Ahmed Néjib Chebbi (), ou simplement Néjib Chebbi, également orthographié Ahmed Néjib Chabbi, né le à Tunis, est un avocat et homme politique tunisien.

Militant de gauche et figure de l'opposition au régime de Zine el-Abidine Ben Ali, il participe en 1983 à la fondation du Rassemblement socialiste progressiste, l'un des partis politiques créés à la suite des élections législatives de 1981 puis légalisés après le .

Il dirige le parti prenant par la suite le nom de Parti démocrate progressiste (PDP). En 2006, après 23 ans passés à la tête de la formation, il cède son poste de secrétaire général à Maya Jribi, la première femme à occuper une telle fonction en Tunisie.

En 2009, il tente de se présenter à l'élection présidentielle malgré le fait qu'il ne remplisse pas les critères fixés à l'occasion du scrutin. Un mois avant le dépôt officiel des candidatures, il annonce renoncer, en dénonçant ce qu'il considère comme un scrutin faussé.

Après la chute de Ben Ali, le , il est pour quelques semaines ministre du Développement régional et local au sein du nouveau gouvernement., puis membre de l'assemblée constituante.

Le , dans le contexte de la crise politique, il annonce la formation d'un Front de salut national composé de partis et mouvements tels que Ennahdha, Au cœur de la Tunisie, la Coalition de la dignité, Hizb el-Harak, Al Amal ainsi que des groupes de pour s'opposer au président Kaïs Saïed...

Il est condamné dans le cadre de l'affaire du complot contre la sûreté de l'État dans des conditions critiquées par plusieurs ONG.

Formation Ahmed Néjib Chebbi naît à Tunis en 1944. Son père Abdelaziz, avocat, est originaire de Tozeur et d'ascendance confrérique. La famille Chebbi est très active dans le mouvement national tunisien et, à la veille de l'indépendance en 1956, elle se rallie à Salah Ben Youssef plutôt qu'à Habib Bourguiba, ce qui vaut au père de Chebbi un an de prison.. Néjib Chebbi effectue son cycle primaire à l'école franco-arabe de l'Ariana, dans la banlieue de Tunis, puis son cycle secondaire chez les pères blancs puis au lycée Carnot de Tunis, où il obtient son baccalauréat scientifique en 1964. Il commence des études supérieures en médecine à Paris, avant de les abandonner deux ans plus tard au profit du droit à la faculté de Tunis.. Il est à cette époque très actif au sein du syndicat étudiant de l'Union générale des étudiants de Tunisie. Lors du congrès de Gabès, il représente la tendance .

Arrêté en 1966 et jugé par la Cour de sûreté de l'État, il est condamné en 1970 à onze ans de prison. Gracié en , il est placé en résidence surveillée. Nationaliste arabe à ses débuts, durant ses années d'incarcération, il rompt avec le mouvement Baath auquel il avait adhéré auparavant.

Le , il s'exile en Algérie où il s'inscrit en faculté de droit, puis part en France l'année suivante pour se consacrer exclusivement au militantisme au sein du mouvement Perspectives - L'Ouvrier tunisien, une organisation clandestine d'extrême gauche.

Lors des procès politiques de 1974, il est à nouveau condamné par contumace à deux ou douze ans de prison (selon les sources) puis, en 1975, à neuf ans. En 1977, il rentre définitivement en Tunisie avec un groupe d'autres militants dont Sihem Bensedrine et Naji Marzouk, alors que d'autres sources estiment qu'il est rentré clandestinement en 1979. Au terme de ses différents procès, il a été condamné à un total de 32 ans de prison..

En 1984, il obtient une licence en droit et un certificat d'aptitude à la profession d'avocat de la faculté de droit de Tunis.

