La place des femmes en politique en France a évolué au fil des siècles. Alors qu'au Moyen Âge, nombre d'entre elles ont accès à certaines fonctions importantes et exercent le pouvoir, leur statut change sous l'Ancien Régime : les lois entourant la succession des enfants de Philippe IV condamnent de jure et de facto les femmes à un rôle non politique. Une phase d'émancipation voit ensuite le jour. Elle va des premières revendications de la Révolution avec Olympe de Gouges et Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, à celle des féministes de la fin du et du début du telles Louise Weiss jusqu'à une forme plus moderne, dans une France encore en proie aux inégalités, comme Simone de Beauvoir ou Françoise Giroud. Le mot lui-même de « féminisme » attribué à tort. à Charles Fourier par Louis - Devance (qui ne cite pas sa source) est forgé par un médecin français du nom de Ferdinand Valère Faneau de la Cour, dans un ouvrage médical datant de 1871 ayant pour titre Du féminisme et de l'infantilisme chez les tuberculeux..., mais la première militante politique à l'employer couramment est Hubertine Auclert, en 1882Les collections de L'Histoire, « Quand les femmes prennent le pouvoir », n°34, 2006, page 94..

Les femmes et le pouvoir au Moyen Âge

Au Moyen Âge, les femmes mariées ont des droits avancés et jouent un rôle important. Elles peuvent ainsi hériter de terres, gérer des fiefs lorsque leur mari est absent et saisir des tribunaux. Le juriste Philippe de Beaumanoir note ainsi Le Point-Historia, « 100 idées reçues sur les femmes dans l'Histoire », n°5, 2011, page 31.. Christine de Pizan, dans Le Livre des trois vertus écrit Le Point-Historia, « 100 idées reçues sur les femmes dans l'Histoire », n°5, 2011, page 33.. En 1401, elle s'en prend aussi à la haine des femmes présente dans le livre Le Roman de la Rose ()Johann Fleuri, « Emploi ou enfant, le dilemme nippon », article paru initialement en octobre 2015 sous le titre « Les Japonaises indésirables au travail », Manière de voir , décembre 2016-janvier 2017, p. 64-64.. Des femmes comme Delphine de Sabran en Provence ou Gabrielle de la Trémoille (qui gère les comptes de ses terres et organise la défense de l'île de Noirmoutier) gouvernent ainsi réellement. Les femmes héritent généralement de fiefs si elles n'ont pas de descendance ou en vertu de clauses spécifiques de leur contrat de mariage : ainsi, Aliénor d'Aquitaine est duchesse avant son mariage avec Louis VII et le conserve lors de son remariage avec Henri II d'Angleterre ; on peut aussi parler d'Ermengarde de Narbonne ou Anne de Bretagne. Guillaume le Conquérant impose sa femme, Mathilde de Flandre, comme responsable en son absence (soit en France, soit en Angleterre).

Jusqu'au , le mariage est une affaire de droit privé. C'est sous l'impulsion de Louis le Pieux (roi de 814 à 840) que les monarques francs se convertissent à la monogamie, par souci religieux et pour s'opposer aux coutumes des Barbares. Au , la réforme grégorienne met fin à la clérogamie.

