thumb|right|250px|Le Bucentaure à Trafalgar.

Charles LouisTous les documents officiels d'état civil (dont actes de naissance), tous les états de services militaires de Bazoche (voir références ci-dessous) portent les prénoms « Charles Louis Joseph ». Cependant, certains documents indiquent comme prénoms « Charles Léon Joseph ». Nous conserverons donc les prénoms confirmés par les documents officiels : « Charles Louis Joseph » . Joseph Bazoche, né le à Nancy et décédé le à Brest, est un officier de marine qui fut gouverneur de l'ile Bourbon (ile de la Réunion) de 1841 à 1846.

Une vocation maritime inattendue

Fils de Claude Bazoche (1742 - 1805), ancien officier de l'armée de terre, puis domestique, et de Marie Ferry (1757 - 1803), Charles Louis Joseph Bazoche nait à Nancy le . Il y fait, entre 1797 et 1800, quelques études de mathématiques et de dessin, sur lesquelles on a peu de détails.

On ne sait pour quelle raison, étant donné qu'il était originaire d'une région bien éloignée de la mer, surtout à cette époque, il est attiré par la marine et s'embarque à Toulon, en 1801, en qualité de novice.

Ainsi commence sa carrière militaire qui va l'entraîner dans les campagnes napoléoniennesPour tous les renseignements sur la carrière de Charles Louis Joseph Bazoche, voir son état signalétique et des services, Service historique de la Défense (cote CC7 Alpha Carton 135 dossier 0)..

Les batailles navales napoléoniennes

Aspirant de classe en 1802, il fait la campagne de Saint Domingue sur la Constitution où il se distingue dans les opérations menées contre les révoltés noirs. En 1802, il passe sur la frégate la Cornélie et croise en Méditerranée, à Alger, en Égypte et dans les îles grecques. Rentré à Toulon en 1803, il est affecté sur la corvette le Bienvenu puis sur la frégate le Muiron.

Nommé aspirant de classe en 1804, il est embarqué sur le Bucentaure, vaisseau de 80 canons, navire amiral de l'escadre commandée par le vice-amiral Villeneuve qui le prend dans son état-major. Il participe ainsi à la campagne de 1805, aux Antilles, puis aux combats du Cap Finisterre et de Trafalgar. Grièvement blessé à l'épaule et au genou au cours du combat de Trafalgar, le , il contribue, après la bataille, à la reprise par l'équipage de son vaisseau capturé par les Anglais en maîtrisant l'équipage de prise. Cependant, le Bucentaure fait malgré tout naufrage. Rescapé, il est affecté sur le vaisseau de 74 canons le Héros réfugié à Cadix et est un moment envoyé à Algésiras. En , les insurgés espagnols bombardent le port de Cadix et attaquent pendant deux jours les vaisseaux français avec des forces supérieures. Nommé enseigne de vaisseau par le vice-amiral Rosily au début de l'attaque, il est fait prisonnier par les Espagnols puis échangé et libéré par la suite.

Ayant rejoint la France, il est quelque temps employé au port de Lorient.

Embarqué en 1808 sur le vaisseau de 74 canons le d'Hautpoul, comme officier de manœuvre, il fait campagne aux Antilles. Le , un combat s'engage pendant plus de deux heures contre l'escadre anglaise de l'amiral Cochrane, contre le vaisseau de 80 canons le Pompée et les frégates de 44 canons Latone et Étalion. À la suite d'une chasse de 24 heures, il est fait prisonnier, sans avoir quitté son poste après avoir été blessé à la tête. Il est ensuite échangé en 1809 à la Martinique et embarque sur un brick américain à destination de Boston. Ayant coulé bas au large de Charleston, il est recueilli par un autre brick américain, après 3 jours de naufrage. De New York, il rentre en France sur un navire parlementaire et rejoint Lorient, en 1810, où il prend le commandement du brick le Plumper puis commande, de 1811 à 1814, la corvette aviso de 10 canons la Vedette, avec laquelle il est envoyé en parlementaire en Angleterre, en 1812.

