Il existe trois groupes principaux de musulmans au Tibet :

Les Kachee ; Les Ouïghours ; les Hui.

Origine de l'Islam au Tibet Les premiers contacts entre les peuples arabes et le Tibet se perdent dans la nuit des temps, bien que des variantes de noms du Tibet se trouvent dans des livres d'histoire arabes Masood Butt, Muslims of Tibet, dans Tibetan Bulletin, 1994..

Sous le règne du calife omeyyade Umar ben Abd al-Aziz, une délégation de l'Empire tibétain et de la Chine des Tang lui demanda d'envoyer des missionnaires islamiques dans leurs pays, et Salah bin Abdullah Hanafi fut envoyé au Tibet. Entre les , les dirigeants abbassides de Bagdad maintinrent des relations avec le Tibet.

Cependant, il y eut peu de prosélytisme de la part des missionnaires au début, même si nombre d'entre eux décidèrent de s'établir au Tibet et d'épouser une Tibétaine. Entre 710-720, durant le règne de Tridé Tsuktsen, les Arabes, qui étaient alors présents en plus grand nombre en Chine, commencèrent à apparaître au Tibet et s'allièrent aux Tibétains ainsi qu'avec les Turcs contre les Chinois. Sous le règne de Sadnalegs (799-815), aussi appelé Tride Songtsän (Khri lde srong brtsan), il y eut une longue guerre avec les puissances arabes à l'Ouest. Des Tibétains auraient capturé nombre de troupes arabes et les auraient enrôlées sur la frontière de l'est en 801. Les Tibétains combattirent aussi loin à l'Ouest qu'à Samarkand et Kaboul. Les forces arabes commencèrent à prendre le dessus, et le gouverneur tibétain de Kaboul se soumit aux Arabes et devint musulman vers 812 ou 815 Christopher I. Beckwith The Tibetan Empire in Central Asia. A History of the Struggle for Great Power among Tibetans, Turks, Arabs, and Chinese during the Early Middle Ages, 1987, Princeton: Princeton University Press, , p. 14, 48, 50..

Les Kachee ou Tibétains musulmans Les Tibétains musulmans, aussi appelés les Kachee (Kache), constituent une petite minorité au Tibet. En plus d’être musulmans, ils sont classés comme tibétains, au contraire des musulmans Hui, qui sont aussi appelés les Kyangsha ou Gya Kachee (musulmans chinois). Le terme tibétain de Kachee signifie littéralement « Cachemirien » et le Cachemire était appelé Kachee Yul (yul signifiant « pays » en tibétain).

Les musulmans tibétains sont répartis dans l'ensemble du Tibet, et la plupart d'entre eux se trouvent à Lhassa et à Shigatsé. Si ceux qui n'habitent pas la Région autonome du Tibet ne sont pas exclus, les groupes ethniques comme les Balti et les Burig, qui sont aussi d'origine tibétaine et se considèrent comme ethniquement tibétains, sont également musulmans. Cependant, ces groupes se trouvent d'une manière prédominante au Ladakh, contrôlé par l'Inde et au Baltistan, contrôlé par le Pakistan.

Dans son ouvrage Sept ans d'aventures au Tibet, basé sur son séjour au Tibet à la fin des années 1940, Heinrich Harrer fait remarquer que la tolérance est une vertu importante des Tibétains qui respectent les différentes opinions religieuses. À Lhassa, les musulmans formaient une communauté importante qui disposait d'une mosquée, ils étaient libres de pratiquer leur religion. Originaires des Indes, ils se sont assimilés à la culture tibétaine. Leurs précurseurs demandèrent que leur épouses tibétaines se convertissent à l'islam, mais le gouvernement tibétain émit un décret autorisant les Tibétaines épousant des musulmans à conserver leur religion. Les Hui sont des musulmans chinois venant du Kokonor (Qinghai) et possédant également leur mosquée à LhassaHeinrich Harrer, Sept ans d'aventures au Tibet, ..

Histoire La plupart des Kachee, les musulmans tibétains, descendent principalement de Cachemiriens et de Perses/Arabes/Turcs par un lignage patrilinéaire et sont aussi souvent des descendants d'autochtones tibétains par un lignage matrilinéaire, bien que l'inverse ne soit pas rare. Ainsi, nombre d'entre eux présentent un mélange de caractéristiques indo-iraniennes et indigènes tibétaines.

