child, et sept titres de l’auteure Maria EdgeworthBnF œuvres d’Eugénie Niboyet . Première traductrice française de l’œuvre de Charles DickensTraduction de The posthumous Paper of the Pickwick Club parue en 1838 , elle publie Le Club des Pickwistes, roman comique.Le Club des Pickwistes, roman comique, Paris, Charpentier, 1838

En 1836, elle présente son ouvrage Des aveugles et de leur éducation au concours de la Société de la morale chrétienne et partage un prix de avec Pierre-Armand Dufau.

En 1837, face aux difficultés financières dans lesquelles elle se débat, elle sollicite un secours auprès du ministre de l'Instruction publique en vue d'obtenir une indemnité littéraire. Le comte de Salvandy qui lui octroie une modeste pension littéraire de 800F. Mais en le comte de Vaulabelle retirera cette pension à la présidente du Club des FemmesPour sa participation elle portera toute sa vie durant cette triste réputation..

En 1837, elle compose deux pièces : Le Protecteur, un vaudeville en 1 acte (avec M. Lurine), qui est joué le au Théâtre du Vaudeville, et La Justice au village, une comédie représentée au Théâtre de M. Comte (Théâtre Choiseul) le de la même année. En 1840, elle produit une troisième œuvre dramatique pour les enfants L'Atelier de David ou les Jeunes peintres, vaudeville en 1 acte, co-écrit avec Mélanie Dumont, créé le , au Théâtre du Gymnase enfantin.

Philanthrope protestante et militante féministe Protestante fervente et philanthrope Eugénie Niboyet incarne une avant-garde du militantisme féministe à une époque où les droits des femmes étaient très restreints.. Elle apparait comme une figure de la philanthropie féminine protestante dans le mouvement pour les droits des femmes.

La Société de la morale chrétienne Elle rejoint la Société de la morale chrétienne, dont elle devient secrétaire générale, et s’implique dans nombre de sujets de société, notamment la réforme des prisons. Cette activité lui permet de rencontrer l'activiste et quakeresse anglaise Elizabeth Fry. Elle s'intéresse aussi à l’amélioration de l’éducation et à la lutte en faveur de l'abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.. En 1836 elle concourt sur L'abolition de la peine de mort et son prix lui est remis par Lamartine qui affirme dans son discours de réception avoir découvert « l'âme et le génie d'une femme ». Désormais Lamartine sera un soutien important pour Eugénie, il interviendra personnellement en sa faveur à plusieurs reprisesArchives nationales, Dossier Eugénie Niboyet, lettre de Mr de Lamartine au Ministre de l'Instruction publique (20 juillet 1839) allant même jusqu'à nommer son fils Paulin au consulat d'HonoluluDécret juin 1848. Dossier individuel Jean Alexandre Paulin Niboyet: série carton 3095, Archives diplomatiques, La Courneuve..

Saint-Simonienne En 1830, la Société de la morale chrétienne partageait ses salles de conférences avec les Saint-Simoniens. Eugénie Niboyet assiste aux prêches des saint-simoniens, et, conquise par leurs idées, elle adhère au mouvement avec son mari et son fils qu'elle a convaincus. Le , Prosper Enfantin nomme quatre femmes membres du collège : Aglaé Saint-Hilaire, Caroline Simon, Collard et Eugénie Niboyet. Elles sont chargées de la prédication auprès des ouvriers, mais aussi de leur apporter secours et instruction. En 1831 Eugénie Niboyet partage avec Sébastien Bottiau, la charge de la section saint-simonienne des 4 et de Paris.

Le conflit entre les deux Pères, Saint-Amand Bazard et Prosper Enfantin, et la volonté de ce dernier de changer radicalement les règles de la morale sexuelle, en établissant la communauté des femmes, le schisme de Bazard et l'orientation radicalement religieuse donnée par Enfantin provoquent de nombreux départs. Eugénie Niboyet va s'éloigner d'un mouvement dont elle ne renie pas les idées sur l'économie.

