vignette|Extension actuelle de l’espéranto dans le monde L’espéranto est la langue internationale auxiliaire, globalement agglutinante, utilisée comme langue véhiculaire par des personnes provenant d’au moins à travers le monde ; certains locuteurs nomment « Espérantie » la zone linguistique formée des lieux géographiques où ils se trouvent. L’Académie d'espéranto contrôle entre autres l'introduction de mots découlant d'inventions ou de notions nouvelles.

Dans une brochure d'une quarantaine de pages publiée en 1887, la langue qui deviendra l'espéranto apparaît pour la première fois sous le nom de Lingvo Internacia (« Langue internationale »). Son auteur, Louis-Lazare Zamenhof, a le projet de faciliter la communication entre personnes de langues différentes à travers le monde entier. Dans cette première publication, après un travail acharné de plus d'une décennie, Zamenhof avait utilisé le pseudonyme de Doktoro Esperanto (« Docteur Espérant », « Docteur qui espère »), d'où le nom sous lequel la langue s'est popularisée par la suite.

Dès 1888, une revue est éditée, La Esperantisto - L'espérantiste -. L'empire russe incluait le plus grand nombre de locuteurs dans cette période appelée de ce fait la "période russe". Le soutien apporté par Tolstoï à la langue en 1894 a un fort écho et la revue est interdite en Russie mais renait en Suède avec un nouveau titre, Lingvo Internacia.

Après une vingtaine d’années d’évolutions concernant surtout un premier enrichissement du vocabulaire, les bases de la langue sont fixées par le Fundamento de Esperanto et votées à l'unanimité au premier congrès en 1905. L'objectif est, à l'instar des langues traditionnelles, de stabiliser les bases de la langue tout en facilitant son évolution générale, de maintenir sa cohérence et de faciliter l'apprentissage. Quelques intellectuels, très peu suivis, ont développé au cours du des propositions de réformes qui ont abouti parfois à la création d’autres langues ou ébauches, telles l'ido ou le mondlango. Quelques idées ont été toutefois reprises dans l’espéranto. Des propositions de réforme sur tel ou tel point précis ont été ou sont encore généralement suggérées par une partie des locuteurs eux-mêmes, qui désirent corriger ce qu’ils considèrent comme des imperfections de la langue ou des entraves à sa diffusion. Ces diverses propositions partent donc généralement d’un sentiment d’attachement à la langue elle-même.

L'espéranto est maintenant devenu une langue vivante, dotée d’une littérature qui deviendrait inaccessible si des réformes trop importantes étaient introduites trop rapidement. Ceci n'est pas contradictoire avec le fait que, comme les autres langues vivantes qui ont aussi un noyau stable, l'espéranto continue d’évoluer sous l'impulsion de ses utilisateurs.

Avant 1887 – Genèse

Les pré-espéranto (Pra-Esperanto ou Praesperanto en espéranto) sont les deux langues sur lesquelles a travaillé Louis-Lazare Zamenhof, créateur de l’espéranto, avant de travailler sur ce dernier. Connue sous le nom de Lingwe uniwersala et Lingvo universala (parfois Praesperanto I et II ou Praesperanto 1878 et 1881), ces langues permettent de comprendre comment Zamenhof en est venu à la création de l’espéranto. Bien que tous les manuscrits de Zamenhof sur ces deux langues aient été brûlés, deux grammaires ont pu être extraites des corpus existants et être comparées à celle de l’espéranto.

Lingwe Uniwersala vignette|Photographie de Louis-Lazare Zamenhof à l'âge de (1879) En 1878, Louis-Lazare Zamenhof ébauche à l'âge de un premier projet de Lingwe Uniwersala. Cet essai est la réponse d'un jeune homme polyglotte, poète, très logique, sensible face à un contexte linguistique politique et social extrêmement tendu dans lequel se trouve la Pologne à cette époque, et en particulier sa ville Białystok, habitée par des Polonais, des Allemands, des Russes et des Juifs qui s'y côtoient sans même se comprendre. Cette première ébauche sera détruite par son père, craignant que lors des voyages d'études de son fils en Russie, il soit pris pour un espion.

À l'heure actuelle, seulement quatre lignes de l'étape Lingwe uniwersala, de l'année 1878, nous restent. Il s'agit d'un morceau de chanson que composa Zamenhof :    Malamikete de las nacjes,    Inimitié des nations,   Kadó, kadó, jam temp' está; Tombe, tombe, maintenant c'est le moment ;   La tot' homoze in familje Toute l'humanité, en une famille   Konunigare so debá. Doit s'unir.

En espéranto moderne, ce serait :    Malamikeco de la nacioj,    Inimitié des nations,   Falu, falu, jam temp' estas; Tombe, tombe, maintenant c'est le moment ;   La tuta homar' en familion Toute l'humanité, en une famille   Kununuigi sin devas. Doit s'unir.

Lingvo universala Zamenhof améliore ce premier essai et aboutit à la Lingvo universala en 1881. Suivent ensuite quelques années d’amélioration avant d’aboutir à l’espéranto tel qu’il est connu à la fin de la décennie.

Un exemple de cette deuxième étape de la langue est l'extrait d'une lettre de 1881 :

Espéranto actuel : Mia plej kara amiko, neniam mia senkulpa plumo fariĝus tirano por vi. Mi povas de cent viaj leteroj konkludi, ke sciigoj de tiu ĉi speco devas vundi vian fratan koron…

L'alphabet comportait toutes les lettres suivantes :

et les diacritiques ne sont pas encore fixées. En comparaison, les lettres actuelles :

1887 – Naissance de l'espéranto Langue internationale

thumb|200px|Langue internationale, le premier manuel d'apprentissage publié en 1887 par Louis-Lazare Zamenhof, ici en version française En 1887, à l'âge de , Zamenhof présente une nouvelle version de son projet de langue, largement retravaillé, sous le nom de Langue internationale, qu’il signe du pseudonyme de Doktoro Esperanto (« le docteur qui espère », dans la langue internationale).

