Émile Halbout, né à le à La Lande-Patry et mort le à Saint-Georges-des-Groseillers, est un homme politique français, figure du bocage flérien.
Ascendance Du Bocage flérien à Paris, le destin d’Émile Halbout est exceptionnel. Né le à La Lande-Patry, Émile Halbout se déclare apiculteur et cirier. Sa famille paternelle travaille de fait dans le miel et la cire depuis trois générations. En 1835, Lucien Halbout (1812-1874), sacristain de l’église Saint-Germain de Flers, fut en effet encouragé par l’abbé Jean-Baptiste Lecornu, le nouveau curé d’une ville en plein essor, à produire des cierges. Henri Émile Halbout (1844-1904) développa ensuite l’entreprise créée par son père en initiant de nouveaux procédés de fabrication, investissant dans des techniques innovantes et exportant ses produits à l’international. Installé au Tremblay où de nombreuses ruches sont implantées, ce catholique rallié à la République fut élu maire de La Lande-Patry en 1900. Lucien Émile Halbout (1873-1950) lui succéda à la tête de l’entreprise de miel et cire mais aussi au poste de maire qu’il occupa de 1904 à 1950. Proche des idées du Sillon de Marc Sangnier et conseiller général du canton de Flers de 1928 à 1940, il fit campagne lors des élections législatives de 1936, en signant une affiche intitulée « Catholiques, on vous trompe ! », contre le sortant conservateur Georges Roulleaux Dugage et pour le candidat du PDP (Parti démocrate populaire), éditorialiste de L’Aube, Georges Bidault, vice-président de l’ACJF (Association catholique de la jeunesse française).
Une jeunesse catholique Dès son plus jeune âge, Émile Halbout se veut à l’écoute des personnes les plus modestes et s’engage dans le domaine associatif. Fortement imprégné par le catholicisme social et les préceptes de l'encyclique Rerum Novarum, il est également un militant catholique engagé, fier de sa foi et conscient de ses responsabilités. Alors qu’il prépare un baccalauréat ès lettres au Pensionnat Immaculée-Conception de Flers, il est un des fondateurs, en 1922, du patronage « La Jeanne d’Arc de La Lande-Patry » dont il est le secrétaire et le moniteur de gymnastique des pupilles. Adhérent de l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF), il est élu président diocésain en 1927, avec pour mission de relancer le mouvement dans le diocèse de Sées et jeter les bases des mouvements spécialisés. Ainsi, il suscite la création en 1930 d’une section de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) à Flers mais, contribue surtout, aux côtés de l'abbé Boudon, aumônier diocésain des œuvres, à l’établissement de la JAC (Jeunesse agricole catholique) de l’Orne. Sa méthode de recrutement et d'implantation des sections jacistes fait référence et l'objet d'un article dans les Annales de l'ACJF, publication nationale du mouvement. Au milieu des années 1930, JOC et JAC sont durablement installées dans l’Orne et des sections féminines (JOCF et JACF) sont créées. Émile Halbout, qui conforte ainsi ses idéaux tout en se frottant à la vie publique, est félicité pour son action par les dirigeants nationaux parmi lesquels figure Georges Bidault.
Les années 1940 Démobilisé après la défaite de 1940, Émile Halbout coordonne des actions en faveur de l’aide aux familles comme délégué cantonal du Secours national. À la Libération, il poursuit son action sociale, comme trésorier de l’Entraide française, au service des réfugiés et sinistrés. Il entre aussi en politique en briguant le poste détenu par son père de 1928 à 1940 et est élu conseiller général du canton de Flers le . Réélu en 1949, 1955, 1961 et 1967, il siège ainsi au Conseil général de l’Orne, dont il fut vice-président, jusqu’au renouvellement de 1973.