L'« invention » de la loi salique sous Charles V

thumb|250px|right|Copie manuscrite sur velin du de la loi salique. Paris, bibliothèque nationale de France. Ce sont des motifs politiques plus que critiques à l'égard des femmes, qui amènent les grands nobles du royaume de France à exclure les femmes du trône, en effet, selon l'expression, il ne faut pas que celui-ci tombe de lance en quenouille. La succession de Philippe IV le Bel, mort en 1314, est chaotique : Louis X ne règne que deux ans et n'a pas d'héritier mâle, alors que depuis Hugues Capet, la succession au trône de France n'avait jamais posé de problème, en raison de la constance présence d'un héritier mâle direct. Louis X a bien un fils, Jean (qu'on appellera Jean ), mais il n'est pas encore né. En attendant, Philippe, frère de Louis X, devient régent du royaume de France, fonction qu'il est prêt à assurer jusqu'à la majorité du futur Jean . Pourtant, ce dernier est un enfant mort-né, et l'on se tourne alors vers l'autre enfant de Louis X, Jeanne, une fille. Philippe prétexte de sa jeunesse et du soupçon d'être une enfant illégitime pour l'écarter (renvoyant à l'affaire de la tour de Nesle) et brusque les évènements en se faisant rapidement sacrer roi à la cathédrale de Reims, sous escorte, en . Jeanne n'est donc pas de prime abord évincée en tant que fille, l'université de Paris déclarant le Les collections de L'Histoire, « Quand les femmes prennent le pouvoir », n°34, 2006, page 47.. En outre, si aucune femme n'était devenue « roi de France », certaines avaient tenu des principautés et Mahaut d'Artois en tant que comtesse d'Artois est paire du royaume de France (avant elle, on pourra aussi mentionner Aliénor d'Aquitaine, duchesse) ; aussi, l'épouse de Philippe le Bel était reine de Navarre sous le nom de Jeanne I et Louis X avait rendu un arrêt pour la succession du royaume de Poitiers spécifiant que Les collections de L'Histoire, « Quand les femmes prennent le pouvoir », n°34, 2006, page 48.. La vieille tante de Philippe IV, Agnès de France convoque les états généraux de 1317 où, Philippe V, réussissant à faire interpréter en sa faveur la coutume, l'assemblée affirme et approuve son avènement aux dépens de la fille de Louis X, Jeanne. Il légitime donc son droit à la couronne de France au détriment de la prétention des femmes à cette dernière. On ne parle néanmoins pas encore de la loi salique, mais cette disposition juridique est le premier jalon vers l'exclusion légale des femmes au trône de France.

Philippe V décède en 1322, il n'a pas d'héritier mâle (mais quatre filles). Les principes de 1317 s'appliquent alors. Charles, frère cadet de Louis X et de Philippe, devient roi sous le nom de Charles IV mais décède en 1328 ; il n'a qu'une fille. Il n'y a alors plus d'héritier mâle parmi les fils de Philippe le Bel, et étant donné les dispositions de 1317 concernant les femmes, la question de la succession se pose de nouveau. Il faut ériger en principe encore plus fort de la non-possibilité des femmes à accéder au trône, puisque le roi d'Angleterre Édouard III (fils du roi Édouard II, époux d'Isabelle de France, la fille de Philippe IV) se pose désormais en héritier légitime du trône. Le roi d'Angleterre étant issu d'une branche féminine, la couronne française tombe alors à un cousin de la maison des Valois, qui devient Philippe VI (on se base alors sur la locution latine nemo dat quod non habet : « personne ne transmet ce qu'il n'a pas »). Édouard renonce alors, et prête serment un an plus tard.

