Le Moi (das Ich) est une instance psychique de la seconde topique freudienne qui se différencie de celles du ça et du surmoi. Il est plus vaste que le préconscient-conscient de la première topique. La notion de « moi » est toutefois présente chez Freud dès le début de son œuvre.
Vue d'ensemble sur le moi en psychanalyse
Traduction Le « Moi » ou le « moi » (sans majuscule) est la traduction d'usage adoptée en France pour Freud écrit () avec une majuscule parce que le pronom personnel est substantivé (Tous les substantifs s'écrivent avec une majuscule en allemand). La forme indique qu'il s'agit grammaticalement du cas sujet (nominatif). chez Freud qui forme pour cette instance de la seconde topique un substantif du genre neutre à partir du pronom personnel de la première personne du singulier (« je »). La traduction dépend par conséquent de la forme d'usage adoptée en psychanalyse selon les pays. En anglais, c'est la forme latine ego qui est employéeLe Vocabulaire de la psychanalyse (1967) de J. Laplanche et J.-B. Pontalis donne pour chaque concept leur traduction dans différentes langues européennes: l'allemand, l'anglais, l'espagnol, l'italien, le portugais..
Selon Alain de Mijolla, le mot allemand , ce qui a pu rendre sa traduction problématique dans d'autres languesAlain de Mijolla, « Moi », Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. A. de Mijolla), vol. 2, Paris, Hachette-Littérature, 2005, .. A. de Mijolla cite par exemple la critique de Bruno Bettelheim vis-à-vis de la traduction de par ego dans la Standard Edition: . Les premiers psychanalystes français ont d'abord hésité entre « ego » et « Moi » qu'ils ont finalement adopté de préférence à « Je ».
Aperçu historique thumb|Le moi dans la seconde topique freudienne par rapport à la première topique (Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, 1933) : Ich (moi), Es (ça), Überich (surmoi) ; 1 topique : W-Bw (Pc - Cs pour Perception-conscience / conscient), puis vorbewusst (préconscient → pcs), unbewusst (inconscient → ics), verdrängt (refoulé)Ce schéma de Freud se trouve dans la « XXXI Leçon. La décomposition de la personnalité psychique » de la Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse, 1933 (OCF.P, XIX, ). La note en bas de page des OCF.P précise que ce schéma est orienté à la verticale et que, dans Le moi et le ça, le schéma analogue ne mentionne pas le sur-moi (OCF.P, XVI, ).. Le terme vient de la philosophie et de la psychologie où il désigne Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse (1997), Entrée: « Moi », Paris, Fayard, 2011, .. Il réfère notamment à la philosophie allemande depuis le milieu du XVIIIe siècle.
Sigmund Freud le reprend pour désigner . Le moi va se trouver alors qui comprend le conscient, le préconscient et l'inconscient.
C'est que .
Selon Roudinesco et Plon, on assiste par la suite à de la deuxième topique sur le moi: 1) la première où le moi est ; 2) la deuxième . Le moi s'y , lequel sujet est ; 3) la troisième lecture enfin .
Le moi chez Freud S'il est le plus souvent admis que le « moi » est l'instance de sa seconde topique qu'à partir du tournant de 1920 (Au-delà du principe de plaisir, 1920), Freud va distinguer du ça et du surmoiJean Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), entrée: « Moi », Paris, PUF, éd.: 1984, , la notion de « moi » s'élabore très tôt dans la pensée freudienne : ainsi le psychanalyste Jean Laplanche considère-t-il (c'est-à-dire l'Esquisse d'une psychologie scientifique, selon la traduction française traditionnelle de l' Entwurf) comme Jean Laplanche, Vie et mort en psychanalyse, Flammarion, 1970, . .
Définition et évolution du concept chez Freud Dans le résumé introductif situé au début du long article « Moi » du Vocabulaire de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis signalent d'emblée que . Ils ajoutent que . En raison de , il est admis habituellement en psychanalyse que . Quand Freud, dans ses premiers écrits, parle de « moi », le terme désignerait alors .
