L’église Saint-Yves-des-Bretons de Rome (en italien : Sant'Ivo dei Bretoni), église nationale des Bretons à Rome depuis le , est l'une des cinq églises françaises de Rome. Elle est située au numéro 8 du vicolo della Campana. Cette ruelle part sur la gauche de la via della Scrofa en la remontant depuis l'église Saint-Louis-des-Français dont elle est peu distante.
Une messe est célébrée dans l'église les dimanches, lundis et jeudis à et les mardis et mercredis à (hors vacances universitaires).
Histoire
C'est au début du que le cardinal Alain de Coëtivy, originaire du Léon en Bretagne, obtint du pape Nicolas V la concession d'une église à Rome, Mémoire historique sur les Institutions de la France à Rome, chapitre VI : Paroisse, Confrérie et Hospice de Saint Yves des Bretons, Imprimerie Editrice Romana, Rome, 1892, pp 69-77., Saint-André de Mortariis datant des , pour en faire une église nationale des Bretons formant paroisse, comme il en existait bien d'autres à Rome. Par la bulle Rationi congruit datée du , le pape Calixte III (Borgia) confirma cette attributionAbbé T.-M. Lecoqu : « Le culte de saint Yves à Rome » (Bulletin archéologique de l'Association bretonne. 1890. Pages 126 et suivantes).
Le , à la recommandation d'Anne de Bretagne, duchesse de Bretagne devenue reine de France, et du cardinal Robert Guibé (qui fut évêque du diocèse de Saint-Brieuc entre 1483-1502, du diocèse de Rennes entre 1502-1507 et du diocèse de Nantes entre 1507-1511), le pape Léon X érigea canoniquement la confrérie de Saint-Yves-des-Bretons par la bulle Si populus Israeliticus. La confrérie, bénéficiant des ressources d'un patrimoine immobilier localisé principalement à proximité de Saint-Yves, était chargée non seulement de l'église mais aussi d'un hôpital. En effet en 1420, les Bretons étaient déjà en possession d'un hôpital dans lequel ils faisaient soigner les pauvres et les pèlerins de leur nation. Cet hôpital a eu plusieurs localisations successives depuis sa création. En 1553, il a ainsi été transféré dans le palatium situé en face de l’église Saint-Yves.
La confrérie de Saint-Yves-des-Bretons continua de prospérer et eut son existence à part durant plusieurs décennies après l'ajout de la Bretagne au domaine de France. Par la suite, le nombre des confrères diminuant et ne se renouvelant pas, Saint-Yves-des-Bretons fut réuni à Saint-Louis-des-Français, à la demande du roi Henri III et sur décision du pape Grégoire XIII en 1582 (bulle Pias principum cogitationes du ). L'hôpital Saint-Yves fut supprimé et les pèlerins bretons accueillis à celui de Saint-Louis. La paroisse Saint-Yves continua d'exister jusqu'en 1824, date à laquelle Léon XII réorganisa la circonscription des paroisses. Le titulaire de Saint-Yves était nommé par la congrégation française et approuvé par le cardinal-vicaire.
L'église mal entretenue et ayant subi de nombreuses crues du Tibre était dans un état lamentable au milieu du . Elle fut détruite en 1875 malgré les protestations d'archéologues et de journalistes opposés à cette démolition et une église plus petite fut reconstruite au même emplacementJules de Laurière : « Note sur l'église Saint-Yves des Bretons à Rome » (Bulletin monumental, mars 1879).
L'ancienne église
Saint André de Mortariis thumb|alt=alternative textuelle|L'ancienne église Saint-Yves-des-Bretons sur une gravure de Giuseppe Vasi. thumb|alt=alternative textuelle|left|upright|Reconstitution graphique sommaire de la façade de l'ancienne église Saint-Yves-des-Bretons (Sant Ivo dei Brittoni) d'après la gravure de Giuseppe Vasi.
L'église Saint-Yves-des-Bretons fut fondée par concession d'une église nommée précédemment Saint-André de Mortariis, datant des .
