Sasa (en (Sa`sa`), ) est un ancien village de Palestine dont les habitants ont été expulsés par Israël en 1948. Depuis cette date il s'agit d'un kibboutz installé sur une colline du nord de la Galilée d'Israël, situé à au nord-ouest de Safed, et à seulement deux kilomètres de la frontière du Liban, proche de l'endroit où, de par sa concavité, elle s'enfonce le plus dans les collines de Galilée. Ayant pris la place d’un village arabe expulsé en 1948, il en reprend le nom et appartient aujourd’hui au conseil régional de Haute Galilée. La présence humaine est attestée et permanente à Sasa depuis l'âge du bronze. Aujourd'hui, avec environ 200 travailleurs et plus de 500 résidents, le kibboutz de Sasa est l'un des plus grands et plus prospères d'Israël. Son économie est diversifiée, à la fois orientée vers l'agriculture, l'industrie et la manufacture.

Géographie vignette|Vue aérienne du village en 1939 par le Fonds national juif. Sasa est à proximité du Djebel Dermak ou mont Méron, le point culminant de la PalestineIllan Pappé, Le Nettoyage ethnique de la Palestine, Paris : Fayard, 2008. . Version électronique, 109-110. et d'Israël, hors le Golan . Il se trouve à une altitude moyenne de 875 m, et à 12 km de Safed.

De nombreuses sources alimentaient le village en eau.

Les villages voisins de Sa'sa' sont, à l’époque de la Palestine mandataire (1918-1948), Ikrit, Safsaf, Kfar Bir'im, Jish, Ghabbatiyya, et le village druze d’« Sa'sa' — سَعْسَع », Interactive Encyclopedia of the Palestine Question, consulté le 11 mai 2025.. Le village lui-même est situé au sommet d’une colline pierreuse aménagée de terrasses. Les maisons, construites en pierre, sont serrées les unes contre les autres et séparées seulement de ruelles tortueuses. Quelques commerces se trouvaient sur la place du marché. Plusieurs routes importantes se croisaient au pied du village, dont la route vers Safed.

Le village possédait deux écoles, une pour les garçons et une pour les filles (créées en 1945).

Histoire

Antiquité

vignette|Tombe de Lévi ben Sisi. La colline de Sasa est truffée de grottes qui ont été fouillées par les archéologues israéliens. Dans ces cavités naturelles, ont été creusées un nombre important d'alcôves où ont été aménagées les tombes de dignitaires du village de l'âge du bronze (Début du second millénaire av. J.-C.); aucun objet trouvé ne permet de dater précisément l'occupation du site. On a aussi retrouvé d'autres vestiges moins importants tels que des murs, des citernes et des pressoirs à olives.

On peut aussi visiter sur le site un mikvé creusé dans le rocher et alimenté par une source naturelle et les restes d'une synagogue datant tous deux des débuts de l'ère chrétienne ( vraisemblablement). La taille de ces infrastructures permet de supposer qu'un bourg juif important occupait alors la colline. Sur un autre de ses flancs se trouve une caverne dans laquelle est creusée une tombe unique attribuée à Rabbi (), qui assista Juda dans la Mishna durant les dernières décennies du et les premières du début du . Sur cette caverne a été aménagé un petit dôme ; elle fait toujours l'objet d'attention de la part de religieux Yeshivat Tikun HaMidot, Photos des tombes des Tsaddikim en terre d'Israël.

Le petit musée local propose de se replonger dans cette époque.

On ne connait pas le nom du village d'alors, cependant il est possible que le nom actuel proviennent de Rabbi Levi ben Sisi.

Il est vraisemblable que l'occupation du site ait été continue car, d'une part, les fondations d'une des maisons du village encore sur pied remontent au et que d'autre part, il est probable que les descendants des habitants du village juif soient restés sur place et se soient convertis à l'islam, les paysans et les pâtres restant attachés à la terre.

