Paros (en grec ancien et en grec moderne ) est une île grecque dans l'archipel des Cyclades.
Les plus anciennes traces d'habitat dans les Cyclades, vieilles de près de , ont été découvertes sur l'îlot de Saliagos, entre Paros et Antiparos. Il semblerait que dès l'Âge du bronze, Parikiá (qui est son nom actuel) ait assumé le rôle de capitale de l'île. Les autres localités, telle Koukounariés à l'époque mycénienne, peuvent être mieux connues, car Parikiá a été continuellement occupée.
L'île fut très prospère, dès l'époque géométrique, principalement grâce à son marbre. Une cité, oligarchique, se constitua à l'époque archaïque et participa à la colonisation grecque en fondant une colonie sur Thasos. Elle fut longtemps rivale de sa voisine Naxos qui finit par s'en emparer à la fin du L'île passa ensuite sous domination perse et fut du côté des vaincus des guerres médiques. Elle entra alors dans l'orbite athénienne malgré de courtes indépendances lors de la guerre du Péloponnèse (grâce à Sparte) ou au moment de la Ligue des Nésiotes (grâce au royaume de Macédoine). Après la conquête de la Grèce par Rome, Paros fut incluse dans la province d'Asie. Peu à peu, les institutions de l'île disparurent face au pouvoir impérial central. Il semblerait aussi que si elle resta dynamique d'un point de vue artistique, elle ait cependant connu une période de prospérité moindre que précédemment.
L'île fut christianisée dès le et connut une nouvelle prospérité dans les premiers siècles de l'Empire byzantin. À partir du , Paros, comme le reste de la mer Égée fut la proie des pirates. Elle aurait été alors en partie dépeuplée, tandis que les quelques habitants restants se réfugiaient dans l'intérieur de l'île. Les habitats redescendirent au bord de la mer à partir du lorsque le duché de Naxos ou la république de Venise ramenèrent la sécurité des mers. Cependant, le duché, aussi bien que la Sérénissime, durent reculer peu à peu face à l'avancée ottomane. En 1537, Paros fut conquise par Barberousse.
L'île intégra le royaume de Grèce après la guerre d'indépendance à laquelle elle participa activement.
Préhistoire
thumb|alt=Photo couleurs : un petit îlot sur la mer.|L'îlot de Saliagos. Un habitat néolithique de pêcheurs et marins (bâtiments, objets en pierre et en terre cuite ainsi que restes de nourriture), remontant à la fin du a été découvert sur le petit îlot de Saliangos entre Paros et Antiparos.
Au , les habitats se multiplièrent sur Paros. Des cimetières de l'âge du bronze ancien (entre 3200 et ) ont été identifiés et fouillés dans plus d'une douzaine d'endroits dont Dryós, Kámbos, Glyfá et sur le kastro de Parikiá. Certains étaient encore occupés entre 2700 et L'habitat de Parikiá (des petits bâtiments et des places rectangulaires), non fortifié, exista tout au long des Les vases de terre cuite trouvés sur place montrent les relations commerciales de l'île avec le reste de l'Égée, la Crète et la Grèce continentale. Il semblerait que cet habitat ait, dès ce moment-là, assumé le rôle de capitale de l'île.
Périodes mycénienne, géométrique et archaïque L'acropole mycénienne de Koukounariés thumb|left|alt=photo couleurs : fragment de poterie avec des figures humaines en relief.|Fragment de vase (second quart du ), trouvé sur l'acropole de Koukounariés. Au , un habitat mycénien prospère mais détruit dès la fin du siècle était installé sur la colline rocheuse de Koukounariés, au nord-est de l'île, à l'ouest de la baie de Náoussa. L'acropole n'était accessible que par son flanc sud. Elle était protégée par des murs cyclopéens. Un complexe de bâtiments, avec deux ailes, orientés nord-sud y était construit. Le plan en est encore visible : les murs en ruines mesurent pour . Les bâtiments étaient constitués de nombreuses petites pièces reliées par des couloirs, en partie souterrains. Trois pièces, des réserves, étaient construites dans l'épaisseur du mur d'enceinte. Les fouilles ont révélé de nombreux squelettes d'animaux et d'humains, des vases en grande quantité, des armes en bronze, des objets précieux et de la vie quotidienne ainsi que de très nombreux galets. Ces derniers auraient été amassés par les habitants pour en faire des projectiles. L'ensemble était recouvert de cendres. Deux hypothèses ont été avancées. L'acropole aurait été détruite lors d'une attaque ou en deux temps : par un tremblement de terre qui aurait déclenché un incendie.
