Cet article traite du système phonologique du hongrois standard, de la correspondance entre prononciation et graphie, des modifications phonétiques au contact de deux consonnes rendues par la graphie et de celles qui ne le sont pas, ainsi que des caractéristiques de l’accentuation et de l’intonation en hongrois.

Voyelles

Le hongrois standard se caractérise par sept paires de phonèmes vocaliques : /ɒ/ – /aː/, /ɛ/ – /eː/, /i/ – /iː/, /o/ – /oː/, /ø/ – /øː/, /u/ – /uː/ et /y/ – /yː/. Leurs points d’articulation sont représentés ci-dessous :

Antérieures Postérieures Fermées Les voyelles situées à gauche du point sont non arrondies, celles à droite, arrondies.

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 •  Mi-fermées Mi-ouverte Ouvertes

Les éléments de chaque paire se différencient par la quantité vocalique. Ceux des paires /ɒ/ – /aː/ et /ɛ/ – /eː/ diffèrent également par d’autres traits.

La quantité vocalique a une valeur fonctionnelle, c’est-à-dire qu’il existe des mots dont le sens est différencié par ce trait, par exemple « il/elle se réjouissait » ↔ « fou, folle »Le hongrois ne connaît pas le genre grammatical, c’est pourquoi les adjectifs ont une seule forme..

Graphie et prononciation des voyelles :

+ Lettre Exemple Transcription API (Unicode) Prononciation approximativement comme dans a agy « cerveau » /ɒ/ ange, sans nasalisation á ágy « lit » /aː/ art e egy « un(e) » /ɛ/ est é én « moi » /eː/ eh! i ing « chemise » /i/ idée í író « écrivain » /iː/ pire o oda « vers là-bas » /o/ dos ó óda « ode » /oː/ dôme ö örült « il/elle se réjouissait » /ø/ feu ő őrült « fou, folle » /øː/ émeute u utas « voyageur » /u/ oubli ú út « route » /uː/ rouge ü ügy « affaire » /y/ utile ű űr « vide » /yː/ pury hobby /i/ hobby (seulement dans des mots étrangers)

Harmonie vocalique

Tout comme les autres langues de la famille finno-ougrienne, ainsi que d’autres langues (le turc, le mongol, le japonais ancien), le hongrois se caractérise par l’harmonie vocalique. La plupart des racines polysyllabiques ont des voyelles caractérisées par le même trait : elles sont soit antérieures (e, é, i, í, ö, ő, ü, ű), soit postérieures (a, á, o, ó, u, ú).D’autres sources appellent la première catégorie de voyelles « palatales » ou « claires », et la seconde « vélaires » ou « sombres » (par exemple ) ; d’autres encore nomment les premières « aiguës » et les secondes « graves » (), en appelant « timbres » ces traits des voyelles.. Le á est en fait situé entre les deux, plus près des antérieures, mais on le classe parmi les postérieures à cause de son comportement. La règle de l’harmonie vocalique exige qu’à une racine à voyelles d’une certaine catégorie on ajoute des suffixes à voyelle et des voyelles de liaison de la même catégorie. La plupart des suffixes ont deux variantes, pour s’harmoniser avec les voyelles du reste du mot. Par exemple, le suffixe signifiant « dans, à l’intérieur de » a les variantes -ban (à voyelle postérieure) et -ben (à voyelle antérieure). C’est pourquoi l’équivalent de « dans la maison » est a házban, parce que la voyelle de ház est postérieure, et celui de « dans la forêt » est az erdőben, les voyelles de ce mot étant antérieures.

Certains suffixes ont trois variantes, la troisième étant à voyelle arrondie, qui permet l’harmonisation avec les mots dont l’unique ou dernière voyelle est elle aussi arrondie. Un exemple d’un tel suffixe est -on/-en/-ön, équivalent de la préposition française « sur » : a lábon « sur la jambe », a kézen « sur la main », a körön « sur le cercle ».

Quelques suffixes ne permettent pas l’harmonisation, ayant une seule variante, par exemple -ig « jusqu’à » : a lábig « jusqu’à la jambe », a kézig « jusqu’à la main », a körig « jusqu’au cercle ».

Il existe aussi des racines comprenant des voyelles de catégories différentes. Celles qui sont bien assimilées par la langue, même si ce sont des emprunts, se voient généralement ajouter des variantes de suffixes à voyelle postérieure (a fiúval « avec le garçon »), mais les mots étrangers à voyelles de catégories différentes ne se soumettent pas d’ordinaire à la règle de l’harmonie vocalique : a kávéban « dans le café », mais a dzsungelben « dans la jungle ».