Le village de Sa`sa`

On retrouve diverses traces historiques du village de Sa`sa`(, ):

Le géographe arabe Abū 'Obeid' Abd al Allāh al-Bakrī (mort en 1094) rapportait passer par Sa`sa` pour se rendre à Safed depuis Deir al-Qasi (), un des 400 villages détruits durant la guerre de 1948 où se trouve le moshav Elkosh.

Des céramiques datant des , durant le règne des mamelouks, ont été mises au jour lors d'une fouille réalisée en 2003 Hendrik Bron, Israeli Antiquities Authority Sasa, Excavations and Surveys in Israel, n° 118 .

En 1516, Sa`sa` rentra, avec le reste de la Palestine, sous le contrôle de l'Empire ottoman et devint, peu après, un poste de douane où était collectées les taxes sur diverses marchandises et voyageurs ; les premiers enregistrements de ces taxes datent de 1525/6 Amnon Cohen and Bernard Lewis, Population and Revenue in the Towns of Palestine in the Sixteenth Century, Princeton University Press, 1978, pages 57 et 58..

En 1596, Sa`sa` était répertorié comme village dans la nahié ("sous-district") de Jira, faisant partie du liwa' ("district") de Safed, avec une population de 457 personnes. Il payait des impôts sur le blé, l'orge, les olives, des vignobles, des fruits, des chèvres et des ruches Wolf-Dieter Hütteroth et Kamal Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century., Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5. Erlangen, Germany: Vorstand der Fränkischen Geographischen Gesellschaft,1977, page 176.. Conformément à cette mention dans le cadastre des taxes (daftar), il y n'avait aucun habitant non musulman dans le village Andrew Petersen, A Gazetteer of Buildings in Muslim Palestine: Volume I (British Academy Monographs in Archaeology) Sa'sa', 2002, pages 273-274..

Au , Sa`sa` est cité comme l'un des villages fortifiés de Galilée contrôlé par Ali, le fils de Zahir al-Omar. Après la défaite de ce dernier en 1775, Ali continua à résister aux autorités ottomanes et vainquit à Sa`sa` une armée envoyée contre lui Amnon Cohen, Palestine in the Eighteenth Century: Patterns of Government and Administration, Hebrew University, Jerusalem, 1973. .. Des fouilles réalisées en 1972 sur le flanc ouest de la colline ont révélé les vestiges d'une grande structure rectangulaire (15 m x 41 m) avec des murs de pierre épais de deux mètres recouverts de pierre de taille. En son angle sud-ouest, le bâtiment avait une tour semi-circulaire de sept mètres de diamètre. Sa partie principale se compose d'une salle rectangulaire divisée en deux rangées de cinq travées. Les restes d'une rangée de quatre piliers et de deux demi-piliers devaient supporter une voûte. Les murs extérieurs furent ultérieurement épaissis de deux mètres formant un rempart de quatre mètres. La tour ronde fut à la même époque transformée en tour carrée. Les archéologues estiment possible qu'il s'agisse de la forteresse d'Ali, le fils de Zahir al-Omar et qu'elle ait été occupée pendant une période relativement longue S. Gibson et E. Braun, Sa'sa' , HA, 63-64, 1972, pages 11 et 12. Cité par Petersen, 2002.. La conception du bâtiment est tout à fait similaire aux autres forteresses de la période telles que celles de Qalat Jiddin et Dayr Hanna.

À la fin du , Sa`sa` était décrit comme un village d'une population de 300 âmes, construit sur une colline légère entourée de vignobles, d'oliviers et de figuiersClaude Reignier Conder, Horatio Herbert Kitchener, Survey of Western And Eastern Palestine., London : Committee of the Palestine Exploration Fund, 1881-82, tome I, page 200 . Cité dans Khalidi, 1992, page 495..

