300px|droite|L’Europe du Sud-est et le réseau des voies romaines, avec (notamment) la Via Militaris et ses stations (carte extraite de l’Allgemeiner Historischer Handatlas de Gustav Droysen, 1886)
La Via Militaris (également appelée Via Diagonalis, parfois désignée aussi sous la forme incorrecte Via Singidunum) était une voie romaine des Balkans qui assurait une liaison entre l'Orient et l'Occident et fut à ce titre un des axes stratégiques essentiels de l'Empire romain. Elle a joué un rôle historique majeur pendant les croisades, à l'époque des incursions des Huns et de Avars, les migrations des Goths puis des Slaves, enfin sous l'Empire ottoman Konstantin Josef Jireček: Die Heerstrasse von Belgrad nach Constantinopel und die Balkanpässe. Eine historisch-geographische Studie (Site openlibrary.org, consulté le février 2013). Verlag von F. Tempsky, Prag 1877. Nachdruck Verlag Hamer, Amsterdam, 1967.. Son tracé commençait à Viminacium où elle quittait la Via Istrum longeant le Danube appelé à l'époque Ister dans cette partie de son cours, desservait Naissus, Serdica, Philippopolis et Andrinople, et rejoignait la via Egnatia à Sélymbrie sur la mer Propontide, un peu à l'ouest de Byzance. La voie a été aménagée au de notre ère, à l'époque de Néron Stephen Mitchell, « The administration of Roman Asia from 133 BE to AD 250 ». In : Lokale Autonomie und römische Ordnungsmacht in den kaiserzeitlichen Provinzen vom 1. bis 3. Jahrhundert. Oldenbourg Wissenschaftsverlag, München, 1999, , p. 18 (Version partielle en ligne sur Google Books, consulté le février 2013)..
300px|gauche|Le réseau des voies romaines à l’époque d’Hadrien (vers 125)
Dénominations
Les Romains l’auraient appelée Via SingidunumKonstantin Jiřeček voyait dans une inscription romaine datant de 61 trouvée près de l’actuelle ville bulgare de Plovdiv (Philippopolis), une confirmation de cette dénomination : CIL III Nr. 6123. (site de l'Europa-Institut Budapest, consulté le février 2013). ; les dénominations Via Militaris et Via Diagonalis datent de la première croisade et n’étaient pas utilisées à l’époque romaine. L’expression Via Militaris est ambiguë, car elle désigne également l’ensemble des voies militaires de l’Empire romain. La dénomination Via Diagonalis permet de contourner l’ambiguïté de Via Militaris.
La voie reliant Belgrade à Constantinople a traditionnellement été qualifiée de « voie militaire » (en allemand Heerstraße)Cf. Mihailo Popović, VON BUDAPEST NACH ISTANBUL. Die Via Traiana im Spiegel der Reiseliteratur des 14. bis 16. Jahrhunderts (site Kakanien revisited, consulté le février 2013), Eudora-Verlag, Leipzig 2010, (cf. l’introduction).. L’historien autrichien Felix Philipp Kanitz qualifiait la Via Militaris de « voie militaire de Viminacium à Thessalonique » Felix Philipp Kanitz, Das Königreich Serbien und das Serbenvolk von der Römerzeit bis zur Gegenwart - Zweiter Band: Land und Bevölkerung. Durchgesehen und ergänzt von Bogoljub Jovanović. Direktor des Königl. Serbischen Statistischen Landesamtes a. D. Leipzig, Bernhard Meyer, 1909, 593 p. Cf. p. 134 : « Rasch ging es nun vorwärts auf der antiken Viminacium-Thessaloniker Heerstrasse. » (site archive.org, consulté le 20 février 2013).
300px|Le nord de la péninsule des Balkans dans l’Antiquité tardive ()
Dans les sources secondaires bulgares, la Via Militaris est souvent appelée Голям диагонален път/goljam diagonalen păt : « grande route diagonale » ou plus simplement централен път/centralen păt : « route centrale ».
