Cet article traite des types de mots nominaux du hongrois, sauf les pronoms. Sont passés en revue, selon la vision de la grammaire traditionnelle, le nom, l’adjectif qualificatif et le numéral, avec les morphèmes qui expriment le nombre, les cas, l’objet possédé, le possesseur et les degrés de comparaison de l’adjectif.
Le nom
Changements dans les racines
Lorsqu’on lui ajoute diverses sortes de suffixes, la racine de certains noms reste inchangée (ember « homme », emberek « gens », az emberrel « avec l’homme », embere « son homme », etc. ; hajó « bateau », hajók « bateaux », hajóval « en bateau », hajója « son bateau », etc.), mais la plupart des racines subissent diverses modifications phonétiques, déterminées par certains suffixes, sans qu’il y ait de règles précises les concernantSection d’après Szende et Kassai 2001, . :
Allongement de la voyelle finale de la racine : a → á : alma « pomme », almák « pommes », almában « dans une pomme », almám « ma pomme », etc. ; e → é : kefe « brosse », kefével « avec une brosse », keféd « ta brosse », etc.
Chute de la voyelle devant la consonne finale de la racine : ajak « lèvre », ajkak « lèvres », ajkon « sur la lèvre », ajka « sa lèvre », etc. ; álom « rêve », álmok « rêves », álmom « mon rêve », etc. ; terem « salle », termek « salles », termünk « notre salle », etc. ; köröm « ongle », körmök « ongles », körmön « sur un ongle », körme « son ongle », etc.
Raccourcissement de la voyelle devant la consonne finale de la racine : á → a : pohár « verre », poharak « verres », poharastul « le verre y compris », poharam « mon verre », etc. ; é → e : kéz « main », kezek « mains », kezestül « la main y compris », kezed « ta main » etc. ; í → i : híd « pont », hidak « ponts », hidat « pont » à l’accusatif, etc. ; ú → u : út « chemin », utak « chemins », utat « chemin » à l’accusatif, utunk « notre chemin », etc. ; ű → ü : tűz « feu », tüzek « feux », tüzet « feu » à l’accusatif, tüzetek « votre feu », etc.
Insertion d’un -v- entre la voyelle finale de la racine et le suffixe : avec raccourcissement de la voyelle : ló « cheval », lovak « chevaux », lovon « à cheval », lovam « mon cheval », etc. ; avec changement de la voyelle : (ó → a) : szó « mot », szavak « mots », szava « son mot », etc.
Chute de la voyelle finale de la racine au pluriel et devant les suffixes possessifs de la : borjú « veau », borjak « veaux », a tehén borja « le veau de la vache ».
Métathèse entre les deux dernières consonnes de la racine : pehely « flocon », pelyhek « flocons », etc. ; teher « poids », terhek « poids » au pluriel, terhe « son poids », etc.
Le genre naturel
Le hongrois ne connaît pas le trait grammatical du genre. Cependant, le genre naturel est exprimé, et il peut l'être par :
des noms différents pour le masculin et le féminin : szerzetes « moine » / apáca « moniale » ; composition avec le mot nő « femme » comme second élément : titkár « secrétaire » (homme) / titkárnő « secrétaire » (femme) ; précision : par exemple, comme pour « petit-fils » et « petite-fille », il y a un seul mot, unoka, une grand-mère dira : Van egy unokám, egy kislány, littéralement « J’ai un petit-enfant : une fillette ».
Le pluriel
Le morphème du pluriel des noms est -k, sauf celui de l’objet possédé dans les constructions exprimant la possessionSection d’après Szende et Kassai 2001, ..
La marque du pluriel s’ajoute directement aux singuliers terminés par une voyelle. Celle-ci reste inchangée si elle est autre que a ou e : áru – áruk « marchandises », autó – autók « voitures », fésű – fésűk « peignes », kávé – kávék « cafés », nő – nők « femmes », taxi – taxik « taxis ».
Les voyelles finales a et e changent au pluriel en á et é, respectivement : utca – utcák « rues », lecke – leckék « leçons ».
Aux singuliers terminés par une consonne, on ajoute le -k à l’aide d’une voyelle de liaison choisie généralement selon les règles de l’harmonie vocalique :
-e- est employée pour la majorité des noms à voyelles antérieures : ember – emberek « hommes », föld – földek « terres », fül – fülek « oreilles », gép – gépek « machines ».