L'acropole de Koukounariés continua à être occupée durant l'époque géométrique, jusqu'à la fin du Un temple attribué à Athéna a été découvert au sud de l'habitat. Il a continué à être utilisé après le départ des habitants.
Parikiá continua à être occupée durant l'époque mycénienne, mais Koukounariés, maintenant désert, est mieux connu. Le site de Parikiá, près de la mer, aurait été préféré par les migrants ioniens venus d'Attique à la fin du ou au début du .
Prospérité géométrique et archaïque Il semble que Paros fut une île très prospère durant l'époque géométrique (). Les habitats de cette période, installés sur des éminences le long des côtes, sont très nombreux. Parikiá poursuivit sa croissance tandis que des habitats, densément peuplés, apparaissaient, en plus de Koukounariés, autour de la baie de Náoussa (Filizi, Sarakinika, Livadera et Aghios Ioannis Detis). Dans cette même baie, l'habitat sur l'îlot d'Oikonomou, qui remonte à la préhistoire, est entouré d'un mur qui est encore haut d'un mètre de nos jours. Mais les fouilles en sont encore limitées.
Une cité, d'abord monarchique dirigée par un roi, puis oligarchique dirigée par des archontes, avec boulè et démosIl est cependant difficile de connaître les réalités derrière ces boulè et démos et donc sur le corps des citoyens. Ces institutions fonctionnent jusqu'à l'époque romaine. ., se constitua à l'époque archaïque (). Il ne semble pas que les inégalités sociales y aient été très fortes. Paros fut pendant longtemps une rivale de Naxos. Paros, au carrefour des routes maritimes à travers l'Égée devint une cité marchande très riche. Elle avait des contacts jusqu'en Propontide ou à Milet. Les temples et édifices publics datant de cette époque sont très nombreux, tout comme les inscriptions. Le poète Archiloque naquit et vécut sur l'île au Les quelques fragments de ses œuvres qui nous sont parvenus nous éclairent sur la vie de la cité parienne alors. Paros participa à la vague de colonisation en envoyant vers des colons sur Thasos avec qui elle créa une sorte de fédération. Les mines d'or de cette île contribuèrent au développement économique de Paros. Plus tard, elle aurait participé à la création de la colonie de Parion en Propontide. Durant toute cette période, par contre, l'île fut en constante concurrence avec sa voisine Naxos.
thumb|left|alt=photo couleurs : un mur de pierres sort de contructions blanches.|Fondations et stylobate du temple d'Athéna sur le kastro de Parikiá.
À la fin du , la ville de Parikiá fut ceinte d'un rempart qui fut utilisé jusqu'à la fin de l'Antiquité. Il partait du bord de la mer, afin de protéger le port. Les fouilles ont révélé sa présence au nord-est de l'acropole antique (aujourd'hui le kastro) : un segment de deux mètres d'épaisseur sur quarante-cinq mètres de long, parallèle à la mer ; ainsi qu'au sud de la ville actuelle, au lieu-dit Dyo Plakes : deux mètres à deux mètres cinquante d'épaisseur sur une cinquantaine de mètres de long où une tour et une porte sont encore visibles. La mémoire collective des habitants conserve aussi le souvenir d'un mur le long de la mer à l'ouest du kastro.