Mais le fils du maire de La Lande-Patry ne se contente pas d’un mandat local. Il figure en effet en troisième position sur la liste du MRP (mouvement républicain populaire), héritier du PDP, fondé en 1944 à Lyon en revendiquant les valeurs de la démocratie chrétienne. Son principal animateur, Georges Bidault, président du Conseil National de la Résistance et deuxième personnage du Gouvernement Provisoire de la République Française derrière le général de Gaulle, sollicité pour se présenter à nouveau dans l’Orne ayant préféré la Loire, c’est Louis Terrenoire, rescapé des camps de la mort hitlériens, qui conduit cette liste. Elle enlève, le , deux des quatre sièges dévolus à l’Orne. Mais le rejet, par référendum, du projet constitutionnel donne une seconde chance à Émile Halbout. Il permute en effet avec le sortant Raymond Couder et, lors du scrutin du , le système de la plus forte moyenne lui est favorable. Il entre ainsi à l’Assemblée Constituante en compagnie de son colistier Louis Terrenoire, réélu, du socialiste Raymond-Alexandre Guesdon et de l’indépendant Étienne Le Sassier-Boisauné, lesquels remplacent le radical Ernest Voyer et l’indépendant Jacques Roulleaux Dugage.
Au sein de cette seconde Assemblée Constituante, Émile Halbout est membre des commissions du ravitaillement, de la reconstruction et des dommages de guerre, et il est désigné juré à la Haute Cour de justice. Il obtient la reconnaissance de nombreux petits paysans ornais en étant à l’initiative d’une proposition de loi freinant le cumul des exploitations agricoles au profit de l’établissement des jeunes foyers d’agriculteurs.
Les institutions de la République mises en place, Émile Halbout se présente à l’Assemblée nationale associé à Louis Terrenoire et Étienne Le Sassier-Boisauné. Ces deux derniers sont élus, le , ainsi que le socialiste Guesdon mais l’indépendant Philippe Monin prive Émile Halbout du quatrième siège de député de l’Orne. Toutefois, Étienne Le Sassier-Boisauné est choisi, le suivant, par les grands électeurs de l’Orne pour siéger au Conseil de la République et Émile Halbout retrouve donc le Palais-Bourbon, les commissions de la reconstruction et des dommages de guerre, dont il est secrétaire, ce qui l’amène à intervenir souvent à la tribune, du ravitaillement, et sa fonction de juré à la Haute cour de justice. En 1948, il devient aussi membre de la Commission de l’intérieur et il mène une intense activité parlementaire. Lors de cette législature, il accorde sa confiance au cabinet dirigé par le socialiste Ramadier () et vote les projets de loi sur le statut de l’Algérie (), l’adoption du plan Marshall (), la constitution du Conseil de l’Europe (), la ratification du pacte de l’Atlantique () et les apparentements ().
Les années 1950 Louis Terrenoire ayant rejoint le général de Gaulle au sein du RPF (Rassemblement du peuple français) dont il est le secrétaire général, Émile Halbout, maire de La Lande-Patry depuis le , conduit le la liste du MRP dans l’Orne. Il est réélu, ainsi que l’indépendant Monin, en résistant à la forte poussée du RPF qui enlève deux sièges avec Paul Pelleray et Pierre Couinaud. Émile Halbout devient alors vice-président de la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre et, tout en étant membre de la Commission de l’intérieur, rejoint celle de la justice et de la législation en 1953, puis celle des immunités parlementaires. Son action au Palais-Bourbon lui vaut d’être élu à la fonction stratégique de secrétaire de l’Assemblée nationale qu’il occupe du au . Entretemps, lors de la deuxième législature, Émile Halbout accorde sa confiance à Antoine Pinay (), Joseph Laniel () et Edgar Faure () mais s’abstient volontairement lors de l’investiture de Pierre Mendès France (). Soutenant les écoles libres et notamment catholiques, il vote la loi Barangé-Marie () ; partisan convaincu de la construction européenne, il se prononce pour la CECA, Communauté européenne du charbon et de l’acier (), et la CED, Communauté européenne de défense ().