-ö- est la voyelle de liaison pour le pluriel d’un grand nombre de noms dont la dernière voyelle est -ö ou -ő : bőrönd – bőröndök « valises », sofőr – sofőrök « chauffeurs ».
-o- est utilisée : pour la plupart des noms à voyelles postérieures : ablak – ablakok « fenêtres », állat – állatok « animaux », orvos – orvosok « médecins », osztály – osztályok « classes », udvar – udvarok « cours » (d'une maison), et pour les noms à voyelles de catégories différentes : ajándék – ajándékok « cadeaux », irat – iratok « documents ».
-a- relie la marque du pluriel à certains noms à voyelles postérieures : ágy – ágyak « lits », fal – falak « murs », fog – fogak « dents », lyuk – lyukak « trous », oldal – oldalak « pages » (de livre), ujj – ujjak « doigts ».
Parfois, la forme du singulier est utilisée pour plusieurs objets. Dans les formes possessivées, sont concernées par cette singularité les parties du corps qui comptent au minimum deux exemplaires : Fáj a szemem « J’ai mal aux yeux », Mosd meg a fogadat! « Brosse-toi les dents ! ». Pour préciser qu’il s’agit d’une seule partie du corps, on emploie le mot (az) egyik « l’un/e des » ou, pour les parties du corps qui vont par deux ou plus, le mot fél « moitié » : fél fülére süket « il/elle est sourd/e d’une oreille », Kihúzták az egyik fogamat « On m’a arraché une dent ».
On utilise également le singulier à la place du pluriel quand celui-ci est indiqué par un adjectif numéral ou un complément du nom qui exprime la quantité : egy csomag cigaretta « un paquet de cigarettes », két kiló barack « deux kilos d’abricots », három ember « trois hommes », sok kérdés « beaucoup de questions ».
Certains noms sont perçus comme dénombrables dans certaines situations et comme indénombrables dans d’autres, et cette dernière perception vaut pour plus de noms en hongrois qu’en français. On dit, par exemple, Nem eszem körtét « Je ne mange pas de poires » (littéralement « Ne mange poire »), le nom étant ici perçu comme indénombrable, mais Ezek a körték jók « Ces poires sont bonnes », en pensant à plusieurs variétés de poires.
Le pluriel de l’objet possédé est marqué par le suffixe -i : sg. ház « maison » – pl. házak « maisons », mais sg. háza « sa maison » – pl. házai « ses maisons ».
La déclinaison
Étant donné le caractère agglutinant du hongrois, où les rapports grammaticaux dans le cadre de la phrase simple s’expriment surtout par des suffixes, tous les linguistes ne sont pas d’accord pour appliquer à cette langue la notion de cas grammatical et, par conséquent, la notion de déclinaisonPar exemple Tompa 1961, Nagy 1980 et Erdős 2001, qui ne font pas mention de cas.. Si l’on considère que tous les suffixes formateurs de fonctions syntaxiques exprimées dans la phrase simple par des noms donnent naissance à un cas, on arrive au nombre de . D’autres auteursAntal 1977, Lelkes 1979, Keszler 2000, Szende 2001, É. Kiss 2003, Kiefer 2003, 2005, 2006, A. Jászó 2007. admettent la notion de suffixe casuel, mais tous ne sont pas d’accord sur le nombre de cas. En général, on admet 17 suffixes de ce type (soit avec le nominatif, à suffixe zéro), en les distinguant des autres suffixes formateurs de compléments par le fait qu’on peut les ajouter non seulement à des racines, mais aussi après d’autres suffixes, comme ceux du pluriel et les possessifs. Exemple de paradigmeCf. Kiefer 2006, , qui donne les noms des cas en latin., en phrases :