Dans le cas des mots composés à voyelles de catégories différentes, la voyelle du suffixe est de la même catégorie que la ou les voyelles du dernier composant. Par exemple, pour dire « à Budapest »Budapest est en effet un nom composé, souvenir de la réunion de deux villes autrefois distinctes, Buda et Pest., parmi les variantes du suffixe -on/-en/-ön, on choisit la deuxième : Budapesten.

Certains mots à voyelles de catégories différentes admettent deux variantes de suffixe : a férfival/férfivel « avec l’homme » (mot se trouvant depuis longtemps dans la langue), aszpirinnal/aszpirinnel « avec de l’aspirine » (mot scientifique étranger), a fotelban/fotelben « dans le fauteuil » (emprunt relativement récent au français).

Il y a plusieurs paires de pronoms et d’adverbes dans lesquels l’opposition voyelle antérieure ↔ voyelle postérieure correspond à l’opposition proximité ↔ éloignement :

ez « ce(t)/cette …-ci, celui/celle-ci » ↔ az « ce(t)/cette …-là, celui/celle-là » ; itt « ici » ↔ ott « là-bas » ; ide « (vers) ici » ↔ oda « (vers) là-bas » (compléments d’un verbe exprimant le déplacement vers un lieu).

Consonnes

Le hongrois standard compte 25 phonèmes consonantiques :

+ Phonèmes consonantiques du hongrois Bilabiales Labio-dentales Alvéolaires Post-alvéolaires Palatales Vélaires Glottale Nasales m n Occlusives p  bDans les cellules où il y a deux consonnes, celle de gauche est sourde et celle de droite – voisée. t  d c  ɟ k ɡ Affriquées t͡s  d͡z, /d͡z/ ne ferait pas partie du système consonantique du hongrois, contrairement à l’opinion des autres linguistes cités. t͡ʃ  d͡ʒ Fricatives f  v s  z    h Spirante j Roulée r Spirante latérale l

Dans la graphie, les consonnes sont représentées et se prononcent comme suit :

+ Lettre Exemple Transcription API (Unicode) Prononciation approximativement comme dansb bor « vin » /b/ ballec cérna « fil » /t͡s/ tsé-tsécs csap « robinet » /t͡ʃ/ tchèqued dér « givre » /d/ dômedz edző « entraîneur » /d͡z/ italien dzs dzsungel « jungle » /d͡ʒ/ anglais f fiú « garçon » /f/ fing gáz « gaz » /g/ gazgy gyár « usine » /ɟ/ dieuh hal « poisson » /h/ anglais ; allemand j jó « bon(ne) » /j/ yeuxk kár « dommage » /k/ kilol lap « feuillet » /l/ lacly lyuk « trou » /j/ yeuxm már « déjà » /m/ mern nagy « grand(e) » /n/ nezny nyom « trace » /ɲ/ gnonp por « poussière » /p/ pasq quasar /k/ quasar (seulement dans des mots étrangers)r rész « partie » /r/ roues sor « rang » /ʃ/ chaisesz szó « mot » /s/ sact tőr « poignard » /t/ tourty tyúk « poule » /c/ tiensv vér « sang » /v/ volw BMW /v/ BMW (seulement dans des mots étrangers)x taxi /ks/ taxi (seulement dans des mots étrangers)z zár « serrure » /z/ zutzs zsák « sac » /ʒ/ jour

Tous les linguistes ne sont pas d’accord sur la nature des phonèmes transcrits par ty et gy. Pour certains, ce sont des occlusivesPar exemple et , page A. Hangok, betűk (A. Sons, lettres)., pour d’autres des affriquées (/c͡ç/, respectivement /ɟ͡ʝ/), et ..

Toutes les consonnes peuvent être brèves ou longues (géminées). Les longues sont rendues par une lettre doublée. Dans le cas des digrammes, seule la première lettre est doublée : kuruttyol « il/elle coasse ». Cependant, comme les consonnes doublées sont séparées en fin de ligne, quand on coupe un tel mot, le digramme apparaît en fin de ligne et au début de la ligne suivante : kuruty-tyol. La longueur des consonnes a une valeur fonctionnelle :

ara « fiancée » ↔ arra « par là-bas » ; ülő « assis, -ise » ↔ üllő « enclume » ; megy « il/elle va » ↔ meggy « cerise griotte » ; építette « il/elle l’/les a construit(e)(s) » ↔ építtette « il/elle l’/les a fait construire » (factitif du verbe).