Du fait de l'influence tibétaine, ils ont adopté des noms tibétains tout en conservant des noms de famille persans ou ourdous. Cependant, ceci n'est pas aussi fréquent que dans le cas des Burig et des Balti. Au Baltistan ou Baltiyul comme le dénomment les autochtones, les jeunes musulmans ont commencé à se nommer dans la langue tibétaine locale comme Ali Tsering, Sengge Thsering, Wangchen, Namgyal, Shesrab, Mutik, Mayoor, Gyalmo, Odzer, Lobsang, Odchen, Rinchen, Anchan, et ainsi de suite. Si la majorité des Khachee utilise le tibétain dans le langage courant, l'ourdou ou l'arabe sont toutefois utilisés pour les services religieux.

Les musulmans tibétains qui ont fui en Inde ont obtenu la citoyenneté indienne du Gouvernement indien, lequel a considéré les musulmans tibétains comme des Cachemiriens et donc comme des citoyens indiens, contrairement aux autres réfugiés tibétains, qui ont un certificat de statut de réfugié.

Le fut témoin d'une importante migration de commerçants musulmans en provenance du Cachemire et de l'Empire perse, la communauté la plus notable s'établit à Lhassa. Comme leurs prédécesseurs arabes, ces hommes épousèrent des Tibétaines, lesquelles adoptèrent la religion de leur mari. Le prosélytisme de l'islam se produisit tout d'abord au Baltistan et dans la vallée de la Suru du au , convertissant la grande majorité des communautés tibétaines Burig et Balti.

Surtout sous le règne de dalaï-lama, les musulmans tibétains menèrent une vie relativement sans difficulté, et des privilèges particuliers leur furent octroyés, dans le sens qu'ils furent exemptés d'observer certaines règles religieuses bouddhistes. Au , une petite communauté de musulmans prospéra à Lhassa, exerçant principalement la profession de boucher. Le dalaï-lama démontra sa tolérance pour les autres religions dans ses contacts avec l'islam au Tibet comme le mentionne Marc Gaborieau évoquant le séjour à Lhassa de Maulana Bashir Ahmad, un Kashmiri musulman. Pour qu'ils puissent y aménager un cimetière, le dalaï-lama donna aux Musulmans un champ qui est resté leur propriétéRoland Barraux, Histoire des Dalaï-lamas, Albin Michel, 1993, , .

Cependant, avec l'afflux d'immigrants cachemiriens du Ladakh et les conversions forcées de bouddhistes à l'islam, des conflits locaux entre Bouddhistes et Musulmans étaient fréquents, surtout à Leh. Il y eut même des cas où des membres du monastère de Soma Gompa et de la mosquée de Jama Masjid en vinrent à se combattre, provoquant ainsi en des tensions entre les membres bouddhistes et les membres musulmans d'une même famille.

Après l'exode tibétain de 1959, un groupe de musulmans tibétains demanda la nationalité indienne en se fondant sur leurs racines historiques au Cachemire, et le gouvernement indien déclara tous les musulmans tibétains citoyens indiens la même année Tibetan Muslims sur le site www.tibet.com..

thumb|250px|Le dalaï-lama avec des Musulmans tibétains en 2012 Les musulmans tibétains n'ont pu traverser la frontière tibéto-indienne que fin 1959. Entre 1961 et 1964, ils s'installèrent au Cachemire dans trois grands bâtiments de Srinagar fournis par le gouvernement indien. Le dalaï-lama leur envoya un représentant, encouragea la constitution d'une association, la Tibetan Muslim Refugee Welfare Association, et les aida financièrement.

Il y a eu jusqu'à 4 mosquées à Lhassa, 2 à Shigatsé et 1 à Tsetang.

Actuellement à Lhassa, les musulmans tibétains habitent le quartier appelé Khache Lingka, situé sur la route de Drepung, à du palais du Potala, et regroupant deux mosquées, des habitations et un cimetière. C'est dans ce même quartier que les musulmans tibétains s’établirent au . Selon les annales chinoises, 197 musulmans cachemiriens habitaient à Lhassa à cette époque.

