Abdallah ben BologhinAbdallah ben Bologhin, en arabe : ʿabd allāh ben bulukīn ben ḥabūs, (1056 - après 1090) surnommé Al-MuzaffarAl-Muzaffar en arabe : al-muẓaffar, , « le vainqueur » « le vainqueur, » est le petit-filsIl s'appelle `Abdallāh ben Buluggīn ben Badīs d'après , ce qui fait de lui le petit-fils de Badis ben Habus. Le texte de la traduction du livre d'Ibn Khaldoun donne : (c.f ). Bologhin, le fils de Badis est mort en 1065, Maksan frère de Bologhin est évincé parce qu'il s'est rebellé contre son père. (c.f. ) de Badis ben Habus auquel il succède comme dernier émir de la taïfa de Grenade de 1073 à 1090.

Biographie En 1073, à la mort de son grand-père, Badis ben Habus, le territoire qu'il contrôlait est divisé en deux : Grenade lui est attribuée et Malaga est attribuée à son frère aîné Tamim. Leur père Bologhin est mort en 1065.

En 1086, le sultan abbadide al-Mu`tamid qui règne à Séville voit son royaume menacé par le roi Alphonse VI de Castille. Il appelle à son secours, l'Almoravide Youssef Ibn Tachfin qui vient de prendre la contrôle de tout le Maghreb. Youssef répond à cet appel. Il bat Alphonse le à Sagrajas (az-Zallàqa) avant de se retourner contre al-Mu`tamid.

En 1090, Youssef Ibn Tachfin prend Grenade. Abdallah est dépouillé de ses possessions et envoyé comme prisonnier au Maroc avec son frère Tamim. Abdallah est captif à Aghmat (près de Marrakech) et Tamim est envoyé dans le sud du Souss. Ils restent là jusqu'à leur mort.

Kitāb al-Tibyān Historien en exil Abdallah ben Bologhin est l'auteur d’une œuvre historique majeure de la première période de taïfas. Pendant son exil à Aghmat au début du , il rédige al-Tibyān al-ḥadītha al-kāʾina bi-dawlat Banī Zīrī fī Ġarnāṭa (« Exposé sur le déclin de la dynastie ziride à Grenade »), une œuvre qui commence comme mémoires personnelles et se prolonge en une histoire de sa dynastie et de son époque. Ces écrits constituent aujourd’hui une des principales sources primaires pour l’histoire politique, sociale et culturelle de l’Andalousie au . Il retrace l’histoire de la taïfa de Grenade sous la dynastie ziride, depuis son fondateur Zawi ibn Ziri jusqu’au règne de l’auteur lui-même, en inscrivant ces événements dans le contexte plus large d’al-Andalus au .

L'historien Evariste Lévi-Provençal a travaillé sur cinq fragments de ces Mémoires, fragments retrouvés à la Mosquée El-Quaraouiyine à Fès. Le début et la fin des Mémoires, ainsi que les passages manquants entre les cinq fragments, n'ont pas été retrouvés. Pour Evariste Lévi-Provençal, ces mémoires constituent « la somme documentaire la plus considérable et la moins déformée que l’on possède sur l’histoire de la seconde moitié du hispanique ». Il s'est agi non seulement de retracer l'histoire du royaume des Zirides, l'organisation de la cour, les relations de pouvoir, les intrigues mais aussi l'occasion pour son auteur de justifier et d'expliquer ses actions. Ainsi, dans son ouvrage, il se défend des accusations d'alliance avec les Chrétiens contre les Musulmans, et s'y présente comme un souverain exemplaire et un bon musulman. Il montre une grande érudition dans ses écritsDelphine Froment, Abd Allâh b. Buluggîn, dernier souverain ziride de Grenade (1073-1090) : trajectoire d’un émir des Taifas, 3 janvier 2017, in Les Clefs du Moyen-Orient..

Particularités historiographiques Le Kitāb al-Tibyān se distingue par une approche historiographique originale. Abdallah ben Bologhin choisit délibérément de limiter son étude à une région et à une dynastie précises. Son récit accorde une large place aux motivations des acteurs, aux intentions politiques et aux mécanismes de décision, ainsi qu’aux relations entre musulmans, chrétiens et pouvoirs maghrébins. L’auteur adopte une narration à la première personne et recourt fréquemment aux discours rapportés, aux dialogues et à l’analyse des intentions, ce qui confère à son œuvre une dimension humaine et psychologique rare dans l’historiographie andalouse médiévale.

Comme toute œuvre issue d’un acteur direct des événements, le Kitāb al-Tibyān présente certaines limites. Abdallah ben Bologhin passe sous silence plusieurs événements majeurs survenus ailleurs en al-Andalus ou au Maghreb, et son récit tend parfois à justifier la légitimité de la dynastie ziride. Certaines omissions et jugements défavorables à des adversaires politiques reflètent également ses intérêts personnels.

Dans l’historiographie d’al-Andalus, Abdallah ben Bologhin occupe une place singulière. Contrairement à des historiens tels qu’Ibn Ḥayyān ou Ibn Ḥazm, il n’a pas exercé une influence durable sur les courants intellectuels postérieurs. Son œuvre n’a d’ailleurs pas été largement citée par les historiens médiévaux. Toutefois, le Kitāb al-Tibyān constitue une source irremplaçable pour l’étude de la période des Taifas. Par son caractère multidimensionnel, sa rigueur dans le choix de l’information et la profondeur de ses analyses.

Notes et références

Annexes Bibliographie

Articles connexes Zirides Almoravides Première période de taïfas Taïfa de Grenade

Liens externes

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