Les Étrusques sont un peuple qui a vécu dans le centre de la péninsule italienne, notamment sur la côte Tyrrhénienne, qui lui doit son nom, depuis la fin de l'âge du bronze jusqu'à la prise de Velzna par les Romains en 264 et l'unification progressive de l'Italie sous le régime juridique romain, au Ils forment au cours de l'époque archaïque un peuplement organisé en cités, la dodécapole, entamant un mouvement de colonisation interne à l'Italie, vers la plaine du Pô où ils fondent de nombreux établissements, comme Marzabotto ou Bologne.
Ils étaient d'abord connus des Grecs sous le nom de Tyrrhéniens ou « Tyrsènes », relatif à la mer Tyrrhénienne, si l'on en croit l'historien grec Denys d'Halicarnasse.
L'origine des Étrusques fait l'objet de débats animés depuis l'Antiquité, où les opinions divergent entre la thèse de l'origine autochtone et la thèse de l'origine lydienne / anatolienne des Étrusques. Un relatif consensus s'est établi au cours du , sous l'égide de l'étruscologue Massimo Pallottino. La majorité des étruscologues considère que la thèse de l'autochtonie des Villanoviens et des Étrusques qui en descendent est compatible avec des apports orientaux divers et qu'il serait vain de poursuivre ce débat : si l'écriture étrusque, empruntée aux Grecs de Cumes, se lit sans problème, la langue étrusque, qu'elle véhicule, n'est pas indo-européenne, et sa connaissance reste fort lacunaire. Il est possible que l'origine des Étrusques résulte de l'installation en Italie de Pélasges venus de Grèce qui se seraient associés aux autochtones rencontrés, créant ainsi un nouveau peuple.
L'histoire de cette civilisation antique s'étend sur plus d'un millénaire. L'archéologie témoigne d'une culture villanovienne s'étendant du début du , mais les textes historiques la concernant font défaut. Elle se caractérise par l'ascension d'une série de cités prospères entretenant des échanges culturels et commerciaux avec divers peuples méditerranéens, puis par leur progression militaire vers le sud, contrôlant la modeste Rome (qui sera gouvernée durant un siècle par des rois étrusques) et fondant les colonies de Cesennia et Capoue. Les villes de Nola (capitale de la Confédération étrusque campanienne) et Pompei (qui se voit là dotée de sa première muraille), elles aussi colonisées, sont des créations plus anciennes d'autres peuples.
La puissance étrusque décline à la suite de batailles perdues contre Cumes et Syracuse, dont profitent des tribus celtes pour envahir la plaine du Pô, et des tribus samnites pour envahir la Campanie. Ce déclin continue avec la conquête progressive de l'Étrurie par la République romaine, qui débute par la prise de Véies en 396 , et se termine par la prise de Velzna en 264 En 17 , l'ensemble du territoire étrusque, devenu la , est incorporé dans le découpage administratif de l'Italie romaine.
La puissance militaire des Étrusques se manifeste notamment sous la forme d'importantes forces navales et d'une infanterie composée de guerriers ayant adopté un armement hoplitique et la formation d'unités en phalange grecque. Les cités, bénéficiant d'une architecture avancée, possèdent pour la plupart de solides enceintes et des positions géostratégiques fortes.
Le territoire originel des Étrusques, l'Étrurie, correspond approximativement à l'actuelle Toscane, au tiers nord du Latium et au nord-ouest de l'Ombrie. À leur apogée, au cours de la période dite archaïque, leur emprise s'étend de la plaine du Pô à la Campanie. Les cités étrusques forment à l'origine une confédération de , la dodécapole, à laquelle se seraient ajoutées par la suite deux autres confédérations, la dodécapole padane au nord et la dodécapole campanienne, ainsi que plusieurs colonies ou comptoirs en Ligurie, en Gaule cisalpine et en Corse. Chacune de ces cités est dirigée par un , l'équivalent d'un roi.