L’orthographe du hongrois est, dans une grande mesure, phonémique. La seule distinction relevant de l’orthographe étymologique est celle entre les graphèmes j et ly qui rendent tous deux la consonne /j/, le graphème ly étant jadis prononcé [ʎ]. À part cela, il subsiste encore dans des noms de famille des graphies qui ne sont plus utilisées, par exemple cz pour /t͡s/ : Czuczor. Le h est toujours prononcé (h aspiré), sauf en fin de mot : cseh « tchèque », juh « mouton », ou en fin de syllabe, lorsqu’à un tel mot on ajoute un suffixe ou un autre mot commençant par une consonne : a csehvel « avec le Tchèque », juhtúró « fromage de brebis ».

Modifications phonétiques

Le contact de deux consonnes peut provoquer des changements dans la prononciation de l’une d’elles ou des deux.

L’une des modifications phonétiques est l’assimilation, partielle ou totale, lorsque l’une des consonnes prend une ou plusieurs des caractéristiques de l’autre. Certaines assimilations sont rendues par la graphie.

La consonne v des suffixes -val/-vel « avec » et -vá/-vé « en » (exprimant la transformation) est assimilée par la consonne finale de la racine à laquelle ils sont ajoutés : kanál « cuillère » + -val → kanállal « avec une cuillère », kés « couteau » + -vel → késsel « avec un couteau », víz « eau » + -vé → vízzé (A jég vízzé változik « La glace se transforme en eau »). La consonne z des démonstratifs ez « ce(t)/cette …-ci, celui/celle-ci » et az « ce(t)/cette …-là, celui/celle-là » est assimilée par la consonne initiale du suffixe qu’ils reçoivent : ez + -ben → ebben « dans ce(t)/cette …-ci, dans celui/celle-ci », az + -ra → arra « sur ce(t)/cette …-là, sur celui/celle-là », ez + -hez → ehhez « à ce(t)/cette …-là, à celui/celle-là ». La consonne finale -s, -sz ou -z des racines verbales assimile la consonne j dans deux situations : lorsque j est le premier son du suffixe de la personne du singulier et des personnes du pluriel au présent de l’indicatif, conjugaison objective : olvassa (← olvas + -ja) « il/elle le/la/les lit » olvassuk (← olvas + -juk) « nous le/la/les lisons » olvassátok (← olvas + -játok) « vous le/la/les lisez » olvassák (← olvas + -ják) « ils/elles le/la/les lisent » lorsque j est la marque de l’impératif, à toutes les personnes, aux deux conjugaisons : olvassak (← olvas + -j- + -a-Voyelle de liaison. + -kSuffixe personnel.) « que je lise » (conjugaison subjective), olvassam (← olvas + -j- + -a- + -m) « que je le/la/les lise » (conjugaison objective)

J marque de l’impératif s’assimile en outre à la consonne t pour former ss après une voyelle brève : adhassak « que je puisse donner », adhassam « que je puisse le/la/les donner » (← adhat). La combinaison szt devient ssz : akasszak « que j’accroche », akasszam « que je l'/la/les accroche » (← akaszt).

Ce type d’assimilation n’est pas rendu fidèlement par la graphie dans les cas suivants : après une voyelle longue : tisztítsak « que je nettoie », tisztítsam « que je le/la/les nettoie » (← tisztít) ; après une autre consonne : hajtsak « que je mène », hajtsam « que je le/la/les mène » (← hajt).

En fait, la plupart des assimilations ne sont pas rendues par écrit, surtout quand elles ont lieu entre le premier terme d’un mot composé et la consonne initiale du deuxième terme, ou au contact entre une racine et un suffixe. Ainsi, les termes composants et le mot auquel on ajoute un suffixe sont facilement reconnaissables :

Une consonne sonore peut sonoriser la consonne sourde qui la précède : vasgolyó « bille de fer » ( → ). Une consonne sourde peut assourdir la consonne sonore qui la précède : végcél « but final » ( → ). L’une des consonnes peut provoquer l’allongement de l’autre : község « commune », anyja « sa mère », egészség « santé », búsuljon « qu’il/elle soit triste », hagyja « qu’il/elle le/la/les laisse ». Les deux consonnes en forment une troisième, longue : vegyszer « produit chimique », irigység « envie, jalousie », váltogatja « il/elle le/la/les change fréquemment », elunja « il/elle s’en ennuie », tudjátok « vous le savez ».