Le Skyros (en grec : ) est une race de chevaux miniatures originaire de l'île de Skýros, en Grèce, dont il a pris le nom. Proche morphologiquement du cheval oriental dont il est pourtant éloigné génétiquement, ses origines remontent probablement à l'Antiquité grecque. Totalement isolé d'autres équidés sur une longue période de temps, il acquiert des particularités physiques et une grande rusticité. Durant une partie de leur histoire, les cultivateurs de l'île font périodiquement appel à ce petit cheval pendant la saison du battage, avant de le relâcher en liberté. Avec la motorisation de l'agriculture, la race perd ses usages et se raréfie. Plusieurs programmes de sauvegarde voient le jour, et trois associations se créent pour assurer sa pérennité. L'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) reconnaît le Skyros comme race menacée en 1991.
Docile et résistant, le Skyros présente une morphologie de cheval miniature plutôt que de poney. Avec une taille moyenne légèrement supérieure à un mètre, c'est l'une des plus petites races de chevaux au monde. Si sa morphologie le permet, il peut faire une bonne monture d'équitation sur poney pour les jeunes enfants. L'association de sauvegarde The Silva Project l'utilise en équithérapie. Le cheptel, toujours en reconstitution, reste en danger critique d'extinction. Il compte recensés en Grèce en 2020, localisés essentiellement sur les îles de Skyros et Corfou, avec une implantation à l'université Aristote de Thessalonique, ainsi qu'une vingtaine de sujets en Écosse.
Dénomination et classification taxonomique Cette race est nommée « Skyros » en français, Skyros Pony ou Skyrian. en anglais, et Skyros-Pony en allemand. Le guide Delachaux en français déclare que le nom de la race en grec moderne serait Helliniko alogaki (« petit cheval hellène »), ce que ne confirment pas les sources en grec moderne, qui emploient le nom (« petit cheval de Skyros »), ou plus simplement alogaki, signifiant . D'après l'auteur allemand Jasper Nissen, ces chevaux sont surnommés localement Hipparion, un mot du grec ancien pour désigner un petit cheval.
Certains guides touristiques et des publications scientifiques non consacrées au cheval.. présentent ce cheval comme une « espèce », parfois sous le nom de Equus caballus Skyriano. Trois études génétiques publiées dans des revues relues par les pairs précisent que le Skyros est bien une race de chevaux (breed en anglais, un rang taxonomique située sous celui de l'espèce), et non pas une espèce séparée. Le Michael Vrahnakis (spécialiste en agroforesterie) cite Equus caballus Skyriano comme étant une sous-espèce d′Equus caballus (le cheval) dans une publication relative aux zones sèches de l'île de Skýros, mais sans apporter de preuve génétique qu'il s'agirait bien d'une sous-espèce.. Le nom Equus caballus Skyriano n'est pas référencé dans les publications scientifiques en génétique des populations, et uniquement associé au rang de race dans les autres publications qui mentionnent ce nom.. Ce nom ne figure pas non plus dans les encyclopédies spécialisées en races de chevaux.
Histoire vignette|Biotope de Skýros.|alt=Île avec végétation rase. Skýros est une île de la mer Égée d'une surface de , au climat aride, avec peu de végétation. L'île est principalement composée de roches calcaires et offre très peu d'eau douce, si bien qu'il n'est pas rare que les animaux locaux meurent de déshydratation pendant l'été. Les poneys se déplacent régulièrement à la recherche d'eau et de nourriture, l'hiver emportant régulièrement les plus jeunes poulains en raison du manque de nourriture. Ils se nourrissent habituellement d'herbes, d'arbustes, de feuilles d'olivier sauvage, d'érable et de chêne, et même de chardons. La source de Nifi, au sud-Ouest de l'île, est le principal point d'abreuvement des animaux.
Théories d'origines vignette|gauche|Statuette équine au musée archéologique de Skyros.|alt=Objet en terre cuite figurant un cheval avec des roues. L'étude d'Elisabeth Bömcke et ses collègues, publiée en 2011 et portant sur la relation génétique du Skyros avec les autres races de chevaux et de poneys grecs, n'a pas permis de tirer une conclusion scientifique fiable quant à l'origine de cette race.
Dans la presse équestre, le Skyros est rapproché de poneys survivants de l'Holocène tels que l'Exmoor, ainsi que des chevaux lydiens qui tractaient les chars il y a , et du Caspien de l'époque de Darius . Pour vérifier l'hypothèse d'une parenté avec l'Exmoor ou le Caspien, l'étude de génétique croisée à des analyses morphométriques publiée par la vétérinaire écossaise Sheilag A. Brown et ses collègues en 2013 conclut à une proximité morphologique avec le Caspien, mais à une distance génétique importante à la fois avec le Caspien et l'Exmoor. La race Skyros est donc distincte, bien individualisée, mais son origine exacte reste inconnue.
Les origines sont incontestablement anciennes. L'encyclopédie de référence de CAB International (édition de 2016) rattache le Skyros au groupe du poney grec natif, avec le Pindos, qui n'a pas non plus reçu d'influences extérieures.
Selon l'ouvrage de référence anglais-grec de Petros Konstantinidis (), Nikos Creticus (Νίκος Κρητικός), Jeremy Mallinson et Alec N. Copland, ainsi que pour l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards et le guide Delachaux, la race remonte à l'Antiquité grecque. Des colons athéniens auraient pu introduire des chevaux sur l'île de Skýros.. Il existe des preuves iconographiques d'une circulation de chevaux par bateau entre les îles grecques à l'époque mycénienne. Dans l'Antiquité, il semble que plusieurs îles grecques aient hébergé des poneys, mais aucun document ne permet d'attester qu'ils y aient eu un usage particulier. L'île de Skýros serait la seule à avoir conservé un petit cheval depuis l'Antiquité, la race ayant gardé un type très primitif, que l'auteur italien Maurizio Bongianni compare à celui du Tarpan.
