La seconde guerre de l'opium est une guerre coloniale qui a duré de 1856 à 1860 et qui a opposé l’Empire britannique, la France, soutenus par les États-Unis et la Russie, à la dynastie chinoise Qing.
Cette guerre est considérée comme le prolongement de la première guerre de l'opium (1839-1842), lors de laquelle ces puissances souhaitent imposer à la dynastie Qing l'autorisation du commerce de l'opium, d'où le nom qui lui a été attribué.
Le conflit débute par une première série d’affrontements qui se termine par le traité de Tientsin de . En , les hostilités entre l’Angleterre, la France et la Chine reprennent et une expédition conjointe est organisée. Le , la guerre est déclarée officiellement. Les combats durent d'août à , et les 24-, le traité de Pékin est signé, mettant un terme à la seconde guerre de l’opium .
Contexte historique En 1729, la dynastie Qing interdit l’importation d’opium en Chine. En 1757, la Compagnie britannique des Indes orientales acquiert des droits de culture de l’opium au BengaleL’opium dans la mondialisation : le cas du Triangle d’Or, erudit, 31 octobre 2016 et en 1765, les droits britanniques de culture de l’opium sont étendus au BiharLes guerres de l'opium dans la Chine du , p. 61, sinoptic, 1991, consulté le 30 juillet 2021.
Première guerre de l’opium (1839-1842)
En 1816, la Compagnie britannique des Indes orientales développe le commerce de l’opium en Chine. Le , le gouverneur général Lin Zexu ordonne la fermeture du port de Canton, point d'entrée principal du trafic de l'opium britannique. De 1839 à 1842, les chinois et les britanniques s'affrontent militairement dans ce qui deviendra la première guerre de l'opium. Ce conflit se soldera par une victoire britanniques et la signature le , du traité de Nankin.
Seconde guerre de l’opium (1856-1860) , incident de l’Arrow : la police chinoise arrête à Canton l’équipage chinois d'un navire accusé de piraterie. Le consul britannique prétend mensongèrement que le bateau arborait le drapeau britannique, qu’il était enregistré à Hong Kong et que la Chine n’avait donc pas le droit d’interpeller qui que ce soit à bord. Le gouverneur chinois Ye Mingchen choisit l’apaisement en faisant libérer les captifs mais une flotte de guerre britannique est tout de même dépêchée pour soumettre Canton à coups de canon. La ville est soumise à d'intenses bombardements pendant trois semaines. : 5 000 soldats britanniques investissent Canton. 1857 : bombardement de Canton par les Britanniques et les Français. Mai 1858 : bombardement naval des forts du Peï-Ho qui protègent l'accès à Pékin. 1858 : traité de Tianjin. : les forces franco-britanniques tentent de pénétrer dans Tianjin et se font refouler. : les armées britannique et française débarquent sur le sol chinois. : prise des forts du Peï-Ho. : les armées britannique et française prennent Tianjin. : les armées britannique et française campent sous les murailles de Pékin, et vont piller le « Palais d’Été ». : la ville de Pékin tombe et est pillée à son tour. : le « Palais d'Été » est incendié par les Britanniques. : convention de Pékin.
Contexte préliminaire à la seconde guerre Le traité de Nankin en 1842, faisant suite à la première guerre de l'opium, laisse cinq ports à disposition des Occidentaux pour le commerce.
Malgré cet accord, les puissances européennes, dont la balance commerciale est largement déficitaire, désirent étendre leur commerce vers le Nord et vers l’intérieur de la Chine.
Les revenus du commerce de drogue sont considérables pour la couronne britannique ; ils servent notamment à maintenir à flot l’appareil étatique en Inde, où la plus grande partie de l’opium est produite..
