La dune du Pilat est une dune située en Gironde (région Nouvelle-Aquitaine) à l'entrée du bassin d'Arcachon, sur la côte d'Argent, en bordure du massif forestier des Landes de Gascogne, dans le sud-ouest de la France. C'est la plus haute dune d’Europe (altitude en 2023 : .).
Géographie
Localisation thumb|left|upright|Position de la dune dans l'entrée du bassin d'Arcachon. Située à l'entrée sud du bassin d'Arcachon, elle s'étend sur d'ouest en est et sur du nord au sud et contient environ 55 millions de mètres cubes de sable, dans la localité de Pyla-sur-Mer qui dépend administrativement de la commune de La Teste-de-Buch, à proximité d'Arcachon, au cœur des Landes de Gascogne.
Topographie vignette|Les blockhaus du mur de l'Atlantique, édifiés en haut de la dune, sont aujourd'hui à de la dune actuelle, gisants sur les plages ou submergés par de fond. La mesure de leurs déplacements témoigne de l'érosion du littoral. vignette|gauche|La dune côté forêt vue de son sommet (pente : entre 30 et 40°).
Les déplacements de la dune sont constants et étudiés par les scientifiques. Côté est, la dune gagne sur le massif forestier, ensevelissant les arbres à une vitesse d'un à cinq mètres par an. Côté ouest, l'évolution du trait de côte (limite des plus hautes mers) est variable. Le littoral nord de la dune est soumis à une forte érosion, notamment lors des tempêtes hivernales. À l'inverse, l'érosion est faible ou quasi nulle ces dernières années le long du littoral sud. La dune du Pilat est dissymétrique, avec une pente inclinée différemment selon sa position par rapport au vent. Ainsi, la face de la dune la plus exposée au vent (face ouest, côté océan) est douce, de l'ordre de , car les sables s'étalent lors de leur remontée vers le sommet. En revanche, la face côté forêt, à l'abri du vent (face est), est plus raide, entre .
Géologie thumb|left|Formations sableuses visibles sur le flanc intérieur de la dune.
Sur la carte géologique de la partie occidentale du Bassin aquitain et celle de La Teste-de-Buch, en particulier, on peut voir une formation géologique de la fin du Quaternaire qui porte le nom de « Sable des Landes »Carte géologique des Landes de Gascogne, extraite de . : il recouvre le triangle landais, région située autour du bassin d'Arcachon et s'étale au nord vers l'estuaire de la Gironde, à l'est vers la vallée de la Garonne et au sud vers l'Armagnac et l'Adour. À l'ouest, il est surmonté par une bande de dunes côtières plus récentes dont la dune du Pilat fait partie. Ce triangle des Landes de Gascogne de près d'un million et demi d'hectares (une demi-Belgique) est une plaine sableuse (graviers et sables argileux) constituée de dépôts néogènes d'origine fluviatile, alimentés principalement par des sédiments siliceux produits de l'érosion du Massif Central et des Pyrénées. Ce désert sableux non protégé par la végétation est favorable à la formation de dépôts éoliens lors des phases climatiques arides du Pléistocène supérieur, à l'origine d'une formation épaisse de 10 à , les « Sables des Landes »..
Lors des dernières périodes glaciaires, ces sables s'accumulent sur le plateau continental. La dune du Pilat, comme toute la côte sableuse rectiligne des Landes, s'est formée à la fin de la transgression post-glaciaire holocène, il y a environ 6000 ans, lorsque le niveau marin s'est stabilisé à son niveau actuel. Lors de cette remontée du niveau de la mer, l'océan entraîne vers l'est les bancs de sable du plateau continental qui conduisent à la formation des plages et des massifs dunaires actuels.
Depuis , la dérive littorale déplace des quantités importantes de sédiments (estimées à par an) le long du littoral aquitain en direction du sud. Les obstacles à ce courant parallèle à la côte favorisent le dépôt des sédiments, ce qui provoque le développement de vastes accumulations, les bancs de sable, notamment le banc d'Arguin, qui fait actuellement face à la dune et représente son principal réservoir de sable..