Activités politiques Figure de l'opposition Gracié en 1981, il constitue avec un groupe de militants d'extrême gauche devenus sociaux-démocrates, comme Rachid Khéchana, Omar Mestiri ou Sihem Bensedrine, une union de plusieurs groupes protestataires. En , il fonde le Rassemblement socialiste progressiste (RSP), légalisé en 1988. Chebbi soutient le nouveau président Zine el-Abidine Ben Ali, arrivé au pouvoir le . Le , il signe le Pacte national, charte censée définir les règles du jeu démocratique, également signée par le parti au pouvoir et les six principales formations d'opposition. Cependant, Chebbi prend ses distances avec le pouvoir vers 1991, à la suite de la campagne d'éradication des islamistes. Attaché à son indépendance, il refuse de faire partie de l' et se trouve rapidement marginalisé. En effet, les candidats de son parti échouent systématiquement aux élections législatives et le RSP est alors privé de subventions publiques et ignoré par les médias officiels.

Le Rassemblement socialiste progressiste est rebaptisé Parti démocrate progressiste en . Le , Chebbi entame une grève de la faim avec sept autres personnalités de la société civile tunisienne lors de la tenue du Sommet mondial sur la société de l'information en Tunisie. Les grévistes réclament l'arrêt de la à l'égard des avocats, des magistrats, des journalistes, des défenseurs des droits de l'homme et de tout en Tunisie..

Cette grève se poursuit jusqu'au ., quand un certain nombre de grévistes ne peuvent plus jeûner pour raisons de santé ; Chebbi montre de son côté de .. En effet, il a les narines pincées et le teint cireux, ce qui inquiète le docteur Hamida Dridi : . Lors de ce jeûne, Chebbi perd onze kilos. Deux ans auparavant, il avait subi un quadruple pontage préventif à Paris.. En décembre de cette même année, il contribue à la création du Comité du , une structure informelle réunissant le PDP, divers partis et personnalités de l'opposition laïque, ainsi que d'anciens dirigeants du parti islamiste Ennahdha. Il explique ainsi ce choix : Jusqu'en 2003, j'étais opposé à un rapprochement avec les islamistes, même si je militais pour l'élargissement de leurs prisonniers. Ensuite, j'ai cru déceler dans leur doctrine et dans les déclarations de leurs dirigeants une évolution en faveur de la démocratie. Nous avons fait notre aggiornamento idéologique en renonçant aux vieilles lunes marxistes et collectivistes dix ans avant la chute du mur de Berlin. On peut aider les islamistes à faire le leur. Si nous y arrivons, ce serait un premier pas vers leur intégration dans le jeu démocratique.

Au cours de l'été 2004, Chebbi rencontre à deux reprises le leader d'Ennahdha Rached Ghannouchi, à Londres où ce dernier est exilé puis lors d'un pèlerinage à La Mecque fin 2005. En , il est invité par l'American Enterprise Institute, think tank néo-conservateur, et séjourne pendant quelques semaines aux États-Unis, mais retourne en Tunisie . Le , il cède la direction du parti à Maya Jribi, tout en restant membre du bureau politique du parti.. Il est par ailleurs directeur de publication de l'organe du PDP, l'hebdomadaire Al Mawkif, et chargé des relations internationales et arabes du parti.

Jribi et Chebbi suivent du au une nouvelle grève de la faim. pour protester contre la décision judiciaire prise le d'expulser le PDP de ses locaux qu'il occupe au centre de Tunis.. Un compromis est finalement trouvé avec le propriétaire qui abandonne les poursuites en contrepartie d'un nouveau contrat de bail, lui qui avait jugé abusive l'utilisation des locaux qu'il loue au journal Al Mawkif, mais qui servent en fait de siège au PDP.. Les autorités nient toute implication dans cette affaire expliquant qu'il s'agit d'un . Chebbi, lui, donne une autre version des faits : C'est un combat politique. Nous nous battons simplement pour continuer à exister, pour défendre le dernier carré des libertés en Tunisie. Tous les lieux de réunion utilisés par les associations indépendantes du pouvoir ont été fermés les uns après les autres. Y compris le siège de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, qui est désormais sans domicile fixe. L'expulsion de nos locaux est téléguidée et nous voulons prendre à témoin l'opinion, nationale et internationale.

