Cet article se limite à la partie de la morphologie du hongrois qui se rapporte au verbe. Il traite, dans la vision de la grammaire traditionnelle, des morphèmes qui expriment les diathèses (voix), les modes, les formes nominales et les temps verbaux, ainsi que des valeurs de ces traits grammaticaux.

Généralités

La racine de la plupart des verbes hongrois est identique à leur forme de la personne du singulier du présent de l’indicatif, à la voix active, la désinence personnelle à cette forme étant ∅. Un tel verbe est, par exemple, várni « attendre », dont la racine est vár, obtenue par la suppression du suffixe de l’infinitif -ni. Un nombre restreint de verbes se caractérise par la désinence -ik à la forme personnelle mentionnée, par exemple lakik, infinitif lakni « habiter ». Ces verbes présentent certaines particularités de conjugaison.

Dans les dictionnaires en général, dans les dictionnaires bilingues en particulier, et dans les lexiques, ce n’est pas la forme d’infinitif, mais celle de la personne du singulier du présent de l’indicatif qui constitue le mot-vedette dans le cas des verbesMohai et Szendrő 1997, .. Par conséquent, dans les dictionnaires hongrois-français et français-hongrois, à « attendre » et à « habiter », par exemple, correspondent vár et lakik, respectivement.

En hongrois, les désinences sont suffisantes pour exprimer la personne du sujet ; c’est pourquoi ce dernier n’est exprimé par un mot à part que pour des raisons de précision dans le cas de la ou de mise en relief. On dira, par exemple, Látok valamit « Je vois quelque chose », mais Én látok jobban « C’est moi qui vois mieux ».

Une particularité importante du système verbal hongrois est l’existence de deux conjugaisons, c’est-à-dire de deux séries de désinences. L’une est celle des verbes intransitifs, transitifs indirects ou transitifs directs utilisés avec un objet (correspondant en grammaire française au complément d'objet direct) indéfini (conjugaison subjective ou indéfinie) ; l’autre, celle des verbes utilisés avec un objet défini (conjugaison objective ou définie).

Diathèses

La classification des verbes en catégories plus ou moins correspondantes aux diathèses dans les grammaires d’autres langues n’est pas unitaire dans les grammaires du hongrois. Certains linguistes qui étudient le hongrois n’utilisent pas le terme « diathèse » (igenem en hongrois), mais groupent seulement les verbes en actifs, passifs, réfléchis, factitifs et potentielsPar exemple Lelkes 1979, Nagy 1980, Szende 2001.. Par contre, d’autres l’emploientPar exemple, Szili 1999, Forgács 1998, Bokor 2007. et certains d’entre eux établissent des sous-catégories des diathèses. Par exemple, József Bokor traite les diathèses active, moyenne et passive ; il classe les verbes actifs en actifs proprement dits, factitifs, réciproques et réfléchis, et les verbes moyens en moyens proprement dits, médio-actifs et médio-passifsSection selon Bokor 2007, , sauf les informations des sources indiquées à part..

Diathèse active

Le verbe actif proprement dit n’a pas de morphème spécifique ; il exprime simplement que c’est le sujet qui effectue lui-même l’action exprimée par le verbe. Il peut être constitué d’une racine seule (par exemple lép « marcher, faire des pas »), être formé par dérivation avec un suffixe (járkál « aller de-ci de-là ») et/ou avoir un préfixe (kirohan « se précipiter dehors »).

Le verbe factitif exprime le fait que le sujet personne fait effectuer l’action par une autre personne. Du point de vue syntaxique, l’agent effectif peut être exprimé par un complément au suffixe -val/-vel, dont le sens primordial est « avec » (Jolánnal fésültette a haját « Il/Elle faisait peigner ses cheveux par Jolán »), ou par l’objet : Jolánt olvastatta egész órán « Il/Elle a fait lire Jolán tout au long du cours ». Le morphème de ces verbes leur est spécifique, étant l’un des suffixes -tat/-tet (les exemples précédents) ou -at/-et : írat « faire écrire », küldet « faire envoyer »Szende et Kassai 2001, ..