Les terres étrusques, riches en minerais métallifères et bénéficiant de conditions naturelles favorables aux cultures, permettent de développer une industrie et une agriculture florissantes. Leurs produits sont exportés dans l'ensemble des territoires italiques, mais également vers les marchés celtes, phéniciens, carthaginois et italo-grecs.
La société étrusque est de type hiérarchique et oligarchique, comprenant des hommes libres et des esclaves. Au cœur de cette société, la femme étrusque est mise en valeur et semble jouir de droits en tous points égaux à ceux de l'homme. Globalement, les auteurs grecs et romains assimilent le mode de vie étrusque à une culture marquée de langueur et de plaisirs ; il s'agit, selon ces auteurs, de la .
La diversité et la richesse des tombes obéissent aux nombreux rites funéraires en vigueur durant les différentes périodes de cette civilisation.
Les Étrusques, en intégrant les apports des Grecs, des Gaulois (certains casques de guerre retrouvés sont des copies de casques celtes), des Phéniciens et des Égyptiens, ont développé un art particulièrement riche et des disciplines intellectuelles comme la médecine, l'urbanisme et la divination (etrusca disciplina).
L'apport des Étrusques aux Romains est très important, et ce dès Tarquin l'Ancien, qui ordonne la construction de la Cloaca Maxima, de la Muraille Servienne, du Temple de Jupiter capitolin, ainsi que, fort probablement, l'apport de tout le panthéon des dieux et déesses grecques.
Terminologie
La terminologie ethnonymique du terme « Étrusques » s'inscrit au travers de biais tant historiques que culturels, littéraires et politiques. Les Romains les appelaient ou . Dans son Commentaire sur l'Énéide de Virgile, le grammairien latin du Servius avance l'étymologie suivante : . Les auteurs et historiens grecs, dont Hérodote, les désignaient sous le terme de (Tyrrhēnoi, c’est-à-dire Tyrrhéniens ou Tyrsènes, du nom d'un personnage éponyme, Tyrrhénos, qui aurait, selon Hérodote et Strabon, conduit une partie du peuple lydien en Italie). On ne sait pas avec certitude comment les Étrusques se nommaient eux-mêmes. Certains historiens modernes suivent l'historien grec Denys d'Halicarnasse qui rapporte que les Étrusques se désignaient par le mot , qui était , ou, par syncope, . Dans la poésie latine, notamment chez Virgile, le mot Lydi est fréquemment employé pour désigner les Étrusques, selon la thèse de leur origine lydienne, fort répandue dans l'AntiquitéPar exemple dans Virgile, Énéide, II, 781 et 782, pour « Tibre étrusque »..
L'ethnonyme est réemployé dans un contexte géographique régional, en créant le toponyme « ». Celui-ci procède également d'une forme dérivée et développée du terme , élément culturel et géographique communément acquis dès le de la Rome impériale, et faisant ainsi écho à l’antique dénomination de l'Étrurie, territoire des Étrusques.
Origines et ethnogenèse
Comme dans le cas d'autres peuples, les avis des historiens, antiques et modernes, diffèrent à propos des origines des Étrusques, exogènes (Lydie ou Pélasges) ou autochtones (Villanoviens). Dès l'Antiquité, trois hypothèses circulent à propos de l'origine des Étrusques, celle d'une origine orientale étant la plus répandue. Selon Hérodote, les Étrusques seraient d'origine lydienneHérodote, Histoire, I, 94. Les voix discordantes sont rares : Denys d'Halicarnasse, qui est le seul à défendre l'origine autochtone des Étrusques, mentionne au passage Hellanicos de Lesbos, pour qui les Étrusques auraient été des PélasgesDenys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, I, 28.
Les Modernes reprennent le débat sur les mêmes bases que les Anciens. L'autorité d'Hérodote, surnommé le « père de l'histoire », fait que, jusqu'au milieu du , la plupart des spécialistes souscrivent à la thèse orientale, d'autant plus que les découvertes archéologiques d'objets « orientalisants » semblent la conforter. Une quatrième hypothèse, émise en 1753 par Nicolas Fréret et reprise par Theodor Mommsen au siècle suivant, suggère que les Étrusques viendraient des Rhètes, qui sont basés dans les Alpes orientales et leur sont linguistiquement apparentés sur la base de quelques inscriptions. Cette thèse sans autre trace dans la tradition antique qu'une mention de Tite-LiveTite-Live, V, 33 : est largement rejetée, notamment par Dominique Briquel.