Lors des élections législatives anticipées du , Émile Halbout conduit à nouveau la liste du MRP qui s’est apparentée avec celle du CNI (Centre national des indépendants et paysans) des anciens RPF Paul Pelleray et Pierre Couinaud et celle de Philippe Monin. Cet apparentement permet aux quatre sortants de conserver leur siège en écartant le socialiste Guesdon, le communiste Chatelais mais aussi le jeune Louis Mermaz, candidat de l’UDSR (Union démocratique et socialiste de la Résistance). Émile Halbout réintègre les mêmes commissions, y ajoutant celle destinée à favoriser la construction de logements et notamment de logements collectifs, et il conserve surtout sa fonction de secrétaire. Au cours de cette troisième législature, il accorde sa confiance au cabinet dirigé par le flérien de naissance et socialiste Guy Mollet (), puis à celui du radical Félix Gaillard () et du MRP Pierre Pflimlin (). Il se prononce pour la ratification du Traité de Rome instituant la CEE, Communauté économique européenne () et les pouvoirs spéciaux en Algérie (). Mais après les événements d’Alger, il vote pour la révision de la Constitution (), accorde sa confiance à Charles de Gaulle () et lui confie les pleins pouvoirs pour six mois () afin de rétablir l’ordre en Algérie et réviser la Constitution.
Ayant soutenu le retour au pouvoir du général de Gaulle, Émile Halbout obtient le soutien du mouvement gaulliste UNR (Union pour la nouvelle République) lors des élections législatives des 23 et . Le passage du scrutin de liste départemental à un tour, avec représentation proportionnelle selon le système du quotient électoral, au scrutin d’arrondissement uninominal majoritaire à deux tours entraîne un découpage électoral de l’Orne en trois circonscriptions. La troisième, d’Argentan-Flers, regroupe le nord du Bocage ornais, le pays d’Argentan- Le Merlerault et le pays d’Auge ornais. Deux députés sortants, Pierre Couinaud (CNIP) et Émile Halbout, s’y affrontent. Le premier tour est à l’avantage du maire d’Argentan. Mais, bénéficiant du retrait du candidat socialiste, le maire de La Lande-Patry l’emporte au second tour. Il s’inscrit au groupe des Républicains populaires et du Centre démocrate et siège notamment dans la Commission de la défense nationale et des forces armées dont il est vice-président. Il accorde sa confiance à Michel Debré () et à Georges Pompidou (). Il vote la loi Debré sur le financement de l’enseignement privé () mais intervient notamment sur la situation en Algérie où il se rend en mission officielle dès . Préoccupé par la situation des populations rurales et des jeunes, il réclame de vrais changements économiques et sociaux et soutient le processus d’autodétermination en appelant à voter oui au référendum du . Émile Halbout ne s’associe pas à la motion de censure qui renverse le gouvernement Pompidou () faisant suite à l’annonce par le général de Gaulle du référendum sur l’élection du président de la République au suffrage universel. Le maire de La Lande-Patry vote oui le et, l’Assemblée nationale ayant été dissoute, il est réélu sans réelle opposition, le , député de la circonscription de l’Orne.
Les années 1960 Émile Halbout retrouve à l’Assemblée nationale la commission de la défense nationale et des forces armées dont il est élu secrétaire. Mais les prises de position du général de Gaulle sur les dossiers européen et atlantiste, sur la force de frappe autonome, la détérioration du climat social localement illustré en 1963 par la situation des mineurs de La Ferrière-aux-Étangs et de Saint-Clair-de-Halouze, conduisent le député ornais à prendre ses distances avec le pouvoir exécutif. Il vote la loi-programme relative aux équipements militaires (), la loi d’orientation et de programmation sur la formation professionnelle () mais donne son soutien à la motion de censure sur l’agriculture () et à Jean Lecanuet lors de l’élection présidentielle du . Il se rallie au général de Gaulle lors du second tour mais les gaullistes n’oublient pas son choix du premier tour, la candidature centriste ayant entraîné la mise en ballottage du président sortant.