Sédimentologie des sables des Landes et dunaires La couverture de sable des Landes est composée : à sa partie inférieure, d'une couche de sables, de graviers voire de galets, d'argiles parfois sableuses et plus ou moins graveleuses dont l'épaisseur atteint près du littoral et qui va en s'amenuisant vers les reliefs continentaux qu'elle recouvre plus ou moins ; ces sédiments ont été épandus par des fleuves et des rivières ; ils ont donc une origine fluviatile ; à sa partie supérieure, de quelques mètres d'un sable fin composé de grains émoussés et dépolis, car éolisés, qui constitue le véritable « Sable des Landes » et qui provient du remaniement des sédiments fluviatiles qu'il surmonte.
Tout le relief de la zone côtière a été recouvert par ce sable qui s'est mis en place dans des conditions très arides, poussé par des vents d'ouest dominants de 20000 jusqu'à 10000 environ. La fraction la plus lourde, les graviers, est restée près du rivage au large de la côte actuelle, tandis que les fractions les plus fines ont été entraînées très loin vers Blaye, l'Entre-deux-Mers et la Chalosse. C'est un sable très homogène (90 % des grains ont une taille comprise entre ; le diamètre moyen des grains est de ). Cette homogénéité résulte du tri effectué par les eaux et les vents.
Outre des grains de quartz, on retrouve dans ces sables des minéraux dont la densité est supérieure à celle du quartz appelés minéraux lourds ; ils représentent 0,2 à 1,5 % du sable et se composent de minéraux ferrifères (75 %) mais aussi de tourmaline et de grenats. Ils existent dans tous les sables de la région aussi bien ceux du sol des Landes, que des dunes du littoral.
La région du bassin d'Arcachon et des étangs qui se trouvent au sud, Cazaux, Parentis, a retenu l'attention des géologues qui recherchaient du pétrole dans cette zone autrefois si longtemps recouverte par les mers de l'ère secondaire. Ces travaux ont permis de parvenir ainsi à une meilleure connaissance de la géologie de ces terrains profondément enfouis sous les sédiments du Tertiaire et l'épaisse couche de sable qui s'est mise en place au Quaternaire récent. Par ailleurs, il est avéré que les côtes sableuses basses de la Gironde et des Landes où l'érosion, le transport et l'accumulation des sédiments forment les trois étapes indissociables de l'évolution du littoral et des systèmes dunaires, constituaient un modèle de choix auquel de nombreux géologues régionaux s'intéressent aujourd'hui. L'histoire des dunes de cette région, et du Pilat en particulier, s'inscrit naturellement dans le cadre de ces études.
Histoire et étymologie thumb|Carte topographique du bassin d'Arcachon au . thumb|L'entrée du Havre d'Arcasson en 1731. Préhistoire L'emplacement actuel de la dune du Pilat abritait des campements protohistoriques provisoires, pour des activités liées à l'exploitation du sel de mer. Les premières découvertes archéologiques commencent en 1982.. Le 31 décembre 2013, un touriste trouve dans le sable, au pied de la dune, une urne funéraire. et un vase accessoire datant de l'âge du fer., 800 ans
Un chantier de fouilles a mobilisé une dizaine d'archéologues amateurs pendant deux semaines, en octobre 2014, pour préciser le contexte stratigraphique et environnemental des découvertes signalées.. Un reportage photo est disponible sur le site de la Société historique et archéologique du bassin d'Arcachon..
Toponymie La dune est parfois dénommée « dune du Pila », « du Pyla » ou «du Pylat »., mais son nom officiel est « dune du Pilat ». Cette dénomination vient du gascon pilàt, dérivé du latin signifiant « tas », « monticule ».