Le verbe réfléchi exprime le fait que l’action part du sujet et se reflète sur lui-même. Il a des suffixes spécifiques ajoutés à des verbes actifs proprement dits, ce qui veut dire qu’on ne peut former des verbes réfléchis qu’avec ces suffixes, mais que les mêmes suffixes peuvent aussi former d’autres types de verbes : -kodik/-kedik/-ködik : mosakodik « se laver », fésülködik « se peigner » ; -kozik/-kezik/-közik : borotválkozik « se raser », törülközik « s’essuyer » ; -ózik/-őzik : nyujtózik « s’étirer », rejtőzik « se cacher »Szende et Kassai 2001, ..

Seuls les verbes ainsi formés sont considérés comme réfléchis, mais le rapport exprimé par des verbes réfléchis est également exprimé avec des verbes actifs proprement dits ayant pour objet le pronom réfléchi, s’il n’y a pas de verbe réfléchi adéquat (exemple : feláldozza magát « se sacrifier »). Parfois, deux constructions sont possibles avec le même verbe pour exprimer des nuances de sens différentes : A diák felkészültnek mutatkozott « L’étudiant était apparemment préparé pour l’examen » vs A diák felkészültnek mutatta magát « L’étudiant voulait paraître préparé… », les deux phrases se traduisant littéralement « L’étudiant se montrait préparé… ».

Le verbe réciproque exprime le fait que l’action part du sujet et se reflète en même temps sur lui-même et sur quelqu’un d’autre. Ce dernier est exprimé par un complément muni du suffixe -val/-vel (Péter sakkozik a fiával « Péter joue aux échecs avec son fils ») ou fait partie d’un sujet multiple : Apa és fia tegeződnek egymással « Le père et le fils se tutoient ». Le verbe réciproque peut avoir un suffixe propre au verbe réfléchi (barátkozik « se lier d’amitié ») ou un suffixe que peuvent avoir des verbes moyens (kibékül « faire la paix »), et il y a aussi des verbes réciproques racines, par exemple küzd « lutter ».

Diathèse passive

Il existe deux suffixes spécifiques pour le passif, -atik/-etik et -tatik/-tetik, archaïques et rares dans la langue du , mais qui subsistent dans certaines constructions, d’ordinaire sans agent : Megadatott neki, hogy még egyszer lássa a tengert « Il lui a été donné de voir encore une fois la mer »Szende et Kassai 2001, .. Le verbe passif avec agent exprimé est encore plus rare. Celui-ci est un complément avec la postposition által : A vers a költő által olvastatik fel « Le poème est lu par le poète ».

En hongrois actuel, on utilise des périphrases qui expriment le passif sans pour autant considérer qu’il s’agit là de diathèse passive. Il y a par exemple une périphrase analogue au passif français, formée du verbe van « être » et du gérondif du verbe à sens lexical, qui a aussi la valeur du participe passé français : A levél meg van írva « La lettre est écrite »Bokor 2007, .. Cette construction aussi est relativement peu fréquente et utilisée seulement sans agent exprimé.

Diathèse moyenne

Certaines grammaires, surtout relativement anciennesPar exemple Lelkes 1979, Nagy 1980, mais aussi Szende 2001., ne prennent pas en compte une diathèse moyenne mais considèrent, pour partie actifs, pour partie réfléchis, les verbes que d’autres incluent parmi les verbes moyens.

La diathèse moyenne se situe entre l’active et la passive. Le verbe moyen proprement dit exprime le fait que ce qui arrive au sujet, son état, le changement de son état, sa capabilité ne dépendent pas de sa volonté, de son intention ou de sa participation, mais sont le résultat d’un facteur qui lui est interne ou externe. C’est à cette catégorie qu’appartiennent tous les verbes qui ne peuvent pas avoir de sujet (alkonyodik « le soir tombe », fagy « il gèle », tavaszodik « le printemps arrive », villámlik « il y a des éclairs », etc.), ceux qui expriment l’existence ou la non-existence (van « être » au présent, lesz « être » au futur, nincs « ne pas être » au présent) et d’autres, tels fő « bouillir », nő « croître », esik « tomber », etc.