Il est promu lieutenant de vaisseau en 1812, puis capitaine de frégate à titre provisoire en 1814, à titre définitif en 1815, il est affecté au service du port de Brest.

Croisières et batailles coloniales thumb|right|250px|La frégate La Marie-Thérèse sous le commandement du Capitaine de frégate Bazoche, au mouillage à Montevideo vers 1825 - Extrait du carnet de croquis de Charles Bazoche

En 1817, il reçoit le commandement de la frégate de 44 canons la Flore, et se rend à Cayenne où il contribue à la reprise de possession de la Guyane, puis à Cuba et dans les Antilles où, en 1818, il prend le service du port de la Martinique. De retour en France, il est sous-directeur du port de Brest, de 1818 à 1820.

En 1821, il se rend sur le brick lEuryale à Terre-Neuve pour commander la station puis croise en Manche et sur les côtes de France et d'Espagne. Il s'empare d'un brick de commerce espagnol chargé de fusils et munitions. Nommé capitaine de vaisseau de classe, en 1823, il prend le commandement de la frégate de 60 canons la Marie-Thérèse, avec laquelle il fait une longue campagne sur les côtes de l'Amérique du Sud, au Chili, au Pérou et au Brésil, sous les ordres du contre-amiral de Rosamel. Rentré à Brest en 1828, il prend le commandement de la frégate de 60 canons la Belle Gabrielle avec laquelle il fait campagne aux Antilles et stationne dans le Tage. Promu capitaine de vaisseau de classe en 1829, il est nommé le janvier 1830 major de la Marine à Brest.

Appelé à commander le vaisseau de 80 canons le Duquesne, il participe, sous les ordres de l'amiral Duperré, à l'expédition contre Alger, en juin et juillet 1830 et prend part à l'attaque des forts. Il est chargé de rapporter en France des caisses provenant du trésor confisqué à Alger (quatre tonnes d'or et vingt-cinq tonnes d'argent).

Major des équipages de ligne de la division de Brest, de la fin 1830 à février 1832, il commande ensuite cette division jusqu'à 1835.

L'expédition du Mexique thumb|Navires français lors du blocus de 1837 - 1838

En 1834, il embarque comme commandant sur la frégate de 60 canons l'''Herminie avec laquelle il accomplit diverses missions à Tanger, Tunis et Constantinople puis part commander la station de la Havane et du golfe du Mexique. En 1836, en croisière devant Oran, il sauve quatre naufragés espagnolsCet épisode (qui se place dans ce qu'on a appelé la "Guerre de Pâtissiers", l'expédition contre le Mexique ayant pour prétexte initialement le sac par des Mexicains d'une pâtisserie française) est relaté dans lHistoire de la Marine française de l'écrivain britannique J. E. Jenkins (P. 344), publiée aux éditions Albin Michel, en 1977, ainsi que dans lHistoire de la Marine française de René Jouan (P. 275), publiée aux éditions Payot en 1950. Le successeur de Bazoche, le contre-amiral Baudin, disposant de plus de moyens (12 navires dont 3 frégates et la corvette La Créole, commandée par le Prince de Joinville, et des navires à vapeur), s'empara de Veracruz, le 28 novembre 1838, grâce à l'utilisation, pour la première fois dans l'histoire de la guerre navale, d'obus explosifs qui causèrent la destruction du fort de San Juan de Ulúa défendant l'entrée du port - exemple unique de reddition d'un fort terrestre obtenue par la seule puissance navale (sans débarquement) - et permit le débarquement et la prise de Veracruz suivis de la défaite de l'armée mexicaine (cité dans l'Histoire de la Marine française des origines à nos jours de Jean Meyer et Martine Acerra - publiée aux éditions Ouest-France en 1994). Il négocia par la suite avec le Mexique un traité honorable..