Début du journalisme féminin Avec les prolétaires saint-simoniennes, elle fait partie du groupe des femmes qui participent au premier titre écrit intégralement par des femmes : La Femme libre, créé par Marie-Reine Guindorf et Désirée Véret.

Fouriériste Comme les deux fondatrices de La Femme libre, elle se rapproche du mouvement de Charles Fourier qui présente le traitement des femmes comme la mesure la plus vraie du progrès social, ce dernier lui adresse une lettreUn inédit de Charles Fourier, Cahiers Charles Fourrier, , 1991 Michel Cordillot.. Elle va rencontrer Flora Tristan, le projet de journal conçu ensemble n'aboutit pas.

Femme de presse et inventrice De retour à Lyon en 1833, Eugénie Niboyet fonde le premier journal féministe en province avec la création du titre Le Conseiller des femmes, hebdomadaire sans illustration imprimé chez Boitel. Le journal dénonce l'esclavage des femmes, publie des articles en faveur de l'éducation et de l'instruction des femmes, elle en appelle à la solidarité féminine. Des poèmes de Marceline Desbordes-Valmore, sont publiés. L'Echo de la Fabrique, journal des canuts applauditL'Écho de la Fabrique , . en 1834, à la création de L’Athénée des femmes. Eugénie, témoin de la révolte des canuts, décide d'en rendre comte dans son journal et publie un Précis historique des évènements de Lyon. Le gouvernement supprime la liberté de presse, le Conseiller doit disparaître. Elle ne se décourage pas et fonde la même année le bihebdomadaire purement littéraire, Mosaïque lyonnaise, dont elle est rédactrice en chef. En , , elle ouvre deux cours gratuits d'orthographe en trente leçons quotidiennes, destinés à la classe ouvrière et aux femmes. Mal comprise et surveillée par les autorités, elle doit se résoudre à quitter Lyon et regagne Paris où elle est rédactrice en chef de l'hebdomadaire La Paix des deux mondes, écho des sociétés de la paix, du commerce, de l'industrie, des sciences, de la littérature et des arts du au ..

En , Eugénie Niboyet participe à la fondation de La Gazette des Femmes. Un club de rédacteurs et d'abonnés, se réunit pour soutenir et gérer le journal, mais aussi pour débattre de la lutte pour l’exercice des droits politiques et civiques des femmes. Lors de ces réunions hebdomadaires du jeudi, au 27 de la rue Laffitte, on peut y rencontrer Flora Tristan, Hortense Allart, Anaïs Ségalas et de nombreuses autres féministes vignette|Médaille du Club des femmes (1848). Eugénie a aussi une formation scientifique et veut améliorer la tenue de l’encre en imprimerie, elle obtient le un brevet d'invention de dix ans pour une encre indélébile..

Engagement féministe et politique alt= Couverture du livre le vrai des femmes (édition de 1863)|vignette|353x353px|Page de titre de son ouvrage Le Vrai Livre des femmes (1863).

La révolution de 1848 suscite un nouvel espoir, notamment la levée des restrictions de réunion permettant le développement des groupes qui militent pour les droits des femmes.

En mars 1848, Eugénie Niboyet fonde et dirige un journal ne traitant que de la question des femmes et de leurs droits. La Voix des Femmes, sous-titré , est le premier quotidien français féministe. Sur le modèle du club de La Gazette des Femmes, La Voix des Femmes va bientôt s'adjoindre un club politique - une Société - à laquelle vont participer de nombreuses féministes déjà impliquées dans les petites parutions précédentes. Eugénie Niboyet réussit à rassembler autour du combat féministe des femmes déjà impliquées comme Jeanne Deroin, Désirée Gay, Suzanne Voilquin, Élisa Lemonnier, et Anaïs Ségalas, mais aussi des autrices populaires : Gabrielle Soumet, Amélie Prai, Adèle Esquiros. Ce mouvement n'est plus seulement réservé aux femmes; des hommes, tels Jean Macé, Olinde Rodrigues, Emile Péreire et Isaac Péreire, l'Abbé Constant, Emile Deschamps ou encore Paulin Niboyet, son fils y contribuent. vignette|BnF Cliché Nadar 1863