L'aire d'extension de l'actuel « type Skyros » était peut-être beaucoup plus vaste par le passé. Elle pourrait couvrir la Macédoine, comme en témoignent les ossements d'un cheval de petite taille retrouvés à Síndos (dème du Delta), datés du ou du , et analysés comme étant proche de l'actuel Skyros. Le zooarchéologue Theodore Antikas estime ainsi, dans un article publié uniquement sur academia.edu, que ce type de petit cheval, également présent sur les îles de Rhodes, Skópelos, Eubée et Lesbos, constitue la plus ancienne race de chevaux du bassin méditerranéen, et peut-être la plus ancienne race de chevaux d'Europe..
L'auteur allemand Jasper Nissen réfute que l'île ait hébergé des chevaux dès l'Antiquité. Il déclare que les chevaux ont été introduits par des Vénitiens aux , pendant leur conquête de la Grèce par la mer Égée. L'autrice tchèque Helena Kholová cite cette même version comme étant une locale.
Jusque dans les années 1960 vignette|Mule (au premier plan) et petits chevaux Skyros au second plan|alt=Une mule noire s'abreuve au premier plan, trois chevaux dont un poulain courent au second plan. Pendant plusieurs siècles, le Skyros garde son aspect originel, n'étant en contact avec aucune autre race de chevaux. Cet animal n'est pas mentionné dans les sources qui décrivent la faune locale. Même pendant la domination turque (1453-1830), alors que sur les autres îles grecque, le cheptel local est croisé avec le cheval oriental, Skýros ne devient jamais une terre d'élevage en raison de sa faible accessibilité. Cela n'exclut cependant pas une éventuelle influence arabe.
En , le directeur de la clinique vétérinaire d'Athènes Petros Konstantinidis () visite l'île de Skýros, et rédige un rapport qui décrit la condition physique et l'environnement dans lesquels vivent les poneys.
Ils vivent dans la partie sud de l'île, une zone montagneuse appelée le vouno (la montagne), mais les poneys émigrent au début de l'été au nord de l'île, à la recherche d'eau et de nourriture. La docilité naturelle des Skyros permet aux fermiers de l'île d'en domestiquer certains pour les travaux agricoles : ils réalisent le battage du grain pendant 40 à 50 jours, sur l'aloni, une surface argileuse circulaire. Un seul paysan peut posséder jusqu'à 20 hipparia. Lorsque le travail est terminé, à la mi-août, les enfants montent ces poneys et se défient dans une course de chevaux. Les animaux regagnent d'eux-mêmes les terrains de pacage du vouno lorsque les pluies arrivent en septembre. Pendant tout l'hiver, ils évoluent en liberté à environ 800 mètres d'altitude, sans recevoir de nourriture par les humains, ce qui entraîne des pertes lorsque la saison est rigoureuse, avec des tempêtes et des chutes de neige. En 1928, la population est estimée à environ sur l'île. Selon Nissen, la race affronte sa pire épreuve pendant l'hiver 1928-1929, lorsque sur les 500 poneys existants, 100 survivent aux conditions climatiques, dont seulement sept poulains. Selon Friderun Papavassiliou, la Seconde Guerre mondiale et la guerre civile (1942-1949) ont été les principales responsables du déclin des poneys.
Dans les années 1960, avec l'introduction puis l'utilisation des machines (moissonneuses-batteuses), l'usage de cet animal par la population humaine cesse, comme le décrit F. Papavassiliou. La motorisation prive les hipparia non-seulement de leur usage, mais aussi et surtout des compléments de nourriture et d'eau apportés par les humains pendant les mois d'été. Le cheptel se réduit progressivement à une centaine de têtes. La principale menace vient alors des ânes qui partagent le vouno avec le Skyros. Les deux espèces se reproduisent, et ceci au détriment de la race Skyros. Les poneys sont aussi en concurrence avec des chèvres et des moutons pour l'accès à la rare nourriture, et subissent la prédation de chiens sauvages. L'introduction d'ânes a été volontaire de la part des propriétaires des chevaux, qui parviennent à exporter des mules, lesquelles ont une valeur marchande fortement supérieure à celle du petit cheval.
Sauvegarde vignette|Biotope de l'île de Corfou.|alt=Île montagneuse avec une végétation rase. Dans les années 1970, un programme de sauvegarde et de reproduction voit le jour. Celui-ci ne dure qu'une dizaine d'années, mais il permet de mettre le Skyros en avant et de le faire reconnaître comme race menacée en 1991 par la (FAO). Depuis 1975, le gouvernement grec interdit formellement d'exporter les juments et les poulains.
Ces mesures arrivent cependant trop tard pour prémunir deux des trois hardes subsistantes d'un goulet d'étranglement de population. Le déclin des populations de chevaux est un phénomène généralisé en Grèce, pays qui a perdu plus de de sa population équine entre 1990 et 2010. L'inscription des sujets dans un registre généalogique commence surtout après 1989, mais l'enregistrement reste très incomplet sur la durée, de nombreux animaux n'étant pas comptabilisés ou d'ascendance inconnue, ce qui rend la mise en place d'un programme de gestion de la consanguinité difficile. Classiquement, les juments en liberté ne sont pas surveillées, la saillie s'effectuant par un étalon inconnu.