L'Histoire officielle ( en espagnol, The Official Story en anglais), sorti en 1985, est un film argentin écrit par Aída Bortnik et réalisé par Luis Puenzo qui obtient le premier Oscar pour l'Argentine. C'est l'un des premiers films sorti deux ans après des faits réels advenus pendant la dictature militaire en Argentine (1976-1983). Il traite des disparitions forcées, des enfants arrachés à leurs parents biologiques pour être adoptés par des soutiens du régime et de l'histoire falsifiée. Proche de cette réalité, l'actrice principale du film, Norma Aleandro, qui a reçu plusieurs prix d'interprétation, est rentrée en Argentine après avoir été forcée à s'exiler par la dictature. Le film a été récompensé par les plus grands festivals de cinéma.
Contexte
vignette|gauche|alt=Photographie noir et blanc d'un groupe de militaires debout, entourant un orateur devant plusieurs micros |Jorge Rafael Videla prêtant serment en tant que président à la Casa Rosada le 29 mars 1976. Le film s'inspire de faits politiques réels qui se sont déroulés en Argentine après la prise du pouvoir par la junte militaire réactionnaire de Jorge Rafael Videla, le . Pendant le régime militaire, le parlement a été suspendu, les syndicats, les partis politiques et les gouvernements provinciaux ont été interdits, et des milliers de personnes considérées comme « subversives » (innocentes ou guérilleros d'organisations telles que Montoneros, Armée révolutionnaire du peuple (ERP), etc.), principalement des péronistes, des radicaux et des membres de partis de gauche ou d'extrême gauche, ont « disparu » de la société. La disparition forcée est définie par l’article 2 de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Ce qui est entre dans la catégorie crime contre l'humanité. La dictature s'est notamment approprié plus de 500 bébés, les enlevant à leurs mères dès leur naissance.
Comme d'autres acteurs et personnalités progressistes d'Argentine, l'actrice principale du film, Norma Aleandro, a été contrainte de s'exiler pendant cette période. Elle s'est d'abord rendue en Uruguay, puis en Espagne. Elle est revenue après la chute du gouvernement militaire en 1983. Aleandro a déclaré un jour :
Ce film fait partie d'un groupe de films parmi les premiers à être réalisés en Argentine après la chute, en 1983, du dernier dictateur argentin, le général Reynaldo Bignone, et de son régime autocratique. Ces films traitent sans détour de la répression, de la torture et des disparitions survenues pendant la dictature civile et militaire en Argentine dans les années 1970 et au début des années 1980 ; parmi ceux-ci, on peut citer No habrá más penas ni olvido (1983) et (1986). Un deuxième groupe de films, dont La deuda interna (1988), utilise des métaphores et fait allusion à des questions sociopolitiques plus larges.
Synopsis L'histoire se déroule à Buenos Aires en 1983, dernière année de la dictature civile et militaire argentine, autoproclamée « Processus de réorganisation nationale » (1976-1983).
Alicia Marnet de Ibáñez est professeure d'histoire dans un lycée pour garçons. C’est une bourgeoise vivant confortablement avec son mari Roberto, homme d’affaires sans scrupules qui s'est enrichi en faisant des affaires avec la dictature, leur fille Gaby, adoptée il y a cinq ans, et la bonne. En ces derniers mois de la dictature militaire, les signes de temps nouveaux s’accumulent : des journaux révèlent l'existence des desaparecidos, des manifestations exigent que soient punis les coupables de la « guerre sale » et de celle des Malouines, les Grands-mères défilent autour de la Place de Mai…
Alicia, comme beaucoup d'Argentins, ne semble pas réellement consciente du terrorisme d'État et des disparitions organisées dans le pays. Elle croit naïvement que seules les personnes coupables sont arrêtées. Les opinions d'Alicia sont remises en question par un collègue enseignant, Benítez (Patricio Contreras). Puis certains de ses élèves remettent en question le contenu des manuels d'histoire. L'un d'entre eux, Costa affirme, au cours d'une discussion sur la mort du père fondateur argentin Mariano Moreno, que :
D'abord dubitative, Alicia accepte peu à peu qu'il existe d’autres histoires que la version officielle qu'elle enseigne. L'amie d'Alicia, Ana, qui était en exil, revient en Argentine après avoir quitté le pays au début de la dictature. Lors d'un dîner avec Alicia et Roberto, Ana leur raconte sa captivité en 1976 et les tortures qu'elle a subies à cause d'une liaison avec un homme qualifié de subversif, même si elle ne l'avait pas revu depuis deux ans. Elle se moque avec ironie de la réponse naïve d'Alicia qui lui dit qu'elle aurait dû « dénoncer » ce fait à la police. Ana dit aussi que pendant sa captivité, elle a vu des femmes enceintes partir pour accoucher, mais revenir sans leurs bébés, et qu'elle pense qu'ils ont été vendus à des couples riches. Surprise par cette déclaration, Alicia commence à douter de l'origine de sa fille Gaby, soupçonnant qu'elle pourrait être une enfant volée sous la dictature argentine à des parents disparus. Malgré l'insistance d'Alicia, Roberto affirme que Gaby a été adoptée légalement et normalement, mais ses réponses brusques et ses tentatives pour la convaincre de « ne pas y penser » ne font qu'accroître sa curiosité.
