Le cercle Fustel de Coulanges est une association française de droite qui rassembla des enseignants et milita contre l'école publique et son « idéologie », des années 1920 jusqu'au début des années 1970.
De nombreux membres de ce cercle ont participé activement au régime de VichyDictionnaire des intellectuels français, sous la direction de Michel Winock, Seuil, « Histoire », 2002, ..
Historique Une association d'enseignants proche de l'Action française
Le Cercle a été fondé à partir de l'automne 1926, et a fonctionné réellement à partir de 1927-28Catherine Valenti, op. cit., Les Cahiers du Cercle Fustel de Coulanges, n° 1, décembre 1953, Jean-Michel Barreau, Vichy contre l'école de la République, op. cit., p. 89, Le Figaro, 2 juin 1932, "Le banquet Fustel de Coulanges", Journal des débats, 26 mars 1941, "Le Cercle Fustel de Coulanges reprend ses travaux". Ses fondateurs sont des enseignants parisiens du secondaire, notamment Georges Cantecor, directeur de ses Cahiers jusqu'à son décès en 1932, et Henri Boegner, son secrétaire puis secrétaire général, et par un inspecteur du primaire, Pierre Dufrenne. Rejoints par des professeurs de province, tel Pierre Heinrich, titulaire de la chaire d'histoire de la khâgne du lycée du Parc de Lyon. Il est présidé par le physicien Louis Dunoyer de Segonzac, professeur à la Sorbonne.
Adhèrent au cercle des universitaires, des enseignants du secondaire et des instituteurs, tel Serge Jeanneret. Lors du banquet de 1932, Louis Dunoyer déclare: L'Action française, 2 juin 1932, "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges", p. 2. Ses effectifs ont été minces: il revendique plus de 200 membres en 1928, 790 en 1931, dont 300 adhérents à Paris et 26 aux colonies, 1 400 en 1934, 1 500 en 1935L'Action française, 18 juin 1931, "Les discours du banquet du Cercle Fustel de Coulanges", L'Action française, 15 juin 1934, "Le banquet Fustel de Coulanges", Ibid., 24 juin 1935.
Il a existé des groupes locaux en province, à Strasbourg ou à Toulouse, autour du doyen de la faculté de médecine Jacques-Émile Abelous, un protestantL'Action française, 23 janvier 1934, L'Action française, 24 décembre 1936, lettre du doyen Abelous, Ibid., 22 mars 1939 ( selon le docteur Charles Fiessinger ).
Les fondateurs
Georges Cantecor (1863-1932) est professeur agrégé de philosophie, auteur de plusieurs articles ou ouvrages, consacrés notamment à Descartes, Kant ou au positivismeG. Cantecor, Le positivisme, Librairie Paul Delaplane, 1904. Sa carrière s'est déroulée à Nantes à partir de 1891, au lycée ClemenceauCollectif, Un grand Lycée de province : le Lycée Clemenceau de Nantes dans l'histoire et la littérature depuis le Premier Empire, L'Albaron, 1992, à Bordeaux, à Reims, puis aux lycées parisiens Louis-le-Grand et Pasteur. Il meurt en à 65 ans. D'abord dreyfusard et membre de la Ligue de l'enseignement, il évolue vers le nationalisme, sans pour autant rejoindre l'Action française de MaurrasL'Action française, 7 décembre 1932, G. Cantecor dans data.bnf.fr. Il eut comme élèves Alphonse de Châteaubriant ( évocation de Cantecor ), à Nantes, Maurice de Gandillac, à Paris ( qui l'évoque dans Le Siècle traversé: Souvenirs de neuf décennies, Albin Michel, 2014; il le présente ). .
Henri Boegner (1884-1960), également agrégé de philosophie, est professeur de lettres classiques au lycée Molière. Fils d'Alfred Boegner, pasteur qui fut le directeur des missions évangéliques de Paris, cousin du pasteur Marc Boegner, il est issu d'une famille protestante mais il s'est converti au catholicisme. C'est un ami depuis 1908 et le beau-frère de Gabriel Marcel. D'abord influencé par Georges Sorel et Charles Péguy, il est devenu maurrassien et a présidé lorsqu'il était professeur à Mulhouse la section d'Action française de la villeEugen Weber, L'Action française, Stock, 1962, p. 296, Guillaume Gros, op. cit., Les Études sociales, janvier 1961, p. 72, "Nécrologie".