Une bulle de Célestin III datant du place l'église Saint-André de Mortariis sous la juridiction spirituelle du cardinal de San Lorenzo in Lucina et sous la direction temporelle des religieuses du monastère de Santa Maria in Campo Marzo. Cette bulle en confirme une autre, antérieure, remontant au temps du pontificat d'Innocent II (1130-1143)B. Pocquet Du Haut-Jussé : « La compagnie de Saint-Yves des Bretons à Rome » (Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1918) ; Mis en ligne par le portail de revues scientifique Persée.
Elle est également mentionnée au siècle suivant dans un catalogue des églises romaines du temps de Grégoire X (pape de 1271 à 1276) et dans une bulle d'Innocent IV du , époque à laquelle vivait saint Yves (1253-1303).
Au , elle est citée dans le catalogue anonyme de Turin sous le nom de Saint-André de Marmorariis. Barthélémy-Amédée Pocquet du Haut-Jussé avance l'hypothèse que fabricants de mortiers et marbriers étaient probablement réunis dans une seule et même confrérie, les mortiers se faisant en marbreibid. p. 205. Romane, peut-être à l'image de Santa Maria in Cosmedin si l'on se reporte à une gravure de Giuseppe Vasi (1710-1782) où l'on aperçoit le clocher de l'église dans la partie centre gauchese reporter à ce site qui propose en ligne les reproductions de l'artiste : Ivo, elle était formée d'une nef à deux collatéraux et abside, à six travées, avec des colonnes antiques et un pavé ancien ad opus alexandrinum.
Ancienne église Saint-Yves-des-Bretons
vignette|Autel de l'ancienne église Saint-Yves-des-Bretons, actuellement à St-Louis-des-Français. C'est donc cette église Saint André de Mortariis qui fut attribuée à la colonie bretonne vivant à Rome et placée sous le vocable de saint Yves. De cette ancienne église sont conservés un certain nombre de vestiges. Certains ont trouvé leur place dans la nouvelle église, la plupart se trouvent à Saint-Louis-des-Français.
Dès sa création l'église est devenue un important lieu d'inhumation. Saint-Louis-des-Français conserve des plaques funéraires provenant de l'ancienne église Saint-Yves-des-Bretons. Parmi ces pierres tombales celles de : Jacques de Pentcoëdic, évêque nommé de Saint-Brieuc, 1462 Jean Conan, de Rieux, licencié en droit, procureur des causes, 1462 Étienne Bronsaud, de Moutiers, diocèse de Nantes, 1468 Jean Channe, diocèse de Rennes, 1500 Pierre Amecti, chanoine de Rennes, son frère et son neveu, 1510 Jacques Évain, recteur de Saint-Congard, diocèse de Vannes, 1529 Pierre Mahéo, chanoine de Vannes, 1576 André Iachovski, Polonais, 1610 Jean Martin Lucarello, 1606 Giovanni Maria Lepori, 1693 Pierre Ragot, chapelain de Saint-Yves, diocèse de Nantes, 1714Bertrand Frelaut, "Aspect du culte de saint Yves en Italie", in Jean-Christophe Cassard et Georges Provost, Saint Yves et les Bretons, Culte, images, mémoire (1303-2003) Presses Universitaires de Rennes, 2004, p. 171..
À l'époque de sa destruction, un historien, Jules de Laurière nous en fournit une description dans une note éditée en , republiée en 1888, enrichie d'une autre contribution concernant Saint-Yves-des-Bretons pour le Congrès d'archéologie de France en 1886 se tenant à NantesJules de Laurière, L'église Saint-Yves des Bretons à Rome, ses dalles funéraires et ses inscriptions, Caen, 1888.
thumb|alt=alternative textuelle|right|upright|Autel de marbre provenant de l'ancienne église Saint-Yves-des-Bretons, .
L'église possédait quatre autels : le maître-autel dédié à saint Yves et trois autres à la Vierge, sainte Anne et saint JosephBertrand Frelaut, "Aspect du culte de saint Yves en Italie", in Jean-Christophe Cassard et Georges Provost, Saint Yves et les Bretons, Culte, images, mémoire (1303-2003) Presses Universitaires de Rennes, 2004, p. 172..