À la fin du , Paros était passée sous la domination de Naxos et donc de son tyran Lygdamis. La similitude entre le temple d'Athéna sur la colline de Parikiá (le kastro) et celui d'Apollon sur l'îlot en face de la ville principale de Naxos est en effet considérée comme une preuve de ce lien. Les fouilles de l'architecte allemand Gottfried Gruben au début du dans le kastro ont révélé la présence au même endroit d'un temple archaïque de style ionique dédié à Koré.
L'importance du marbre Une des sources principales de la richesse de l'île était son marbre très recherché pour sa qualité, sa blancheur et sa transparence (jusqu'à ). Il était surnommé lychnites (de lychnos, lampe à huile). On ne sait si le terme faisait référence à sa transparence ou au fait que les ouvriers travaillaient dans les carrières souterraines à la lueur des lampes à huile. Ce marbre fut très vite utilisé dans l'ensemble du monde grec. La présence du marbre suscita aussi des vocations. Les ateliers de Paros employaient de nombreux artisans/artistes. On pense que l'influence ionienne transita d'abord par Paros avant d'atteindre la Grèce continentale au Les artisans/artistes pariens ne travaillaient pas seulement sur l'île, ils furent actifs sur les autres îles des Cyclades, principalement Délos mais aussi Sifnos, ou à Delphes. De même, les sculpteurs pariens inventèrent un type particulier de korai, avec l'himation drapé de façon oblique.
Les principales carrières antiques étaient constituées de galeries souterraines qui se visitent toujours, près du village de Maráthi. Elles s'étendent sur environ selon un axe nord-sud sur . Les galeries font en moyenne et des piliers de roche furent laissés à intervalles réguliers pour soutenir les mines. On estime que la production antique aurait été de de marbre utilisable. Les débris, quant à eux, étaient laissés sur place, dans les galeries. Un relief dédié aux nymphes mais représentant les dieux de l'Olympe, datant de 350- se trouve toujours à l'entrée des carrières. Une autre carrière, à ciel ouvert, se trouvait au lieu-dit Lakkoi, près de Kóstos. Sur place, une stèle marquant les limites de la cité de Paros a été retrouvée.
Autour de la baie de Náoussa, dans la crique de Langeri et près de Filizi, des « canaux » antiques creusés dans la roche sont encore visibles. Similaires à ceux trouvés à Zéa (au Pirée) ou à Syracuse, ils ont été identifiés comme des chantiers navals ou des installations portuaires pour l'exportation du marbre.
Le commerce du marbre et les ateliers pariens déclinèrent à partir du face à la concurrence du marbre du Pentélique, mais aussi parce que la ligue de Délos, contrôlée par Athènes, imposa de fortes restrictions aux activités commerciales de l'île, comme à l'ensemble des alliés. Ainsi, Scopas, originaire de l'île, ne doit pas masquer le fait que le déclin se poursuivit au . Cependant, le marbre avait une telle importance qu'il y a très peu de références, même à l'époque romaine, à des statues de bronze sur Paros.
Les cultes antiques sur Paros thumb|left|alt=photo couleurs : statue fémninine debout très fragmentaire.|Statue d'Artemis trouvée au Délion. Déméter, principale divinité de Paros, et sa fille Koré étaient honorées, au moins depuis l'époque archaïque, au thesmophorion. De nombreux sanctuaires ruraux étaient aussi consacrés à Déméter. Les inscriptions retrouvées sur l'île ont montré que les autres divinités les plus vénérées sur l'île dans l'antiquité étaient Zeus, avec les épiclèses Zeus Elastros, Zeus Endedros, Zeus Patroos et Zeus Hypatos ; Athéna, avec les épiclèses Athéna Athenaea, Athéna Cynthia et Athéna Poliouchos ; Apollon, avec les épiclèses Apollon Délios, Apollon Pythios, Apollon Pylios, Apollon Lykoas et Apollon Nyphegetes ; Artémis, avec les épiclèses Artémis Délia, Artémis Cynthia et Artémis Ephesia. Enfin, Dionysos, autre divinité de la fertilité, était aussi particulièrement vénéré sur l'île comme le montrent les nombreux sanctuaires ruraux qui lui sont consacrés.