Via Traiana À partir de 1600, la Via Militaris fut également appelée Via TraianaCf. Mihailo Popovic, VON BUDAPEST NACH ISTANBUL. Die Via Traiana im Spiegel der Reiseliteratur des 14. bis 16. Jahrhunderts (site Kakanien revisited, consulté le février 2013), Eudora-Verlag, Leipzig 2010, (cf. l’introduction).. Cependant, cette dénomination est également ambiguë, car l’expression Via Traiana a désigné aussi dès l’époque romaine d’autres voies construites à l’époque de l’Empereur Trajan. On dénommait ainsi un tronçon latéral de la Via Appia qui longeait l’extrémité sud de la Via Appia (Via Traiana ou Via Appia Traiana). Cette voie construite en 109 sous l’Empereur Trajan (53-117) permettait d’économiser une journée de marche par rapport à la Via Appia. Elle bifurquait à Beneventum de la Via Appia et menait également, à l’est de celle-ci, jusqu’à Brundisium (Brindisi), où se terminait la Via Appia.
En outre, il y avait dans la province d’Arabie pétrée une Via Traiana Nova également connue sous le nom de Via Nova ou Via Nova Traiana, et auparavant sous le nom de Via Regia. Elle reliait l’Égypte et la Palestine à la Syrie.
Dans les Balkans également, sur le territoire de l’actuelle Bulgarie, il y avait une autre route connue sous le nom de Via Traiana (en bulgare / Trajanov păt). Elle reliait Oescus et Novae sur le Danube à la Via Egnatia le long de la mer Égée, en passant par Trojan et Melta (aujourd’hui Loveč) dans les monts Hæmos, Philippopolis (sur la Via Militaris) et les RhodopesCf. Michael Wendel, ZAKS-Schriften Band 6: Karasura III: Die Verkehrsanbindung in frühbyzantinischer Zeit (4.-8. Jh. n. Chr.), Beier & Beran, Langenweißbach, 2005.. Elle constituait la liaison la plus rapide entre le limes danubien et les ports de la côte égéenne dans la province de Thrace.
Une autre voie des Balkans qualifiée de militaris est la Via iuxtram Danubii ou via Istrum creusée dans les roches des Portes de Fer, appelée dans les sources byzantines (Théophylacte Simocatta et Théophane le Confesseur) Tribos Traianou. Ce nom provient des travaux que Trajan a fait réaliser dans cette région des Portes de Fer, activité commémorée par la table de Trajan.
Au , la dénomination Via Traiana ne s’appliquait dans les Balkans qu’à la voie nord-sud reliant le Danube à la Via Egnatia par Philippopolis. Pourtant, aucune borne ou inscription ne mentionne le fait que l’empereur Trajan ait contribué d’une façon quelconque à la construction ou au prolongement de cette voie. La raison pour laquelle ces voies quadrillant les Balkans sont associées à l’empereur Trajan par les voyageurs du est inconnue. Il semble plutôt s’agir d’une légende populaire orale des marchands valaques des Balkans, reprise par les voyageursCf. Mihailo Popovic, VON BUDAPEST NACH ISTANBUL. Die Via Traiana im Spiegel der Reiseliteratur des 14. bis 16. Jahrhunderts (site Kakanien revisited, consulté le février 2013), Eudora-Verlag, Leipzig 2010, . et selon laquelle ils seraient d’anciens « caravaniers des Romains » chargés par Trajan de construire, défendre et entretenir les voies romaines, les ports du Danube et les castrae du limes danubien, ainsi que les mines d’or et de sel des CarpatesDimitrie Cantemir, « Hronicon a toată Țara Românească care apoi s-au împărțit în Moldova, Munteniască și Ardealul » (« Chronique de tout le pays roumain qui a ensuite été divisé en Moldavie, Valachie et Transylvanie ») et « Hronicul vechimei româno-moldo-vlahilor » (« Chronique de l'ancienneté des roumano-moldo-valaques »), in Operele principelui Dimitrie Cantemir (« Œuvres du prince Dimitrie Cantemir »), Académie roumaine, Bucarest 1901.. Cette légende peut s’expliquer par le fait que les Valaques, qui descendent linguistiquement des Thraco-Romains, parlent (ou parlaient) des idiomes romansDorin Lozovanu, Aromânii din Albania: aspecte etnodemografice și identitare (« Les Aroumains d’Albanie : aspects ethno-démographiques et identitaires »), Adina Berciu-Drăghicescu, Aromâni, meglenoromâni, istroromâni: aspecte identitare și culturale (« Aroumains, mégléno-roumains, istro-roumains : aspects identitaires et culturels »), Bucarest, Editura Universității, Colection IEH, 2012 , ..
Caractéristiques de la voie Importance stratégique thumb|gauche|Vestiges de la forteresse antique des Portes de Trajan, près de la ville actuelle d’Ihtiman.