Pierre Dufrenne a d'abord enseigné en province et à Paris avant de devenir inspecteur de l'enseignement primaire dans l'Oise. C'est un ancien syndicaliste d'extrême gaucheJean Jaurès. Cahiers trimestriels, octobre 1997, Laurence Ruimy, "La Revue de l'enseignement primaire et primaire supérieur, 1890-1914", qui a rallié l'Action française et s'est converti au catholicisme avant 1914L'Action française, 23 décembre 1930, ( "P-A Dufrenne" ), Ibid., 28 décembre 1930, "Les obsèques de Pierre Dufrenne", Ibid., 5 juin 1931 ( Heinrich évoque Dufrenne dans les Cahiers du Cercle ), Le Figaro, 12 août 1931, Louis Bertrand, "Une condamnation de l'école unique". Il meurt le .
Pierre Heinrich (1874-1936) est le cinquième des six enfants d'un doyen de la Faculté des lettres de Lyon, Guillaume Alfred HeinrichFrançoise Huguet et Boris Noguès, «Les professeurs des facultés des lettres et des sciences en France au XIXe siècle (1808-1880)», juin 2011 (consulté le 9-07-2017). Contrairement à son père, il a échoué au concours de l'École normale supérieure; khâgneux au lycée Louis-le-Grand, il n'a été qu'admissible en 1895Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle: Khâgneux et Normaliens dans l'entre-deux-guerres, Fayard, 1988. Il est cependant agrégé d'histoire (1901Le Rappel, 27 août 1901 (Reçu 2ème au classement)) et docteur ès lettres (1907)Il a soutenu sa thèse le 9 décembre 1907 devant la Faculté des lettres de l'Université de Paris. Sa thèse complémentaire a pour titre L'abbé Prévost et la Louisiane, étude sur la valeur historique de Manon Lescaut. Sa thèse principale porte sur la Louisiane sous la Compagnie des Indes, 1717-1731 ( Lire en ligne ). Il a obtenu la mention honorable: Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1907, vol. 9, n° 4, p. 309. Il enseigne l'histoire aux khâgneux du lycée du Parc de Lyon, de 1917 jusqu'à son décès en , après avoir été professeur aux lycées d'Orléans, de Valenciennes et du lycée Lakanal de Paris. C'est un catholique d'Action françaiseL'Action française, 9 mai 1936, L'Action française, 15 mai 1936 ( allocution de Dunoyer ), Ibid., 30 mai 1936, L'Action française, 2 juin 1937, Louis Jasseron, "Pierre Heinrich" ), Revue des lectures, 15 juin 1936, p. 655 (présenté comme ) . Membre comme son père de la Congrégation des Messieurs (1923), la plus ancienne et plus prestigieuse œuvre catholique lyonnaise, il préside depuis 1921 le conseil particulier de la Société de Saint-Vincent-de-Paul de Lyon. Sous sa présidence, le nombre des conférences passa de 25 à 43, et c'est lui qui assura la fondation de la première conférence féminineSite museedudiocesedelyon.com, Henri Hours, Eglise à Lyon, 1998, n° 9, "Heinrich père et fils", Catherine Pellissier, Bruno Dumons, La congrégation des Messieurs et la Société de Saint-Vincent de Paul à Lyon sous la Troisième République. Sociologie comparée, dans la Revue d'histoire de l'Eglise de France, 1992, vol. 78, n° 200, "Pierre%20Heinrich"&rs_to=&rs_from=&rs_on=&rs_annee=&rs_mois=&rs_jour=&ra_titre_per%5B%5D=&ra_type_journal%5B%5D=&ra_zone_geo%5B%5D= Le Salut public, 5 mai 1937, "Les disparus. Pierre Heinrich". Il a repris en le Bulletin des Professeurs catholiques de l’Université de Joseph Lotte, de l'Association des maîtres catholiques. Il est hostile à la fois à l'anticléricalisme et aux démocrates-chrétiens. Ses sympathies notoires pour l'Action française provoquent des remous; il résiste un temps aux pressions grâce à la protection du cardinal Maurin avant de quitter la présidence du groupe de Lyon des universitaires catholiques - reprise par André Latreille - en et de suspendre son bulletinHenri Hours, op. cit., Site des "Chrétiens dans l'enseignement public", cdep-asso.org, "Les intuitions de la Paroisse Universitaire", Site cdep-asso.org, Bernard Comte, "L’Association Joseph Lotte, quelques repères historiques ". Il a épousé en 1910 Gabrielle Ollier, fille du chirurgien Louis Léopold Ollier"Pierre%20Heinrich"&rs_to=&rs_from=&rs_on=&rs_annee=&rs_mois=&rs_jour=&ra_titre_per%5B%5D=&ra_type_journal%5B%5D=&ra_zone_geo%5B%5D= Le Salut public, 15 mars 1910, "Mariage".