Par ailleurs, le commerce de l'opium est toujours illégal en Chine. Cependant, le vice-roi de la ville de Canton le pratique tout en faisant condamner à mort les étrangers accusés de ce commerce. C'est ainsi que la France et les États-Unis demandent, en 1854, des révisions dans le traité de Huangpu et le traité de Wanghia. Le Royaume-Uni fait la même demande, citant les articles sur le « traitement égalitaire » dans les statuts des nations les plus favorisées.
En 1854, les ministres européens et américains contactent de nouveau les autorités chinoises et demandent des révisions des traités : pouvoir pénétrer sans réaction d'hostilité dans Canton ; pouvoir étendre le commerce à la Chine du Nord et le long du fleuve Yangzi ; légaliser le commerce de l’opium, qui était toujours illicite ; traiter directement avec la cour à Pékin (volonté des Occidentaux).
La cour impériale de la dynastie Qing rejette alors les demandes de révision du Royaume-Uni, de la France et des États-Unis. Dès lors, les puissances occidentales cherchent d'autres moyens pour arriver à rééquilibrer une balance commerciale très déficitaire.
La guerre
Les puissances occidentales estiment que seule la guerre peut amener l'Empire chinois à changer de position. Dès lors, le gouvernement anglais compte sur un événement qui pourrait servir de prétexte au déclenchement du conflit. Cet événement a lieu le , lors de l'incident de l’Arrow. Des officiers chinois de Ye Mingchen abordent l’Arrow, un navire préalablement pirate revendu puis enregistré à Hong Kong sous pavillon britannique, mais dont l'enregistrement a expiré. Ils confisquent la cargaison d'opium, capturent 12 des et les emprisonnent.
Les Britanniques demandent alors officiellement la relaxe de ces marins. Ye en libère neuf mais refuse de libérer les trois derniers malgré l'insistance des Britanniques, faisant valoir la promesse faite par l'empereur de la protection des navires britanniques. Les Britanniques évoquent ensuite l’insulte faite au drapeau britannique par les soldats chinois, rapportée par Thomas Kennedy, qui est à bord d'un navire voisin au moment de l'incident et déclare avoir vu les soldats chinois descendre et mettre à terre le pavillon britannique au moment de l'intervention.
La première partie de la guerre
vignette|Attaque et prise des forts du Peï-Ho, le . Bien qu'affaiblis par une mutinerie difficile à réprimer aux Indes, la révolte des Cipayes (1857-1858), les Britanniques répondent à l’incident de l’Arrow en 1857 en attaquant Canton depuis la rivière des Perles. Ye Mingchen, alors gouverneur des provinces du Guangdong et du Guangxi, ordonne aux soldats chinois en poste dans les forts de ne pas résister. Après avoir pris sans difficulté le fort voisin de Canton, l’armée britannique attaque la ville elle-même. Les navires de guerre américains, y compris l', bombardent Canton. Les habitants ainsi que les soldats résistent à l'attaque et forcent les assaillants à battre en retraite vers Humen.
Le Parlement britannique décide d'obtenir coûte que coûte réparation de la part de la Chine pour l’incident de l’Arrow, et le gouvernement britannique demande à la France, aux États-Unis et à la Russie de s’allier à elle.
L’exécution du missionnaire des MEP Auguste Chapdelaine par les autorités locales chinoises en (incident dit du père Chapdelaine), dans la province du Guangxi, incite la France à rejoindre les Britanniques dans leur expédition punitive. Les Américains et les Russes offrent leur aide aux Britanniques et aux Français mais, finalement, ne les aident pas militairement.
Les Britanniques et les Français désignent des ministres plénipotentiaires chargés des négociations avec les Chinois. Le représentant britannique est Lord Elgin, l'ambassadeur français le baron Gros.
Ye Mingchen est capturé et Baigui, le gouverneur de Canton, se rend. Un comité mixte de l’Alliance est formé. Baigui est maintenu à son poste originel pour maintenir l’ordre au nom de l’Alliance. L’Alliance maintient Canton sous son contrôle pendant près de quatre ans. Ye Mingchen est exilé à Calcutta, en Inde, où il meurt un an plus tard.