Cas Suffixe Exemple Traductionnominatif ∅ A ház magas. La maison est haute.accusatifEn hongrois, seul l’objet peut être à l’accusatif. -t Eladtam a házat. J’ai vendu la maison.datif -nak/-nek Ez jó a háznak. C’est bon pour la maison.instrumentalCe cas est appelé « instrumental-sociatif » par Szende et Kassai 2001, , et « instrumental-commitatif » par Lelkes 1979, . -val/-vel Ezzel a házzal sok pénzt keresek. Avec cette maison, je gagne beaucoup d’argentPar les traductions de ce tableau, seuls les sens les plus fréquents des suffixes sont rendus. En fait, leurs sens sont multiples..causal-finalCausalis-finalis chez Kiefer 2006. -ért Mindent megteszek ezért a házért. Je fais tout pour cette maison.translatif-factitifTranslativus-factitivus chez Kiefer 2006, appelé « translatif-factif » par Lelkes 1979, , et « transformatif » par Szende et Kassai 2001, . -vá/-vé A palota egyszerű házzá változott. Le palais se transforma en simple maison.inessif -ban/-ben A házban vagyok. Je suis dans la maison.superessif -(o)n/-(e)n/-(ö)nLa voyelle en parenthèse est de liaison, pour les mots terminés en consonne. A házon van egy antenna. Sur la maison il y a une antenne.adessif -nál/-nél Nincs asszony a háznál. Il n’y a pas de femme à la maison.sublatif -ra/-re Gólya szállt a házra. Une cigogne s’est posée sur la maison.délatif -ról/-ről A gólya elszállt a házról. La cigogne s’est envolée de la maison.illatif -ba/-be Bemegyek a házba. J’entre dans la maison.élatif -ból/-ből Kimegyek a házból. Je sors de la maison.allatif -hoz/-hez/-höz Közel megyek a házhoz. Je vais tout près de la maison.ablatif -tól/-től Elmegyek a háztól. Je m’en vais de la maison.terminatif -ig Csak addig a házig megyek. Je ne vais que jusqu’à cette maison-là.formatifFormativus chez Kiefer 2006, appelé « essif-modal » par Szende et Kassai 2001, . -ként Lakóházként használják ezt az épületet. On utilise ce bâtiment en tant que maison d’habitation.essif-formelEssivus-formalis chez Kiefer 2006, appelé toujours « essif-modal » par Szende et Kassai 2001, . -ul/-ül Péter Annát társul fogadja. Péter accepte Anna comme associée.
Remarques :
Les grammaires du hongrois ne prennent pas en compte le cas génitif, bien qu’il y ait un suffixe propre au possesseur (voir plus bas Expression de la possession, Le possesseur). Si un nom reçoit plusieurs suffixes (possessif, de pluriel, casuel), le suffixe casuel est toujours le dernier. Par exemple, dans emberekről, « au sujet des hommes », devant le suffixe de délatif il y a aussi la marque du pluriel -k, avec la voyelle de liaison -e-Szende et Kassai 2001, ..
D’un côté, la plupart des suffixes casuels ont plusieurs sens, pouvant former plusieurs sortes de compléments. Par exemple l’ablatif, avec le suffixe -tól/-től, peut exprimerSzende et Kassai 2001, . : le lieu depuis lequel on effectue un déplacement : Ellép a faltól « Il/Elle s’écarte du mur » ; la personne de chez laquelle on effectue un déplacement : Az orvostól hazament « Il/Elle est rentré(e) de chez le médecin » ; la personne de laquelle quelque chose provient : Ajándékot kapott a barátjától « Il/Elle a reçu un cadeau de son ami » ; le moment à partir duquel une action est effectuée : Hétfőtől péntekig dolgozik « Il/Elle travaille du lundi au vendredi » ; la cause : Reszket a hidegtől « Il/Elle tremble de froid ».
D’un autre côté, le même rapport grammatical peut être exprimé par plusieurs suffixes. Par exemple, le temps peut être exprimé parSzende et Kassai 2001, . : -ban/-ben : Gyermekkoromban falun éltünk « Dans mon enfance, nous vivions à la campagne » ; -on/-en/-ön : Szombaton nem dolgozik « Il/Elle ne travaille pas le samedi » ; -nál/-nél : A vacsoránál mosolyogni láttuk « Nous l’avons vu(e) sourire lors du dîner ».
Le système casuel du hongrois est très riche pour ce qui est de l’expression des rapports spatiaux, distinguant le lieu où une action est effectuée, celui vers lequel on effectue un déplacement et celui depuis lequel on effectue un déplacementSzende et Kassai 2001, . : az épületben van (inessif) « être dans le bâtiment » – bemegy az épületbe (illatif) « entrer dans le bâtiment » – kimegy az épületből (élatif) « sortir du bâtiment » ; az épületen van (superessif) « être sur le bâtiment » – felmegy az épületre (sublatif) « monter sur le bâtiment » – lejön az épületről (délatif) « descendre du bâtiment » ;