Premières élaborations théoriques En fonction des recherches contemporaines de son temps , et du fait de sa pratique de l'hypnose, Freud avait d'abord placé .
Dans l'article sur les psychonévroses de défense (1894), l'aspect « défensif » du moi est souligné: Le Moi a pour tâche de .
En 1895, dans l' Esquisse d'une psychologie scientifique, le Moi est décrit en termes biologiques .
Le moi dans la première topique Dans la métapsychologie freudienne, depuis l'EsquisseSigmund Freud : Projet d'une psychologie (1895), in "Lettres à Wilhelm Fliess 1887-1904", PUF, 2006 le terme, créé déjà par la philosophie était à disposition, désigne de manière plus ou moins précise la . Le moi, nommé aussi « personne propre » pour désigner la personne ayant conscience d'elle même, ou « moi total »Dictionnaire freudien, (dir) Claude Le Guen, PUF, 2008, . est théorisé comme l'organisateur des mécanismes de défense.
Pour introduire le narcissisme (1914) : le moi objet d'amour
Dans la période charnière de 1914-1915, l'introduction du narcissisme entraîne des apports nouveaux pour la définition du moi, en relation avec la notion d'identification et la différenciation au sein même du moi de composantes « idéales » qui s'élaborent à ce moment (le moi idéal et l'idéal-du-moi). Le moi est alors un objet d'amour qui s'offre à la sexualité au même titre qu'un objet extérieur, ce qui, au regard du choix d'objet, amène Freud à poser .
thumb|left|upright=0.8|1923 : Trois écrits de la seconde topique freudienne : Au-delà du principe du plaisir (1e éd. : 1920), Psychologie des masses et analyse du moi (1e éd. 1921) et Le Moi et le Ça (1923).
Le moi dans la seconde topique
Dans la seconde topique, Freud dégage trois instances qui assurent une fonction précise dans l'appareil psychique : le Moi, le Ça et le Surmoi. Le moi englobe le conscient et le préconscient tout en étant en partie inconscient et en cela ils s'éloigne de la conception philosophique classique: le moi, considéré en tant que sujet de connaissance, est constitué en partie de ce qu'il ne peut pas savoirChemama Roland, Vandermersch Bernard, Dictionnaire de la Psychanalyse, Larousse, 2009, . . La fameuse phrase de Freud qui clôt la des Nouvelles Conférences de 1932FREUD Sigmund, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, , Gallimard, Paris, 1984, p. 102. laisse la possibilité à plusieurs traductions: Où était le Ça, le Moi doit advenir ; ou Là où était du ça, doit advenir du moi ; ou encore : Où C'était, Je dois advenir ; traduisant plus ou moins le but de renforcer le MoiDanielle Eleb, « Là où était du ça, doit advenir du moi » (Freud) « Là où c’était, je dois advenir » (Lacan) .
Le moi au temps de Freud et après Freud Le moi chez Melanie Klein Melanie Klein n'a pas défini une notion du moi particulière, comme Freud a pu le faire : elle emploie souvent « moi » et « soi » de façon interchangeableRobert D. Hinshelwood, « Moi », in Dictionnaire de la pensée kleinienne, Puf, 2000, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », : sa naissance correspond dans sa théorie à l'accès à la position dépressive. Le moi est l'instance qui distingue réalité interne et réalité externe. À l'origine, le nourrisson découvre sa mère comme objet total, et non comme fragments dispersés sans cohérence. Le moi sera remanié tout au long de la vie, par des processus d'introjection et de projection, c’est-à-dire qu'il y aura la vie durant un travail d'appropriation et de rejet, par le biais d'identifications, comme l'identification projective.
La théorie du moi de Paul Federn
Très proche de Freud, Paul Federn s'engage néanmoins dans une révision de la théorie du moi à partir de la seconde topique freudienne, en marge des théoriciens de l'Ego psychology qui ne reconnaîtront pas ses travauxÉ. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée , ..
