vignette|L'intérieur de la grande salle du chapitre de la cathédrale d'Utrecht. À l’époque où Anna Maria van Schurman s'inscrit à l'université d'Utrecht, en 1636, cet espace était transformé en deux salles de cours.vignette|Portrait de Magdalena van de Passe (1630) par son frère Simon. C'est d'elle qu'Anna Maria van Schurman apprend à manier à la fois la pointe et la craie. vignette|Autoportrait (1632) d'Anna Maria van Schurman à l'âge de . vignette|Portrait d'Andreas Rivet (1647) par Wenceslas Hollar. En 1632, Anna Maria van Schurman tente d'entrer en contact avec ce théologien et professeur de Leyde.
vignette|Portrait de Gisbertus Voetius, gravé par Abraham van Santvoort en 1657. La légende est d'Anna Maria van Schurman. Le contact avec le théologien Voetius est décisif dans le développement intellectuel et religieux de Schurman. vignette|droite| (frontispe et première page), recueil d'écrits de Schurman, publié en 1652. vignette|droite|Deux pages, dont la page de titre de l'ouvrage (1652) d'Anna Maria van Schurman.vignette|Les pages 294 et 295 de l’ (1652) d'Anna Maria van Schurman. vignette|Portrait de Jean de Labadie (gravure, vers 1668-1670). Schurman rejoint sa congrégation, fondée à Amsterdam. vignette|Image du (Le Grand Théâtre des peintres et peintresses néerlandaises, 1718) de Houbraken, représentant Anna Maria van Schurman et les peintres Rembrandt et Backer. vignette|Un Portrait d'Anna Maria van Schurman, gravé par René Gaillard, dans le de La Vie des peintres flamands, allemands et hollandois (1754) de Jean-Baptiste Descamps.
Anna Maria van Schurman, Anne-Marie de Schurman en français, est née à Cologne le et morte à Wieuwerd (Wiuwert) le MEERTENS et HOOGERHUIS, . (ou le 14), est une poétesse, artiste et érudite des Provinces-UniesDE BAAR, [En ligne]. [resources.huygens.knaw.nl]..
Enfant aux capacités intellectuelles précoces, elle est la première femme à étudier à l'université d'Utrecht. Sa dissertation en latin sur la question de l’accès des femmes au savoir, publiée à Leyde en 1641 et traduite dans plusieurs langues, suscite de nombreux débats.
Sur la fin de sa vie, elle rejoint en 1669 la communauté chrétienne des Labadistes fidèle au mode de vie préconisé par Labadie. Elle en devient l'un des principaux soutiens et la suit dans ses lieux de vie successifs. Elle s'y éteint en 1678 à Wieuwerd.
Biographie Famille et origines Anna Maria van Schurman est issue d'une famille d'origine anversoise. Ses parents sont Frederik van Schurman (1564-1623) et Eva von Harff de Dreiborn (morte en 1637).
De confession calviniste, ses grands-parents paternels doivent quitter la ville d'Anvers après le règne de Philippe II et à la suite de la répression du protestantisme initiée par le duc d'Albe de 1567 à 1573. Via Francfort, la famille arrive en 1593 à Cologne, où elle rejoint l'Église réformée « sous la croix »VAN BEEK, mémoire .. C'est dans cette ville allemande qu'est conclu le le mariage des parents d'Anna Maria et que naissent leurs quatre enfants: Hendrik-Frederik (vers 1603-1632), Johan Godschalk (vers 1605-1664), Anna Maria et Willem (vers 1610-1615).
Enfance, adolescence et éducation En 1615, la famille van Schurman déménage à Utrecht, où Anna Maria habite la plus grande partie de sa vie. La famille occupe une maison louée, sise du côté nord-ouest du cimetière de l'ancienne cathédrale. Frederik van Schurman s'établit sans doute vers 1621 à La Haye, sinon à proximité de cette ville, où il aurait entretenu des relations de nature professionnelle avec la cour. En 1622, la famille habite à nouveau à Utrecht.