La grande facilité relative de la langue s'explique par plusieurs traits conjoints qui combinent la simplicité (petit nombre d'éléments à apprendre), la régularité (pas d'exceptions), et la clarté (à toute variation dans la pensée correspond quasiment toujours une variation concomitante dans la langue).

En phonétique : l'écriture est phonétique, l'accent tonique est régulier.

Pour la grammaire : les quatre catégories de mots lexicaux (substantifs, adjectifs, verbes à l'infinitif, adverbes dérivés) se reconnaissent à leur voyelle finale détachable ou désinence, respectivement o, a, i, e ; la conjugaison est pleinement régulière avec en tout et pour tout six désinences, une pour chacun des trois temps fondamentaux de l'indicatif et une pour les trois autres modes essentiels retenus ; les séries de mots grammaticaux (article, numéraux, pronoms...) sont régulières.

Pour le vocabulaire: les racines sont internationales, souvent communes à de nombreuses langues et connues à plus de 75% dans les principales langues de communication internationales d'origine européenne. Ce sont des morphèmes toujours invariables ; une cinquantaine d'affixes réguliers diminue drastiquement le nombre de mots à apprendre ; les homonymes, les expressions idiomatiques et la polysémie des mots sont rares etc.

Dans sa préface du premier manuel publié le dans sa version russe, Zamenhof expose ses principesLangue internationale : préface et manuel complet, Esperanto, Varsovie, 1887, :

Que la langue soit extrêmement facile, de manière qu’on puisse l’apprendre, comme qui dirait, en passant. Que chacun qui apprendra cette langue, puisse aussitôt en profiter pour se faire comprendre des personnes de différentes nations, soit qu’elle trouve l’approbation universelle, soit qu’elle ne la trouve pas, c’est-à-dire, que cette langue puisse servir d’emblée de véritable intermédiaire aux relations internationales. Trouver les moyens de surmonter l’indifférence de la plupart des hommes, et d'inciter les masses à faire usage de la langue présentée, comme d’une langue vivante, mais non pas uniquement à l’aide du dictionnaire.

Sources lexicales

Le lexique de la langue internationale auxiliaire est formé principalement : à partir de racines indo-européennes qui sont présentes dans des langues parlées par environ la moitié de la population mondiale, les autres familles de langues étant très différentes les unes des autres ; plus précisément à partir des principales langues de communication internationale ;  les racines grecques et surtout latines  sont majoritaires ou très nombreuses dans les langues européennes les plus parlées ; à la fin du dix-neuvième siècle l’anglais, le français et l’allemand sont les trois principales langues de communication internationale et sont en concurrence entre elles ; l’espéranto utilise principalement des racines romanes et germaniques comme ces trois langues, avec une proportion de racines romanes un peu plus forte qu’en anglais et allemand .

Les morphèmes grammaticaux doivent beaucoup au latin (participes en -nt- et -t-, nombreux adverbes et prépositions, série des numéraux) et dans une moindre mesure au grec ancien (j du pluriel, n de l'accusatif, conjonction kaj « et »). Une toute petite partie selon certains, mais aucune selon d'autres, est construite a priori sans référence évidente à des langues existantes (le pronom personnel ĝi ) ; le suffixe -uj- dénotant un contenant total est peut-être emprunté à la finale du français étui …; certains mots sont profondément remaniés à partir d'éléments rappelant ceux de langues préexistantes, comme la série régulière des corrélatifs.

Zamenhof a suivi diverses méthodes pour adapter ses sources lexicales à l'espéranto. Le plus grand nombre a été simplement adapté à la phonétique et l'orthographe de la langue :

tantôt davantage à partir de la prononciation (ex. trotuaro du français trottoir ; beleco « beauté » de l'italien bellezza ; ŝuo « chaussure » de l'anglais shoe, le néerlandais schoen, et de l'allemand Schuh) ; tantôt à partir de la forme écrite (ex. semajno « semaine », soifi « avoir soif » empruntés au français ; birdo « oiseau », teamo « équipe » empruntés à l'anglais).

Lorsque plusieurs de ses sources comportaient des mots proches par la forme et le sens, Zamenhof a souvent créé un moyen terme. Exemples : ĉefo « chef », cf. français chef / anglais chief ; forgesi « oublier », cf. allemand vergessen / néerlandais vergeten / anglais to forget ; gliti « glisser », cf. français glisser / allemand gleiten / néerlandais glijden / anglais to glide ; lavango « avalanche », cf. français avalanche / italien valanga / allemand Lawine ; najbaro « voisin », cf. allemand Nachbar / néerlandais nabuur / anglais neighbour.

Les radicaux sont parfois davantage altérés que ne le nécessiterait la simple adaptation phonétique ou orthographique : pour éviter d'avoir des radicaux homophones : lafo « lave (volcanique) » car lavi signifie « laver », pordo « porte » car la racine port- appartient déjà au verbe porti qui signifie « porter » ; pour différencier plusieurs sens : pezi « peser (être pesant) » / pesi « peser (mesurer le poids) » du français peser, helico « hélice » / heliko « escargot » du latin helix ; pour éviter des confusions avec des affixes ayant déjà un autre sens en espéranto : mateno « matin » (-in- marquant le sexe féminin), rigardi « regarder » (re- marquant la répétition) ; pour abréger des mots longs : asocio « association », terni « éternuer ».

Fin du – diffusion et dernières réformes fondamentales

vignette|Extrait du Fundamento de Esperanto où Zamenhof préconise le « système h »|page=12