Costa, de son côté, continue de provoquer ses camarades de classe et affiche un jour au tableau des avis de recherche de desaparecidos. Alors qu'Alicia tente de le réprimander, son collègue Benítez prend sa défense, expliquant à Alicia que la vie de Costa pourrait être en danger si son attitude rebelle venait à être connue des autorités scolaires. Alicia se lie progressivement d'amitié avec Benítez, à mesure que sa propre enquête la rapproche de la vérité. En recherchant les registres de naissance de l'hôpital où est née Gaby, Alicia découvre l'existence d'une organisation qui recherche les enfants disparus, les Grands-mères de la place de Mai. Elle rencontre Sara, dont la fille enceinte a été enlevée par les forces armées, et qui pense que Gaby pourrait être sa petite-fille. Sara a une photo de sa fille au même âge que Gaby, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau.
De son côté, Roberto est confronté au stress au travail en raison des machinations de ses collègues, dont plusieurs vont disparaître au cours du film. Ana le confronte, l'accuse de l'avoir dénoncée et d'avoir causé son arrestation des années auparavant. Vers la fin du film, tandis que Gaby est chez ses grands-parents adoptifs, Alicia emmène Sara chez elle et tente de la présenter à Roberto, qui, furieux, force Sara à partir. Alicia veut savoir si Gaby pourrait être la fille de disparus. L'attitude et l'insistance de Roberto à justifier que « si c'était vrai », ce serait peut-être « mieux » que ce soit eux qui s'occupent de la petite fille, confirment les soupçons d'Alicia. Il s'ensuit une confrontation physique violente entre Alicia et Roberto qui frappe sa femme. Alicia attrape son sac à main et sort, laissant les clés derrière elle. Roberto se retrouve seul.
Réception critique Le film, réalisé en 1985, a reçu principalement des critiques positives, car c'est l'un des premiers à baser l'histoire sur des faits réels advenus pendant la dictature 1976-1983. L'actrice principale, Norma Aleandro, obtient une reconnaissance internationale. Le , à l'occasion du dixième anniversaire du coup d'État de 1976, La historia oficial remporte l'Oscar du meilleur film étranger, le premier pour une production argentine. C'est Norma Aleandro elle-même qui l'annonce, puis elle déclare dans le journal Clarín,alors qu'elle est invitée pour célébrer les trente ans de la démocratie :
Le film remporte de nombreux prix lors de sa première sortie à l'étranger et ce drame est très bien accueilli dans les années 1980. Walter Goodman, critique de cinéma au New York Times, déclare que le film est bien équilibré et écrit : .