On raconte qu'à l'âge de quatre ans, Anne-Marie savait lire. Elle s'avère une enfant douée sachant dessiner, sculpter, faire des dentelles de papier et des poèmes. Elle chante et joue du clavecin et du luthVAN BEEK, mémoire .. Son père Frederik enseigne lui-même plusieurs langues à sa fille, qui développe un vif intérêt pour la théologie, l'histoire, la géographie et les mathématiques. Afin de lui permettre de développer ses talents artistiques, il lui fait suivre des cours chez Magdalena van de Passe, la fille du célèbre graveur Crispijn van de Passe d'UtrechtVAN BEEK, mémoire .. C'est d'elle que Schurman apprend à manier à la fois la pointe et la craie.
Schurman garde le plus doux souvenir de l'éducation que ses parents lui ont donnée : « À eux, je suis obligée de rendre ce témoignage respectueux qu'ils ont essayé d'enseigner à leurs enfants non seulement les lettres, mais aussi la piété, pour autant qu'ils l'aient connue, et cela de façon si sérieuse et diligente que […], depuis l'enfance, ils nous ont fait bénéficier de l'enseignement d'un excellent maître, de sorte que je faisais de tels progrès que, tout en étant un enfant de trois ans (comme on me l'a raconté plus tard), je pouvais lire en allemand et réciter une partie du catéchisme par cœurCité de SCHURMAN, , : . »
En 1623, la famille déménage à Franeker, où son frère Johan Godschalk s'inscrit le à l'académie pour y étudier la médecine. Son père y avait suivi les cours du professeur puritain William Ames. La famille s'installe dans la maison Martena dans la Voorstraat, mais Frederik van Schurman meurt soudainement le . Afin de permettre à Johan Godschalk de poursuivre ses études, sa mère continue à résider à Franeker. En 1626, elle revient avec ses enfants à UtrechtVAN BEEK, mémoire . où, en 1629, elle achète la maison De Lootse, sise au coin du cimetière de la cathédrale et de la ruelle du Poelenburch (la rue Voetius actuelle).
En 1636, Anne-Marie de Schurman devient la première femme à étudier à l'université d'Utrecht. Comme il n'est pas permis aux femmes d'assister aux cours, elle les suit dissimulée derrière un rideau. Elle s'intéresse aux lettres, aux sciences et à la théologie et obtient un diplôme en droit.
Art et science La réputation de fille prodige d'Anne-Marie de Schurman se répand et, alors qu'elle n'a que treize ans, sa contemporaine Anna Roemers Visscher lui adresse un hommage poétique en 1620, louant ses qualités artistiques : « Soyez saluée, ô jeune fleur dont je vante la connaissance, que j'apprécie et que j'aime, que je considère comme mon amieCité de VAN DER STIGHELEN, : VAN BEEK, mémoire . ! »
À l’âge de quatorze ans, Schurman écrit elle-même un poème latin à la gloire du poète et grand-pensionnaire Jacob Cats. Une lettre latine qu'elle lui écrit en 1622 témoigne de la visite qu'il avait rendue à sa maison et de l'intérêt qu'il avait montré pour ses exercices littéraires. Schurman, se définit, dans la lettre, comme « une fille qui ne s'est consacrée que récemment à la littérature » et le remercie de lui avoir procuré une certaine notoriété.
Après 1623, Anne-Marie s'investit plus profondément dans la vie intellectuelle des Provinces-Unies. Elle est soutenue par son frère Johan Godschalk. Après la mort de leur père, celui-ci prend en effet en charge la formation littéraire et théologique de sa sœur, comme il le mentionne dans une lettre à Caspar Barlæus.
En 1632, par de longues lettres latines et françaises, Schurman tente spontanément d'entrer en contact avec le théologien et professeur de Leyde Andreas Rivet, nommé précepteur du jeune prince Guillaume d'Orange-Nassau un an plus tardVAN BEEK, mémoire ..
