Hégésippe Simon est un personnage inventé par le journaliste Paul Birault en pour les besoins d’une mystification dont furent « victimes » de nombreux parlementaires de l’époque Guy Breton, Hégésippe Simon, précurseur de la démocratie, citant comme source : Historama, hors série 47, 111-115.. Il est présenté comme « le précurseur », né à Poil.

Le montage du canular vignette| Le Rire illustre l'« affaire Hégésippe Simon » par Albert Guillaume en montrant l’embarras de certains parlementaires en pleine campagne législative (7 février 1914, BnF).

Forgeant le nom d'une personnalité supposée et calqué sur celui du poète Hégésippe Moreau, mort « oublié et de faim » en 1838, et du républicain Jules Simon., Paul Birault avait en effet créé en le « Comité du centenaire d'Hégésippe Simon » et envoyé une invitation à cent parlementaires du Parti radical (choisis au hasard) et à un ministre, leur demandant de bien vouloir prendre connaissance d'un monument commémoratif entièrement souscrit, de rejoindre le comité en tant que « membre d'honneur » et de se rendre le à Poil, dans la Nièvre, prétendument la ville natale d'Hégésippe Simon (donc « né à Poil »), pour l’inauguration de la statue de « ce grand précurseur qu’était Hégésippe Simon » né le . Ne réalisant pas que le compte rendu de cette inauguration fictive sur un personnage fictif aurait lieu la veille d'un , certains députés n’avaient pas repéré le canular puisque Paul Birault reçut pas moins de dix-sept réponses positives, dont celle d’un député, qui deviendra par la suite président du Conseil, prétendant avoir .. Il s’ensuivit donc ce genre de réponse :

Par la suite, il relance des invitations à cent sénateurs, tout en changeant pour chacun d'entre eux le lieu de l'élévation de la statue. Parmi les personnes trompées figurent François Binet, député de la Creuse, et Charles Le Peletier d'Aunay, sénateur nivernais..

Hégésippe Simon était, d'après son créateur, un , un de valeurs aussi génériques que la liberté, la démocratie, et surtout l'auteur de la phrase : Cette devise, véritable lapalissade (quoique proche de la devise latine Post tenebras lux), avait été découverte par Birault dans l'article d'un quotidien signé par un célèbre vulgarisateur de l'astronomie, l'abbé MoreuxLe Cri de Paris ibid., 1918..

Cependant, certains élus et ministres lancent une enquête pour établir la véracité du personnage. Ami de Guillaume Apollinaire, imprimeur de livres d'art, Paul Birault révèle finalement le canular dans l’édition du du quotidien L'Éclair (qui fit un tiré à part), non sans regret : , disait-il. L'édition du lendemain y consacre sa une : . Et le feuilleton se poursuit quelques jours : le , le , le , le directeur du journal Ernest Judet prenant finalement la plume le pour , espérant que l'exemple des infortunés crédules .

Toutefois, cette révélation passa suffisamment inaperçue pour qu'un magazine comme Je sais tout publié par Pierre Lafitte s'amuse à insérer en page de son sommaire au , l'annonce officielle de , suivie des noms de vingt personnalités dont Sacha Guitry, réputé alors pour son esprit farceurPage du sommaire, Je sais tout, 15 mars 1914, numéro en partie conçu par Sacha Guitry, en ligne sur Gallica..

Le Journal des débats politiques et littéraires du rapporte dans un compte rendu du résultat des élections législatives sur la circonscription de Cambrai, que des bulletins au nom de avait été déposés près des urnes lors du second tour, et que le décompte des voix en donna pour celui-ci, contre le candidat radical-socialiste Alfred Le Roy, qui l'emporta avec sur (pour ) : soit 41 % des voix pour un candidat fictif. Prévenue dans la journée seulement, la police serait intervenue pour retirer les bulletins et arrêter les distributeurs« Le Saviez-vous ? », dans Comité d'initiative pour le bicentenaire, en ligne..

Postérité

Le , alors que la Chambre réfléchit à un projet de déménagement parlementaire depuis le palais Bourbon, la commission de comptabilité reçoit une lettre de Poil signée qui propose aux députés d'emménager à Poil :

Alain Mellet, auteur du canular de la Poldévie en 1929, a rendu hommage à son prédécesseur en nommant « Cimon et Jésipe » deux évangélisateurs de ce pays imaginaire.

En 2014, un comité célébrant le centenaire de ce canular et le bicentenaire de cette personnalité supposée fut créé en France et en Italie. En , l'académie Alphonse-Allais dépose dans le bourg de Poil une plaque en honneur d'Hégésippe Simon et de son créateur...

Bibliographie Paul Birault, Hégésippe Simon, précurseur, Paris, Éditions de L’Éclair, 1914. « Le baptême d'Hégésippe Simon », dans Le Cri de Paris, , , , cf. aussi sur Gallica. Guillaume Apollinaire, "Le couvent de la rue de Douai”, Le Flâneur des Deux Rives, Gallimard, 1928. Paul-Marcel Birault, Avec Hégésippe Simon, L. Soulanges, Paris, 1960. Jacques Franju, Le Grand Canular, Seghers, 1963. « Hégésippe Simon, précurseur de la démocratie » par Guy Breton, dans Historama, hors série , « Énigmes et mystifications de l'Histoire », Paris, , . Georges Imann-Gigandet, « Hégésippe le Précurseur, histoire d'un comité d'honneur fondé pour célébrer un grand homme qui n'exista jamais », Historia. Reproduit dans Les Annales du Pays nivernais, La Camosine, 1985, , . Pierre Bellemare, C'est arrivé un jour, 2005, page 39Pierre Bellemare, C'est arrivé un jour, 2005.. Philippe Di Folco, Les Grandes Impostures littéraires, Paris, Écriture/L'Archipel, 2006, . Jean-Louis François, 1914, un centenaire. Le dernier éclat de rire avant la Grande Guerre, Mille et une nuits, 2014, .

Notes et références

Liens externes

Comité d'initiative pour le bicentenaire d'Hégésippe Simon

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