Avant même la construction des voies par l’Empire romain, un axe de circulation antérieur sur le même parcours servait à relier les peuples paléo-balkaniques et danubiens au monde grec. Plus largement cet axe diagonal nord-ouest/sud-est constituait la liaison la plus rapide dans l’Antiquité entre l’Europe centrale et le Proche-Orient. Dans l'Antiquité tardive, la Via Militaris traversait les villes romaines les plus importantes de ces régions à la capitale de l’Empire romain d’Orient, Constantinople. Elle reliait les provinces romaines de Pannonie supérieure et inférieure, de Mésie supérieure, de Thrace et de Bythinie au Royaume du Pont. De nouvelles colonies apparurent le long de la Via Militaris, dont certaines sont devenues des villes.
Tracé Les sources principales concernant le tracé des voies romaines sont principalement la table de Peutinger, l’Itinéraire d’Antonin et l’Anonyme de Bordeaux THE ANONYMOUS PILGRIM OF BORDEAUX (333 A.D.) - site Christus Rex et Redemptor Mundi, consulté le février 2013 – les N 563 à 570 concernent l’itinéraire de Sirmium à Constantinople.. Cette dernière source permet de calculer la longueur totale de la voie au et : 670 milles romains (milia passuum) (1 mille romain = , 670 milles romains = ). 31 camps fortifiés se trouvaient sur son parcours, ainsi que 43 stations. La plupart du temps, on voyageait de mansio à mansio, les relais étant séparés par une journée de voyage. On trouve également dans la Géographie de Ptolémée (100-150) quelques noms de lieux situés le long de la Via Militaris Ptolemy’s Geography – Index (les provinces des Balkans dans la Géographie de Ptolémée, site Sorin Olteanu's Thraco-Daco-Moesian Languages Project (TDML), consulté le février 2013)..
La Via Militaris avait été arpentée. À chaque mille romain, se trouvait la plupart du temps, le long de la route, une borne milliaire (miliarium) qui donnait la distance jusqu’aux villes voisines ou comportait des inscriptions votives.
Il y avait en outre, le long des routes militaires, des forteresses (castella) ou des tours isolées (turres), de nombreuses haltes-relais (mutationes), dans lesquelles on pouvait changer les chevaux ou les chars, ainsi que des auberges (tabernae).
La Via Militaris reliait l'actuelle Belgrade à Constantinople. Pendant les 200 premiers kilomètres sur un total de , elle suivait le cours de la Morava Fred Singleton: A short history of the Yugoslav Peoples (site Google Books, consulté le février 2013). Cambridge University Bridge, 1989, .. La Via Militaris reliait les villes d'Hadrianopolis (Andrinople, l'actuelle Edirne), de Philippopolis (aujourd'hui Plovdiv), de Serdica (aujourd'hui Sofia) à la ville de Bononia (l'actuelle Vidin sur le Danube). Elle était reliée à la Via Egnatia par d'autres voies importantes : la voie qui longeait le fleuve Axios (aujourd'hui le Vardar en Grèce et en République de Macédoine, la voie Serdica-Thessalonique le long du Strymon (aujourd'hui Struma en Bulgarie, Strymonas en Grèce) et la voie de Philipopolis (Plovdiv)–Philippes. La plupart des villes ont tiré profit de leur situation sur le tracé de la voie.
De Naissus, aujourd'hui Niš, qui devint à l'époque un nœud routier important de la région, une bifurcation conduisait à Singidunum, l'actuelle Belgrade Fred Singleton, Frederick Bernard Singleton, A Short History of the Yugoslav Peoples. Cambridge University Press, 1985, , p. 12 (Version partielle en ligne sur le site Google Books, consulté le février 2013).. On pouvait ensuite continuer le long du Danube vers Carnuntum, à l'époque capitale de la province de Pannonie, puis vers Vindobona (aujourd'hui Vienne en Autriche). Une autre bifurcation reliait la Via Militaris à la Via Egnatia en passant par les monts Rhodopes et la forteresse de Stanimacca (aujourd'hui Asenovgrad). En direction de l'Est, on arrivait à la Via Pontica et aux bouches du Danube en passant par Ratiaria, Augustae, Oescus, Novae, Sexaginta Prista, Durostorum, Axiopolis, Noviodunum et Ægyssus.
Caractéristiques techniques