vignette|320px|Aires protégées dans plusieurs pays lusophones. De gauche à droite, et de haut en bas : aux Açores ; parc national du Limpopo ; aire de protection de l'environnement de l'île de Maiandeua ; parc national Nino Konis Santana ; vue aérienne de la Guinée-Bissau ; parc naturel de Monte Verde (Cap-Vert) ; réserve marine Arraial do Cabo ; parc naturel Obô de São Tomé ; réserve nationale de Niassa au Mozambique ; parc national de Peneda-Gerês au Portugal et enfin le parc national de l'Iguaçu au Brésil.

Une aire protégée (AP) (de l'anglais protected area, PA) est, selon la définition de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Définition de l'UICN.

Presque tous les pays du monde ont établi des aires protégées. Plusieurs programmes internationaux cherchent à protéger la nature et encouragent les États dans leur démarche de classement d'espaces naturels. Si les ressources naturelles ont toujours été gérées par les sociétés humaines, les premières aires protégées ont été créées aux États-Unis à la fin du avant que la préoccupation pour l'environnement ne devienne globale, au tournant des années 1970, puis à Rio en 1992 avec la Convention sur la diversité biologique (CBD) et que le mouvement ne gagne toute la planète.

En 2018, un consensus scientifique établit que la protection des habitats et des espèces est le meilleur moyen de défendre la biodiversité, à la condition que la protection soit réelle dans les parcs et réserves. Selon Jones et al. (2018), la cartographie mondiale la plus récente et complète des pressions humaines montre que si l’on est passé de 9 à 15 % des terres émergées protégées entre 1992 et 2018, six millions de kilomètres carrés (soit 32,8 % de terres protégées) sont néanmoins soumis à une pression humaine intense. Plus de 55 % des aires protégées avant la ratification de la CBD (1992) ont depuis subi une augmentation de la pression humaine ; seules les grandes zones strictement protégées se montrent potentiellement efficaces, dans certains pays, essentiellement situées dans l’hémisphère sud.

Terminologie En français, le terme d'« espace protégé ». ou d'« espace naturel protégé » remplace parfois le terme d'« aire protégée ».

On parle d'aire marine protégée (AMP) quand l'espace géographique bénéficiant d'un statut de protection comprend en majorité ou en totalité une zone marineChaboud C & Galletti F (2007). Les aires marines protégées, catégorie particulière pour le droit et l'économie ? Mondes en développement, (2), 27-42.. En 2000, marines protégées dans le monde couvraient 0,6 % de la surface des océans, contre 9 % des surfaces terrestres. Selon Daniel Pauly, en 2009, cette surface a augmenté, mais ne couvrirait qu'environ 0,8 % de l'océan. Et seul 1/ environ de ces 0,8 % environ est réellement et efficacement protégé. La croissance de la superficie classée en AMP n'est que de 5 % par an, il faudra donc attendre, à ce rythme, quinze ans pour espérer un doublement de la surface théoriquement protégée.

On parle d'aire protégée transfrontalière lorsque l'espace géographique protégé agrège et assure un continuum d'aires protégées de part et d'autre des frontières de plusieurs pays (en général cet espace existe formellement au travers d'un accord international qui définit des règles coordonnées de gestion entre les aires protégées nationales agrégées).

Histoire et vision globale thumb|La forêt de Fontainebleau, instituée en 1861, fut la première réserve naturelle de l'ère moderne (ici par Camille Corot, 1834). vignette|Le parc national de Yosemite créé en 1864 dans l’État de Californie. La protection de la nature est très ancienne, elle remonterait à plus de et est relativement universelle : la création de la toute première aire protégée est généralement attribuée à l'empereur Ashoka vers en Inde qui aurait bâti autour de son palais un sanctuaire pour préserver la faune et la flore. En Europe, des zones de chasse ont été réservées aux élites pendant des siècles d'Histoire, tandis que les sociétés du Pacifique, posaient des « tabous » sur certains lieux ou que des « forêt sacrées » faisaient, et font toujours parfois, l'objet d'interdits religieux en Afrique.

À l'ère moderne, une des premières aires protégées à but non lucratif fut la forêt de Fontainebleau : cette réserve de chasse puis réserve royale de bois de marine (jamais exploitée) était au le dernier endroit de la région parisienne où l'on pouvait admirer de très vieux arbres, ce qui faisait les délices des promeneurs et notamment des artistes, comme les peintres de l’École de Barbizon. Quand la forêt commença à être mise en exploitation, ceux-ci, emmenés par Théodore Rousseau, fondèrent la Société des amis de la forêt de Fontainebleau pour protéger la forêt. En 1853, des « sanctuaires de la nature » sont ainsi soustraits à l'action des forestiers sur de vieilles futaies et de zones rocheuses (Bas Bréau, Cuvier Châtillon, Franchard, Apremont, la Solle, mont Chauvet), par dérogation aux règles d'exploitation habituelles, en faisant appel au caractère artistique exceptionnel des lieux. Un décret impérial du crée la « réserve artistique » de Fontainebleau, portée à et enfin à de 1892 à 1904., ce qui en fait la toute première réserve naturelle officiellement instituée de l'HistoireSite de la forêt de Fontainebleau, sur onf.fr..

Le mouvement franchit une nouvelle étape quand le Congrès des États-Unis attribue à l'État de Californie la gestion d'un petit territoire, pour l'usage du public, en 1864. Cette vallée devient le parc national de Yosemite en 1890, sous l'impulsion des pionniers de la protection de la vie sauvage : John Muir et Robert Underwood Johnson. Le premier site à porter le titre de parc national est le Yellowstone, créé en 1872 aux États-Unis. À la même période, les premières démarches pour la création du parc national des Blue Mountains et du parc national Royal démarrent, dans ce qui est alors la colonie britannique d'Australie. Des initiatives similaires émergent au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud...