Depuis 1920, Dufrenne et Heinrich militent à l’Association de l’École française et à son périodique, La Revue de l'école, dont Dufrenne est le directeur et dont ils ont été les fondateurs et administrateurs de la société qui le publie, aux côtés d'instituteurs comme Maurice Jeannard, futur membre du comité de rédaction de L'École française, ou Émile BocquillonLe Figaro, 9 août 1920, "Pour l'Ecole française", p. 1 et 2, Moniteur de la papeterie, février 1922, "La Revue de l'école", , Description de la Revue de l'école sur le site inrp.fr/presse-education/revue..
L'accueil de personnalités de la droite académique
Dans l'entre-deux-guerres, sa revue et/ou ses réunions, notamment son banquet annuel, accueillirent des grands chefs militaires comme le maréchal Hubert Lyautey - il préside le banquet de 1932L'Action française, 2 juin 1932, "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges", p. 1 et 2. Il participe aussi à celui de 1933, mais brièvement. -, ou le général Maxime WeygandEn 1936 ( Journal des débats, 15 mai 1936, "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges" ) et 1937. Ainsi que des intellectuels comme Léon BérardLe Figaro, 20 juin 1930, "Léon Bérard parle de Fustel de Coulanges", Le Temps, 20 juin 1930, "Au cercle Fustel de Coulanges", Albert Rivaud, conférencier à plusieurs reprises, collaborateur des Cahiers et de l'Ecole françaiseIl préside le banquet de 1934: L'Action française, 15 juin 1934, "Le banquet Fustel de Coulanges". Il participe aussi à ceux de 1935 ( Discours au banquet de 1935: Journal des débats, 25 juin 1935, "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges" ), 1936, 1937 et 1938. Cf. une de ses conférences en 1935 sur le marxisme: Journal des débats, 30 novembre 1935, "Une conférence du professeur Rivaud au cercle Fustel de Coulanges" -, l'académicien Abel Bonnard - qui présida le banquet de 1931Le Figaro, 17 juin 1931, "Au banquet du Cercle Fustel de Coulanges". Il prend la parole aux banquets de 1936 et de 1937., l'Académicien Louis Bertrand - Il présida le banquet de 1928, assista à ceux de 1929 et 1931 -, Bernard FaÿEn 1935 et 1937, Daniel HalévyEn 1934 et 1936. Boegner a été un fidèle de son salon du quai de l'horloge: cf. Guillaume Gros, op. cit., p. 105, René GillouinParticipe aux banquets de 1929, 1930 et 1934., André BellessortEn 1930, 1932; élu à l'Académie française, il le préside en 1936: L'Action française, 15 mai 1936, "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges". Conférencier en 1932., Pierre de Labriolle, de l'Institut, professeur à la Sorbonne - qui préside le banquet de 1937L'Action française, 29 mai 1937, "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges". Il a pris part à d'autres banquets, comme en 1934, 1935 et 1938. -, les professeurs de droit Louis Le FurJournal des débats, 18 juin 1938, "Le banquet du Cercle Fustel de Coulanges" et Achille MestreEn 1928 et 1930, etc. Plus rares ont été les militants politiques - le comte de Puységur, président de la Ligue nationale antimaçonnique, en 1934 -, les élus parisiens - Gillouin ou Louis Darquier de Pellepoix (1937) - ou les parlementaires (les députés de Paris Fernand Wiedemann-Goiran et René Dommange en 1937).
Le Cercle et l'Action française