Palestine mandataire

Durant le mandat britannique, le gouvernement de la Palestine mandataire réalise deux recensements, le premier en 1922 et le second en 1931 : la population passe de 840 à 1130 habitants, tous musulmans. En 1948, elle est estimée à 1310 habitants. 13 % des terres étaient publiques, le reste étant possédé par des Arabes ; 40 % des terres étaient cultivables.

Le village était prospère, grâce à ses terres fertiles. 150 dounams étaient plantés d’oliviers, et les deux moulins à huile du village ne suffisaient pas à écraser toutes les olives, dont une partie étaient pressées dans les villages voisins. Sa'Sa' produisait aussi du tabac, du blé, des figues, du raisin, des pommes, des poires et d’autres fruitsRefa’at Loubani, « [Sa'sa' through out history until today, detailed study] », Palestine Remembered, 16 octobre 2001..

Comme le village est frontalier du Liban, l’armée britannique y installe pendant la grande révolte arabe des miradors et des clôtures de fil de fer barbelé (), pour contrôler les mouvements et le ravitaillement de la guérilla palestinienne. L’armée britannique y mena également une opération de représailles, en dynamitant douze maisons.

L’expulsion des Arabes vignette|200px|Forces de défense d'Israël dans Sasa dévasté en 1948. Dans le plan de partage de la Palestine voté par l’assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, Sasa est attribué à l’État arabeSami Hadawi, « Palestine - Index to villages & settlements », Palestine Arab Refugee Office, 1949..

Le village a été dépeuplé de ses habitants arabes par les forces armées d'Israël pendant la première guerre israélo-arabe, en 1948. Le village subit une première attaque et un premier massacre du Palmach, troupes de choc de la Haganah, puis une seconde attaque et un second massacre par la jeune armée israélienne, en octobre 1948.

La première eut lieu dans la nuit du 14 au 15 février de 1948. Selon l’histoire officielle de la Haganah, elle est décidée car les Arabes avaient annoncé à plusieurs reprises que, le 15 février 1948, ils lanceraient une grande attaque contre le Yichouv juif. Sa'Sa' aurait été la base d’opérations de commandos arabes. Elle est ordonnée par Yigal Allon, commandant du Palmach. Une unité du Palmach, commandée par Moshe Kelman, déjà responsable des atrocités à Khisas et plus tard commandant lors des massacres d'Ayn al-Zaytoun et de Lydda-Ramle, entra dans le village durant la nuit pour installer des explosifs contre certaines maisons où des combattants arabes auraient été localisés Walid Khalidi, 1992, All That Remains: The Palestinian Villages Occupied and Depopulated by Israel in 1948, Washington D.C. : Institut des études palestiniennes, , page 495.. Comme toutes les opérations Lamed-Heh, elle commença à minuit. Selon Ilan Pappe, les ordres étaient de détruire 20 maisons et de tuer autant de villageois que possible. Une dizaine de maisons auraient été totalement ou partiellement détruites et onze villageois dont cinq enfants ont été tués lors de cette opération New York Times, 16 février 1948.. Ces chiffres pourraient monter à seize maisons et le décompte total des tués serait de soixante morts selon Meron Benvenisti Meron Benvenisti, Sacred Landscape: The Buried History of the Holy Land Since 1948, University of California Press, 2000, , pages 107 et 153. ou de 60 à 80 morts selon Ilan Pappé. L’armée britannique fournit son concours en transportant les deux blessés juifs (par des pierres projetées par les explosions) à l’hôpital de Safed. L’histoire officielle de la Haganah retient que ce fut l’un des raids les plus audacieux de la guerre. Le même bataillon a attaqué Taytaba peu après.

La seconde attaque eut lieu le 22 octobre 1948, durant l’opération Hiram. Elle consista en un bombardement intensif et simultané des villages de Sa`sa`, de Jish (devenu ensuite Goush Halav) et Tarshiha par des avions B-17 et C-47, au cours de l'opération Hiram. La plupart des villageois fuient en deux vagues, la veille du bombardement et le lendemain.