Massimo Pallottino, fondateur de l'étruscologie moderne et reconnu comme l'un des plus grands étruscologues, bouleverse les idées sur le sujet.. Il considère que l'émergence de la civilisation étrusque ne peut résulter d'une seule migration mais est le fruit d'un long processus de formation à partir d'apports multiples, à la fois autochtones villanoviens et exogènes, pélasgiques, orientaux ou autres. La thèse de Pallottino, exposée en 1947 dans L'origine degli Etruschi, est décrite comme une « sorte de révolution copernicienne ». Elle a emporté l'adhésion de la majorité des étruscologues, qui pensent, comme Jean-Paul Thuillier, que , le débat restant néanmoins . Jean Bérard, commentant l'ouvrage de Massimo Pallottino en 1949, soutient une possible orientalisation progressive (tyrrhéniens, période orientalisante) des indigènes, dont la part orientalisée pourrait être celle qu'on associe le plus facilement à la culture étrusque
En revanche, pour Robert Stephen Paul Beekes, qui reprend entièrement le dossier en 2003 et passe en revue les principaux arguments, l'origine « orientale » des Étrusques ne fait pas de doute, le territoire d'origine de ces populations se situant, selon lui, un peu plus au nord que la Lydie souvent proposée par les étruscologuesJacques Poucet, R.S.P. BEEKES, The Origin of the Etruscans (compte-rendu), L'Antiquité Classique, Année 2004, 73, Robert Stephen Paul Beekes, The origin of the Etruscans, Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen, 2003, 59 pages.
Néanmoins, le consensus actuel (2021) parmi les archéologues favorise l'hypothèse d'un développement autochtone, hypothèse selon laquelle la population étrusque est originaire localement de personnes associées à la culture (proto-)villanovienne de la fin de l'âge du bronze vers 900 ans avant notre ère.
Une étude de paléogénétique parue le dans , coordonnée par les universités de Florence, d'Iéna et de Tübingen et impliquant des chercheurs d'Italie, d'Allemagne, des États-Unis, du Danemark et du Royaume-Uni, essaye de faire la lumière sur l'origine et l'héritage des Étrusques en analysant le génome de 82 individus du centre et du sud de l'Italie ayant vécu entre 800 et 1000 Les résultats de la recherche confirment que les Étrusques, malgré leurs expressions culturelles particulières, seraient étroitement liés à leurs voisins italiques. Au tournant de l'âge du fer et de la période de la Rome républicaine, le patrimoine génétique étrusque serait resté le même pendant au moins 800 ans...
L'ethnogenèse des Étrusques demeure un sujet délicat. Leur langue, clairement non indo-européenne, est un des marqueurs les plus visibles de leur identité. Si leur écriture ne date que du , les nombreux emprunts mutuels indiquent une longue proximité entre les Étrusques et leurs voisins italiques avant cette époque. Le processus d'ethnogenèse remonte sans doute au , à la fin de l'âge du bronze, vers 1200 , lorsqu'un nouveau faciès culturel remplace la culture apenninique. Cette phase, dite protovillanovienne, du est culturellement marquée dans le domaine funéraire par le passage progressif de l'inhumation à l'incinération dans une partie de l'Italie correspondant à la zone où fleuriront la culture de Villanova puis la civilisation étrusque, et l'inhumation persiste dans les régions habitées par des peuples italiques parlant une langue indo-européenne. C'est au cours de cette phase protovillanovienne, qui correspond à de profonds bouleversements à l'est de la Méditerranée, que des groupes venus d'Orient sont susceptibles d'être venus s'installer en Italie centrale et d'avoir contribué à l'ethnogenèse du peuple étrusque.
Histoire
L'histoire de cette civilisation antique se déploie sur dix siècles et sur six époques successives :