Requiem pour un massacre, également connu sous le titre Va et regarde ( ; , ), est un drame de guerre soviétique réalisé par Elem Klimov et sorti en 1985. Le titre original se traduit littéralement , phrase tirée du verset 6:7 du Livre de l'Apocalypse.

Produit par les studios Mosfilm et Belarusfilm, le film est l'adaptation cinématographique de l'œuvre Récit de Khatyn (, 1971) et du mémoire Je suis d'un village en feu (, 1977) d'Alès Adamovitch. L'action se déroule sur le territoire de la Biélorussie soviétique durant la Grande Guerre patriotique en 1943. L'intrigue documente l'errance d'un garçon biélorusse qui assiste aux horreurs des massacres de masse perpétrés par les envahisseurs nazis sur des civils. L'apparence du garçon traumatisé passe, en l'espace de deux jours, de celle d'un adolescent joyeux à celle de vieil homme aux cheveux grisonnants.

Sorti en 1985 à l'occasion du quarantième anniversaire de la Libération, le film a été primé dans plusieurs grands festivals de cinéma, dont le prix d'or et le prix FIPRESCI au Festival international du film de Moscou 1985 et s'est classé sixième au box-office soviétique de 1986, ayant été visionné par 29,8 millions de spectateurs. Selon un sondage des lecteurs du magazine Sovietski ekran, il a été reconnu comme le meilleur film de l'année 1986 et comme l'un des meilleurs films de guerre de tous les temps selon de nombreux classements internationaux..

Synopsis

République socialiste soviétique de Biélorussie, 1943. Sous les invectives d'un villageois qui leur interdit de poursuivre leur activité, deux enfants creusent le sable pour récupérer divers objets enfouis avec des cadavres de soldats. Le plus âgé, Fliora, trouve un fusil SVT-40. Revenu à son domicile, il décide de rejoindre un détachement de partisans. Ceux-ci viennent le chercher et malgré l'opposition farouche de sa mère, il part en la laissant avec ses deux sœurs car son père est sans doute au front.

Parmi les partisans, Fliora rencontre une jeune fille, Glacha. Le jeune homme, en raison de son âge, n'est pas emmené en opération. Vexé, il décide de quitter le détachement. Peu après, les nazis lancent une opération de contre-guérilla. L'emplacement du camp est bombardé et un parachutiste allemand atterrit non loin de là. Survivant par miracle à l'anéantissement de la base, Fliora et Glacha sont obligés de s'enfuir. Lorsqu'ils retournent au village natal de Fliora, ils n'y trouvent personne. Supposant que les villageois se sont cachés sur une île au milieu du marais, ils repartent. Contrairement à Glacha, Fliora ne remarque pas que contre le mur d'une construction sont répandus les cadavres des villageois récemment abattus. Après avoir lutté contre l'enlisement dans les marais pour atteindre l'île, les adolescents trouvent un groupe de villageois qui ont échappé aux massacres. Fliora apprend que sa mère et ses deux jeunes sœurs jumelles ont été tuées. Il croit alors que l'abandon de sa famille pour rejoindre les partisans a causé la mort de ses proches. Accablé par ce sentiment de culpabilité, il se jette tête première dans la boue; les villageois le relèvent.

Les paysans se relaient pour cracher sur une effigie d'Hitler. À ce moment-là, Fliora se fait une entaille et on lui coupe les cheveux avant de les enterrer dans le sol selon la coutume populaire. Trois paysans armés partent avec lui à la recherche de nourriture pour les civils restés sur l'île. Ils placent une effigie d'Hitler à un carrefour. N'ayant pas remarqué un panneau d'avertissement, deux d'entre eux sautent sur des mines. La nuit, Fliora et le dernier qui l'accompagnait, surnommé Roubej, arrivent à la périphérie du village et enlèvent une vache à un policier. Tenaillés par la faim, ils la traient en plein champ, mais sont pris sous le feu des nazis. Roubej et la vache sont tués. L'adolescent, épuisé, s'endort ensuite près du cadavre de l'animal. Au matin, il tente d'arracher à un paysan local une télègue pour livrer la carcasse aux partisans. C'est alors qu'un détachement allemand chargé des représailles surgit dans le champ. Le paysan demande à Fliora de cacher son fusil et son uniforme dans le foin et l'accompagne au village en le faisant passer pour un membre de sa famille.

Un Einsatzkommando SS, accompagné de collaborateurs de l'armée Vlassov et du Schutzmannschaft Bataillon 118, encercle et occupe le village. Après un « contrôle d'identité », ils se moquent des habitants et les conduisent dans une grange assez vaste. Un officier SS regarde à l'intérieur et autorise les adultes sans enfants à sortir, mais personne ne sort. Fliora, le visage marqué par la peur, sort par la fenêtre, suivi par une jeune fille tenant un enfant en bas âge. Les nazis lui arrachent son fils en riant et le balancent dans la grange par l'ouverture, tandis que la jeune mère est traînée par les cheveux vers des bergers allemands qui aboient. Les nazis et les collaborateurs outragent les habitants, font circuler une moto sur laquelle est attaché le cadavre d'un partisan assassiné, puis lancent des grenades et des cocktails Molotov sur la grange. Après avoir tiré sur le bâtiment en feu avec diverses armes, les nazis incendient les maisons avec des lance-flammes. Horrifié, épuisé mentalement et physiquement, Fliora perd connaissance et s'effondre le visage dans le sable. En quittant le village qui n'est plus qu'un brasier, les nazis placent un lit avec une vieille femme infirme au milieu de la route et déclarent : « On te laisse pour la reproduction, grand-mère. Tu verras, je suis sûr que tu feras encore de beaux enfants ».