L'un de ces trois autels latéraux est aujourd'hui conservé à l'église Saint-Louis-des-Français. Jules de Laurière en fait une description : Jules de Laurière (1879), op.cit. p.424. Selon Laurière, ce type d'autel à 5 pieds est très rare. À l'époque où il rédige sa note, il mentionne la présence d'un autel semblable conservé au musée de Marseille, daté du et un autre conservé au musée de Vienne. Les autels de ce genre possédant 5 pieds sont « d'une excessive rareté. Indiquons cependant un autel de ce genre déposé au musée de Vienne (Isère). Il est monolithe : mais il n'a que trois colonnettes pour support et la forme de sa table est semi-circulaire. »Jules de Laurière (1879), op.cit. p.425
Église actuelle thumb|alt=alternative textuelle|left|250px|Tympan de l'église Saint-Yves avec le médaillon Della Robbia, . thumb|alt=alternative textuelle|left|Détail de la façade : Les hermines bretonnes.
thumb|Intérieur de l'église Saint-Yves-des-Bretons.
L'ancienne église menaçant ruine, sa démolition est envisagée à la fin du . François Macé de Lépinay précise le contexte : « La démolition de la très ancienne et vénérable église Saint-Yves-des-Bretons a été sévèrement jugée par la population romaine ou du moins par les archéologues et amateurs du temps. Dès que les projets de "rénovation" de l'îlot de la Scrofa furent connus, des mises en garde s'élevèrent contre toute atteinte à la "vieille basilique". (...) Les autorisations de démolir sont finalement données, à charge pour les Pieux établissements de faire exécuter des relevés précis de l'ancienne église et de verser au Ministère de l'instruction publique les "chapiteaux, colonnes ou autres objets non utilisés". Une polémique, dont la presse se fit l'écho, s'éleva ensuite pour déterminer si ces instructions furent ou non suivies. » François Macé de Lépinay, "Architecture religieuse à Rome à la fin du : la reconstruction de Saint-Yves-des-Bretons", Collectif, Les fondations nationales dans la Rome pontificale, Collection de l'École Française de Rome 52, Académie de France Villa Médicis et École Française de Rome Palais Farnèse, 1981, p.422-451 thumb|Chœur de l'église avec le Buste-reliquaire de saint Yves, bois doré, 1637. L'actuelle église reconstruite entre 1875 et 1888 à l'emplacement de la précédente utilise une partie de la structure et des éléments de l'édifice antérieur.
La façade de cette église, comme l'ensemble des nouvelles parties de l'église, est l'œuvre de l'architecte (1830-1890).
Fils d'artisans romains, passionné de la Renaissance, Luca Carimini fut choisi comme architecte titulaire des Pieux Établissements de la France à Rome et Lorette. Il en fut d'ailleurs le dernier après Chiari dont les projets de reconstruction de Saint-Yves furent abandonnés à la suite d'irrégularités (problèmes de comptabilité, reprise de travaux sans l'accord des Pieux, ...). C'est donc à Carimini que fut confié le projet de reconstruction de Saint-Yves. Si ce projet ne fut pas sa première œuvre (Grand Séminaire Pontifical romain, chapelle du crucifix de l'église des Saints Apôtres, église et couvent Saint Antoine, projet pour le Palais de Justice), il en fut le dernier; Carimini mourant un mois après que fut achevée l'église en .
Venons en à la façade de Saint-Yves-des-Bretons ou plutôt laissons parler à nouveau François Macé de Lépinay : « L'église de Saint-Yves doit nous arrêter plus longuement. Prise en tenaille entre les deux ailes en retour de l'immeuble de rapport dont nous venons de parler, et écrasées par celles-ci, elle ne laisse voir que sa façade sur le modeste vicolo della Campana. Force est de constater que, bien qu'à deux pas d'une artère prestigieuse, elle est ici mise en pénitence. Pris en lui-même, le frontispice est charmant. Carimini a réparti avec équilibre, sur une façade rectangulaire simple, couronnée d'un grand fronton triangulaire à tympan, quelques-uns des motifs décoratifs caractéristiques des 'modèles obligés' de la Renaissance » ainsi le grand porche en plein-cintre, niches vides voûtées en coquilles et surmontées de frontons sur pilastres et consoles, bas reliefs aux armes de la Bretagne (cf photo ci-contre). « Tout évoque le Cinquecento », c'est-à-dire le ou la Haute Renaissance italienne.