Au printemps 1838, toujours sur lHerminie, D'après lHistoire de la Marine française par JE Jenkins - Albin Michel, 1977.. C'est dans ces conditions, après huit mois passés au large des côtes du Mexique, avec un équipage épuisé, lui-même étant atteint de la fièvre jaune, qu'il fait naufrage le 2 décembre 1838 à proximité des Bermudes. Rentré en France, au début de 1839, il est traduit devant un Conseil de Guerre à Brest, pour répondre de la perte de l'Herminie. Bazoche n'est pas considéré comme responsable du naufrage et de la perte du navire, il est acquitté « honorablement » et n'en est pas pénalisé dans la suite de sa carrière. Il reçoit même des témoignages de sympathie de la part de ses supérieurs et de ses pairs« Le Conseil de Guerre maritime, nommé par ordonnance du 16 mars dernier, s'est assemblé le 13 (avril 1839), à bord de l'Amiral, dans le port de Brest, pour juger la conduite du capitaine de vaisseau Bazoche, relativement à la perte de la frégate l'Herminie, qu'il commandait. Le contre-amiral Arnous-Dessaulsays, rapporteur, ayant établi que M. Bazoche avait constamment agi avec une entière connaissance de son état et de ses devoirs, a rappelé que ce commandant, faisant le blocus du Mexique, fut réduit, lors de l'invasion de la fièvre jaune à bord, à recueillir l'eau de pluie sur des tentes, et que pendant que tous ses officiers étaient en proie à la maladie, il maintint une telle discipline, que sur 37 bâtiments qui tentèrent de sortir des ports du Mexique, 36 furent arrêtés. Le président du Conseil, le contre-amiral Le Coupé, après qu'on eut entendu le défenseur, a prononcé un jugement déclarant le capitaine Bazoche acquitté honorablement. » (Publié dans L’Ami de la Religion - Journal ecclésiastique, politique et littéraire, , Paris, librairie ecclésiastique d'AD Le Clere et , imprimeurs - libraires, , 22 avril 1839.).

Il est nommé en 1839 major de la Marine à Brest.

Gouverneur de l'île Bourbon (île de la Réunion) vignette|Le contre-amiral Bazoche, gouverneur de l'île Bourbon.

En 1841, il est nommé Gouverneur de l'Ile Bourbon et dépendances et, promu contre-amiral en 1842. Il conserve cette fonction jusqu'en août 1846. Il prend ses fonctions dans l'île le 16 octobre 1841. On ne sait pas s'il rencontre alors Charles Baudelaire qui séjourne dans l'ile à ce moment-là, du 19 septembre au 20 octobre 1841.

Au début de son gouvernement, il se heurte au Conseil Colonial de l'ile, qu'il doit même dissoudre en février 1842, car le Conseil refuse toute évolution, en particulier concernant les mesures préparatoires à l'abolition de l'esclavage qui se trouve alors au centre des débats (L'abolition de l'esclavage est proclamée définitivement en 1848). En effet, une ordonnance royale datant de 1840 exige dans un premier temps puis propose à la suite du tollé des Conseils Coloniaux un enseignement religieux pour les enfants esclaves et l'accès à l'école gratuite à partir de 4 ans. En 1845, il n'y a aucun enfant esclave scolarisé ; les finances ont été détournées et l'application de l'ordonnance saboté. Le , une nouvelle ordonnance est prise pour l'obligation de l'instruction des jeunes esclaves mais Bazoche ne l'applique pas.

Le , Bazoche signe, à la demande de deux planteurs, un arrêté sur l'introduction des coolie chinois. C'est le début de l'engagisme chinois sur l'île.

Ensuite, un calme relatif s'établit pour quelque temps dans les relations entre le Gouverneur et le Conseil Colonial. Toutefois, Bazoche doit avoir de nouveau recours à la dissolution en novembre 1845, après la démission des Conseillers. Par la suite, les membres du Conseil, élus après cette dissolution, composent et les relations s'améliorent au point que, à son départ de l'ile Bourbon, il est l'objet de marques d'estime de la part de ses administrés et que les membres du Conseil Colonial font une souscription pour lui offrir une épée d'honneur en témoignage de reconnaissance.

Derniers affrontements contre l'Angleterre