Le nom Pilat, déjà présent sur les cartes de Masse (1708). et de Cassini (1786) avec le « petit bassin du Pilat », les « balises du Pilat », des « cabanes du Pilat » et la « grande passe du Pilat ou passe du sud », correspondait à un lieu situé plus au sud que la dune actuelle et vraisemblablement au large de la côte actuelle. En effet, les dunes littorales se déplacent vers l'intérieur des terres alors que le trait de côte recule. Jusqu'au début du , le secteur du Pilat est appelé « les Sabloneys » (littéralement « sablières » en gascon) ; aucune route carrossable n'y mène.
Ce changement d'appellation a pour origine une opération immobilière. Lorsque vers 1910, le développement de l'habitat opéré sur la partie côtière de la commune d'Arcachon atteint le sud du Moulleau, les promoteurs immobiliers« Charte paysagère de Pyla-sur-mer », page 10. qui convoitent des terrains sur la partie testerine qui prolonge la côte vers le sud, sont confrontés à un problème de taille : le territoire appartient à l'État qui ne veut pas vendre.
En 1913, un de ces promoteurs, Daniel Meller, propose alors et obtient de l'administration une transaction : en échange de de terrain qu'il achète sur la commune de La Teste (sur les bords du lac de Cazaux), il obtient entre Le Moulleau et la dune du Pilat. Il choisit de baptiser l'endroit « Pyla-sur-Mer » en référence à la dune mais en conférant à ce toponyme une connotation grecque, très en vogue à l'époque. Il crée la Société civile immobilière de Pyla-sur-Mer dans le but d'ériger « une ville dans la forêt ».
C'est à peu près vers les années 1930 que le vieux nom « Sabloney » est remplacé par « dune du Pilat ». Aujourd'hui, « les Sabloneys » désigne une petite plage au sud de la grande dune.
Formation upright=2|vignette|Schéma en coupe de la dune du Pilat. La formation de la dune est entièrement liée à celle du banc d'Arguin. Au fil des siècles, les courants marins ont charrié du sable (en provenance du large, de la côte, et du bassin lorsque la marée descend) pour former le banc d'Arguin (lequel est, à l'instar de la dune, en constante évolution).
Ensuite, les vents violents d'ouest en provenance du large arrachent à sa surface, avec l'aide de micro gouttelettes d'eau, des grains de sable au banc d'Arguin au moment de la marée basse, quand celui-ci est totalement découvert, et qui en s'envolant viennent se poser sur la dune pour former cette gigantesque masse de sable fin. vignette|left|Fouille de sauvetage sur un site protohistorique (octobre 2014) par Philippe Jacques avec prélèvements dans une épaisse strate de tourbes compactées.
Sur le versant ouest de la dune, on trouve quatre paléosols majeurs (anciens sols fossilisés) : à la base de la dune, un ancien podzosol recouvrant une tourbe agglomérant du sable à des matières organiques ( ), puis trois paléosols dunaires principaux (datés entre et nos jours). On trouve aussi des paléosols mineurs, des niveaux lacustres et plusieurs milliers de niveaux à minéraux lourds. Ces paléosols sont des sédiments de couches forestières composés de souches d'arbres, de terre (témoin de phases pédogéniques) et de vestiges archéologiques (fragments de céramique, débris coquilliers) qui laissent des traces longilignes et noirâtres à flanc de dune, et dont les ondulations suivent les anciennes dunes..
Il y eut d'abord, après la dernière période glaciaire, une forêt de pins sylvestres, noisetiers, bouleaux, aulnes et saules, caractéristiques d’un climat froid et continental. Au boréal atlantique et sous-boréal, une dune de trois à quatre mètres de haut retenait des marais et un étang ; tout au long de la transgression flandrienne, les sables s'accumulèrent et les marais disparurent sous les dunes paraboliques de vingt à quarante mètres de haut, pendant que la forêt usagère de la Teste se développait sous un climat plus humide.