Le Moi chez Jacques Lacan
Pour Lacan, l'imaginaire est Roland Chemama (dir.), Dictionnaire de la psychanalyse. Dictionnaire actuel des signifiants, concepts et mathèmes de la psychanalyse, entrée: « imaginaire » (article d'Edmonde Salducci), Larousse, 1993, ..
Le Moi-Peau de Didier Anzieu
Avec la , Didier Anzieu instaure Collectif (10 articles), Dossier : « Didier Anzieu et le Moi-peau », Le Carnet Psy, N° 117, N° 118, , .
Notes et références Notes
Références
Voir aussi
Bibliographie Textes de référence Sigmund Freud : Esquisse pour une psychologie scientifique dans: ; Pour introduire le narcissisme (Zur Einführung des Narzismus, 1913-1914), traduit par Jean Laplanche, in S. Freud, La vie sexuelle, Paris, PUF, 1969, ; dans Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse (OCF.P),, Paris, PUF, 2005, , Métapsychologie, Métapsychologie, dans OCF.P XIII 1914-1915, trad. Janine Altounian, André Bourguignon, Pierre Cotet, Jean Laplanche et Alain Rauzy, Paris, PUF, éd., 1994 ; édition PUF-Quadrige, Préface de François Robert, 2010 Au-delà du principe de plaisir (1920), Essais de psychanalyse, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004 ; Au-delà du principe de plaisir En ligne Psychologie des masses et analyse du moi (1921), Paris, PUF, coll. « Quadrige Grands textes », 2010 Le moi et le ça (Das Ich und das Es, 1923), OCF/P, , Paris, PUF. « XXXI Conférence », dans Nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse, Paris, Gallimard, 1984 ; « XXXIe Leçon. La décomposition de la personnalité psychique », Nouvelles suite des leçons d'introduction à la psychanalyse (1932 ), in OCF.P, 19 : 1931-1936, Paris, PUF, 1995 ; 2004 , . Anna Freud, Le Moi et ses mécanismes de défense, (1949), Paris, PUF, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 2001 Paul Federn, La Psychologie du moi et les psychoses (Ego psychology and the psychoses, 1952, édition posthume, direction et introduction d'Edoardo Weiss), traduit de l'américain par Anne Lewis-Loubignac, Puf, 1979 . Jacques Lacan, Le Moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Séminaires de Jacques Lacan, Livre II, Paris, Le Seuil. Didier Anzieu, Le Moi-peau, Paris, Dunod, 1985 « Didier Anzieu, Le Moi-peau, Paris, Dunod, 1985 » [Note bibliographique] in : Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe, n°1-2, 1985, sur le thème « Le psychanalyste dans le groupe », , (coll.) Le ça, le moi, le surmoi : la Personnalité et ses instances, anthologie de textes de Groddeck, Freud et Lebovici, Paris, Sand & Tchou, 1997, .
Études (Dans l'ordre alphabétique des noms d'auteurs :) Collectif (10 articles), Dossier : « Didier Anzieu et le Moi-peau », Le Carnet Psy, N° 117, N° 118, , René Roussillon, (2007), « Le Moi-peau et la réflexivité », Le Carnet Psy, 118(5), , . René Kaës, (2007), « Du Moi-peau aux enveloppes psychiques. Genèse et développement d'un concept », Le Carnet Psy, 117(4), , . André Green, (2007), « Didier Anzieu vu par son jumeau imaginaire A propos de Le penser, du Moi-peau au Moi-pensant », Le Carnet Psy, 118(5), , . Roland Chemama (dir.), Dictionnaire de la psychanalyse. Dictionnaire actuel des signifiants, concepts et mathèmes de la psychanalyse, entrée: « imaginaire » (article d'Edmonde Salducci), Larousse, 1993, . Jean Laplanche, Vie et mort en psychanalyse, Flammarion, 1970. Alain de Mijolla, « Moi » (article), dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. A. de Mijolla), 2 vol. (1.A/L et 2. M/Z), Paris, Hachette-Littérature, 2005, Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse (1997), Entrée: « Moi », Paris, Fayard, 2011, Hanna Segal, Introduction à l'œuvre de Melanie Klein, Paris, PUF, 1969.
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