En novembre 1637, la correspondance avec Rivet conduit à un débat sur la question de savoir s'il sied à une femme chrétienne d'étudier. À la fin de cette discussion, en 1638, Schurman écrit , sur l'adéquation de l'esprit féminin à la science et aux humanités. Cette dissertation, suivie de la correspondance, est publiée à Leyde en 1641. Ce traité latin est ensuite traduit en français, en allemand, en italien et en suédois. Schurman y défend la thèse selon laquelle « les femmes, par excellence munies du temps et d'autres ressources pour pratiquer la science », peuvent et doivent étudierVAN SCHURMAN, , .. Pour elle, cette pratique de la science doit se concentrer avant tout sur une meilleure compréhension de la Bible et de la théologie. Les études en langues qu'elle entame doivent être considérées sous le même regard : outre le français, l'allemand, l'anglais et l'italienVAN DER AA, ., elle apprend le grec, le latin, l'hébreu, le chaldéen, l'arabe, le syriaque et l'éthiopien.
Elle noue des liens d'amitié avec son voisin Gisbertus Voetius, un professeur de langues orientales et de théologie, également pasteur de l'église réformée d'Utrecht qui lui permet de suivre ses cours à l'Université. Elle y assiste retirée dans une sorte de loge, de manière à être invisible pour ses camarades de classe masculins car les cours sont interdits aux femmesVAN BEEK, mémoire : « ως ροδον εν ακανθαις ». De la même façon, elle peut assister aux cours de littérature et de médecine.
Elle développe un goût varié pour les arts. Elle aménage un atelier d'art séparés dans sa maison et exerce ses talents comme graveuse, sculptrice, potière et travaille l'ivoire et le bois. Elle invente un procédé de gravure sur verre au moyen d'une pointe de diamantLEBIGRE, .VAN DER AA, .. Elle peint également, en particulier des portraits de ses amis et des membres de sa famille, mais aussi des l' autoportraits. En opte pour le format de la miniatures, et met en œuvre pas moins de huit techniques différentes : huile, gouache, crayon, pastel, cire, buis, ivoire et burin. Son autoportrait en pastel de 1640 est le premier dessin connu réalisé dans cette technique aux Provinces-Unies. Schurman se perfectionne dans les pratiques artistiques en vogue en Hollande vers le milieu du dans les milieux aisés, comme les œuvres découpées en papier, la calligraphie sur parchemin, sur papier ou sur verre.
Notoriété Les liens intellectuels qu'entretient Anne-Marie de Schurman avec Cats entre 1626 et 1636 lui ouvrent une place dans les cercles littéraires et savants des Provinces-Unies. Dans (Le Mariage) de 1625, Cats consacre quelques vers à Anna Maria, la saluant comme une femme exceptionnelle : « […] de la jeunesse érudite et de la plume exquise de votre joyau, venant de se relever, je suis témoin, comme les villes du RhinCité de SCHURMAN, , : « […] […] ». »
Elle entretient une correspondance nourrie avec les poètes Revius, Heinsius, Barlæus et Huygens. Sur la recommandation de Voetius, Schurman est invitée à écrire une ode à l'université d'Utrecht en 1636. Dans ce poème latin, dont la publication lui vaut une réputation internationale, elle fait allusion à l'exclusion des femmes de l'université.
Dans les années 1630, sa renommée dépasse les frontières et fait l'objet de discussions entre intellectuels. Claude Saumaise, philologue et professeur à Leyde depuis 1632, André Rivet, Constantin Huygens ainsi que d’autres savants des Provinces-Unies correspondent à son sujet avec leurs homologues des académies parisiennes comme les frères Pierre et Jacques Dupuy, Gilles Ménage, Pierre Gassendi et Daniel Heinsius ainsi que Jean Chapelain, Valentin Conrart et le Père Mersenne. Ce dernier adresse le un courrier à Rivet à propos de la lettre où Anne Marie de Schurman « prouve que les filles sont capables des arts et des sciences ». Il la range parmi les femmes illustres en ces termes: « Ce prodige d’esprit est fort rare et je seray bien ayse de sçavoir son nom, son âge et son extraction, car elle merite d’estre entre les femmes illustres. ».