À part les verbes moyens proprement dits, il y en a qui sont proches des verbes actifs, appelés médio-actifs, qui expriment une activité habituelle d’un sujet exprimant un animé, une partie d’un animé ou un inanimé : álmodik « rêver », a szív dobog « le cœur bat », az óra ketyeg « l’horloge fait tic-tac ». D’autres sont proches des passifs (médio-passifs), exprimant ce qui arrive au sujet sous l’influence d’un facteur externe non exprimé ou exprimé par un complément : a dolog majd elintéződik « la question va se régler », az ajtó (a szélben) becsukódik « la porte se ferme (à cause du vent) ».

À côté des verbes moyens racines (fő, nő etc.), il y a des verbes dérivés avec des suffixes spécifiques pour cette diathèse, mais ayant pour mots bases uniquement des adjectifs et des noms [-ul/-ül, -sul/-sül, -od(ik)/-ed(ik)/-öd(ik), -sod(ik)/-sed(ik)/-söd(ik)] : némul « devenir muet », állandósul « devenir permanent », álmodik « rêver » gömbölyödik « devenir rond ». Il existe aussi des verbes moyens qui ont le suffixe -ik sans que celui-ci leur soit spécifique, puisqu’il se retrouve dans certains verbes actifs. Un tel verbe est esik « tomber ».

Le verbe potentiel

À part les diathèses, les grammaires du hongrois prennent en compte une autre catégorie de verbes, appelés potentielsSection d’après Szende et Kassai, .. Ils se forment avec le suffixe -hat/-het à partir de verbes de n’importe quelle diathèse.

Ce type de verbe correspond tout d’abord à la construction française avec le verbe « pouvoir » ayant le sens « lui être permis » ou « avoir la possibilité » + verbe à l’infinitif : Még várhatok « Je peux encore attendre », Nem engedhetlek elmenni « Je ne peux pas te laisser partir ».

Le verbe potentiel peut aussi exprimer la probabilité ou la vraisemblance : Eshetett tegnap « Il a peut-être plu hier ».

Quand le sens du suffixe de potentiel est « avoir la possibilité », il peut être remplacé par le verbe tud ayant ce sensLe verbe tud a aussi les sens de « savoir ». + infinitif : Nem mehettem be a kórházba = Nem tudtam bemenni a kórházba «Je n’ai pas pu entrer dans l’hôpital ».

Conjugaison objective et conjugaison subjective

Les verbes transitifs directs ont deux sortes de conjugaisons : l’une à objet défini, encore appelée « conjugaison objective », l’autre à objet indéfini, encore appelée « conjugaison subjective »Section d’après Szende et Kassai 2001, ..

Conjugaison objective

Cette conjugaison est utilisée lorsque le verbe a un objet déterminé de façon définie, c’est-à-dire quand il est exprimé par :

un nom : propre sans article de certaines catégories (nom de personne, de pays, de localité) : Ismeri Magyarországot « Il/Elle connaît la Hongrie » ; muni de l’article défini : Várom a buszt « J’attends le bus » ; précédé d’un adjectif démonstratif : Ezt a könyvet olvasom « C’est ce livre que je lis » ; muni d’un suffixe possessif pour l’objet possédé : Láttam apádat az utcán « J’ai vu ton père dans la rue » ; un pronom : le pronom personnel de la : Őt szeretem « C’est lui/elle que j’aime » ; le pronom réfléchi maga : Éva szépíti magát « Éva se fait belle » ; le pronom réciproque egymás : Ismerik egymást « Ils/Elles se connaissent » ; un pronom possessif : Az én tollam nem ír, add ide a tiédet « Mon stylo n’écrit pas, prête-moi le tien » ; les pronoms interrogatifs melyik ? « lequel/laquelle ? », hányadik ? « le/la quantième ? » : Több tollam van ; melyiket akarod ? « J’ai plusieurs stylos ; lequel veux-tu ? » ; le pronom relatif amelyik : Add azt, amelyiket ritkábban használod « Prête-moi celui que tu emploies le plus rarement » ;