Les critiques cinéma Frederic et Mary Ann Brussat, de Spirituality and Practice, touchés par l'histoire qu'ils ont vu écrivent dans leur chronique : et concluent . Le critique américain Roger Ebert écrit dans le Chicago Sun-Times : . Fiche technique
Titre : L'Histoire officielle Titre original : Réalisation : Luis Puenzo Assistants-réalisateurs : , Raúl Outeda et Patricia Oyuela Scénario : Luis Puenzo et Aída Bortnik Musique : Photographie : Félix Monti Montage : Décors : Abel Facello Assistante décoratrice : Adriana Sforza Costumes : Ticky García Estévez Maquillage : Blanca Olavego Production : Producteur : Marcelo Piñeyro Producteurs délégués : Rolando Epstein et Sociétés de production : , Société de distribution : (Argentine), MK2 Diffusion (France) Pays de production : Langue : espagnol Format : Couleurs - 1,85:1 - Dolby Genre : Drame, Film historique Durée : Date de sortie : Argentine : France : (Festival de Cannes) ; (nationale)
Distribution
Norma Aleandro : Alicia Marnet de Ibanez Héctor Alterio : Roberto Ibanez, le mari d'Alicia : Ana, l'amie d'Alicia : Enrique Ibanez : José Chela Ruíz : Sara Reballo, grand-mère de la place de mai : Benitez, le prof de littérature : Nata Aníbal Morixe : Miller : Macci Analia Castro : Gaby, la fille, : Dante : le général Laura Palmucci : Rosa : le père Ismaël : une grand-mère de la place de mai : Dora Deborah Kors : Carlos Weber : Andrada José María López : médecin : Regina Miller
Complément de la distribution
Susana Behocaray Cecilia Blanche Angelica Bogué Zulema Caldas Eduardo Camacho Paula Canals Jorge Chernov Diego Cosín Alicia Dolinski Horacio Erman Mónica Escudero
Luis Gianneo Eduardo Gondell Gabriel González Ricardo Hamlin Fernando Hoffman Amparo Ibarlucia
Tony Middleton : homme d'affaires américain Luisa Onetto Fabian Pandolfi Gastón Presas
Fabián Rendo Maximiliano Reussi Adrian Schiavelli Jorge Sorvik
Gustavo Tieffenberg Marcos Woinsky Horacio Yervé
Prix et nominations Année Prix/Festival Catégorie Nomination RésultatRef.1985 Festival de Cannes Palme d'Or La historia oficial NomméMeilleure actriceNorma AleandroPriméePrix du jury œcuméniqueLuis PuenzoPrimé1986OscarMeilleur film étrangerLa historia oficial (Argentina)PriméMeilleur scénario original Aída Bortnik y Luis PuenzoNommésGolden GlobesMeilleur film étrangerLa historia oficial (Argentina)PriméCondors d'argentMeilleur film La historia oficialPriméMeilleur réalisateur Luis Puenzo PriméMeilleure actrice Norma Aleandro Priméemeilleur acteur dans un second rôle Patricio Contreras Primémeilleure actrice dans un second rôle Chela Ruiz PriméeMeilleure révélation féminine Analía Castro PriméeMeilleur scénario original Aída Bortnik, Luis Puenzo PrimésMeilleur montage Juan Carlos Macías PriméMeilleure photographie Félix Monti PriméLos Angeles Film Critics AssociationMeilleur film étranger La historia oficial (Argentina)PriméFestival international de cinéma de TorontoPrix du public (People's Choice Award) PriméPrix du cercle des critiques de cinéma de New York Meilleure actrice Norma Aleandro PriméeFestival international du film de Carthagène Meilleure actrice PriméeFestival international du film de BerlinPrix Otto Dibelius La historia oficialPriméNational Board of ReviewTop 10 des films étrangers InclusKansas City Film Critics CircleMeilleur film étranger PriméDavid di DonatelloMeilleure actrice étrangère Norma AleandroPriméePrix Sant Jordi du cinémaMeilleure actrice étrangère CandidatePrix ACEMeilleur film La historia oficialPriméMeilleur réalisateur Luis PuenzoPriméMeilleure actrice Norma AleandroPrimée
Notes et références
Notes
Références
Voir aussi
Articles connexes Liste de films traitant des dictatures militaires dans les pays latino-américains
Liens externes
La Historia Oficial, Cristina Molano-Wendt, Amy Bianchi, Shannon Tierny, and Brian Sabella, Cinergia Movie, ressources et analyse, 2001