vignette|La capture de Jean le Bon, à la bataille de Poitiers, donne lieu à l'une des plus grosses rançons du Moyen Âge. Miniature du Maître de Giac tirée d'un manuscrit des Chroniques de Froissart, B.M. de Besançon, Ms.864, vers 1412-1415.
Une rançon est un prix exigé pour la délivrance d’un captif ou d’un prisonnier de guerre.
Au Moyen Âge, et pendant la guerre de Cent Ans en particulier, la rançon, outre l'enrichissement personnel qu'elle procurait, faisait partie intégrante de l’économie d’un pays ou d’une région et constituait une source importante de revenus pour la noblesse. Pour certains auteurs, comme , Mémoires du monde volume 6..
Historique À l'époque féodale, la défense du pays est exercée par les vassaux rattachés à un suzerain et de leurs suivants respectifs c'est-à-dire les autorités locales, comtes et riches propriétaires, car le roi n'a pas d'armée.
Tout seigneur d'un fief devait annuellement une période de service militaire. Le vassal était accompagné de soldats professionnels, de mercenaires, dont il avait personnellement la charge, qu’il payait en argent sonnant et trébuchant.
Dans cette société, la guerre était un métier comme un autre et les chevaliers vivaient pour le combat afin d’accéder à la reconnaissance de leurs pairs et à la fortune. Les soldats professionnels étaient pour la plupart les fils cadets des familles n’ayant pas ou peu d’héritagel'héritage était transféré à l'aîné. Les paysans et les roturiers s’enrôlaient car la solde, lorsqu'elle était effectivement versée, pouvait être élevée.
Un attrait important de l'armée était la possibilité de prendre part à des pillages et de s'enrichir. Cette pratique était le socle des relations entre les soldats et leurs chefs, y compris entre un roi et ses principaux vassaux. Participer à l'assaut d'une ville ou d'un château était synonyme d’enrichissement pour les chevaliers de bas lignage et les soldats, en particulier quand les places fortes résistaient car elles étaient systématiquement mises à sac. Dans certains cas, le soldat pouvait alors amasser pendant le pillage un butin pouvant représenter plusieurs fois sa paie annuelle.
De leur côté, les batailles rangées permettaient également de s'enrichir car les armures et les armes des tués pouvaient être revendues, de même que les familles des chevaliers faits prisonniers pouvaient être rançonnées.
Le prix des rançons thumb|Le Franc à cheval représente le roi Jean le Bon sur un destrier, armé d'un écu à fleur de lys et brandissant l'épée, avec le terme « Francorum Rex » (roi des Francs).
Les rançons variaient considérablement en fonction de la personne. Elles pouvaient atteindre pour un chevalier.
L’exemple extrême est celui du roi de France Jean Le Bon qui dut acquitter la somme de (sur ) quand il fut fait prisonnier à la bataille de Poitiers (1356) pour lui permettre d’être remplacé par des otagesEntre autres : Bonabes IV de Rougé et de Derval, Enguerrand VII de Coucy. À cette occasion, le dauphin Charles, futur Charles V, dut créer une nouvelle monnaie pour faire face aux difficultés économiques liées à la guerre et à l'épidémie de peste. Pour rappeler au peuple que l'impôt exceptionnel levé à cette époque difficile servirait à payer la rançon de son père, donc à rendre sa liberté au roi de France, il appela cette monnaie le franc.
thumb|écu de Louis XII
Lors de cette même bataille de Poitiers, le prince Noir racheta au nom du roi 14 prisonniers nobles pour .
En 1415 Charles d’Orléans fait prisonnier à la bataille d’Azincourt, sera libéré en 1440 après le paiement d’une rançon de .
Il existait des ordres religieux spécialisés dans la négociation d'otages et des rançons : Ordre de la Très-Sainte Trinité, Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci dont la mission principale était le rachat des chrétiens captifs des pirates barbaresques.
Le partage des rançons La règle du partage des rançons et autre butin voulait que celui qui était pris revienne à celui qui l’avait pris. Il était cependant courant que le roi prélève de un quart à un tiers du gain de ses vassaux, et ceux-ci prélevaient également une part analogue à leurs subordonnés.
La valeur des prises est difficile à estimer, mais on sait par exemple que le chevalier John Fastolf gagna à la seule bataille de Verneuil en 1424.
Rançon et économie Pour se faire une idée du côté économique de cette entreprise qu’était la guerre, il ne faut pas oublier à titre de comparaison, que le commerce de la laine entre la Norvège et l'Angleterre lors de son apogée au , ne dépassait pas par an.
À la même époque, les échanges internationaux, totaux, de la laine et des lainages d’Angleterre n’excédaient pas par an.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
. . . Françoise Bériac-Lainé et Chris Given-Wilson, Les prisonniers de la bataille de Poitiers, Paris, Honoré Champion, 2002, présentation en ligne. . . . , , . . . . Philippe Contamine, « Autobiographie d’un prisonnier-otage : Philippe de Vigneulles au château de Chauvency (1490-1491) », dans Sylvie Caucanas, Rémy Cazals et Pascal Payen (dir.), Les Prisonniers de guerre dans l’histoire. Contacts entre peuples et cultures, Actes du colloque international, Toulouse, 24 et , Carcassonne, Les Audois – Toulouse, Éditions Privat, coll. « Regards sur l’Histoire », 2003, . Chris Given-Wilson, « The ransom of Olivier du Guesclin », Bulletin of the Institute of Historical Research, t. 54, 1981, . . . Denys Hay, « The division of the spoils of war in fourteenth-century England », Transactions of the Royal Historical Society, , t. 4, 1954, . Denys Hay, « Booty in Border Warfare », dans Denys Hay, Renaissance Essays, Londres, Hambledon Press, 1988, . . . . Michael Jucker, « Le butin de guerre au Moyen Âge. Aspects symboliques et économiques », Francia, t. 36, 2009, , lire en ligne. Andy King, « "According to the custom used in French and Scottish wars" : Prisoners and casualties on the Scottish Marches in the fourteenth century », Journal of Medieval History, t. 28, 2002, . Kenneth McFarlane, « The investment of Sir John Fastolf's profits of war », Transactions of the Royal Historical Society, , t. 7, 1957, . Fred Menkès, « Aspects de la guerre de Provence à la fin du », dans Économies et Sociétés au Moyen Âge. Mélanges offerts à Édouard Perroy, Paris, Publications de la Sorbonne, 1973, . Édouard Perroy, « Gras profits et rançons pendant la guerre de Cent Ans : l’affaire du comte de Denia », dans Mélanges d’histoire du Moyen Âge dédiés à la mémoire de Louis Halphen, Paris, Presses universitaires de France, 1951. Repris dans Études d’histoire médiévale, Paris, Publications de la Sorbonne, 1979, . Bertrand Schnerb, « Entre prison courtoise et chartre dure et orrible : les lieux et conditions de détention des prisonniers de guerre à la fin du Moyen Âge », dans Martine Charageat, Élisabeth Lusset et Mathieu Vivas (dir.), Les espaces carcéraux au Moyen Âge, Pessac, Ausonius éditions, collection « PrimaLun@ » 15, 2021, lire en ligne. .
Articles connexes Guerre de Cent Ans Chevauchée d'Édouard III en 1346 Bataille de Mata Asnillos
Catégorie:Guerre de Cent Ans Catégorie:Doctrine militaire
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