La coalition se dirige ensuite vers le nord pour prendre les forts de Dagu, qui défendent l'embouchure du fleuve Hai He (Peï-Ho) en aval de Tianjin, en .
L'enseigne de vaisseau Henri Rieunier (1833-1918), de l'artillerie de marine, assiste à toutes les opérations de la première partie de la guerre de Chine, ses écrits exceptionnels sont conservés et relatent les évènements, comme suit :
Le traité de Tianjin En , le traité de Tianjin conclut la première partie de la guerre à laquelle la France, la Russie et les États-Unis sont parties prenantes. Ce traité ouvre onze ports supplémentaires au commerce occidental. Mais, dans un premier temps, les Chinois refusent de le ratifier.
Les points principaux du traité sont : le Royaume-Uni, la France, la Russie et les États-Unis auront le droit d’établir des missions diplomatiques à Pékin, cité jusque-là interdite ; dix ports chinois supplémentaires seront ouverts au commerce étranger, y compris Niuzhuang, Danshui, Hankou et Nankin ; le droit pour tous les navires étrangers, y compris les navires commerciaux, de naviguer librement sur le Yangzi Jiang ; le droit pour les étrangers de voyager dans les régions intérieures de la Chine dont ils étaient jusqu’à présent bannis ; la Chine doit payer une indemnité au Royaume-Uni et à la France de deux millions de taels d’argent chacune ; la Chine doit payer une indemnité aux marchands britanniques de deux millions de taels d’argent pour la destruction de leurs propriétés.
Les négociations se poursuivent et, en , le gouvernement central accepte de légaliser le commerce de l’opium : en 1886, ce commerce porte sur (environ ). Dès 1878, on estime à environ cent millions le nombre de consommateurs d'opium en Chine (occasionnels ou réguliers).
Les Chinois acceptent que les droits de douane soient extrêmement faibles et que la gestion des douanes passe sous contrôle étranger.
La ratification a lieu plus d'un an après. Le gouvernement chinois laisse traîner les choses et les Britanniques et Français ont recours à la force pour aller plus vite : et s’embarquent sur les eaux chinoises.
Le traité d'Aigun avec la Russie Le , le traité d'Aigun est signé avec la Russie pour réviser les frontières entre la Chine et la Russie telles qu’elles avaient été définies par le traité de Nertchinsk en 1689.
Les Russes s’étendent vers la Chine, car ils ne peuvent s’étendre vers le Proche-Orient, la guerre de Crimée ayant été perdue en 1856. Il y a très longtemps que Russes et Chinois s’étaient entendus sur des frontières communes. Par la suite, les Russes avaient essayé de repousser les frontières (au-delà du fleuve Amour, en chinois Heilong Jiang) et avaient installé deux forts. Les Russes profitent de la deuxième guerre de l'opium pour consolider leur avancée. Ils collaborent en sous-main avec Français et Britanniques et se posent en médiateur. La Russie gagne la rive gauche du fleuve ainsi que le contrôle d’un territoire hors gel le long de la côte Pacifique, où elle fonde la ville de Vladivostok (le souverain de l’Est) (anciennement Haishenwei), en 1860.
Les Russes ont les mêmes privilèges que les autres pays et la Chine reconnaît formellement leur annexion de plus d'un million de kilomètres carrés de territoires.
La seconde partie de la guerre vignette|Prise des forts du Peï-Ho le .
En 1859, après le refus de la Chine d’autoriser l’établissement d’ambassades à Pékin, comme stipulé dans le traité de Tianjin, une force navale sous le commandement de l’amiral encercle les forts gardant l’embouchure de la rivière Hai He, mais subit des dommages et fait retraite sous la couverture d’un escadron naval commandé par Josiah Tattnall.
thumb|Intérieur de l'angle du fort nord de Taku immédiatement après sa capture. Photo par Felice Beato (21 août 1860)