Les puissances coloniales française et anglaise créent dans leurs empires des aires protégées dont le but est souvent de soustraire une ressource naturelle, gibiers pour la chasse et bois, pour l'usage exclusif des colons. Cette phase concerne principalement l'Afrique anglophone jusqu'en 1920 puis gagne l'Afrique francophone et l'Asie du Sud-Est entre 1920 et 1940. Ces politiques ont eu pour conséquence d'opposer le secteur de la conservation de la nature et les populations locales (indigènes ou autochtones...).

Dans le même temps les modèles de « parcs nationaux » et de « réserves » se diffusent lentement dans le reste du monde : Japon, Europe ou cône Sud de l'Amérique du sud.

La création d'aire protégée est plus lente entre 1940 et 1960. L'agenda politique est occupé par la Seconde Guerre mondiale puis la décolonisation. Cependant, à cette période émerge des outils et un nouveau discours pour la protection de la nature. L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est créée en 1947, puis la commission mondiale des aires protégées en 1958. L'internationalisation du tourisme va permettre de développer un argument économique pour la création des aires protégées, celles-ci vont devenir des lieux privilégiés du tourisme. Dans la décennie suivante, le taux de création d'aires protégées augmente de nouveau et s'internationalise, en se développant en particulier en Amérique du Sud.

Une phase de forte progression a eu lieu entre 1970 et 1985 : La conservation de la nature devient alors une préoccupation mondiale, l'écologie politique apparaît. En 1971, face au constat que le développement humain et la conservation sont intimement liés, en particulier dans les pays du Sud, l'UNESCO lance le programme sur l'homme et la biosphère. En 1971, toujours les États signent la convention de Ramsar pour la protection des zones humides d'importance internationale. En 1972, est créé le patrimoine mondial.

En 1992, la plupart des États ont adopté la Convention sur la diversité biologique lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro. L’article 8 de cette convention encourage les États parties à la convention à développer un réseau d’aires protégées dans les espaces sous leur juridiction. Plusieurs pays n’ont cependant jamais signé ou ratifié la convention sur la diversité biologique, comme les États-Unis ou le Vatican par exemple.

En 2008, .. Entre 1973 et 2008, leur superficie a été multipliée par quatre.

La dixième conférence des États parties à la convention qui s’est tenue à Nagoya au Japon en , a adopté un Plan stratégique révisé et actualisé pour la diversité biologique pour la période 2011-2020, incluant 20 « Objectifs d'Aichi ». Ainsi, l’objectif est d’atteindre au moins 17 % des zones terrestres et d’eaux intérieures (Hors Antarctique) et 10 % des zones marines et côtières sous statut d’aire protégée à l’horizon 2020, soit respectivement d’espaces terrestres et d’eaux intérieures et d’espaces marins et côtiers. Il doit aussi guider les appuis aux pays en développement pour le renforcement de leur réseau d’aires protégées. En 2020, plus de 10% des parties sont en passe de réaliser cet objectif.

Une cartographie mondiale des aires protégées peut être consultée sur le site anglophone Planète protégéePlanète protégée, UICN et du PNUE. de l'UICN et du PNUE. Ces mêmes organismes produisent régulièrement un état des lieux des aires protégées dans le monde.

Intérêts des aires protégées vignette|En Chine, entre 1975 et 1985, cinq « Parcs nationaux » spécialement destinés à la protection des pandas géants, ont été créés, la réserve naturelle de Wolong entre autres.

Les aires protégées présentent de multiples fonctions, leurs promoteurs peuvent être motivés par la protection de la nature vierge pour sa valeur intrinsèque. Depuis les années 1970-1990, différents auteurs (en particulier, occidentaux) leur attribuent la capacité à rendre de nombreux services écosystémiques ou aménités : l'épuration naturelle de l'eau, pour les zones humides ou la séquestration du carbone atmosphérique pour les forêts, dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. Plus directement pour l'économie, ces espaces naturels peuvent servir de zone de loisir et attirer une importante activité touristique, d'autres espaces sont consacrés à l'agriculture durable. Enfin l'existence de certaines aires protégées se justifie par l'Histoire d'un lieu ou les pratiques culturelles qui y sont liées.

Les premières aires protégées ont souvent été classées pour leur beauté, comme le montrent les exemples du Yellowstone, aux États-Unis, ou de la forêt de Fontainebleau en France.

Une analyse des sites inscrits à la convention de Ramsar, montre que si en 1993 la majorité étaient inscrits sur la base de la présence d'espèces de faune remarquables (ici les oiseaux d'eau), l'accent a été mis de plus en plus sur les critères de développement humain. L'auteur de l'étude argumente que la « conservation » n'est pas la priorité des pays en développement et que ce déplacement des priorités de la convention avait pu avoir pour objectif d'amener plus de nouveaux pays à la ratifier.

Dans la pratique, d'après les recherches menées par G.Baldi et son équipe en 2016, le choix de l'implantation des aires protégées s'est majoritairement fait sur les opportunités offerte par l'éloignement des centres de population et la faible densité de population. Ce constat est particulièrement avéré en Amérique du nord, en Australie et Nouvelle-Zélande et dans la zone « Amérique latine - Caraïbes ».

Efficacité Paramètres L'efficacité d'une aire protégée se mesure au niveau local mais aussi au niveau des réseaux d'espace naturels. Plusieurs paramètres peuvent entrer en ligne de compte pour mesure cette efficacité M. Hockings, Évaluation de l'efficacité: un cadre pour l'évaluation de l'efficacité de la gestion des aires protégées, , IUCN, 2008..