On se repose aussi sur le droit romain, notamment le Digeste du Corpus iuris civilis (V, 1, 12) qui exclut les femmes des offices publics., et on cherche des textes du début de la monarchie franque, quitte à en fabriquer. Contrairement au trône d'Angleterre, qui a des règles fixes, la succession se faisait selon la coutume, depuis Hugues Capet jusqu'aux États de 1317. On justifie alors cette exclusion par des textes tombés en désuétude, datant des Francs saliens (autour de 507 à 511 et) : ils n'ont pourtant rien à voir avec la succession royale mais concernent rassemblant des lois coutumières barbares, dont des dispositions d'héritage : selon un article de ce texte, aucune femme ne pouvait léguer à un héritier une parcelle de terrain (le dernier alinéa de l'article 62 De alodis, Des biens propres, note ). Pourtant, une disposition de 575 du roi Chilpéric, note qu'en l'absence d'héritier mâle, les femmes peuvent hériter et posséder dans les mêmes droits que les hommes et la transformation des codes juridiques par Charlemagne en la Lex salica carolina, oublie le contenu de ces règles pour n'en garder que le ciment historique et archaïque de la France. Le manuscrit est remis au jour dans la bibliothèque de Saint-Denis, par le chroniqueur Richard Lescot, et en quelque sorte falsifié et sur-interprété pour justifier l'exclusion des femmes à la succession royaleÉliane Viennot, La France, les femmes et le pouvoir, volume 1, L'invention de la loi salique (), 2006. Jean Jouvenel, conseiller du roi Charles VII, complète ce raisonnement en arguant que , donc de poursuivre la tradition thaumaturgique des rois de France. C'est ainsi que jouant sur les textes, la loi salique s'impose et s'ancre dès lors dans le paysage monarchique français jusqu'au dernier roi de France, Louis-Philippe , en 1848. Le futur Henri IV se réclamera également de la loi salique pour faire valoir son droit au trône de France, après la mort d'Henri III.

Cela n'empêchera pourtant pas certaines femmes de prendre la tête de principautés, comme la duchesse Anne de Bretagne, qui règne entre 1488 et 1514.

Régences

Certaines femmes accèdent néanmoins à la régence du royaume : en effet, aucune loi stricte n'encadre cela au sein des lois fondamentales du royaume de FranceLes collections de L'Histoire, « Quand les femmes prennent le pouvoir », n°34, 2006, page 42.. Bertrade de Laon exerce une forte influence sur ses fils (le futur Charlemagne et Carloman ). Anne de Kiev est ainsi nommée régente pour le compte du futur Philippe . Avant de mourir, Louis VIII choisit Blanche de Castille pour assurer la régence de Louis IX en 1226 ; celui-ci lui confie également la régence du royaume en 1248, alors qu'il part en croisade en Terre Sainte. Charles VI étant devenu fou, son épouse Isabeau de Bavière préside à partir de 1393 un Conseil de Régence, où siègent les Grands du Royaume, mais du fait de sa piètre maîtrise du français et de son manque d'alliés, elle reste isolée politiquement, pille le trésor, et permet l'accession au pouvoir de Jean sans Peur). Dans d'autres cas, la mort du roi étant par exemple accidentelle, l'ancienne reine de France semble être la mieux placée pour prendre les rênes du royaume jusqu'à la majorité de celui qui est « déjà » roi de France (elle est de 13 ans depuis une ordonnance de Charles V promulguée en 1374). Ainsi, Anne de Beaujeu devient régente avec son époux entre 1483 et 1491, au début du règne de Charles VIII, Catherine de Médicis entre 1560 et 1564 pour celui de Charles IX (après la mort accidentelle d'Henri II et celle de François II un an plus tard), Marie de Médicis entre 1610 et 1617 pour Louis XIII (après l'assassinat d'Henri IV ; elle avait obtenu de se faire sacrer conjointement reine de France le et avait réussi à se faire octroyer après l'assassinat de son époux la régence du royaume, secondée par Concino Concini) et Anne d'Autriche entre 1643 et 1651 pour Louis XIV. Pendant que son fils, François , s'engage dans la cinquième guerre d'Italie (1515-1516), Louise de Savoie assure la régence du royaume, ainsi que plus tard lors de la sixième ; elle négocie la libération du roi après la bataille de Pavie ainsi que la paix des Dames avec Marguerite d'Autriche, en 1529Le Point-Historia, « 100 idées reçues sur les femmes dans l'Histoire », n°5, 2011, page 43.. Aussi, à partir de 1672, alors que débute la guerre de Hollande où le roi Louis XIV s'engage, il confie pendant son absence la régence du royaume à son épouse Marie-Thérèse, avec de larges pouvoirs politiquesLe Point-Historia, « 100 idées reçues sur les femmes dans l'Histoire », n°5,2011, page 51..