Chebbi et Jribi ont, lors de cette grève de la faim, reçu plusieurs diplomates européens et l'ambassadeur des États-Unis, .

Candidatures présidentielles Lors de l'élection présidentielle du 24 octobre 2004, la loi électorale exclut Chebbi de l'élection, du fait que son parti ne dispose d'aucun siège au Parlement. Deux jours avant le scrutin, il appelle au boycott de ces élections. qu'il dénonce comme un ..

En vue de l'élection présidentielle de 2009, il annonce sa candidature le et devient la première personnalité à se porter candidat au scrutin du .. Il exige dans la foulée une réforme du Code électoral, pour supprimer notamment la clause sur le parrainage des candidats. par au moins trente élus (députés et maires)., condition que seul peut remplir le Rassemblement constitutionnel démocratique, parti au pouvoir, doté d'une majorité écrasante au Parlement.. Il appelle aussi à un dialogue entre les autorités et la société civile, une représentation parlementaire plus diverse et une plus large ouverture des médias tunisiens. Après avoir rencontré à Bruxelles le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, il affirme que Philippe Bas-Rabérin, « Sans ouverture, la Tunisie risque des troubles, dit un opposant », Reuters, 10 juin 2008.. En avril, il donne des interviews aux chaînes de télévision Al Jazeera, France 24, BBC Arabic, Al-Arabiya, TF1, à Radio France internationale et aux journaux Le Soir, Le Monde et Le Figaro, tout en déplorant le fait qu'il n'est jamais apparu dans les médias tunisiens au cours des quinze dernières années.

Le , le parlement adopte un amendement constitutionnel exceptionnel qui supprime la condition de parrainage.. Néanmoins, cet amendement restreint . Dans un communiqué rendu public le , Chebbi déclare que . Le , lors d'une conférence de presse avec de nombreux journalistes, et des diplomates américain et européens, il se retire de l'élection, considérant que les n'étaient pas remplies. Pour lui, l'élection ..

Poursuites judiciaires En , Rachid Khéchana, rédacteur en chef d'Al Mawkif, et Chebbi sont poursuivis en justice pour diffamation par cinq sociétés de commercialisation de marques d'huile d'olive, après la publication d'un article de Khéchana le sur la distribution d'une huile frelatée.. Au total, les plaignants requièrent des dommages et intérêts s'élevant à . Un an plus tard, le tribunal de première instance de Tunis juge irrecevables les plaintes engagées à l'encontre d'Al Mawkif.. Pour Chebbi, il s'agissait d'une stratégie du président pour ., alors que le pouvoir démentit formellement être à l'origine du procès intenté par des sociétés privées.

Après la révolution

vignette|Chebbi siégeant à l'assemblée constituante.

Après la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali, le , il est nommé ministre du Développement régional et local au sein du nouveau gouvernement. avant de démissionner le .. Son secrétaire d'État est Néjib Karafi.

Le , il est élu membre de l'assemblée constituante dans la deuxième circonscription de Tunis.

À la suite de l'annonce de la fusion du Parti démocrate progressiste, avec notamment Afek Tounes et le Parti républicain, il est élu, le , comme président de la haute instance politique de la nouvelle formation dénommée Al Joumhouri.. Le , il annonce, lors d'un meeting à Kasserine, sa candidature à l'élection présidentielle après son approbation par le comité central d'Al Joumhouri.. Il remporte finalement 1,04 % des voix..

Le , il annonce la création d'un nouveau parti., officialisée le sous le nom de « Mouvement démocrate ».. En , celui-ci fusionne dans le parti Al Amal.. Chebbi devient par la suite président de sa commission politique..

Le , dans le contexte de la crise politique, il annonce la formation d'un Front de salut national composé de partis et mouvements tels que Ennahdha, Au cœur de la Tunisie, la Coalition de la dignité, Hizb el-Harak, Al Amal ainsi que des groupes de pour s'opposer au président Kaïs Saïed.