Après s'être réveillé, Fliora se rend dans la forêt et découvre que les bourreaux, dont un SS-Sturmbannführer sont tombés dans une embuscade tendue par des partisans. Retrouvant son fusil dans le champ, il retourne au village, où il rencontre une unité de partisans. Là, il voit, survivante, la jeune femme qui était sortie de la grange avec son enfant: elle a subi un viol collectif perpétré par les nazis qui lui ont laissé sa veste et lui ont enfoncé un harmonica dans la bouche. Prenant un jerrican d'essence sur une moto allemande abandonnée, l'adolescent se rend là où sont les nazis capturés. Les partisans s'apprêtent à les abattre, mais ceux-ci, parmi lesquels se trouvent de nombreux collaborateurs, commencent à se justifier et à demander grâce. Seul un Obersturmführer fanatique déclare par l'intermédiaire d'un interprète : « Vous n'avez pas le droit d'exister. Les peuples n'ont pas tous le même droit à l'avenir. Ce sont les races inférieures qui sèment le virus du communisme. Vous ne devez pas exister. C'est notre mission et elle sera accomplie : aujourd'hui ou demain ».

Sur un signe du commandant, Fliora donne à l'interprète allemand un bidon d'essence, et ce dernier, espérant se sauver, le verse sur les prisonniers qui hurlent. Mais, ne pouvant supporter cette scène répugnante, l'une des femmes se met à leur tirer dessus avec un PPSh-41, et elle est immédiatement imitée par le reste des partisans. Ensuite, un habitant du village incendié jette la torche devenue inutile dans une flaque d'eau, et tout le monde se disperse en silence.

Les partisans quittent le village. Fliora, épuisé, les cheveux déjà grisonnants et le visage portant déjà des rides, trouve par terre un portrait d'Hitler avec l'inscription , ( en biélorusse) et commence à lui tirer dessus frénétiquement. La scène est accompagnée de séquences d'actualités sur les événements clefs de la formation, du développement et des conséquences du national-socialisme allemand : en remontant le temps, camps de concentration — début de la Seconde Guerre mondiale — montée au pouvoir des nazis — putsch de la Brasserie et émeutes dans la République de Weimar — Première Guerre mondiale, et ainsi de suite. De la musique est diffusée . Chaque fois que Fliora tire, le film passe à l'envers : les immeubles se relèvent au lieu de s'effondrer, les soldats défilent en reculant… Fliora continue à tirer, faisant remonter le temps, jusqu'à ce qu'apparaisse à l'écran un portrait d'Hitler en bas âge avec sa mère sur lequel il n'a pas la force de faire feu.

Dans la dernière scène, l'adolescent Fliora, prématurément vieilli, dont le visage porte les traces des épreuves qu'il a subies, et ses compagnons de guérilla s'enfoncent dans la forêt enneigée au son du Requiem de Mozart.

Fiche technique

Titre original : Titre français : Requiem pour un massacre ou Va et regarde ou Va voir ou Viens et vois Titre québécois : Va et regarde. Réalisation : Elem Klimov Scénario : Alès Adamovitch et Elem Klimov, d'après l'œuvre Récit de Khatyn (, 1971) et du mémoire Je suis d'un village en feu (, 1977) d'Alès Adamovitch Musique : Oleg Iantchenko Direction artistique : Victor Petrov Décors : Victor Petrov Costumes : Eleonora Semionova Photographie : Alexeï Rodionov Son : Victor Morse Montage : Valeria Belova Production : S. Terechtchenko Sociétés de production : Mosfilm et Belarusfilm Pays de production : Langues originales : biélorusse, russe, allemand Format: couleur - - stéréo - 1,37:1 Genre : Drame de guerre Durée : Dates de sortie : URSS : (Festival international du film de Moscou) ; (sortie nationale) France : Classifiction : France : Interdit aux moins de 12 ans

Distribution

Alekseï Kravtchenko : Fliora (Florian) Gaïchoun Olga Mironova : Glacha (Glafira) Liubomiras Laucevicius : Kossatch, le chef des partisans : Roubej, un partisan/le passeur dans le marais : un partisan âgé (VF : Béatrice Delfe) : la mère de Fliora : un jeune policier avec un casque : Iankel, un juif : un partisan avec des lunettes : Walter Stein, le sturmbannführer à la tête du détachement chargé des représailles : l'obersturmführer, un fanatique nazi : un partisan âgé : un partisan portant des lunettes et un casque : complice fasciste des nationalistes locaux : un partisan déguisé en soldat allemand : Guejel, camarade du Roubej : une jeune fille (non créditée au générique) Aleksandr Nikolaïevitch Berda : Chef d'état-major du détachement des partisans Oleg Ivanovitch Chapko : un partisan Guennadi Elkine : le copain de Fliora coiffé d'une casquette qui au vu et au su du chef de village, déterre des armes en prenant une voix rauque comme celle de l'occupant. N. Lissichenok Viktor Sergueïevitch Manaïev : partisan avec une caméra Guennadi Matytski : un villageois Iakov Borissovitch Ovtchoukov-Souvorov : allemand avec un petit tambour Evguenia Poliakova Kasimir Rabetski : le staroste qui vitupère après les enfants qui déterrent des armes enfouies dans le sable Aleksandra Borissovna Rovenskikh : une SS dans une voiture, mourant plus tard dans la forêt Gueorgui A. Strokov : policier de la brigade d'autodéfense V. Vassiliev G. Velts : un soldat allemand

Contexte historique