Culture Actuellement, la plupart des musulmans tibétains suivent la tradition sunnite The “Story” of Islam in Tibet.. Bien qu’ils soient d'une religion différente de celle de la majorité des Tibétains, les musulmans tibétains sont bien assimilés dans la communauté tibétaine. De leur côté, les Balti et les Burig ont partiellement adopté les coutumes afghanes. Les peuples Balti et Burig suivent surtout les traditions chiite et/ou soufie.

Les musulmans tibétains ont apporté leur contribution à la culture tibétaine, notamment dans le domaine de la musique. Le Nangma, aussi appelé Naghma en ourdou (qui signifie la mélodie), désigne des chansons à tonalité aigüe qui furent très populaires auprès de tous les Tibétains. Les musulmans tibétains ont aussi adopté des coutumes tibétaines, notamment dans le domaine du mariage, bien qu'ils aient aussi strictement conservé leurs coutumes musulmanes.

Les musulmans tibétains ont un style architectural original, qui est des plus remarquables chez les Ladakhi. Les mosquées, par exemple, incorporent un mélange pittoresque des styles persan et tibétain. Cela se manifeste dans leurs murs admirablement décorés, murs à fruit conçus pour résister aux tremblements de terre, et même des écharpes de Khata sont suspendues à l'entrée des mosquées.

Une autre caractéristique intéressante de l'architecture musulmane tibétaine est que la mosquée entoure l'Imambara, petit bâtiment au dôme plaqué de feuilles de métal.

Privilèges spéciaux Les musulmans tibétains avaient leur propre mosquée à Lhassa et à Shigatse, et des terrains leur avaient été donnés pour enterrer leurs proches disparus. Le jour anniversaire de Bouddha, ils étaient exemptés du régime végétarien qui est obligatoire pour les pratiquants du bouddhisme tibétain (cette obligation n'a pas été levée pour les pratiquants de la religion Bön, tout à fait semblables par leurs mœurs religieuses à des bouddhistes — et d’ailleurs souvent confondus avec ses derniers, par abus de langage des chroniqueurs extérieurs. Il convient cependant de discerner leurs spécificités et l'antériorité antédiluvienne de leur tradition et de leur culture). Un Ponj (de l'ourdou/hindi Pancch signifiant comité de village ou Panchayat) était élu pour s'occuper des affaires de la communauté musulmane tibétaine.

De plus, les musulmans étaient même exemptés de retirer leur chapeau devant les Lamas pendant la période de l'année où les Lamas portant un sceptre métallique régentaient la ville. Les musulmans se sont vu accorder le statut de Mina Dronbo, un statut qui invitait tous les Tibétains, quelle que soit leur religion, à commémorer l'accession aux pouvoirs spirituel et temporel de Lobsang Gyatso, le dalaï-lama.

Les Ouïghours

Les musulmans Hui

thumb|250px|Mosquée de Gya Kache Lhakhang, aussi appelée mosquée principale de Lhassa

Histoire Au , des musulmans Hui chinois qui étaient des marchands de Ningxia s'installèrent à Xining, en Amdo, où ils épousèrent des Tibétaines. Ils développèrent des échanges commerciaux entre la Chine et le Tibet central, une partie d’entre eux s'installant par la suite à Lhassa et y formant une communauté musulmane distincte ayant sa propre mosquée et son propre cimetièreVictor Chan, TIBET. Le guide du pèlerin, coll. Les guides du voyageur, Éditions Olizane, 1998, 1211 pages - , . Historical Sketch of the Muslims of Tibet..

La mosquée des musulmans Hui, dénommée Gyal Lhakhang, encore la principale mosquée, se trouve à proximité de l'angle sud-est du Barkhor. La « rue musulmane » y conduit, qui est jalonnée de restaurants halal. Édifié en 1716, le Gyal Lhakhang fut agrandi en 1793 après sa destruction par un incendie et devint la plus grande mosquée de Lhassa. À nouveau incendiée par des rebelles armés lors du soulèvement de 1959Selon un texte sur la religion en région autonome du Tibet paru dans Beijing Information le 23 mars 2009, « Cette mosquée a été incendiée en 1959 par des rebelles armés »., elle fut reconstruite l'année suivante. Le site comprend une salle d'assemblée, une maison de bains, un minaret, une cour et des résidences.